Skip to main content

Full text of "De moribus et actis primorum Normanniæ ducum"

See other formats


Google 



This is a digital copy of a book thaï was prcscrvod for générations on library shelves before it was carefully scanned by Google as part of a project 

to make the world's bocks discoverablc online. 

It has survived long enough for the copyright to expire and the book to enter the public domain. A public domain book is one that was never subject 

to copyright or whose légal copyright term has expired. Whether a book is in the public domain may vary country to country. Public domain books 

are our gateways to the past, representing a wealth of history, culture and knowledge that's often difficult to discover. 

Marks, notations and other maiginalia présent in the original volume will appear in this file - a reminder of this book's long journcy from the 

publisher to a library and finally to you. 

Usage guidelines 

Google is proud to partner with libraries to digitize public domain materials and make them widely accessible. Public domain books belong to the 
public and we are merely their custodians. Nevertheless, this work is expensive, so in order to keep providing this resource, we hâve taken steps to 
prcvcnt abuse by commercial parties, including placing lechnical restrictions on automated querying. 
We also ask that you: 

+ Make non-commercial use of the files We designed Google Book Search for use by individuals, and we request that you use thèse files for 
Personal, non-commercial purposes. 

+ Refrain fivm automated querying Do nol send automated queries of any sort to Google's System: If you are conducting research on machine 
translation, optical character récognition or other areas where access to a laige amount of text is helpful, please contact us. We encourage the 
use of public domain materials for thèse purposes and may be able to help. 

+ Maintain attributionTht GoogX'S "watermark" you see on each file is essential for informingpcoplcabout this project and helping them find 
additional materials through Google Book Search. Please do not remove it. 

+ Keep it légal Whatever your use, remember that you are lesponsible for ensuring that what you are doing is légal. Do not assume that just 
because we believe a book is in the public domain for users in the United States, that the work is also in the public domain for users in other 
countiies. Whether a book is still in copyright varies from country to country, and we can'l offer guidance on whether any spécifie use of 
any spécifie book is allowed. Please do not assume that a book's appearance in Google Book Search means it can be used in any manner 
anywhere in the world. Copyright infringement liabili^ can be quite severe. 

About Google Book Search 

Google's mission is to organize the world's information and to make it universally accessible and useful. Google Book Search helps rcaders 
discover the world's books while helping authors and publishers reach new audiences. You can search through the full icxi of ihis book on the web 

at |http: //books. google .com/l 



600004430H 



;237 



A. lOq 



DE MORIBUS ET AGTIS 



l>KIMOHUM 



NÔRMANNLË DUGUM 



\nCTOHK 



DIJDONE SANGTI QUINTINI 



DKCANO 



DE MORIBDS ET ACTIS 



NORMANNIiE DUCUM 



AUCTORI-; 



DUDONE SANCTI QUINTINI 



NOUVKLLK EDITION 
Jules LAIR 

n tLtiZ RE l'école UES CHilKTES, LAURÉAT DE l^ SOCitTi DES ANTIQUAIEES DE NOKHAHDIE- 




CAEN 



TYP. F. LK BMNC-HARDEL. IMPRIMEUR-l.tBR AIRE 

Hl'E FBOinB, 3 



M.I).CCC.I,XV 



^?r. 



i 



/ù>a- 



INTRODUCTION. 



rrinci|ii< III narniliunis c Dudniiis , periti virl, bistoria 
cdllepf . qui (juod posleris |>n»iiagBnduni rfaartK commen- 
J«%it. H Riiilolpho comité, primi Blcardi fratre, dillgenter 

extjuisivit. ^VlLLKLXUS GesISfBTICBNSlS. 

JpHlus Itiidonis librum non dubiio qain later pretloslora 
Lujiis (c\i monuiiKMila rcputcui. I). G. Waitz, ap. rertt| 

Movumt'ntii Grrmanint histotitt' srriptorum, t. IV, p. 93. 



Qui dit préface, dit plaidoyer de railleur en faveur de son œuvre ; or, 
dans un concours, une œuvre ne doit se défendre que par elle-même ; 
nous ne ferons donc ni préface ni plaidoyer. 

Si nous plaçons ces quelques lignes en tête de notre travail (1), c^est pour 
nous expliquer sur un {joint où nous serions très-peiné d'être mal compris, 
peut-être accusé et condamné. 

Ce travail devait être surtout un travail de critique. 11 embrasse une 



(1) Ce travail a été couronné par la Siiciéti' des Aiiti(|iiain's de Normandie, dans «a s(>ance publique 
du 25 novembre 1H58. Voyrz noire rapport sur les mémoires onvo^ês au conrours pour le prix propo!^é 
dans le t. WIV des Memoins de la Ctimpapnie, p. ivi et 9uiv. ( \otv du Sfcnttiive), 

i 



6 DLDON DE SAIM-QLEÎSTIN. 

partie de noire liistoire (iiiî, de raveii de tous, est tellement obscure qu'on 
a plus d'une fois désespéré d'y voir jamais pénétrer la lumière. Elle ren- 
ferme peu de faits qui n'aient été discutés , admis, réfutés, pris et repris 
comme une position sur un champ de bataille. Parmi les auteurs, les uns 
ont tout défendu dans l'ouvrage du Doyen de Saint-Quentin; les autres, 
au contraire, l'ont abandonné complètement, et , pour me servir de leur 
expression, en ont fait la;^ar; du feu. 

Pour reconnaître la voie souvent perdue sous cet amas de discussions 
et indiquer celle qui, selon nous, peut seule conduire à la vérité, il nous a 
fallu nous mêler à celte lutte ; reconnaître nos partisans , nos adversaires ; 
soutenir les uns, écarter les autres. 

Quand nous avons cru devoir combattre une opinion, nous avons nom- 
mé son auteur, non par vaine jactance, ni pour nous donner la gloire, 
fausse elle-même peut-être, de relever une erreur chez des hommes plus 
savants que nous ; mais pour éviter les malentendus et mettre à même de 
mieux juger où se trouve la vérité. Nous n'ignorons pas que, pour avoir 
reconnu quelque faute dans la riche moisson d'observations judicieuses 
d'A. Le Prévost, de si regrettable mémoire, par exemple, nous ne l'éga- 
lerons pas en mérite et que son mérite même ne sera pas amoindri. 

Notre intention, nous le répétons, n'a jamais été que de faciliter, que de 
préciser la discussion. C'est à cette fin encore qu'à propos de chaque ques- 
tion traitée par nous , nous avons rassemblé toutes les objections, les 
plus éloignées , les plus anciennes, celles qu'on a déjà apportées et qu'on 
pourrait apporter encore , celles même qu'on n'a pas faites et que l'on 
peut prévoir. 

Sans avoir blanchi dans l'étude , nous avons déjà remarqué que ces fré- 
quents retours de l'opinion, cette mobilité des jugements humains, même 
en matière historique, où Ton adoptait hier ce qu'on renverse aujourd'hui 
pour le relever demain peut-être, proviennent surtout de ce qu'on s'est 



IMRODUCTION. 7 

contenté trop souYcnl de découvrir la vérité, de la voir claire et irréfutable 
pour soi, et de la donner aux autres sans preuve, sans la Tortifier de toutes 
parts. On ne peut espérer d'échapper toujours à Terreur ; malgré toutes les 
précautions et toutes les recherches, il s'en glisse toujours quelqu'une et 
toute armure a son défaut. Mais, et ceci n'est point un paradoxe, l'erreur 
ainsi avancée, avec la pièce à Tappui, est plus voisine de la vérité déGnitive 
que la vérité mal prouvée ; elle se trahit elle-même et on la corrige bientôt. 

Un danger non moins grand en matière de critique qu'une discussion 
insuffisante, c'est la confusion des tons dans le style. La dissertation ne 
saura se faire nettement comprendre si elle veut parler avec la pompe et la 
majesté de Thistoire. Ce qu'on lui demande, c'est d'être claire. Combien 
de fois le bruit sonore de périodes accumulées n'a-t-il pas étouOé la voix de 
la vérité? Nous avons donc sacrifié les ornements, sacrifice bien léger de 
notre part, pour viser à la seule simplicité; puissions-nous avoir évité la 
sécheresse ! 

Mais surtout puissions-nous avoir produit un ouvrage, qui, malgré ses 
défauts, soit encore de quelque utilité pour l'histoire d'un pays qui nous est 
cher et d'aïeux dont il n'est pas sans gloire de descendre ! Modeste ouvrier , 
puissions-nous être parvenu à dégrossir notre pierre ! A de plus habiles 
d'élever l'édifice dans sa superbe ordonnance. 

Août 1858. 

P. 'S. — Lorsque j'écrivais ces lignes, le secret d'un concours ne me 
permettait d'y rien ajouter. Aujourd'hui que la Société des Antiquaires 
a bien voulu couronner cet humble essai, il est un sentiment que je devais 
comprimer alors, auquel je puis enfin donner jour. Je suis heureux 
d'adresser ici mes sincères remercimenls à M. Léopold Delisle , (pii , après 
m'avoir invité à entreprendre ce travail , m'a soutenu dans celte difficile 
entreprise, en m'ouvrant les trésors de sa vaste érudition, en m'encou- 
rageant avec cette aimable bonté que rien ne lasse ; à mes professeurs de 



8 DIDOIS Dh SAI M' -QUENTIN. 

l'École (les Chartes et tout particulièreoient à MM. Quiclicrat et Bourqiielot, 
qui out eu la bienveillance de me donner pour ce travail les plus utiles 
conseils. 

Je ne dois pas moins de reconnaissance à mes anciens maîtres, à M. Pui- 
seux, professeur d'histoire au Lycée de Caen, à M. Julien Travei*s, pro- 
fesseur honoraire à la Faculté des Lettres de la même ville, qui m'ont con- 
stamment aidé de leur savoir; aux autres membres de la Commission 
d'examen, MM. Hippeau, professeur à la Faculté des Lettres, G. Mancel, 
bibliothécaire de la ville de Caen, J. Cauvet, professeur à la Faculté de 
Droit. Ce ne sera que justice de dire combien je suis obligé encore, pour 
la correction du travail et l'exactitude de l'édition, à l'actif et savant se- 
crétaire de la Compagnie, M. A. Charma , et enCn , à la Société des Anti- 
quaires de Normandie tout entière, qui a bien voulu m'admettre si jeune, 
au milieu des savants éprouvés qui la composent , et me charger de l'édi- 
tion du texte même de Dudon de Saint-Quentin, montrant ainsi qu'elle est 
toujours animée du même zèle pour l'histoire d'une province dont elle 
n'est pas aujourd'hui le moindre ornement. 



ew 



r. PARTIE. 



I. 

ÉTAT DE LA LITTÉRATURE EN NORMANDIE AU XS SIECLE. 

SoififAiR£.^Étal de la lilléralure en France au moment des invasions normandes; son ôlal en 
Neuslrie.— Manuscrit de Tabbaye de Deux-Jumeaux. — Vie de sainte Opportune par Adelelme, 
évéque de Séez.— Bénédictionnaire attribué au même auteur.— Causes de la décadence des étu- 
des en Normandie: i\ destruction des églises et des monastères par les barbares; 2*. enva- 
hissement des dignités ecclésiastiques par les conquérants.— Efforts des premiers ducs pour 
faire revivre la littérature dans leur province ; réforme monastique ; appel fait aux savants 
étrangers. — Satire (inédile) publiée contre ces savants.— Dudon» chanoine de .Saint-Quentin , 
vient en Normandie. 

Il est boD, quand on étudie une œu^re d'art ou de littérature, de ne pas la 
prendre isolée , de ne pas la séparer du temps qui Fa produite et n*a pas 
manqué d'agir sur Tauteur avec une grande influence. On s'expose moins 
alors à porter un jugement trop absolu, à exagérer l'éloge ou le blâme. C'est 
pour éviter ce défaut que nous allons jeter un coup-d'œil sur Tborizon 
littéraire au X% siècle, lorsqu'écrivait Dudon de Saint-Quentin, coup*d'œil 
rapide et que nous n'étendrons pas plus loin qu'il n'est nécessaire pour 
bien apprécier le vieil historien des Normands. 

Les lettres, vivifiées par le puissant génie de CharIemagne,commencèrent 
à languir dès le règne de son successeur, et, après avoir eu comme un re- 
tour de sève au temps de Cbarles-le-Cbauve (1), se desséchèrent complète- 
ment au milieu des désolations duX\ siècle. Elles ne périrent point cepen- 
dant, et les auteurs qui ont exploré le champ de la littérature à cette époque 
y ont retrouvé toutes ses productions accoutumées, chétives et de mauvaise 
venue, il est vrai, mais vivant encore et gardant le germe d'un avenir plus 
prospère. 

(1) ikrki monachi Sancti Germant, àutiêêioJorensii epUeopi » ad Carolum OUvum epistola, ap. Dom 
Bouquet , lierum gatticarum et franeiearum Scriptorei, U VII , p. 568, A. B. E. ; Pagi , Critica hiilo- 
rioh-chronototfica in univrrsoi annalei eecleiiatticoi Baronii , t IV, p. 645 « n*. VIII. 



10 ÉTUDE HISTORIQUE ET CRITIQUE 

Quand une génération aussi éprouvée conserve assez de souci de la 
postérité pour lui transmettre ce qu'elle sait d'elle-même et des événements 
qui l'agitent , on ne pourrait sans injustice exiger davantage. Dans un 
temps où tous les rois n'ont pas un historien, on ne peut guère s'attendre 
à trouver un écrivain qui nous trace un tableau d'ensemble d'un Tait aussi 
complexe que l'invasion des Normands et leur établissement en Neustrie. 
Ce n'est pas que plusieurs chroniqueurs n'aient mentionné le fait ; mais 
ces attaques multipliées , la présence des barbares en cent lieux différents 
à la fois, déconcertaient les calculs des moines effrayés. Parfois même 
le découragement s'emparait d*eux , et ils se refusaient à conserver le 
souvenir de ces temps misérables (1). 

Cet historien que la France ne pouvait donner aux Normands, ceux-ci 
étaient-ils capables de se le donner à eux-mêmes ? A l'époque de leurs 
courses désordonnées, ils ne durent même pas le désirer. Après leur 
établissement en Neustrie, les premiers ducs le souhaitèrent ardem- 
ment, avec d'autant plus d'ardeur même qu'il était plus difficile de le 
rencontrer. 

Aucun pays n'avait été plus dévasté par les Normands que ces bords de 
la Seine sur lesquels ils dominaient enCn. Les couvents, asile de la 
science , avaient été détruits par eux , et ils en avaient égorgé ou chassé 
tous les moines. Devenus maîtres du pays, à peine y trouvèrent -ils encore 
quelques hommes qui conservassent en dépôt les traditions du passé. Pour 
s'en convaincre, il suffira d'une rapide étude de cette période de notre his- 
toire littéraire normande, période peu connue et difficile à connaître, faute 
de renseignements. 

Il est permis de croire que la réforme littéraire tentée par Charlemagne ne 
réussit pas également dans tout l'Empire. Nous possédons un exemplaire du 
Lex romana W isigothomm , écrit vers 8S/i à l'abbaye de Deux-Jumeaux, 
dans le diocèse de Bayeux. Le copiste, qui cependant était clerc, ignore les 
règles les plus simples de lalangue latine. Une glose d'un latin barbare explique 
le texte qu'on ne comprenait plus. Le manuscrit lui-même est un palimpseste 
qui parait avoir contenu d'abord les épigrammes de saint Prosper (2). On 

(f ) Vojrei la préface de Réginon ; ap. PerU, Monumenta Germanieœ kittoriœ icriptorum, f. I, p. 543. 
(3) Voici les lois contenues dans ce ros., sur lequel nous préparons un travail particulier : 
F«. i, ?*. Leges Theodosianae ; TituU legum ex corporc Theodosiano explanati. 



SUR DUDON DE SAIM-QUENTIN. 11 

le voit, tout, jusqu'au parchemin, faisait défaut au peu de science qui 
restait encore. Le monastère de Deux-Jumeaux ne tarda pas à être lui- 
même détruit par les Normands et ne se releva jamais de ses ruines (!)• 

Le premier auteur digne de ce nom , à cette époque des invasions nor- 
mandes , est Adelelme, évêque de Séez. Il composa une Vie de sainte Oppor- 
tune dont Faimable simplicité contraste avec Tenflure des auteurs contem- 
porains. Cette Vie est pleine de détails curieux sur l'état de la province et 
les mœurs de ses habitants (2). On a encore attribué à Tévéque de Séez un 
Bénédictionnaire qu'il aurait composé à la prière de Francon, archevêque de 
Rouen. Les auteurs de T Histoire littéraire de la France se fondaient sur ce 
texte : « Jubente gloriosissimo archiepiscapo domno Francone , has bene^ 
dictiones Adelelmus captivus studuit componere t (3). Nous savons en efTet 

F*. 68, r**. Incipiuiit capitula Nofellarum diri Theodosii. 

F». 73, r*. iDcSpiuiil lituli Nofellarum divi ValenUoiani. 

F*. 85, r*". Incipiunt Novell» difi Marciani. 

F^ 86, f\ Incipiuot Novell» difi Majoriani. 

F*. 87, Y*". Indpiunt Novell» divi Sevcri. 

F«. 90, r*. Gaii Institutionum liber I. 

F«. 100, ?% loclpiuot capitula Pauli Sententiarum. 

F*. I5&, vS Ex corpore Gregoriaui, liber I, De TraosacUonibus. 

F<*. 156, f\ Incipiunt capitula Ermogeniani. 

F*. 157, v**. Incipit Papianus de pactis inter virum et uxorem* 

Eiplicit féliciter in Ghristo. 

En tétc se trouve une page consacrée à Tétude decetle question importante: • Ad sanguinem minueudum 
utrumluna sit bona, an non? • Bibliothèque Impériale, Fonds lat. AÂi5* 

(i) Void la note mise par le derc à la fin de son manuscrit : • Ego Raegemardus clericus, Esau rogante, 
hune librum scripsi , sub tempore Gbludovico imperalore^ anno xvui imperii sui et sub tempore Erim- 
berto urbis Baiocas episcopo et ... boni (?) Duos Gemmelis abbati et hujus provincia H.... comité. Hoc 
primum fuit lune tempore pubertatis prxdicti Esau. F% 157, v^ t Le roi id mentionné est Louis-Ie- 
Débonnaire ; Tévéque Erimbert est le même qui signa en 837 le placité de Kersy. Voyei Gallia ehrittiana , 
U XI. Nous ne savons quel était cet Esau et nous n'avons pu lire les autres noms. Les Bénédictins, qui ont 
parlé de ce manuscrit dans le Nouveau Traité de diplomatique^ t. lîl, p. 5Â , ont lu ou cru lire Job pour 
le premier et Henri pour le second. Nous disons ont cru tire : car ils se sont servis, pour faire revivre 
récriture, de préparations chimiques qui, tout en empêchant de nouvelles lectures, n*onl pas asses effacé 
les caractères pour qu*oti n'ait pas de doute sur celles qu'ils nous ont laissées ; la première surtout, celle du 
nom de Job, nous paraît bien difficile à admettre. M. Hsnel a lu Erumbarto; — episcopo cetili? et Johanni 
Ilumberto comité, H»nel, Lex romana IVisigothorum , p. lzv, Lipsis, i8Â9. Mais la lecture du savant 
allemand n'est pas plus plausible que l'opinion qui lui fuit rapporter ce manuscrit au X*. siècle. 

(3) Mabillon , àcta Sanctorum Ordinii Sancti Benedicti, t. III, part ii, p. 222-238 ; les Boilandistes, 
avril, (. III, p. 62-70. Elle a encore été publiée par Surius, et séparément, avec traduction, parGohier, 
curé de Ste.-Opportune de Paris. 

(3) Ms. de la Bibliothèque Impériale, f. lat. 2296. 



li JiTLDK UISTORigH- KT CRÎTIQrE 

tiuc, la première année ,!e son poniificaU A(U*ldme fui emmené capiiT i,i. 
les No: mands. Mdis Mabillon et, après lui, M. Léopold Delisk [\) i^ui 
objecté que la concordance cnlre la première année t!u pontificat d'Ade- 
lelnie et le te?nps où vécut Francon ne peut être établie. M. Delisle ajoute 
que les anciens catalogues des évèques de Paris mentionnent unAdelelme, 
qui a pu être contemporain de Francon , archevêque de Rouen , et , par 
conséquent, auteur du Bénédictionnaire. 

Tout en reconnaissant la prudence du doute , nous pouvons faire 
observer que la concordance qu'on déclare impossible n'est pas nécessaire. 
Il n'est pas même supposable qu'Âdelelme ait composé ce Bénédictionnaire 
pendant sa captivité. Peut-être avait-il gardé, en souvenir de cette détention 
parmi les Normands , le surnom de Captivus qui indique moins un état 
présent qu'une condition qu'on a subie. Cette épithète est même caracté- 
ristique , .et ce qui le prouve , c'est que la pensée des savants s'est tournée 
aussitôt vers l'évoque de Séez (2). Ajoutons que le mot jubeute indique un 
commandement que l'archevêque de Rouen pouvait plutôt adresser à 
l'évêque de Séez, son suffragant, qu'à l'évoque de Paris. 

Quoi qu'il eu soit , l'œuvre la plus curieuse qu'aurait pu nous laisser 
Adelelme aurait été sans contredit la narration de sa captivité ; elle aurait 
jeté sans doute un grand jour sur les mœurs trop inconnues encore des Nor- 
mands ; mais tout ce que l'écrivain nous apprend , c'est quUl eut beaucoup 
à souffrir de la brutalité du vainqueur (3). 

Adelelme, contemporain de notre premier duc, appartient à vrai dire à 
la génération antérieure, à cette époque de renaissance des études que nous 
avons signalée au temps de Charles-le-Chauve. On ne lui trouve point de 
successeur et un long espace de temps s'écoule sans qu'on rencontre chez 
nos aïeux un seul ouvrage, soit historique, soit seulement littéraire. La 
f^ie de saint Aicadre, archevêque de Rouen, si on la suppose écrite vers 
l'année 920, ne peut êlre rapportée au règne de Guillaume-Longue-Épée, 



(i) Mabillon , Acta Sanctoi'um Ordinis Sttncti Henedicîi, l. III, part. II, p. 282; Léopold Delisle, 
Notice iur un Saeramentairc de CEglUe de Pari» ( 4856 J, p. 7. 

(2) Dans la Vie de sainte Opportune, il prend le nom de Servu» , I. c. 

(8) Mabillon et le Gallia christiana disent qu'il fut emmené in /•ritannitim ; ce rrnseignrmcnt ne 
ressort pas du texte. Les expressions d'AdeIrIroe font «upposer un plus long voyage : « Post lungiori» 
itinerif impedimenta , o p. 232. 



SUB DUDON DE SAINT-QUENTIN. 18 

encore moins être Tœovre d'un religieux de Jumiéges, monastère qui 
Tut construit seulement vers 9li0. Quant à \ Office pour l'établissement des 
ducs, que D. Rivet croit avoir été composé pour le couronnement de 
Goillaume I". , il nous paraît, au moins dans sa rédaction actuelle, être 
de beaucoup postérieur (1). Assurément, il n'est pas de 917, comme le 
veut D. Rivet, partageant l'erreur de ceux qui fixent à cette date la mort de 
Rollon. Guillaume ne fut associé au gouvernement de son père et couronné 
que dix ans plus tard (2). 

Deux effets déplorables de la barbarie étaient devenus à leur tour deux 
causes qui perpétuaient sa durée: d'un côté, le défaut d'écoles; de l'autre, 
les mœurs dissolues du clergé. 

Pendant la première moitié du X*. siècle, aucune école n'éclaira , même 
d'un faible rayon , la nuit d'ignorance qui couvrait la Normandie. La lu- 
mière, qui avait brillé jadis à Jumiégeset àFontenelle, était depuis long- 
temps éteinte , sous les ruines des monastères. Au milieu de ces troubles , 
l'esprit chrétien s'était affaibli dans toute la France (8). En Normandie 
un événement , jusqu'ici trop peu remarqué, avait rendu les mœurs reli- 
gieuses plus grossières encore que partout ailleurs. 

A peine les Normands furent-ils- établis en Neustrie qu'on y vit se re- 
produire ce qui autrefois était arrivé dans toute la Gaule après la con- 
version des Francs. L'Église fut envahie par les barbares qui avaient eu 
lieu de connaître , en saccageant ses biens , la puissance et la fortune que 
donnaient alors ses dignités. Les plus considérables parmi les vainqueurs 
aspirèrent aux fonctions épiscopales ; ceux d'un moindre rang s'empa- 
rèrent des cures et des abbayes ; tous y vécurent en laïques ; les plus 
honnêtes étaient mariés ; les autres menaient une vie débauchée et regar- 
daient comme un fief leurs fonctions ecclésiastiques. 

La dépravation était si grande que les esprits plus religieux et qui 
aspiraient à une vie meilleure cherchaient en vain une direction {^). 

(1) Officium ad ducem eonstituendum ; ap. Duchesne , Hiêtoria Normannomm Scriptores antiqui, 
p. 1050-1051 ; Hiitoire littéraire de la France^ t. VI, p. 181. 

(3) Voyez toutefois A. Le Prévost , dans son édition d'Orderic Vital , t. Il , p. 8 et 9, note 3, qui fait 
mourir Rollon en 935 ( Note du Secrétaire ). 

(S) Voir la Vie d'Odon de Cluny et plusieurs anecdotes qui y sont rapportées ; ap. Mabillon, Acte Sanc 
torum Ordinis Sancti Renedicti , Ssc V, p. 18A. 

{à) Hujuscemodi mos inolevit tempore neophylorum, qui cum Rollone baptizati sunL .. Deinde presbyteri 

2 



s 



14 ÉTUDE HISTORIQUE ET CRITIQUE 

Quand le danois Herluin, touché par la grâce et voulant échapper à la 
barbarie des mœurs mondaines, chercha un refuge dans les monastères, il 
Tut repoussé , battu même à la porte du premier , et si scandalisé dans les 
autres que sa foi faillit succomber. Il fallut, pour la raffermir, qu'il y trouvât 
un saint homme , resté parmi ses grossiers compagnons comme le grain 
de bonne semence au milieu des épines. De ce grain et de plusieurs 
autres , heureusement recueillis , heureusement fécondés , sortirent la 
science et les vertus de l'abbaye du Bec (1). Mais si l'on pouvait à peine 
rencontrer une exception à la barbarie des mœurs , on en trouvait plus 
difficilement encore à l'ignorance générale. Dans la Vie du bienheureux 
Bernard de Tiron , on affirme qu'un Normand d'un peu d'instruction était 
alors une merveille introuvable. 

L'ignorance était donc profonde ; cependant on a tort en disant qu'elle 
ne se dissipa qu'après la venue de Lanfranc et la création des écoles du Bec 
et de St.-Evroult. La renaissance littéraire ne se fit point si long-temps 
attendre et devança de plus d'un demi-siècle l'époque que lui assignent 
Orderic Vital et les historiens modernes qui l'ont suivi (2). 

L'impulsion fut donnée dès le temps des premiers ducs, par Richard I''. 
surtout. Sans voir en lui un trouvère, ainsi que le fait l'abbé De La Rue (3) , 
on ne saurait méconnaître qu'il comprit la puissance de l'étude comme ins- 
trument de civilisation et fut sensible aux charmes des lettres. Pour rétablir 

de sUrpe Dacorum, litterit teouiter edocti, parrochias tenebant et, arma ferentes, laicalem feodom militari 
bmolatu defendebant. Orderic Vital , édit. A. Le Prévost , t. II , p. 897. — Optimi mores veterum in 
Northmannia tune admodum confosi erant et barbari noxitate superyenientitim. Vita beati Heriuini, 
ap. Mabillon, Aeta Sanctorum OrdinU Saiieti Bénédictin Sxc. VI, part ii, p. 858.— -Veterum ritu Dano- 
rum universi adhuc vivebant. /6û(., p. Zàà» — Vojei encore Concilia Rotomageruii provinciœ, p. àl, et 
le GaUia chriêtiana, t. XI , c. 27 et 28, où Pon cite le jugement très-peu flatteur porté par Orderic Vital 
sur les archeyéques de Rouen , Robert et Mauger , issus Pun et Pautre de la famille ducale. 

(1) Voyez le récit très-curieux de la conversion de Herluin et de la fondation de Pabbajre du Bec, dans 
Mabillon, Acta Sanctorum Ordinis Sancti Benedicti, loc cit., et M. Gliarma, Notice biographique de 
Lanfranc , dans les Mémoireê de la Société , t. XVII , p. ^57. 

(2) Hoc magistro (Lanfranco) primitus Normanni litteratoriam artem perscrutati sunt... Nam antea 
sub tempore sex ducum Neuslrie vix ullus Normannorum liberalibus studiis adhssit. Orderic Vital, édlt. 
A. Le Prévost, t. II, p. 210. — Ipsi de Dada prodeuntes non litteris, sed armis studuenint et usque ad 
Guillelmi Nothi tempora magis bellare quam légère vel dictare laboraverunL Id., L II, p. 2. 

(8) l/abbé De La Rue fait de Richard un trouvère, parce qu*a vaut d'aller combattre Lotbaire et Thibaut, 
Wace dit qu'il « n'entendit mie à gaz, ne à faire serventois. » Il en eût donc fait, dit Pabbé De La Rue, 
s'il avait été moins pressé. Esêait hiêtoriqueê sur le» Bardes, le» Jongleurs et le» Trouvère» normand» et 
anglo-normands , t. II , p. 9-10. 



SUR DUDON DE SAII^T-QUENTIN. 15 

leur culte , aboli daus sa proyince , il essaya d'un moyen pratiqué en grand 
dans la suite par Richard II, son fils : il appela à sa cour des savants étran- 
gers. Les tendances littéraires du prince étaient partagées par sa famille , 
par Raoul d'Ivri , son frère , qui recueillait tous les souvenirs de Tbistoire 
nationale ; par Robert, son fils, qui devint archevêque de Rouen ; par sa 
femme, Gonnor, dont on vante Tesprit cultivé. 

La réforme des mœurs monastiques, commencée dès la fin du règne de 
Guillaume I*'. , fit alors de grands pas. On reconstruisit les monastères ; on 
y établit des religieux tirés des provinces voisines et qui devaient rappeler 
aux moines normands la règle oubliée. Jumiéges, Fontenelle sortirent alors 
de leurs ruines ; les abbayes de Fécamp et du Mont-Saint-Michel reçurent 
de plus dignes habitants. Avec Tordre et une vie mieux réglée, les esprits 
s'adoucirent, devinrent plus cultivés ou, ce qui sera plus juste, moins bar- 
bares (1). 

C'est là tout au plus , en effet , ce que permet de dire un monument de 
cette renaissance littéraire parvenu jusqu'à nous (2). D. Rivet rapporte 
cette œuvre à l'an 1000, date purement conjecturale ; mais il est au moins 
certain qu'elle est du commencement du siècle , et nous la croyons anté- 
rieure à la rédaction définitive de l'histoire de Dudon (â). 

C'est une satire en vers, dirigée par un moine de St-Ouen contre un 
autre moine, un de ces étrangers que les ducs attiraient à leur cour et qui 
sans doute y étaient assez mal vus par les savants du pays. L'auteur, qui 
s'appelle Garnier, était attaché à l'ar-chevêque Robert (4). Son adversaire, 
qu'il nomme Moriuth , était selon lui Écossais de nation. L'abbé Lebeuf et 
D. Rivet en font un Hibemois. Hibernus et Scotus n'ont pas toujours eu 
un sens particulier bien défini et s'employaient parfois l'un pour l'autre (5). 

(i) Sancti GtùUelmi, abbaiit Saneti Benigni Divionetuiê, Vita,np, Mabilloo, i4^a 5aficf omm OrdinU 
Sancti Bénédictin Saec VI , p. 835 et sui?. *, De revelatione ( reUvatione ? ) adificatione et auctorUate 
monaêterii Fiseannemii; ap. Migne, Patrologiœ curtuê comptetus , t. CXLI, p. 848-85S; Willelmus 
Gemeticenûs , ap. Docbesne, L III , ch. vir. 

(3) Ms. (lu XI*. siècle , BiblioUièque impériale, F. Lat 8iSi A. Noos espérons publier par la suite 
oe très-curieux poèoie. 

(3) D. Rivet ne ooDoalt d^ailleurs oe poème (yoyes V Histoire littéraire de la France, L VI, p. ISS) 
que par Tabbé Lebeuf qui lui-même n'en parle qu^en passant dans son Recueil de diseertationt pour 
eervir d Pkiêtoire de France, L II , p. 130. 

(4) Senritio vestro cum me Rotomagi dedissem. F*, i*. r*. 

(5) Grammaticam Scotus Moriuth sibi finiit 



16 ÉTUDE HISTORIQUE ET CBITIQUE 

Toujours est-il que le nouveau venu prétendait enseigner les sept arts libé- 
raux, composait des vers^ en dédiait à Tarchevêque Hugues et à tous les 
princes de la cour (1). Gamier, qui, de son côté, dédie sa satire à l'arche- 
vêque Robert, ne pouvait applaudir aux vers d'un étranger, et il est certain 
que s'ils étaient inférieurs aux siens ils devaient être fort mauvais. Ce n'est 
point ici le lieu d'exposer la querelle des deux moines ; il nous sufiBra d'en 
tirer un nouveau jour pour l'histoire littéraire de ce temps-là. 

On y voit d'abord que les écoles s'étaient rouvertes. Il y avait des Non- 
mannica gymnasia ovlY on enseignait les sept arts (2). Garnier cite, comme 
s'il connaissait à fond leurs œuvres, Horace, Ovide, Virgile, Stace, entre 
lesquels son admiration ne met d'ailleurs aucune différence. Il connaît Ho- 
mère, au moins de nom (3). On voit encore qu'on apprenait la grammaire 
dans Donat, la métrique dans les traités de Bède-le-Yénérable (&). On se 
piquait de science musicale (5) et l'on notait des vers (6;. Cet embryon de la 
littérature se formait au sein de mœurs bien grossières encore, grossièreté 
dont il ne faut d'autre indice que cette satire même, long tissu d'obscé 
nités. Les discussions étaient des querelles , les arguments des injures. 
C'est au milieu même de l'église, à Su-Ouen (7), qu'avait commencé 
cette dispute entre Garnier etMoriuth le bouc, Y âne, le coucou (8). Ce sont 
là les beaux traits de sature que nos premiers auteurs trouvaient piquant de 
se décocher en vers latins. 



(1) Tali génère satus stat sibi grammatlciu, 
Grammaticas, rbetor, pictor, aliptes.— F*, i v*. 
Per totam curtem versus ractabat oberrans, 
Dignos confectis steroore paginolis.— F*. 5 ▼*"• 

(2) Dudon, Prsf., 1. 1. 

(3) Homero magno, Virgilio, Statio. — F*. 5 v*. 

Credo tuum nuDquam Flacoo tetigisse labellum.— F*. 6 v*. 
(6) Grammaticam taiem non nobis Beda reliquiu— F*. 6 v*. 
Casus Donati forsan non musicenosci (f. nosti). — ^Ibid. 

(5) La satire renrerme un de ces ?ers notés: q. h. s. b. f. g. hc. i. h. g. f. h. g. g. 

(6) Musica vis nostris non est incognita doctis.— F*. 9 v*. 

(7) His defendo meum quem blasphemayit amicum, 

Audoene, tua nuper in ecdesia. 
Versibus his nostrum merito defendo magistrum ; 
Insipiens doctum dixit eum ratuum.— ^F^". 8 r*. 

(8) es caper ipse mihi.— F* i, v*. 

Cûe, eue, câe, le voco c&e Moriutb.^F* 9. r*. 



SUK DODO.N D£ SAINT-QUENTIN. 17 

Telle était la littérature latine en Normandie. Y avait-il à côté d'elle 
une littérature Scandinave, importation de la Conquête? On Ta pré- 
tendu, à tort selon nous. En vain a-t-on voulu voir les scaldes à la cour de 
nos premiers ducs ; on trouve çà et là de rares échos de sagas antérieurs ; 
les scaldes eux-mêmes n'apparaissent nulle part. Parmi les poèmes retrou- 
vés dans le Nord, il en est très-peu, si même il en est un seul, qui s'occupent 
des Normands de France. Les historiens contemporains ne mentionnent pas 
ces chantres païens ; la rapidité même avec laquelle la langue Scandinave fut 
oubliée est une preuve de leur absence (1). Dans cette pénurie d'hommes 
capables d'assurer leur mémoire dans l'avenir , il ne restait aux ducs nor- 
mands qu'à invoquer le secours d'un savant étranger, et c'est alors que 
Dudon vint en Normandie. 



II. 



BIOGRAPUU; DE DUDON. 

Sommaire. — InsufiQsance des renseignements sur la vie de Dudon. — Date probable de sa nais- 
sance. — Il est originaire du Vermandois. — Envoyé en mission à la cour de Normandie 
vers 987.— On Fy retrouve de 99/i à 996 et en 1015.— ^ommé doyen de SU -Quentin. — Mort 
avant 10/i3. 

Tout imparfaits que soient les écrivains du moyen-âge, il faut au 
moins leur reconnaître cette qualité, qu'ils se préoccupent moins d'eux- 
mêmes que des ouvrages qu'ils composent. Aussi, loin d'avoir à redouter 
chez eux cette surabondance de mémoires personnels et de détails intimes, 
maladie d'un temps plus avancé , on est réduit à souhaiter que nos vieux 
auteurs eussent été moins discrets sur eux-mêmes. Dudon , souvent trop 
prolixe à propos de faits insignifiants , est au contraire très-sobre de dé- 

(1) Parce que Wace dit que Lotbaire, quand il voulut s*einparer de la Nonnandie, « ne laiisa en la 
r jugleor ne garcbon , > Tabbé De La Rue conclut que le roi chassa les scaldes, • tant il redoutait V'ny- 
fluenoe de leurs chants {Eêtait hiitoriquenur Us Bardeê, etc., préf., p. lt). D'abord ces jongleurs pouvaient 
n'être pas des scaldes; ensuite on sait que les trouvères placent des jongleurs partout et que, toutes les 
fois qu'ils veulent représenter un méchant prince, ils les font maltraiter par lui. M. Éd. du Méril a repro- 
duit l'opinion de l'abbé De Li Rue, mais sans la Tortifier, dans son Histoire de ta poéne tcandinave^ 
p. 810-311. 



cor 



18 ÉrWE HISTOBIQUE ET CRITIQUE 

tails sur sa vie, et les sources étraog^-es soot loin par malheur de coin- 
penser pour nous cette sécheresse. 

On ne sait pas au juste le lieu ni Tannée de sa naissance. On peut par 
induction indiquer le milieu du X^ siècle , de 960 à 965, tout au moins ; 
une date postérieure nous parait inadmissible (i). Peut-être St- 
Quentin Tut-il sa patrie ; à coup sûr , il était du Yermandois. Certains 
auteurs, en ajoutant à son nom Fépithète de Neu$triu$^ semUent inférer 
qu'il avait une origine normande. Cette opinion, bien qu'elle se trouve 
dans Héméré, dans Yossius, dans le Gallia chrisiiana et ailleurs, n'a 
d'autre fondement que la nature du sujet traité par Dudon (2). M. Depping, 
en faisant de Dudon un moine de Jumiéges, conunet une erreur semblable 
et le confond avec son abréviateur, Guillaume Calcul, dit de Jumiéges. 
Sur ce point , le témoignage contraire de notre auteur est tout-à-fait 
formel (3). 

Sa famille ne nous est pas mieux connue que le lieu et l'année de sa 
naissance ; et nous en sommes encore réduits aux conjectures sur les soins 
qu'on prit de son éducation ; nous aurons d'ailleurs lieu de voir qu'elle 
fut aussi complète que le comportait le temps, et c'est sans doute à son 
mérite qu'il dut d'être envoyé par Albert I". , comte du Yermandois, pour 
remplir auprès de Richard I". une mission importante et délicate , vu 
l'état peu amical des relations entre les deux princes. 

C'était en 986 , en 987 au plus tard (&) : Hugues Capet s'apprêtait à 



(i) Nous nous appayoof tiir un fait de la vie de notre aoteor, dont la date est certaine, son ambassade 
auprès de Richard I*'., en 987. Il ne pouvait alors avoir moins de Yingt-doq à trente ans. Dans un de 
ces vers Dudon dit, de lui-même : 

In riUm miseram me quioa decenoia Tenant. 

Malt de quelle époque Taut-U soustraire ces cinquante années ? La date de la publication de son histoire 
est dlflkile à préciser. Nous croyons qn*il faut la fixer peu après 1015. En déduisant de ce chiffre une cin- 
quantaine d*années on retrouve à peu près notre date. 

(S) Ihido Neuêtriuâ, Héméré, Augusta Viromanduorum vindieata et illustrata, p. 110 ; Vossius , De 
UisturieU Uitiniê , p. 556; GalUa ekriêtiana, L IX, c. 10A5, A ; Saxo Grammaticuscumannotationibits 
Stepbani , p. 1. 

(S) Depping, Expédition» nuritima du Normand», édit. 18^, p. S59. Dudon indique bien qu'il 
n*était pas Normand : • Sed quod oolonus non fui quondam tuus, • dit-il, en s'adressant à la ville de 
Rouen et à la Normandie en général. Cf. Orderic Vital , édiL Le Prévost , t. II . p. 8. 

(4) Lothario rege defunetOt Hugo dux intronUatu» e»t in regno, Dudon ne tient pas compte du règne 
de Louis V. La mort de Loliiaire est de 986 ; celle de Louis, de 987. 



SUR DUDON DE SAINT-QUEISTIN. 19 

chevaucher contre Albert qui, craignant les suites d'un combat, envoya son 
clerc solliciter Tintervention pacifique de Richard. Dudon réussit dans sa 
mission , et fut accueilli avec honneur dans une cour où Ton Taisait effort 
pour attirer ou retenir les savants. Il visita les principaux monastères , et 
parait avoir affectionné surtout celui de Fécamp. Il reçut dès-lors des 
marques de la générosité du duc Richard , qui lui donna deux bénéfices 
ecclésiastiques situés dans le pays de Caux (1). 

Nous savons encore par notre auteur lui-même qu'il était à la cour de 
Richard • mare frequentativo » deux ans avant la mort de ce prince , 
c'est-à-dire de 994 à 996 (2). C'est alors que le doc lui demanda d'écrire 
une histoire des Normands : ce que Dudon , après quelque résistance , lui 
promit d'accomplir. Il dut retourner ensuite dans le Vermandois ; mais il 
revînt encore en Normandie et, en 1015, Richard II, confirmant et modi- 
fiant la donation de son père, transféra aux chanoines de St -Quentin 
les biens accordés à Dudon, qui ne s'en réservait que l'usufruit. Dudon 
voulait-il par là gagner les bonnes grâces de son Chapitre et s'en faire 
nommer le chef? Si tel était son but, il l'atteignit; car peu de temps après, 
en publiant son ouvrage, il prenait le titre de doyen de la Congrégation de 
St. -Quentin (3). 

La fin de sa vie et la date de sa mort nous sont également inconnues. 11 
est certain cependant qu'il avait cessé de vivre avant 1043, puisqu'on lui 
trouve alors un successeur au doyenné de St. -Quentin (4), et qu'il n'obtint 
pas, au moins rien ne l'indique, une dignité plus élevée. Moreri et, à sa suite, 

« 

la Biographie universelle , à l'article Dudon , disent qu'il était mort avant 
1026 ; mais ils ont été apparemment trompés par une phrase de Y His- 
toire littéraire de la France où il est question , non de la mort de Dudon, 
mais delà publication de son ouvrage (5). 
Voilà tout ce que nous savons de la vie de notre auteur. Quant à ces dé- 



(1) Voyei la charte publiée dans le GoUia chrùtiana, t. XI, Inêtrumenta, col. i, diaprés Héméré , 
Augutta Viromanduorum vindicata et illuêtrata, p. iiO. Le texte est souvent buUf; nous le publions de 
nouTeau d'après Toriginal cooserré, ce qui en reste du moins, à la Bibliollièque Impériale. 

(3) Du do, lib» III, praefot, ap. Duchesoe, p. 56. 

(8) Dudo super congregatîonem Sancti Quintinl decanus. 

(A) Galtia ehrUtitma^ L IX, c 1045 A. 

(5) Moreri, t*. Dudon ; Michaud, Biographie uni^erseile, v*. Dodoh; Histoire littéraire de la France, 
L VII , p. 257. 



20 ÉTUDE HISTORIQUE ET CRITIQUE 

tails plus intimes que nous aimerions à connaître, sur les mœurs , sur le 
caractère de notre premier historien , ils font complètement défaut , et son 
ouvrage ne suffit pas pour nous les dévoiler. Si nous le jugions avec ce prin- 
cipe : le style , c'est Thomme , il nous faudrait croire que Dudon avait 
beaucoup d'enflure dans les idées, mettait peu de mesure dans ses ju- 
gements , dans réloge comme dans le blâme. Tel , en effet, il nous appa- 
raît dans son histoire ; mais quMl fût le même homme dans la vie privée et 
dans son doyenné de St. -Quentin , nous ne le pensons pas. Un seul 
point de son caractère nous parait certain , c'est qu'il était fortement 
imbu des doctrines féodales. Dudon n'est pas Français ; il n'est même pas 
le sujet des comtes du Yermandois ; avant tout il est celui des princes 
normands; il a reçu d'eux des bénéfices, et se regarde comme leur 
vassal immédiat. Aussi emploiera-t*il à leur éloge les phrases les plus 
pompeuses, les périodes les plus retentissantes; leur cause sera la 
sienne, leur succès son succès. Il n'ira point cependant jusqu'à fausser 
l'histoire comme on l'a dit trop souvent ; il exagère seulement le mérite et 
les exploits de ses princes , et il exagère par amour et reconnaissance. Ne 
l'en blâmons pas trop ; c'est ainsi qu'il a pris droit de bourgeoisie parmi nous 
et que nous pouvons vraiment dire : Dudo Neustrius, Dudon le Normand. 



III. 



OUVRAGE DE DUDON DE SAINT-QUENTIN; SA DATE, SA FORME, SON STYLE. 

Sommaire. — Les ducs norinaDds désirent avoir ud historien; ils ne peuvent le trouver dans 
leur province. — Richard I". et Richard II prient Dudon d'écrire l'histoire de leurs aïeux ; 
Dudon leur promet de le faire. — Il n'a dû se mettre à l'œuvre qu'après 996. — On ne peut 
fixer la date exacte de la publication de son ouvrage (915-926). — Connaissances de Dudon ; 
caractère de son style, obscur par affectation, et de ses poésies trop dédaignées par les auteurs 
de VHistoirc littéraire de la France. 

Nous avons vu quel était au X*. siècle l'état de la littérature dans le 
nouveau ducbé de Normandie. Aussi, malgré Taffectation prétentieuse de son 
style, je crois à la sincérité de Dudon, quand il nous représente (1) le duc 

(1) Epittola panegyrica. 



SUR DUDON DE SAINT-QUENTIN. 21 

Richard, qui déjà l'avait comblé de bienraits, le recevant avec plus de 
tendresse encore et le priant de satisfaire le plus intime désir de son 
cœur, en écrivant Tbistoire des Normands et de son aïeul RoUon, qui leur 
avait donné des lois. Il accepta, non sans quelque résistance; mais il 
ne parait pas quMl se soit mis à Tœuvre aussitôt (1). Tout au plus il 
réunît les matériaux de son travail, et quand survint la mort de Richard I", , 
il fut même sur le point d'oublier sa promesse. Le nouveau duc et sou 
oncle, Raoul d'Ivri , la lui rappelèrent avec insistance , et il la remplit 
enfin en publiant son Histoire. Elle parut d'abord en Vermandois et fut 
dédiée à l'archevêque de Laon , Adalbéron. 

On a voulu préciser la date de cette publication. Les éditeurs des histo- 
riens de France donnent 1020, mais sans apporter de preuves. La Patro- 
logie, publiée par M. Migne , indique l'année 1029, ce qui n'est pas mieux 
démontré (2). 

Il n'est pas facile de donner sur ce point l'exacte vérité. Dudon nous dit, 
à la fin de son œuvre, qu'il est âgé de cinquante ans. S'il est né, comme 
nous l'avons supposé, vers 865, il s'agirait alors de l'année 1015; mais 
Dudon, en tête de ce même ouvrage , prend le titre de doyen , et il n'ob- 
tint cette dignité qu'après cette année 1015. On trouverait peut-être une 
solution à cette difficulté, en supposant que ces vers étaient faits à une 
époque un peu antérieure et que l'œuvre resta quelque temps inédite. 

La patrie de notre auteur, le Vermandois, paraît avoir été dans ce 
temps -là une des provinces qui conservèrent le plus de vie intellectuelle. 
Non loin de ses frontières se trouvaient des écoles encore célèbres et qui 
n'avaient pas trop dégénéré (3). Nous connaissons un doyen de St. -Quentin, 
Otger, cultivant la poésie (A). A l'abbaye de St.-Quentin on étudiait les 



(i) iTres de geslis Normannoruin, Ricbardi I rogatu, aggressusestlibros, biennio antehujusmoriein. • 
Dom Bouquet, U IX, p. ihi. — Dudon donne seulement la date de la prière de Birhard, et non celle du 
commencement de son traTail. Il dit même qu*à la mort de ce prince son lÎTre n'était pai encore com" 
mencé: nedum primas parte» operis attigtrat. Si nous relevons ces erreurs, sans imporlauce par elles- 
mêmes, c*est pour montrer avec quelle légèreté on a, en général, traité Dudon. 

(3) Patrologiœ eurtus completus , edente J.-P. Migne. Paris, 1859, t. CXLI , p. 605. 

(8) Histoire littéraire de la France, t. VI, p. 42. Dadon en indique plusieurs sans es nommer : Aut 
scholis Frauciscis Jam moruteris, Liv. I, praf. 

{h) Il mourut, en 928, presque centenaire. Histoire littéraire de la France, t. VJ, p. 58; l.ebeuf, ifecueil 
de dissertations pour servir à r histoire de France, t. H, p. 109. 



22 ÉTUDE HISTORIQUE ET CRITIQUE 

belles-lettres (1). L'évêque de Laon , Adalbéron , composait des vers (2). 
Dudon , élevé dans ce pays , y reçut une éducation aussi complète qu'on 
la donnait alors et , comme littérateur , il n'était pas indigne d'une atten- 
tion que les Bénédictins, auteurs de Y Histoire littéraire de la France, lui 
ont cependant refusée, de parti pris. Ses connaissances, bien qu'imparfaites, 
étaient aussi étendues et variées que le Trivium et le Çuadrivium. Il avait 
lu d*anciens historiens et des mythographes, comme l'évêque de Garthage, 
Fulgeuce (â). Il fait parade de science musicale , complément alors néces- 
saire de toute bonne éducation (&), et il parle volontiers d'astronomie (5). 
De plus, il avait étudié les poètes latins, Virgile entr'autres , dont il veut 
imiter les vers (6) , et cette étude, au X*. siècle, était le signe d'un 
esprit avancé ; car la question de la lecture des auteurs profanes était dès 
ce temps -là vivement discutée (7). 

Savait-il le grec ? Gomme la plupart de ses contemporains , il veut orner 
son style de mots empruntés à cette langue ; mais de là à une connaissance 
sérieuse il y a loin. Parfois il latinise ces mots grecs; parfois il les fait en- 
trer dans ses vers en leur donnant une quantité de fantaisie. Le peu de ci- 
tations qu'il fait est semé de fautes; on en doit reprocher sans doute 
quelques-unes aux copistes ; la majeure partie est imputable à Dudon. 

Il était plus fort en métrique. L'abbé Lebeuf déclare qu'il n'y a rien de 
plus obscur et de plus bizarre que ses vers (8) ; les Bénédictins n'ont 
pas même daigné leur donner un coup-d'œil ; c'est un jugement et un dé- 

(1) Histoire littéraire de la France ^ p. à6Z, Voyez une Fte de sainte Hunégonde par Bernier, abbé 
de SU-Queiitin-en-risIe, en 981. Le slyle est difl\i6 et semé d^ampliflcatlons dans le goût de notre auteur. 
Acta Sanctorum Ordinii Sancti Benedieti ,i, VI , p. 21 h» 
(î) Adalbéron, Carmen ad Rotbertum regem, dans Doro Bouquet, t X. 
(3^ Scipio, Pompeius, Cato qub, gloria Roms. — Venu» ad comitem Rodulfum, 

Auripluo quoniam Danaen vix texit ab irobri, 

Ut promit mylho Fulgentius. — Liv. I, prasf. 
Mais ici Dudon cite Fulgence k tort ; Thistoire de Danaé ne se trouve pas dans son ouvrage. 
{à) Epistola panegyrica , liv. II, praef. 

(5J II attribue le flux et le reflux de la mer « determinato cursui lune crcsoentis et deflcientis , incre- 
mento septcnarii numeri. » 
f6) Nomenque aequabit Olympo. 

Animos equabit Olympo. -> Virgile, ^neid., lib. VI, v. 781 

Quantus ad astrigerum lendit suspectus Olympum. 

Quantus ad slherium cœli suspectus Olympum. — Virgile, ^neid., lib. VI, v. 599. 

(7) Vita Sancti Odonii , auctore Jobanne. Acta Sanctorum Ordini» Saneti Benedieti « L V , p. 154 
P. Pexius, ThesauruM aneedotorum, L I, p. 7. 

(8) Lebeuf, Recueil de di$iertation$ pour êervir à Chiêtoire de Franu^ ete., t. II, p. 117. 



SUR DUDON DE SAINT-QUENTIN. 23 

dain trop absolus. Gomme pensée, il faut, il est vrai, les abandonner; 
ils sont presque toujours emphatiques ou vides de sens ; mais, dans leur 
forme, ils méritent encore Tattention des savants. Aucun auteur contem- 
porain ne fournit plus de renseignements sur la science de la versification 
à cette époque. Nous croyons avoir retrouvé dans ses vers l'essai de plus 
de vingt mètres différents. Eu voici Ténumération : T hexamètre ; — le pen- 
tamètre ; — riambique dimètre (1) ; — Tasclépiade (2) ; — le grand asclé- 
piade (3) ; — le phalécien (&) ; — le choriambique tétramètre catalec- 
tique (5);'-radonique (6) ; -- Tanapestique dimètre catalectique (7) ; — le 
dactylique tétramètre catalectique (8) ; — le saphique trimètre catalec- 
tique (9) ; — enfin, une sorte d'hexamètre offrant toujours une longue 
avant le dactyle du cinquième pied (10). 

Comme combinaison de mètres, on y trouve le distique (11) ; — une 
strophe composée d'un archiloquieu , d'un phérécratien , d'un glyconique, 
d'un adonique (12) ; — une strophe composée d'asclépiades et de phéré- 
cratiens (13) ; — une strophe saphique (1&) ; — un mélange d'hexamètres 

{i) Norùnanoic nunc prxsoles. — Li?. III. 
(S) Olim (liscipalos omnipoteos Deus 

Sacra Virgioe mairie («t«., /i«. maire) editus et salas. 
(3) Rolomage, super missa vaga liltora Sequanc — Liv. III. 
{h) Deleclor Ijrico boaremelro. — Li?. III. 

(5) Praesul praedpoe alqne (sic., lis. ac) venerande, 
Culrocn magnificum ecclesiaram. — Liv. III., pnef. 

(6) Presul amande 

El recolende. — Liy. I. 

(7) Sacri et ordinis et gradaumque. — Liv. lil. 

(8) Ponlificalis apex et honor , 
Culmen pnecipuo renilens. — Liv. III. 

(9) Qualiler vixit viguitque fecit — Liv. III. 

(10) lovidic nimium afflictus ledis et laniatas. — Ibid. 
(il) G trinum spécimen, tria summa, Deus [vigor] unus, 

PrecelleDS numeo scthereum columen. — Liv. I. prcf. 
(iS) Omnipotens columeo, 

Fomes sensificusque, 

Numen sidereum polens , 

Lttcis origo. — Liv. III, praef. 
(iS) G Ricliarde polens et probus et pius 

Dux martyrque futuro. — Liv. III. 
{ih) pius, prudens, bonus et roodestus, 

Fortis et conslans sapiensque, justus, 

Dives, insignis locup^esque, solers, 
Rex Hiigrolde. —Liv. IIL 



2/j ÉTUDE HISTORIQUE ET CRITIQUE 

et d'archiloquiens (1). ~ En général , la prosodie est correcte. On sait 
d^ailleurs, par la satire de Garnier citée plus liant, qu'on en tenait grand 
compte en Normandie. On dirait même que Dudon se défie de la critique 
des Normands qu'il dépeint très-sévère. « Si, dit-il , s'adressant à son ou- 
vrage qu'il veut garder inédit, si, impatient, tu saisis la clef et forces la 
porte , si tu vas dans ce pays habité par un peuple subtil , les Normands 
flagelleront le poète malencontreux (2). » 

Mais il y a bien de Taffectation dans cette modestie. Armé d'un savoir , 
alors considérable, et décidé à entreprendre la tâche laborieuse d'écrire une 
histoire, Dudon s'abandonna à d'ambitieuses conceptions. Il dédaigna 
d'imiter les chroniqueurs vulgaires qui enregistraient les faits au jour le 
jour ; il ne parait pas s'être occupé de rechercher à toutes les sources la 
suite des événements : il se contenta des matériaux , par bonheur excel- 
lents , qu'on lui donna et ne visa qu'à une chose , à les présenter en beau 
style , à la façon des grands historiens de Tantiquité. 

Parmi les auteurs de la période carlovingieune, il est facile de reconnaître 
une école commençant au IX*. siècle, se continuant au X*. , et qui ne serait 
pas mal caractérisée par le nom A' école pittoresque. Les auteurs qui s'y 
rattachent s'eflTorcent d'animer leurs récits , d'y jeter la vie et la couleur 
locale. Leurs descriptions sont parfois brillantes , leurs récits souvent 
coupés de dialogues. Tels sont Éginhard, le moine de St.-Gall , Ermold 
Nigel. Dudon, évidemment , a marché sur leurs traces ; il a voulu même 
aller plus loin qu'eux et mettre en lumière tous ses talents par l'emploi al- 
ternatif de la prose et des vers , suivant le goût déplorable et alors si re- 
cherché qui commençait à se répandre (3) . 

En général , son style est diffus , sa phrase chargée de mots ; à première 
vue, elle éblouit les yeux comme un faux coloris ; des assonnances recher- 



(i) Quem régale decus sceptrum passimquecoruscum 

Juctilul eximium. — Liv. 111. 
(2) Si impatiens réfutes ciavim» nunc obice demplo, 
El in [tresl proprias argulx plebis in ora [s] 

Invilum («iV., peut-être^ invisum) quatient Normanni verbere valem. — Liv. I, pncf. AUocutioad 
librutn, 
(8) V. Vie de saint Chaffre (Theofridus ). Acta Sanctorum OrJinis Sancti Bcncdicti, t. III, part. I, 
p. 481. — Voyei Historia translationis ccrporis iancti Comelii papœ apud Cotnpcndîum û^m hehe^t , 
Hecueil de dissertations pour servir à Cllistoirc de France , t. I , p. 858. 



SUR DUDON DE SAINT-QUENTIN. 25 

chées avec soio (1 ) , autre influence du mauvais goût de l'époque , fatiguent 
sans cesse Toreille. Tantôt il affecte les formes archaïques (2) ; tantôt il laisse 
percer, dans des tournures nouvelles, le génie naissant de la langue fran- 
çaise. En somme , la première impression qu'il produit ne lui est point 
favorable. Mais lorsqu'une lecture soutenue , répétée , a rendu maître de 
son œuvre, on y découvre, au milieu des nombreux défauts qui appartiennent 
au temps, des qualités réelles, propres à Fauteur. Historien, il est véri- 
dique et sa narration ne manque ni d'intérêt ni de vie. On peut lire , 
comme exemple , le récit de la délivrance du jeune Richard I". 



(1) C*esl celle déplorable afleclation qu'il faut accuser du grand nombre de mois superflus qui sur- 
chargenl ses phrases; elle le pousse même au contre-sens. Ainsi, par exemple, Ragnold et Hasting, battus 
par RoUon : 

Bagnoldus et Haslingus cvlerique comités, 
lllic cunctos mortuos considérantes , 

Terga vertenles , 
Fugam expetivcrunt hilares, — Liv. JJ. 

(2) Legibus et dudbus verbe induptrabat amko. — Lib. 1 , praef. 



26 ÉTUDE HISTORIQUE ET CRITIQUE 



IV. 



SOURCES AUXQUELLES A PUISÉ DUDOPf. 



Sommaire. — H ne paraît s'êlre servi d'aucune chronique ; il n'esl guère que le rédacteur de son 
œuvre ; il tient tous ses renseignements de Raoul, comte d'Ivri, frère de Richard I*'. — Existe- 
t-il une histoire des Normands antérieure à celle de Dudon ? Erreur des auteurs de V Histoire 
littéraire de la France et de Tabbé des Thuilleries à ce sujet. 



Nous n'avons encore jugé le mérite de Dudon qu'au point de vue de la 
Tonne qu'il a donnée à son œuvre. Une question beaucoup plus importante 
est celle de savoir où il a pris ses matériaux, ce qu'ils valent, et par suite 
quelle confiance on peut avoir en son récit« 

Une chose certaine , c'est qu'il n'a vu qu'une partie des événements 
qu'il raconte. Il faut donc savoir d'où il a tiré, pour les faits antérieurs, les 
éléments de son travail. 

Les matériaux de cette histoire des Normands, quant à la période qui 
précéda leur établissement en Neustrie , étaient dispersés dans un assez 
grand nombre de chroniques, et il aurait fallu, pour les connaître, visiter 
les principaux monastères du temps : en France, ceux de St.-Bertin et 
de St.*yaast; en Allemagne, celui de Fuld (1). Pour ce qui concerne 
Bollon et les premiers ducs , il fallait aller à Reims, y voir la Chronique 
deFlodoard et l'^t^^otr^ de Richer. Dudon ne fit pas tant de recherches. 
Des critiques modernes (2) l'ont représenté comme un plagiaire, for- 
mant son ouvrage de morceaux pillés çà et là dans les chroniques et assez 
mal ajustés. On ne pouvait lui faire un reproche moins fondé. Une étude 
très-attentive de son œuvre ne révèle aucun emprunt à des ouvrages 
étrangers. 

En Normandie , il est douteux qu'il ait trouvé beaucoup de monuments 



(i) Pertz, Monumenta script, A> H, p. 3S8. 
(2) Licquet et A. Le Prévost. 



SUR DUDON DE SAINT-QUENTIN. 27 

écrits. Toutefois , un passage de son histoire donne à penser qu'il existait 
déjà des renseignements manuscrits au moins sur le règne de Rollon (1). 
Parlant d'une guerre qui était sur le point d'éclater entre ce prince et le roi 
de France, dont on avait mis à mort deux envoyés secrets, Dudon ajoute : ? Ce 
qui se passa entre Robert (Rollon) et le roi ne sera pas rapporté ici ; car 
on le peut lire ailleurs (2). - Ailleurs ne désigne certainement pas un autre 
endroit de son livre; maisnousignoronsàquel document il Tait allusion. Les 
chroniques contemporaines, celles dites de Caen, de Rouen, du Mont- 
St. -Michel, qui sont postérieures à l'ouvrage de Dudon, ne renrerment rien 
de semblable. Toute conjecture sur ce point nous paraîtrait téméraire ; nous 
avons cru cependant devoir soumettre le Tait à l'attention du lecteur. 

Dudon aurait-il donc inventé les Taits qu'il raconte? Plusieurs n'ont pas 
craint de le dire; nous pensons tout le contraire, et c'est ici le point ca- 
pital de la justification du vieil historien. 

Nous avons constaté le désir ardent qu'avaient les nouveaux ducs de 
Normandie de perpétuer le souvenir de leurs actions, en les consignant dans 
une histoire. Le comte d'Ivri, Raoul, avait pris soin de recueillir toutes les 
traditions de la famille ducale , et il se trouvait en bonne position pour le 
faire, puisqu'il était frère de Richard P'. , et qu'une seule génération le 
séparait des conquérants. C'est lui qui sollicita vivement Dudon à écrire 
son livre, et il parait se l'être particulièrement attaché (3). Aussi, quand 
le doyen publia son œuvre , il déclara dès la première page que le fond 
en appartenait entièrement au comte d'Ivri (A). 

Mais quelle forme avaient les matériaux amassés par le guerrier nor- 
mand ? Cette question , qui n'a encore été qu'effleurée, mérite un moment 
d'examen. 

Un savant du dernier siècle, très-versé dans la connaissance de notre 
histoire de Normandie , l'abbé des Thuilleries , n'a pas balancé à y voir une 



(i) DndoD D0U8 dit, de THistoire de Normandie, qu*elle a été : 

Non cognita canctis 

Crédita nec tentata paucis. — Lif . III. 
(3) Quid acddit inter Carolum et Robertum hic non memorabitar, quia aliaê legitur. Lif. II , 
8ub fine. 

(8) y^nvA ad comitem Rodalfam fofiiij operiê retatorem. Liv. I. 

(A) C*est le comte d'Ivri, selon la charte de 4015, qui sollicita les fafeurs de Richard pour le chanoine 
de St-QuenUn. 



28 ÉTUDB HISTORIQUE ET CRITIQUE 

œuvre écrite, qui aui*ait même subsisté à côté de celle de Dudou (1). 
Son opinion se fondait d'abord sur un texte de notre auteur : 

Cujtts quae constant libro hoc conscripta relatu 
Digessi (2). 

Mais les mots relatas, relaior n'ont pas un sens assez précis et signifient 
plutôt récit fait de vive voix qu'histoire rédigée (3). Pourquoi d'ailleurs le 
comte aurait- il, avec tant d'insistance, pressé Dudon de refaire ce qu'il 
aurait fait déjà lui-même ? Une seconde raison apportée par l'abbé des 
Thuilleries a plus de valeur en apparence. Guillaume de Jumiéges termine 
ainsi l'histoire de Richard 1". : « Hœc hucusque digesta , prout a Rodulfo 
comité j hujus ducis (Rieur di) fratre, magno et lionesto viro, narrata sunt, 
collegi (4). » On remarque, en effet, plusieurs différences entre les deux 
historiens, et nous aurons lieu de constater que Guillaume de Jumiéges 
n'a pas copié servilement Dudon. Mais c'est interpréter, selon nous , trop 
largement son texte, que d'y voir un livre qu'il aurait eu entre les mains : 
il faut l'expliquer par un passage de sa préface , oii il dit : « Principium 
namque narrationis usque ad Ricardum II a Dudonis, periti viri, historia 
collegi, qui quod posteris propagandum chartœ commendavit a Rodulpho 
comité, primi Ricardi fratre , diligenter exquisivit (5). » C'est ce que 
répète Ordéric Vital , et ce qui démontre que , dans les deux passages , 
Guillaume de Jumiéges ne parle que d'une seule et même chose, désignant 
l'histoire des ducs, tantôt par le nom de son rédacteur Dudon, pour ainsi 
dire, tantôt par celui de son auteur, Raoul d'Ivri, dont la naissance et le 
caractère emportaient une plus grande idée de véracité. 

Il est un dernier argument, qu'on n'a pas encore produit, il est vrai, maisqui 
pourrait l'être sur la foi de \ Histoire littéraire de la France, où l'on ne pren- 
drait qu'une erreur. « On conserve, y est-il dit, dans la Bibliothèque Cotto- 
nienne et dans celle de l'abbaye de St.-Évroult, au pays d'Ouche , en Nor- 

(1) Dissertation sur ta mouvance de Bretagne, sans nom d*auleur. Paris, 1712, p. 20-21. 

(2) Dudo, liv. I , prxf. 

(3) V. Ducange, V. rblatabe. C'est aussi l'opinion de M. WaiU , ap. Perli, Monumenta script.,, 
t. IV, p. 03. 

(â) Wilielmus Gcmmelicus ap. Ducbesne, Uistoriœ Normannorum scriptores antiqui, p. 2^8, A. 
(5) Id., ibid,, p. 215, B. — Orderic Vilal, édit. d'A. Le Prévost, L H, p. 2, et t. III, p. 85. 



SUR DUDON DB SAINT-QUBNTIN. 29 

mandie, une histoire des Normands jusqu'à la mort du duc Richard 1"., 
en 996, laquelle est, dit-on, beaucoup plus ample que celle qu'en a donnée 
Guillaume de Jumiéges (l). » Ces paroles semblent supposer Texistence 
d'une histoire distincte tout ensemble , et de celle de Guillaume de Ju- 
miéges et de celle de Dudon. Certes , ce serait là un monument bien im- 
portant pour notre province ; le malheur est qu'il n'existe pas. 

D. Rivet s'appuyait sur des renseignements fournis par Montfaucon qui, 
sans doute, n'avait pas vu les manuscrits dont il parlait (2). Nous les 
avons retrouvés ; nous avons contrôlé l'assertion , et le fait est qu'ils con- 
tiennent l'un et l'autre l'ouvrage de Dudon, moins les vers. Les auteurs 
du Catalogue de la Ribliothèque Cottonienne n'ont pas osé se prononcer; 
mais une note de l'abbé De La Rue, citée par eux (3) , ne permet pas le doute. 
11 en est de même pour le manuscrit de St.-Évroult, conservé à Aleuçon ; 
et qui, nous nous en sommes assuré, renferme bien l'ouvrage de Dudon (&). 
Les poésies y manquent , il est vrai , et c'est ce qui a causé dans les deux 
cas l'erreur des Bénédictins, qui connaissaient fort peu notre auteur; on 
verra bientôt pour quelle cause. Ils auraient dû cependant être avertis par 
Duchesne, qui déclare, dans la préface de sou édition , s'être servi précisé- 
ment d'un manuscrit semblable, dans lequel les vers faisaient également 
défaut (5). 

C'est d'ailleurs un fait digne de remarque que cette suppression des vers 
de Dudon, ce qui réduisait son œuvre à la partie purement historique , 
c'est-à-dire à ce qui lui appartient le moins en propre, et provient plus spé- 
cialement du comte d'ivri. 

(1) Bistoire littéraire de la France, t. VI , p. 505. 

(3) Montfaucon, Bibliotkeea bibtiotheearum manuscriptorum nova, p. 636, G . et 1371, B. 

(S) t Notandum i«. quod ista Normannorum Uistoriu scripta fuerit a Dudone, decano Sancti Quiiitini, 
fedeo preliosior YÎderi debel iste codci, quod in eo non leguntur ruslica illa carminu quae Dudonis opus 
apad Duchesniam contaminanl ; notandum 3*. bistoriam illam non esse fusiorem quam apud Guillelmum 
Gemmeticensem , qui perduxit historicum suum opus usque ad Guillelmum Conquestorem et filios ejus, 
cum Dudo perduxit suum taolummodo usque ad Ricardum 1 ducem Normannorum, id est ad aouum 996. • 
La première remarque est fondée; la seconde n*esl pas juste. Le mot fusior, employé par Montfaucon et 
le Catalogue, veut dire plus détaillée, et non embrassant une plus longue période. V. Catalogué of the 
manuêcripi» ofthe Cottonian Library depoêited in the Bristish mifsaiiii. 

(A) Ce manuscrit, dont la provenance est certaine, est conservé à la bibliothèque d*Alençon, n». 20; 
jadis 133 de SL-ÉTroulL 1\ a déjà été cité par M. Delisle {Notice sur Orderic Vital^ p. LI). 

(5) In hujus edilione duobus codicibus usus sum : uno.... altero... qui solus carmina varia exhibuit. 
Nec illa lamen prKtermissa volui, ne fidem hisloric minuisse quibusdam viderer. — Hisi» Norm» êcript. 



30 ÉTUDE HISTORIQUE ET CRITIQUE 

Nous croyons donc ayoir suffisamment démontré que Dudon écrivit la 
majeure partie de son Histoire^ d'après les renseignements du comte Raoul, 
autorité fort respectable ; que c'était là uu fait si notoire , et que ces ren- 
seignements étaient si détaillés, qu'on croyait lire moins l'œuvre du Doyen, 
dont les copistes supprimèrent souvent les amplifications , que le récit 
même du prince normand. 



ir. PARTIE. 



I. 



EXAMEN CRITIQUE DU LIVRE ]•'. DE L*OUVRAGE DE DUDON. 



Sommaire. — Coup-d'œil sur Tensemble du livre. — Détails géographiques fournis par Dudon ; 
source de ses méprises. — Détails ethnographiques; explication probable de Torigine troyenne, 
attribuée par Dudon aux princes normands. — Causes des invasions des hommes du Nord au 
VII K siècle. 



Ce livre , qui renferme ce qu'on pourrait appeler la partie héroïque de 
Touvrage de Dudon, a pour titre Hastingus, Hasting, nom d'un fameux 
guerrier normand dont nous aurons bientôt à discuter Tbistoire. Mais, 
avant de s'occuper de lui , Dudon a fait une sorte de préambule , moitié 
géographique, moitié ethnologique, qu'il est nécessaire d'examiner un 
instant. 

I. c Quant à la géographie , dit D. Rivet , en parlant de l'état des 
sciences au W siècle, il semble qu'il était rare qu'on en eût même les 
premières notions (1). » Dudon n'est pas en droit de protester contre cet 
arrêt. Rien n'est plus confus que sa géographie, et ce qui produit surtout 
cette confusion, c'est qu'ayant à parler de contrées inconnues, il a cherché 
dans les auteurs anciens un savoir qui lui faisait défaut. Ceux-ci n'avaient 
guère de notions sur les pays du Nord ; et le peu qu'ils en eurent , 
Dudon ne sut pas même le retrouver. L'ignorance était si grande que l'on 
confondait tout , le Nord et le Midi ; on appelait les Danois ( Dam) du 
nom des Daces (Daci), les Suédois fSueci) du nom des Suèves (Suevi). 

(i) Hiêtoire tittéraire de la France , t VI , p. 59. 



32 ÉTVDE HISTORIQUE ET CRITIQUE 

Or, Paul Orose ayant, dans une Géographie du monde connu, assez 
bien décrit la Dacie véritable , Dudon s'appropria ses expressions pour 
décrire le pays des Normands, le Danemarck; il y plaça, déplus, les 
Sarmates, les Amaxobes, les Tragodites, les Alains, noms de peuples qull 
avait lus sans doute dans un récit des invasions du Y^ siècle (1). 11 est 
encore évident qu'il se souvenait d'une lecture de Jornandès, chez lequel 
il trouvait toutes faites plusieurs phrases rendant assez bien les idées quMl 
voulait exprimer (2). 

I^ description du Danube est prise, en grande partie, du même Jor- 
nandès et de Pline (3) ; mais Dudon , en voulant y ajouter le nom de la 
montagne oii le fleuve prend sa source, l'appelle jétnoe ou Hatnœn, sans 
que l'un ni l'autre nom soit exact. II avait probablement mal retenu le 
nom ^Abnoba, qui, à peu de chose près, est encore celui de cette mon- 
tagne, TAbnow, en Souabe. 

II. La question d'ethnographie n'est pas traitée d'une façon moins sin- 
gulière. « Les Danois , dit notre auteur , sont appelés par les leurs Danai 
ou Daudet se vantent de descendre d'Anténor (A). » Puis il cite à l'appui 
deux fragments de vers de Virgile, empruntés au livre I". de V Enéide^ 
où Ton parle du même héros, il est vrai , mais dans un autre ordre de tra- 
dition (5). B 



(1) t Majores nostri orbem totius terne, Oceaui limbo circumseptum, triquadrum statuere ejusquetres 
partes, Asiam, Europam et Arricam ▼ocaTerunt.>-Ab oriente Alaoia est, In medio Dacia ubi et Gothia; 
deinde Germania. > Paul Orose, Adoerauê paganos, lib. VIL Si Dudon n*a pas copié Orose directement , 
il l*a copié dans Isidore de Séville, Origines, I. XIV, c. ir. 

(2) Jornandès parle des Dani, qu'il place tn Scanzia, De rebu» Getieis, ap. Muratori, Scriptoreê rerum 
Italicarum, L 1, 1'*. partie, p. 198, col. 3, A. C'est de lui que sont ces expressions: f Oflficlna gentium aut 
certe velut vagina nationum. » Ibid., B.— Dacia est ad coronae speciem arduis Alpibus emunita. Ibid, , 
p. I9A, col. i, D. 11 est curieux de voir Dudon copier de mémoire Jornandès, qui, lai-mème, n'avait 
guère écrit que sur des souvenirs, comme il le dit dans son Éptlre dédicatoire. 

(8) Jornandès, De rébus Getieis, Ibid,, p. 198, col. 2, A. 

(A) Igitur Dani nuncupantur a suis Danai et gloriantur se ex Antenore progenitos. Dodo, 1. 1. 

(5) Qui (Antenor) qoae Trojae fuerant depopulatus mediis elapsus Achivis, ilJjrricos penetravit fines. L. 1. 

Voici les vers de Virgile : 

Anteaor potait, mediis elapsiu Achivis, 
Illjricot penetrare ainiu atque intima tutus 
Régna Libumorum et fontem superare Timavi. 

JEneidot lib. I , ▼. 246 . 



SUR DUDON DE SAINTrQURNTIN. 33 

A première vue, on se croit en présence d*un essai de généalogie sem- 
blable à celles que forgèrent les rhéteurs du VI*. siècle pour rattacher les 
barbares, conquérants de l'Empire, à la famille de Priam, dont descendaient 
les Césars. On a même reproché Tinvention de celle qui nous occupe 
à notre Dudon, qui n'en était pourtant que Técho (1). L'origine de la 
légende est plus ancienne , et il est curieux de voir comment on avait pu 
l'adopter à la cour du nouveau duché de Normandie. 

Anténor, héros d'une réputation douteuse, puisque plusieurs récits en 
font un traître , était long-temps resté dans le souvenir des anciens peu- 
ples du Midi. Suivant les uns, il avait, après la ruine de Troie, habité 
l'Ulyrie, puis la haute Italie oii il avait fondé Padoue; selon les autres, il 
s'était retiré dans la Thrace, pays de sa femme (2). Quand les Francs du 
yp. siècle voulurent avoir une origine troyenne , leurs généalogistes ne 
trouvèrent rien de mieux à faire que de les rattacher à Anténor, qu'ils 
conduisirent, à la tète de douze mille hommes, sur les bords du Tanaïs, 
puis de là en Germanie , où ils lui font bâtir Sicambrie , ville capitale du 
pays des Francs (3). 

Telle était la légende lorsqu'au VHP. siècle la prédominance des Francs 
d'Austrasie fit naître des rapports plus fréquents entre les sujets des rois 
mérovingiens et les peuples du Nord , les Angles et les Saxons. Ceux-ci , 
après l'invasion gothique du IIP. siècle, s'étant trouvés en contact avec les 
Scandinaves , avaient adopté le culte odinique. Les Francs reçurent ainsi 
quelques traditions qu'ils fondirent avec les leurs en les reportant dans leur 
histoire. La légende romaine d'Anténor et de Francion, et une légende Scan- 
dinave de Turkot , prince non moins Troyen , se trouvèrent alors amal- 
gamées et ne formèrent plus qu'un seul récit (A). 

On conçoit dès-lors que les ducs normands aient, avec empressement, 
adopté des traditions en partie nationales et qui leur donnaient avec les 
Francs une origine commune. Dudon, qui les trouva sans doute à la nou- 
velle cour de Normandie , consigna cette opinion dans son Histoire , en 



(i) Langebeck, Scriptoru rerum Danicarum medii (rvt, I. V, p. 219. 

(2) V. Servius, ad jEneid., 1. I, v. 2A8 ; — Niebubr, Histoire romaine, trad. de Golb^ry, t. I , p. 25Â. 

(3) Getia regum Francorum^ ap. D. Boaquel, L 11 , p. 5A2 , A. 

(A/ De Péligny, Éttkdeê êur Chistoire^ les lois et les institutions de P époque mérovingienne, t. I, p. 99, 
où Ton àitVBcrvarar saga ;— Aimoin, De gestig Franeorum, lil». I, n**. i et2, ap. D. Bouquet, 1 111, p. 29. 



3& ÉTUDE HISTORIQUE ET CRITIQUE 

rappuyant maladroitement des vers de Virgile ; mais il ne Ta pas inventée, 
comme Ta dit Saxon-Ie-Gramraairien (l). Ce qui le prouve, c'est que 
nous voyons (Guillaume de Jumiéges, développant ce passage, y ajouter 
beaucoup de faits pris dans Jornandès et dans Frédégaire, où se trouvent, 
en premier lieu, ces anciennes traditions des Goths et des Francs, que 
les ducs de Normandie avaient postérieurement adoptées. 

Quant à ce nom de Danai , Dudon, pour l'appliquer aux Danois, l'a 
détourné de son vrai sens avec la même ignorance. C'est un souvenir 
d'Isidore de Séville, qui le donne plus justement aux Argiens et à leur roi 
Daunus (2). Ajoutons que la légende de Magog, fils de Japhet et père des 
Goths, par conséquent des Normands, selon Guillaume de Jumiéges, pro- 
vient de la même origine (3). 

III. Dans le même paragraphe, Dudon traite des causes des émigrations 
des Normands. 11 les attribue à la trop grande population de ces contrées, 
produite par la polygamie , et devenant à son tour la cause de querelles 
et de guerres fratricides (4) . Cette assertion du Doyen renferme un mé- 
lange d'erreur et de vérité. 

L'eiTeur vient de ce que Dudon a pris une population trop nombreuse , 
eu égard à ses ressources, pour une population ^m-nombreuse. Elle re- 
monte d'ailleurs aux historiens de la Décadence , et Dudon a pu l'em- 
prunter à Jornandès (5). La principale cause des invasions barbares est 
dans l'aspiration naturelle de peuples à peu près nomades vers des con- 
trées plus riches et un climat plus doux. 

La coutume Scandinave d'expulser la partie surabondante de la nation 
ne parait pas contestable. Dudon est le premier historien du moyen-âge 
qui la constate nettement ; car le traité apocryphe attribué à Odon de 



(1) « Quanquam Dudo... Danos a Danais orlos ouucupalosque recenseat. > — Saxo Gramm., 1. 1, intf. 
Sahm attribue IMoveotion de la légende à Guillaume de Jumiéges (Seriptort»r€rumDanicarum,L V, p. 
219, note 3J. L*lnvention n^est ni de l*un ni de Tautre. 

(2) Danai a Dano rege vocali. Isidori Hispalensis Origine», Paris, 1601 , p. 119, B. La suite prouve 
qu'il s*agit des Grecs. lidem et Argivi ab Argo condilore cognominati. 

(8) Gothi a Magog Glio Japhet nomiuati putanlur ullims syllabs similitudioe , qaos veteres magis 
Getas vel Golhos vocaverunt. — Isidori Hlspaleusis Origines, p. 120, B. 
(A) Dudo, p. 62. 
(5) Jornandès, De rebuê Geticis, ap. Muratori, Scriptoreê rerum Italicarum, L 1, 1'** fiart., p. 198, B. 



SUR DUDON DE SAIM'-QUEÏSTIN. 35 

Cluny, loin d'avoir précédé notre auteur, comme on Ta dit, lui est de 
beaucoup postérieur (1). Avant lui, on n'en trouve d'autre mention que 
dans Paul Diacre (2). Dudon recueillit sans doute cette tradition en Nor- 
mandie: et ce qui tend à le prouver, c'est qu'on la retrouve dans Guil- 
laume de Jumiéges avec de nouveaux détails, sur le droit d' aînesse, par 
exemple (3). 

Ces assertions, d'ailleurs, s'accordent avec l'histoire Scandinave. La 
pauvreté de la Norwége était proverbiale ; des famines fréquentes désolaient 
ce pays, le Danemarck, la Suède même, contrée relativement plus riche. 
Une tradition rapporte encore que, sous le roi jutlandais Snio, on proposa 
de tuer quiconque était incapable de porter les armes ou de labourer la 
terre. C'est alors qu'une femme, Gunborg, pour sauver au moins la vie de 
ses enfants, fit substituer à la mort l'expatriation (A). Ce fait est-il vrai? 
Nous ne voudrions pas l'affirmer ; mais la tradition, dans son ensemble, 
est incontestable. 

Quant à la polygamie, que Dudon nous indique comme étant d'un usage 
fréquent dans le Nord , les Sagas en citent plus d'un exemple. Elles re- 
présentent, entre autres, le roi Harald vivant, à la mode orientale, avec 
quinze femmes et quinze concubines, dont il avait une vingtaine de fils (5). 
Ce que nous savons des mœurs des premiers ducs normands et de leurs 
sujets confirme encore l'assertion du Doyen. Quelqu'un l'a combattue, en 

(i) Tractatui Odonis, abbatis Cluniacencis, De reveraione B, Martini a Burgundia, Biblloth. Cluaiac., 
eol. ii6. Ce traité atait été d*abord attribué à Odon (927-9^2) , et D. Bouquet avait admis cette opi- 
nion; mais l*abbé des Thuilleries, dans une dissertation spéciale, a démontré quMI était postérieur. C*est 
donc à tort que Dep^in^ {Expéditions maritimes des Normands, p. 395) déclare ce texte antérieur à celui de 
Dudon. 

(2) Paul Diacre, Bistoria Longobardorum, 1. 1, c i et n. 

(S) Willelmus Gemmeticus, I. I, c. nr. En Norwége, Talné héritait de toute la propriété foncière. V. 
Wheaton, Histoire des peuples du Nord, p. 176 : f Law oFprimogeniture was a chief cause of tbe miseries 
endured by tbis (englisb) and otber nations from tbe pirates of Scandinavia. » Lappenberg*s Engtand under 
the anglo^axons kings , translaled by Tbomas Tborpe , with additions and corrections by tbe autbor 
and tbe translator. London, 1845, 11, 17. 

(à) V. Saxo Grammaticus, Uistoria Daniœ, 1. VIII ; — Pétri Olai, Chronicon rerum Daniearum ; — 
Scriptores rerum Daniearum, t. II ; — Depping, Expéditions maritimes des Normands, p, 6. L*usage 
d*expo8er lesenAints s*est maintenu dans le Nord pendant de longues années. V. Erwbsen, De expositione 
infantium apud veteres Septentrionales; — Depping, Expéditions maritimes des Normands , p. 7; — 
Lappenberg*s England under the anglo-saxons kings, t II, p. 12. 

(5) Harald H, saga, c 38; — Olaf. Trygw. saga,c 97; — Depping, Expéditions maritimes des 
Normands, p. 25, 261. 



36 éTUD£ HISTORIQUE ET CRITIQUE 

citant Tacite et son éloge delà chasteté des Germains (1). Mais d'abord 
il faut distinguer entre les Germains un peu flattés de Tacite et les Scan- 
dinaves, ensuite entre les hommes du IP. siècle et ceux du YP., et, à plus 
forte raison , ceux du IX*. et du X". On voit donc que, pour le fond des 
choses et dans une certaine mesure , on peut admettre les causes assi- 
gnées par Dudon aux émigrations envahissantes des Normands. 

H. 

SoMMAiRe. — Hasling; sa légende au moyen-âge, trop souvent adoptée par les historiens mo- 
dernes; nécessité de rechercher et de conslaler la valeur des textes, pour établir sa biographie. 
—Ce qu*on sail de positif sur sa vie ; réfutation de quelques erreurs sur son origine, ses expédi- 
tions, son entrevue avec Rollon, son tilre de corn le de Chartres, sa mort — Prise et pillage de 
Luna, en Italie; séjour de Elasting à Test et au nord de la France, en Angleterre. — Y a-t-il 
eu deux Hasting? Les documents authentiques ne paraissent ni expliquer ni demander cette 
supposition. — Bioern, pupille de Hasling ? 

De tous les chefs normands qui envahirent la France au IX*. siècle, le 
plQS célèbre fut incontestablement Hasting. Par malheur , c'est en même 
temps celui dont Thistoire s'est transformée le plus vite en une légende devant 
laquelle la critique doit s'arrêter avec déflance. Jusqu'ici, les auteurs qui 
se sont occupés de Hasting n'ont rien donné qui satisfasse complètement , 
au point de vue de l'exactitude historique. Les uns, comme Grosley, qui 
lui consacre une dissertation spéciale (2), ont cousu ensemble, au prix 
de nombreuses inconséquences, tous les matériaux trouvés dans les chro- 
niques; les autres, comme Depping, effrayés par ces difficultés, mais 
n'osant les résoudre, n'affirment rien et accumulent les hypothèses (â). 
Sans espérer ni éclaircir tous les points obscurs, ni donner un récit com- 
plet et suivi , nous essaierons cependant de serrer la matière de plus près. 

La première chose à faire , c'est de s'en tenir aux textes contemporains 
et qui présentent des garanties sérieuses de vérité. 

Dudon n'étant pas contemporain , nous nous garderons de lui donner 
une confiance absolue. 11 n'y a pas de récit où il ait plus prodigué les pé- 

(i) Capefigue, Euai sur le» invasiom deê Normande, p. 369, note C. 

(3) Grosley, Éphémérides Troyennes, L II, p. 30. 

(3) Depping, Expédilionê maritimeê de$ Normande , p. 76. 



SUR DUDON DE SAINT-QUENTlX. 37 

riphrases et les épithètes. Hasting en a trente-cinq accolées à son nom, 
c'est-à-dire à peu près tout ce que la langue latine a pu fournir de qua- 
liGcations injurieuses. Toutefois, si, dans la première partie de son récit, 
te Doyen parait s'être abandonné à sa propre inspiration, et s'il Tait alors 
d'Hasting une sorte de bouc émissaire , on reconnaît évidemment dans la 
suite un récit du comte Raoul , lequel n'était qu'à deux générations de 
RoUon, qui avait pu voir Hasting. Ainsi donc , sans adopter ni repousser 
entièrement les données du Doyen, c'est en établissant de notre mieux la 
biographie du chef normand que nous ferons la critique et le complément 
de cette partie du livre de Dudon. 

Qu'Hasting ait existé , c'est un point sur lequel tous les historiens 
sont d'accord ; mais où est-il né ? Dès ce moment , les divergences appa- 
raissent. Les uns lui donnent une origine Scandinave ; les autres, une 
origine champenoise ; d'autres, euGu, une origine neustrienne. Cette troi- 
sième opinion, qui n'a pour elle aucune autorité, ne mérite pas d'être ré- 
futée (1). 

La seconde s'autorise d'un texte, sinon de grande valeur, au moins fort 
explicite , tiré de Raoul Glaber. Longuement développée par Grosley , 
elle a été suivie par Sismondi et Augustin Thierry (2). Voici ce que rap- 
porte Glaber : « Un jeune homme, né près de Troyes , à Tranquillus (3), 
dans la dernière classe des paysans, fort et robuste, d'esprit éveillé, mais 
d^ une ambition sans limites, s'engage parmi les Normands, devient leur 
chef et ravage sa patrie, sous le nom d'Hasting. » Si formel que soit ce 
récit, Glaber, auteur du XP. siècle et ami des fables, ne sufDt point pour 
l'accréditer. Ce n'est pas que nous le croyions dépourvu de tout fonde- 
ment. Ce renégat de Troyes n'est pas Hasting ; mais il a pu exister. 
L'histoire de ces temps malheureux nous fournit plus d'un exemple de 
ces abjurations de Dieu et du pays par des misérables qui s'efforçaient 
d^oublier , à force de crimes, la religfon , la patrie , la civilisation foulées 

(i) Gefffoi , Uiêtoirt des Étati ieandînapei , p. 87 , adopte Topinion qui fait naître Hasting à Troyes 
« et plus probablement en Normandie ou môme en Danemarck. • 

(S) Grosiejs Éphémérides troyenneê, U II, p. 30; — A. Thierry, Histoire de la conquête de C Angleterre 
par les Normands, liv. II, ad ann. 8A1 à 870. t D^anciens historiens assurent que le fameux roi de Lr 
mer, Hasting, était fils d*un laboureur des environs de Troyes. > Nous ne connaissons qu*un ancien* 
liittorien, Raoul Glaber, qui soil dans ce cas, et II n^est pas contemporain. Voyez Dom Bouquet, t. X, p. 9.- 

[^l Selon Doffl Bouquet^ Traneault ; selon Grosley, ThtnneHièret^ 



38 ÉTUDE HISTORIQUE ET CRITIQUE 

aux pieds. C'est par cette raison, sans doute, que la tradition populaire a 
fait du troyen renégat le plus cruel des Normands. 

Reste Torigine Scandinave. Selon nous , c'est la vraie. Dudou l'indique 
et , suivant ses premières données, fait d'Hasting un banni (1). Les autres 
chroniques conflrment cette opinion (2). Mais de quelle contrée vint-il? 
C'est ce qu'on ne peut préciser. Langebeck y a renoncé (3). Suhm, qui, au 
lieu d'un Hasting, en veut trouver deux, le père et le fils, fait naître le pre- 
mier dans la Gotbie occidentale ; les preuves manquent à son assertion (&). 

A quelle époque Hasting vint-il en France pour la première fois? Sur 
ce point encore , même incertitude. Six chroniqueurs indiquent six an- 
nées différentes (5), de 831 à 851. Dudon, plus sage, n'en donne 
aucune. La plupart de ces dates sont de pures déductions tirées d'au- 
tres dates fort discutables elles-mêmes et fort discutées, celle de 8A6, 
par exemple, qui ne repose que sur la fausse date de 876, donnée 
au premier débarquement de Rollon en Neustrie (6). Les chroniques 
contemporaines sont ici complètement muettes. Elles ne parlent d'Has- 
ting qu'en 867, mais en donnant à entendre qu'il était déjà en France de- 
puis un certain temps. Suivant quelques indices, il ravageait, en 859, les 
bords du Rhêne , oii , du témoignage de tous les historiens , les Normands 

(i) Dudon, I. I. 

(2) Guillaume de Jumiéges, ap. Ducbesne, p. 216, D. Toutes les chroniques contemporaines de St.- 
Bertin, de SL-Waast, de Réginon eu font un Danois, ou du moins un Normand. 

(3) Seriptoreê rerum Danicarum, L I, p. Â96. 

{ài Krithk historié af Danmark, t. III, p. 891 ; — Dcpping , Expéditions maritimes des Normands , 
p. 76, note 2. 

(5) 831. Cesta eonsulum Andegavensium (XIl*. siècle}, ap. Dom Bouquet, t. IX, p. 28, G. — 836. 
Livre noir de Coutances ( XI*. siècle] ; Gallia christiana, t. XI, Instrumenta , col. 217, B. — 838. Trac- 
talus de revers, D, Martini (XIII*. siècle), ap. Dom Bouquet, t. VIT, p. 318, B, et t IX, p. ii, D. — 8^2. 
Chron, Turonens, (XIII*. siècle); Ducbesne, Historiœ Normannorum scriptores antiqui, p, 25, B; Salmon, 
Chroniques de Touraine, Copie du Tractatus de revers, B, Muri,, p. 96,182. — 8A6, selon le calcul des 
Bénédictins; 8^7 ou 8Â8, selon Orderic Vital , édit. A. Le Prévost, t. II, p. 7. L'éditeur accuse Orderjc 
d*a\oir oublié qu*il a donné déjà 8A3 comme date de la première expédition des Normands; mais il s*agil 
lu de deux choses dirTércnles, et la première expédition des Normands n*est pas la première expédition 
d'Hasting : selon Le Prévost , Hasting nVsl signalé d*une manière authentique que dans le bassin de lu 
Loire et de la Bretagne en 867, 869, 882 « puis daos celui de la Somme en 890 (V. édit. d^Orderic 
Vital, L II, p. 6, note 1).— 851. Guillaume de Jumiéges, ap. Ducbesne, J/ttf. Norm. script, antiq,, 
p. 218, G ; Chronicon duplex Sancti Michaelis in periculo marisy ap. Labbe, Nova bibliotheea manu- 
scripiorum, t. I, p. 3A8 ; Dom Bouquet, t VII, p. 272, E. 

(6) Nous repoussons les dates de 831 , 836 et même 838 , comme ne concordant pas avec des textes 
certains qui, cinquante ans plus tard, font d^Hasting un homme encore dans la vigueur de Tàge. 



SUR DUDON DE SAINT-QUENTIN. 39 

De se rendirent qu'après avoir déjà désolé la France (1). On peut donc 
supposer, sans trop d'invraisemblance, que ses premières expéditions ont 
eu lieu entre 855 et 859. 

11 faut ici dire un mot d'un prétendu pupille d'Hasting, Biœrn, fils 
d'un roi deDanemarck, Bagnard Lodbrog, que le bandit Scandinave devait 
former à la piraterie. Selon A. Le Prévost , Biœrn vivait vers la fin du 
VIII*. siècle, et • ne mit jamais le pied en France » (2). Depping doute 
même de son existence et ne l'en fait pas moins agir dans son Histoire (3). 
Dudon se tait. Seul, Guillaume de Jumiéges parle de ces princes, et Ton 
trouve dans son récit un souvenir des Sagas (â) ; il est aussi difflcile de 
contester que d'admettre ce témoignage isolé. 

On cite cependant un Bagnar qui gouverna le Danemarck en 79/i , en 
8â6 au plus tard, et un autre qui périt en Angleterre en 862, et qui, 
dès lors, pourrait être le père de Biœrn (5). L'histoire Scandinave 
fournit également quelques exemples de ces précepteurs de piraterie à qui 
l'on confiait l'éducation des jeunes princes. Le récit de Guillaume de Ju- 
miéges , s'il ne s'appuie pas sur des documents positifs, n'a du moins rien 
de contraire aux mœurs ni aux usages des Normands (6). 

Ce qui résulte de textes authentiques et contemporains, c'est qu'à cette 
époque, vers 858, il y avait sur le sol de la France un chef normand, du 
nom de Biœrn , qui traita même avec Charles-le-Chauve (7) ; rien ne dit 
toutefois qu'il fût le fils de Bagnar Lodbrog, ni le pupille ou l'associé 
d'Hasting. Peut-être aura-t-on ajouté à son histoire des légendes apparte- 

(4) ÀnnaU Berlin,^ ad. ano. 858-859. 

(2) A. Le Prevml, sar Orderic Vilal, t III, p. 6, note !. 

(5) Depping, Expédition» maritimrê de» Normand», p. 78, 421. 

(A) « Qui ideo Costa Ferrea vocabalur, qnia non ci clypeus objioeretar , sed inennis in acie stans ar- 
monim irim quamcunque spenierel illanus, vehemenlissimis matris ejus infectus venenis. > Gaillaume de 
Jumiéges ap. Duchesne, p. 218, C Les Saga» à nous connues ne donnent pas ce détail ; mais elles 
fbot aussi une magicienne de la femme de Ragnar Lodbrog, père de Biœrn, à qui elles donnent un vMemcnt 
encbanlé (Voir Frandsque-Micbel, sur Benoit de Saint-Maure, t. I, p. 27, t. 207). Waoe rapporte égale- 
ment celle tradition : t Ne sai c*esl veir, met ce dit Ton > (Roman de Rou, t. I, p. 9, v. 150). 

(5) Wbeaton , Hi»toire de» peuple» du Nord, p. 197. 11 résume les opinions de Subm, de Muller, de 
Gager;— Tumer, Story of Ânglo-Saxon», t II, p. 328. 

(6) OlafHelgas fut formé à la piraterie par Ran, son père nourricier. V. Snorre Sturleêon, cité par 
Tumer, Story of Anglo-Saxon» , U I, p. 8AA. 

(7) ÀnnnL Bertin., ad. ann. 858; — Chrome. FontanelL, ad ann. 859; — Dcm Bouquet, t. VH, 
p. A8» D. 



40 ÉTUDE HISTORIQUE ET CRITIQUE 

nantà la vie des princes du même uom. Voilà tout ce que Ton peut dire à 
Tappui du récit de Guillaume de Jumiéges, qu'il nous a paru utile d'exa- 
miner en passant. 

Quelle est maintenant la part prise par Hasting aux ravages des Nor- 
mands? Selon qu'on admet les chroniques postérieures ou qu'on s*en 
tient au récit des conlemporains, il a tout brûlé, tout égorgé, ou n'a 
causé que des maux relativement bien moindres. Kotrc Uudon lui attribue 
tous les désastres et tous les crimes venus à sa connaissance, comme le 
meurtre de Tévôquc de Noyon , Immo , tué en 860 , alors qu'Hasting 
devait être à trois cents lieues de là, en Italie (1). Guillaume de Jumi^es 
commet la même faute, et, de plus, il le fait stationner à Jumiéges même, 
dans son couvent, dont il lui impute gratuitement la destruction. Or, les 
Normands , destructeurs de Jumiéges , ne venaient pas du Yermandois , 
mais étaient entrés dans le pays par la Seine ; c'était Oscher et non 
Hasting qui les commandait (2). Quant à une prétendue expédition sur 
^^, la Loire, en 2A2 , à la surprise d'Amboise, à la prise de Nantes, 
Depping (3) , Louis Dubois (4), Geffroi (5) les attribuent à Hasting sans 
aucun fondement. Le séjour qu'il dut faire alors en France, selon Grosley, 
n'est pas mieux établi. 

Nous arrivons au trait delà vie d'Hastingle plus connu et le plus dis- 
cuté, sa fameuse surprise de la ville de Luna. Ici, on ne peut méconnaître 
que l'auteur principal de ce récit , celui que les historiens n'ont fait que 
transcrire , c'est Dudon de Saint-Quentin. Là doivent commencer les tra- 
ditions qu'il a recueillies de la bouche du comte d'Ivri : sont-elles sur ce 
point dignes de foi ? Les avis sont partagés : Suhm , Langebeck , parmi les 



(1) Annal. Bertm,,n[i, Dom Boaquet, L VII, p. 75, C ; Mabillon , Annat, Bened,, lib. XXXV, D«. 50. 

(2) Annai, Bertin, , ap. Dom Bouquet, t. VII, p. 59, D. 

(8) Depping est , à Trai dire , insaisissable. Il avance d*abord que ■ c*est dans cette expédition que le 
nom d'Hasling parut pour la première fois, > et ce nom ne se trouve dans aucun texte. Puis il ajoute : 
« // se peut que plusieurs chefs aient porté le nom d*Hasting , et que les historiens francs les aient con- 
fondus, ou bien les plus anciens exploits appartiennent h un autre chef dont les Francs ignoraient le 
nom; quelques-unes des premières actions qu*on lui attribue se rapportent peut-être h un Franc qui 
aura passé pour normand, comme Passure Raoul Glaber. » Expéditions maritimes des Normands, p, 7C. 
Il dit tout et ne dit rien. 

[h) Dubois, dans la Biographie universelle de Michaud , v*. Hastikg. 

(5) Geffroi, Histoire des États Scandinaves ^ p. 87, où Ton place après 850 la prise de Nantes qui est 
(le 8A8. 



SUR DUrON DK SAINT- QUENTIN, ftl 

i 

critiques anciens ; Depping^ Wheaton, A. Le Prévost, Lappenberg, parmi les 
modernes, tiennent pour Taffirmative ; Capefigue , Licquet, Guérard, 
Paillard de Saint-Âiglan n'y voient qu'un récit fabuleux. 

Examinons d'abord les objections. — Capefigue (1) refuse d'admettre 
l'autorité de Dudon , soutenue par la seule Chronique De gestis Nor- 
tnannorum , écrite à une époque relativement moderne , et attribue le 
pillage de Luna aux Sarrazins. Mais le critique n'a pas remarqué que la 
Chronique copie, en cet endroit, les Annales très-dignes de foi de St.-Bertin. 
Sa seconde raison , à savoir que les historiens ont confondu les Normands 
avec les Sarrazins, n'est pas mieux démontrée. Les mêmes Annales de St.- 
Bertin mentionnent, il est vrai, un pillage de Luna par les Sarrazins en 
8/i9 ; mais ce sont elles aussi qui signalent, comme ayant eu lieu dix ans 
plus tard, l'expédition des Normands sur les côtes d'Italie. — M. Paillard 
de Saint-Aîglao (2) trouve l'expédition très-douteuse, et il est vrai de dire 
que, dans son livre, d'ailleurs plein d'utiles et judicieuses recherches, elle 
parait incroyable. 11 la place après 873 et fait partir Hasting d'Angers, qu'il 
aurait rendu à Charles-le-Chauve ; or, la date est inexacte, et la reddition 
de la ville peu authentique eu ce qui concerne Hasting. De plus, il ne cite 
que la Chronique éditée par Duchesne, qu'il place à tort dans le recueil de 
Bongars, Gesia Deiper Francos. — Quant à M. Guérard (3), il prétend que 
la première mention de la prise de Luna est celle d'un moine de Fleury (Jx) , 
tandis que la Chronique de ce moine est postérieure à l'ouvrage de Dudon, 
qu'elle copie presque mot à mot. 

Les objections ne sont donc pas concluantes. Mais Dudon a-t-il quelques 
garants? lien a, et, sur ce fait, l'afDrmative semble très-bien soutenue, en- 
core qu'on l'ait embarrassée de ces preuves qui ne prouvent rien (5). 

(1) Jnvaêionê dtê Normande , p. 437. 

(2) Paillard de SaiDt-Aig4aD, Mémoiit tur les invasions des Northm*m$ fur tes bords et au midi 
de la Loire ^ couronué en 1839 par rAcad^mic des Inscriptions et Beiles-Lellres; — Bibliothèque de 
r École des Chartes , l'*. série, t. I, p. 3Â&. 

(3) Cartulaire de St,'Père de Chartres^ t. I, p. 8. 
(A) Hist, Norm. script, antiq,, p. 83, B. 

(5) Les rafagei d'Hasting sur les c6tes de France et d'Espagne sont de pares hypothèses. Cest ahisi 
que M. Geffroi lui (ait libéralement honneur, si honneur il y a, d'actions accomplies de 8A3 à 8^5, c'est- 
à-dire quinze ans à peu près avanl oe foyage. C'est ainsi que Langrbeck ( Scriptores rerum Danica^ 
rum, t. 1, p. btA), Depping [Expédition» maritimes des Normands , p. il A) et Wbeaton {Histoire 
des peuples du Nord, p. 217) donnent comme preuve une prétendue Chronique de Muratori [Antiquitates 
Italieœ mêdU (rvt , t. I, col 25 ) qui ne die que le seul Dudon. C'est donc une pétition de principe. 



/^2 ÉTUDE HISTORIQUE ET CRITIQUE 

Uu fait incontestable et qui doit servir de point de départ, c'est qu'en 
859 les Normands franchirent le détroit de Gibraltar, entrèrent dans la 
Méditerranée et vinrent camper à l'embouchure du Rhône , dans la Ca- 
margue , île abandonnée depuis long-temps aux Sarrazins et aux pirates 
de toutes nations. Voilà les Normands bien près de Luna. Les Annales de 
St.-Bertin ajoutent ce fait plus significatif encore : « En 860, les Normands 
firent une excursion sur les côtes d'Italie, pillèrent et ravagèrent Vise, ainsi 
que plusieurs autres villes (t). » Or, Pise est très-peu éloignée de Luna. 
Maintenant, les expéditions des Normands en Italie n'ont pas été si 
nombreuses qu'on puisse se méprendre sur leur date. Quant à celle qu'ils 
auraient faite en 866, et qui , selon A. Le Prévost, conviendrait mieux 
à la prise de Luna, on ne saurait plus l'admettre depuis que M. Pertz a 
très-heureusement corrigé, dans le texte des Annales de St.-Bertin, pagus 
Italiœ en pagus Ytaliœ, pays d'Yssel (2). En 866, Hasting était sur les 
bords de la Loire. La date de l'expédition en Italie doit donc rester fixée 
à 860. Or, une fois la prise de Luna démontrée possible et très-probable 
par des annales contemporaines , on les complète par le récit de Dudon 
qui l'attribue à Hasting. Assurément la preuve n'est pas décisive ; mais elle 
ne manque pas non plus de fondement. 

Il serait, toutefois, téméraire de garantir tous les détails rapportés par 
Dudon. Disons seulement qu'ils n'ont rien de contraire aux mœurs des 
Normands, ni au génie de leur chef. Partout on les voit se faire baptiser 
pour atteindre leur but , agir de ruse quand ils ne peuvent attaquer de 
front. Cette prise de Luna était un exploit si constant, si conforme aux 
mœurs des Normands , qu'il s'était conservé dans les souvenirs de toutes 
leurs bandes; et, malgré le changement de forme et de ton qu'a dû leur faire 
subir le pieux Doyen , indigné de ces sacrilèges , on devine que le comte 
Raoul ne le lui avait pas raconté sans une certaine fierté nationale (3). 

C'est ainsi cnOn que Wheolon ( /frû/. ) el Depping [Ibid.) s'autorisent, à tort, de Paul Warnefrid, qui 
"J^. ne mentionne qu'une prise de Luna par le Lombard ^otharis^ en 680 (//»r. Longob.f ap. Ifaratori, 
Rerum Halicarum êcriptorcs, L I, p. 471, A), prise mentionnée par Frédégaire (Dom Bouquet, t. Ut 
p. 440, E ]. 

(1) ÀnnaL Bertin., 859-860, ap. Dom Bouquet, t. VII, p. 75, A, et 76, B. 

(2) AnnaL Bertin,, ap. Pcrli , Mon. Oerm. hut,; -^ Làppeaber^'s Englund under the angla-iaxon 

kingSf translated bj Thomas Tborpe, L II, p. 58. 
(S) Au nombre des auteurs critiques qui admettent cette prise de Luna par Hasting, nous citerons Suba, 



SUR DUDON DE SAINT-QUENTIN. ftS 

Plusieurs Chroniques ue se contentent pas de faire prendre Luna par 
Hasting; elles l'y établissent à demeure; et, chose plus merveilleuse 
encore, elles trouvent le moyen de le réconcilier avec le roi de France (1). 

Après cet exploit de 859, Hasting n'apparaît d'une manière authentique 
qu'en 867, sur les bords de la Loire, où il devait être établi depuis quelque 
temps. C'est alors que, battant en retraite devant le comte Robert et si vi- 
vement pressé qu'il ne pouvait regagner ses vaisseaux, il se jeta dans une 
église; Robert l'y assiégea et périt dans l'attaque (2). 

Cette station de la Loire fut certainement le séjour favori d'Hasting 
pendant plusieurs années. Quoiqu'il semble naturel de voir en lui le chef 
des diverses expéditions accomplies sur les bords du fleuve , nous nous 
abstiendrons de toute conjecture sur le détail de ces actions. L'histoire 
est ici tellement douteuse, que la surprise d'Âmboise, attribuée à 
Hasting, est placée, par Depping, en 843; par Grosley, en 878. Ce qui 
est vrai, c'est que, dans le Gesta consulum A mbasiensium, compilation 
du XIII*. siècle qui rappelle ces événements, on ne leur donne pas de date 
certaine. De même , la présence et le séjour d'Hasting dans Angers sont 
probables, mais non prouvés (3). 

En 874, on mentionne une paix conclue antérieurement entre Hasting et 
Salomon, roi des Bretons, moyennant un tribut de cinq cents vaches (4). C'est 
alors, selon les Annales, que le breton Yurfrand défia seul les bandes nor- 
mandes, et qu' Hasting, émerveillé de son courage, fut assez généreux pour 



Hisiory of Daumark, t. II, p. 313-218; — Langebeck, Script, rer, Danic,^ t. I, p. 25 ; — A. Le Prévost, 
notes sur le Roman de Bon, t. I, p. 80. Quant aux traditions italiennes qui ont paru à plusieurs (Depping, 
Wbeaton, A. Le Prévost ) confirmer la prise de Luna, nous préférons ne pas nous en servir. Elles varient 
beaucoup dans leur fond , et Luna ayant été prise et pillée tant de fois jusqu'à sa destruction définitive 
qui n'eut lieu qu'au XIII*. siccle, ces légendes peuvent s'appliquer à des faits postérieurs. Voyei-les 
dans Vlllani, ap. Muratori« liet-vm Itaiicarum scriptoves, U XIII, p. ^9, D. Lunu uvait encore un évéclié 
au Xlil*. siècle. Muraiori , Ibid,t t. X , col. cci. 

(1) Chron, Ftoriac, : c Régi familiaris post modum factos » , ap. Ducbesne , i/isf. Norm, script, 
antiq, , p. 32, A. 

(2) t Nortinanni cum duce eorum, nomine Uastingo», Réginon, ap. Ducliesne, Hist, Norm, script, 
antiq,, p. 7, Ù;^AnnaL Mett,, ap. Dom Bouquet, I. VII, p, 194, D; — Chronicon Sithiense, Ibid., p. 269, 
A ; — Chronic, Ftoriac,^ Ibid., p. 274i E. 

(3) • Hasting a deviné le plan que doit, vingt ans plus tard, réaliser Rollon. Il renonce à la patrie 
lointaine ; nouveau Clovis, il rêve pour une nation nouvelle une nouvelle domination. » Paillard de Saint- 
Aiglan, Mém. cité, p. 365. Hasting a-t-il eu jamais ces ambitieuses pensées? 

[h) Réglnon, Ânnai. Mea,,np, Dom Rooqact, L VIT, p. 201, C 



Û4 JÎTCDE niSTOniQUE ET CRITIQCE 

ne pas punir cette imprudence. Une remarque à faire à ce propos, c'est 
que les traditions bretonnes sont plus Tavorables à Hasting que les tradi- 
tions françaises, et jettent sur sa barbarie comme une teinte de générosité. 

Le trait suivant peut être cité comme preuve de ce que j'avance et en 
même temps comme peinture de mœurs : Quand la nouvelle se répandit 
que les Normands avaient quitté le monastère de St. -Florent-sur-Loire, 
un* pauvre moine , nommé Guallo , fut envoyé pour en reprendre pos- 
session. Par prudence, il prépara d'abord quelques présents destinés à 
Hasting, et s'en alla, tout tremblant, les lui porter à Nantes oii il résidait, 
selon la légende. A son approche, le duc normand se lève et l'embrasse : 
on eût dit un chrétien accueillant un chrétien (1). Le bon moine se 
rassure, expose sa demande. Hasting, non-seulement la lui accorde, mais, 
de plus, lui présentant son cor d'ivoire, un cor célèbre et qu'on appelait 
le Tonnerre : « Prends, dit-il, et si mes gens t'attaquent jamais , au son 
de ce cor ils s'arrêteront soudain. • 

En 882 , le roi Louis se rendit sur la Loire pour traiter avec Hasting 
et le décider à sortir du royaume (^), Malgré la mort du roi, survenue 
bientôt après, le chef normand, soit qu'il tînt à sa parole, soit qu'il eût 
avantage à changer de pays, abandonna cette même année l'embouchure 
du fleuve (3). Ces faits ont été omis parle plus grand nombre des histo- 
riens modernes, bien qu'ils soient assez importants et des mieux établis. 

Hasting a donc quitté la Loire et pris la mer avec sa flotte. On 
croit le retrouver la même année au camp d'Haslou, sur la Meuse (4). 
C'est l'opinion du savant Lappenberg ; mais l'historien allemand le voit 
dans le normand Half, nom contracté d'Hasting, tandis que nous 
croyons plutôt qu'il y est appelé Gurm , surnom que lui donnent plusieurs 
Chroniques (5). 



(i) Chrûu. FlortnU, ap. I). Morice ; — Hhu de Bretagne^ Preuves, L I, p. 121: • Cri iliius ossuum 
cœpit impooere ; clenim ulcumque dicilur cbristianus fuisse. ■ 

(2) Annal. Vedast,, ap. Dom Bouquet, U VIII , p. 82 : « KiudoTicbus rex, Ligerem peliit, Nortinannos 
volens e regno suo ejicere alque AlsUngum in amicitiam recipere, quod el feciu » — Chron» 5if/»., ap. Dom 
Bouquet, l. IX, p. 71, B. 

(3) t Hasiingus et complices iliius Normannl, ex Ligeri egressi, marlUmas partes pclifcronl. ■ 
Uincmar, ap. Dom Bouquet, I. VIII, p. 36, G. 

(6) Aujourd'hui Esioo , entre Maestriclil el Buremonde. 

(5) Annal. Fuldem., ad ann. 882, ap. Dom Bouquet, I.VIII, p. Ai, D;— Lappenberg's Bngtand underthe 



SUR DUDON DE SAIIST-QUENTIN. Û5 

Eu 890, il est établi sous ce dernier nom sur les rives de la Somme , à 
Argova (1), et il fait une sorte de paix avec l'abbé de St.-Waast; mais 
Tannaliste du monastère Taccuse de Tavoir conclue sans bonne foi. En 
effet, en 891, le normand attaque Tabbayc et va prendre ensuite ses 
quartiers d'hiver à Amiens. Le roi Eudes, après l'y avoir assiégé en vain , 
est repoussé jusqu'en Yermandois (892). Enfin, vers 893, Hasting se 
laisse aller au courant d'invasions qui entraînait alors les bandes normandes 
en Angleterre , oii il passe avec quatre-vingts vaisseaux. 

Ici se présente une question vivement débattue. Hasting , l'envahisseur 
de l'Angleterre, est-il le même que Hasting, le ravageur de la France? 
Suhm, jusqu'à un certain point , Langebeck et Wheaton, d'une Taçon très* 
déclarée, veulent que ce soient deux chefs différents, le père et le fils (2). 

La seule raison qu'ils donnent, pour justifier cette supposition de deux 
personnages de ce nom, c'est que Hasting, le héros de Luna , ne peut être 
le chef qui , en 89&, est représenté comme père d'enfants encore jeunes. 
Mais aussi pourquoi le mettre si t6t en scène sur la foi de textes sans 
valeur ? Si, comme nous l'avons prouvé, ses premières invasions ne datent 
que de 855 à 859 , il pouvait être encore , en 893, dans la force de l'âge. 
La précision avec laquelle nous l'avons suivi jusqu'à son arrivée en An- 
gleterre ne laisse guère de place à la substitution d'un second Hasting. 
Rien, dans les chroniques, ne permet d'y croire. Aussi Spelman , Tumer, 
Lappenberg repoussent la distinction (3). Quant à Grosley et aux autres 
biographes , si ingénieux à rattacher à la vie de leur héros tant de faits 
supposés, ils ne soupçonnent même pas qu'il ait pu agir hors de France. 

Les monuments de l'histoire d'Angleterre à cette époque et surtout la 
Chronique anglo*saxonne , documents très-dignes de foi, racontent d'une 
façon fort suivie toutes les actions du chef normand. H s'établit d'abord à 



anglo^axons kingê , L II, p. 58 : • Iste Alstagnus, Tulgo Gurmundus, verso Domine, solel nominarL i 
Vêtus Chronie, Ploriae.^ ap. Dachesoe, HUu Norm. scripU antiq,, p. 83, A. Les Annales deSL-Bertin, 
parlant de ces mêmes événements, donnent à ce chef le nom de Vurmon, forme plus rapprochée de 
GonnoD. Voy. D. Bouquet , t. VIII , p. 86 , C 

(1) Alstignns cnm sois Argova super Summam sedem sibi firmavit. AnnaU Bertin. , L VIII, p. 88, D. 

(J) Langebeck, htr. Danie. seHpU, t. I, p. 525, et L V, p. 168; — Suhm, Historié af Danmarck, 
t. II , p. 88S; —Wheaton , Histoire des peuples du Nord, p. 257. 

(8) Spelman, Âlfredi vita, p. &4; — Tumer, Story of Angto-Sasons , I, 21 ; — Lappenberg's 
England , t. II , p. 76. 

6 



A 6 ^TDDE HISTOfaQUE ET CRITIQUE 

rcmbouchure de la Tamise , à Middleton. Sa forteresse est prise et sa 
ramille conduite au roi Alfred qui fait baptiser les enfants et les renvoie 
avec leur mère à Hasting. Cette générosité ne désarme pas le farouche 
Normand. Nouveaux ravages , nouvelle attaque de ses positions , nouvelle 
capture de sa femme et de ses enfants qu'Alfred renvoie encore chargés 
de présents. Hasting n'en élève pas moins de nouveaux remparts en 895. 
Alfred l'y poursuit, le contraint une dernière fois à les abandonner, le chasse 
de retraite en retraite. A partir de 896, il disparaît de T Angleterre (1), et, 
on peut le dire, de Thistoire. 

C'est alors que quelques auteurs le ramènent en France pour l'opposer 
à BoUon et en faire un comte de Chaitres (2) ; mais cette combinaison, ap- 
puyée sur des textes fautifs , ne vaut pas mieux que celles qui relèvent à 
cette fortune dès son retour de Luna ou après son traité avec le roi Louis , 
en 882. 

Ces deux indications d'une alliance de Hasting avec le roi de France et 
de son élévation à la dignité de comte de Chartres , bien que nous les 
croyons inexactes, méritent d'arrêter un instant la critique. 

Dudon, sans parler du second fait, avance très-formellement le premier. 
Il montre Hasting au milieu des troupes françaises envoyées contre les 
envahisseurs Normands, qu'il met déjà mal à propos sous le commandement 
supérieur de Rollon. Selon lui, Hasting servait aux Français de parle- 
mentaire qui finit , sous une impression de crainte , par fuir on ne sait 
où. Cette invasion, à laquelle Rollon, alors à ses débuts, prenait une part 
active , eut lieu , comme nous le montrerons plus tard , vers 885. Faut-il 
admettre que Hasting, après avoir traité, en 882, avec le roi Louis, se 
mit à son service pendant quelque temps ? On ne peut opposer un alibi 
authentique^ et une telle alliance n'est pas en elle-même impossible. La 
preuve en est dans ce très-curieux passage des Annales de St.-Vaast: • En 
883 , les Français , voyant que le succès des Normands grandissait chaque 
jour , députèrent vers eux un Danois , nommé Sigefrid , qui devait traiter 
de la rançon du royaume (â). i Ce fait très-authentique ne serait-il pas 



(1) Anglo-iaxon. Citron, ap. Monum. hisU BriU, p. 863; — Florent Wigoro, Ibid,, p. 565; — Math. 
WcstmoDSt.1 Flores hist,, Francrort, 1601, p. 177 et 5uiv. 
(S) Depping, Expéditions maritimes des Normands, p. 270. 
(3) Tune Franci, videntes Nortmannorum res prospère in omnibus accrescere, quemdani Danum cliris- 



SDR DCDON DB SAINT-QUENTIN. Û7 

la cause de Terreur de Dudon. Les traditions que recevait notre auteur 
n'auraient-elles pas déjà altéré le nom du parlementaire que Rollon put 
rencontrer en 885 ? Cette dernière supposition nous parait fort probable. 

La prétendue cession de la comté de Chartres à Hasting n*est également 
qu'une erreur probablement élevée sur la précédente. Guillaume de Ju- 
miéges , avons- nous dit, est le premier auteur qui la mentionne, et c'est , 
à vrai dire, la seule autorité; car la Chronique d'Albéric-Trois-Fontaines 
ne fait que le copier. Les auteurs de VArl de vérifier les dates adoptent 
cette opinion , mais n'en donnent pas les preuves. L'histoire de Chartres 
ne renferme rien qui ait trait à la possession de cette ville par Hasting : 
tout au contraire , le Cartulaire de St. -Père dit quMl fut battu en assié- 
geant la ville et rejeté sur la Dive. Ces détails sont probablement peu 
exacts ; mais le sens général confirme notre doute sur la prétendue comté 
de Hasting (1). 

L'existence du Thibaut, auquel le chef normand aurait ensuite vendu sa 
comté , n'est pas moins problématique. Quand même on admettrait son 
existence , comme il n'aurait possédé Chartres que de 898 à 908 , ses re- 
lations avec Hasting ne seraient pas mieux prouvées (2). 

Aucun document authentique ne nous apprend quelle fut la fin de cet 
aventurier célèbre ; ce qui n'a pas empêché nombre d'historiens de nous 
afiirmer qu'il se retira en Danemarck où ils le font mourir en 890, sans doute 
dans la paix d'une bonne couscience. Sa mémoire resta fameuse parmi les 
populations qu'il avait tant épouvantées jadis. Dès le X*. siècle, on le con- 
fondait avec Rollon (3). Au XII*. siècle, le roman s'était emparé de sou 
histoire , comme on peut le voir dans la Chronique des comtes d'Anjou. 
Il était devenu, dès-lors, comme l'a très-bien dit Turner, le favori de 
la tradition (A). 



lianum, nomine Sigefridum , mittunt ad eos, qui ante cum eis de redeinpUone régis ageret [AnnaU Vc 
dattin,, ad ann. 883). 

(i) Willelmus Gemmeticus« ap. Duchesne, HUU Norm, icript, antiq, , p. 66, C;~ Chronie, Albert,, 
ap. D. Bouquet, t. IX, p. 63. A ; — Ibid., t. XI , p. 351 , D ; — Art de vérifier les dates , aux comtes 
de Chartres ;— Cartulaire de St.-Père de Chartres, publié par Guérard, 1. I, p. 73. 

(8) Vita sancti Vircntis^ ap. D. Bouquet, I. IX, p. 130, E. 

(3) Gesta eonsuium Andegavens,, ap. D. Bouquet, t. VII, p. 2à0, D. Langebeck soutient par une conjec- 
ture bien peu plausible la Térité de cette expédition fabuleuse, et veut que Hasting soit ici pour Suetio. 

{h) Turner, Story of Anglo-saxons, L l, p. S43. 



liS ÉTUDE HISTORIQUE ET CRITIQUE 

En résiuné, voici ce qu'on peut donner comme à peu près positif sur 
Hasting : 

D'origine Scandinave , il a commencé vers 860 ses courses aventureuses 
sur les côtes de France et d'Italie; l'expédition de Luna peut lui être 
attribuée ; — il a occupé et ravagé : de 866 à 882, les bords de la Loire ; 
^ de 882 à 893, les bords de la Meuse et de la Somme ; — de 893 à 898 , 
le pays de Kent, en Angleterre. — * Il faut rejeter, comme absolument 
controuvé , son séjour à Chartres. 



Iir. PARTIE. 



h 



EXAMEN CRITIQUE DU LIVRE II DE L*OUVRÂGE DE DUDON. 



Sommaire. — Coup-d*œil sur Pensemble du livre II. — UoUon ; incertitude sur son origine ; 
version française donnée par Dudon ; version Scandinave donnée par Snorre-Sturleson ; 
défauts de preuves positives à Pappui de l'une ou de Tautre. 



La source à laquelle Dudon a puisé ses renseiguements une fois connue, 
nous sommes sûr , quand il parle des ducs de Normandie , quMl reproduit 
les traditions de la famille ducale , ce qu'on croyait de son temps, et nous 
verrons que cette croyance est souvent conforme à la vérité. Le tort des cri- 
tiques a été, à la première apparence d'erreur, de crier au mensonge sans 
plus chercher d'explication. Selon nous , en écartant les méprises chrono- 
logiques, les fautes évidentes, les changements de nom, on peut faire dans 
Touvragedu Doyen un butin précieux pour Fhistoire. Dudon, rappelons- 
nous le bien , Dudon répète ce qu'on lui a dit. Il faut, si Ton nous permet 
cette comparaison , recevoir son témoignage , comme en justice on reçoit 
celui d'un enfant, avec prudence, mais aussi avec la conviction qu'il dira 
presque toujours la vérité. 

Pour plus de clarté , nous subdiviserons cette troisième partie en cinq 
sections : L Origine de Rollon ; — IL Première expédition de Rollon ; 
son établissement en Neustrie; — III. Traité de St.-Clair-sur-Epte; — 
IV. Règne de Rollon ; — V. Sa mort. 

L — L'origine de Rollon n'est pas moins obscure que celle de Hasting. 



50 ÉTUDB HISTORIQUE ET CRITIQUE 

Nous avons des renseignements plus détaillés, nous n'en tirons rien de 
plus certain. 

On possède, sur ce point, deux traditions : Tune normande, Tautre 
Scandinave ; la première rapportée par Dudon , la seconde par Snorre- 
Sturleson. 

Au rapport de Dudon , un homme des plus puissants de la Dacie (i) , 
resté jusque-là libre de tout vasselage (2) , mourut laissant deux fils: 
Rollon , Tainé , et Gurim. Les deux jeunes gens se trouvèrent à la tête 
d'un parti puissant formé par tous ceux que le roi voulait soit asservir, 
soit expulser (3). De son côté, le roi, trouvant l'occasion favorable pour 
saisir leur héritage, les attaque, les surprend, tue Gurim et force Rollon 
à chercher son salut dans la fuite. 

Cette version avait joui pendant long-temps d'une faveur exclusive, 
môme dans le Nord {h) , quand l'étude des monuments poétiques laissés 
par les Scaldes opéra toute une révolution dans l'histoire. On y trouva 
un autre récit. 

Rognvald , prince de Mœré , avait reçu du roi Harald » son ami , le gou- 
veraement des Orcades. Revenant en Norwége , il envoie son fils Einar 
commander à sa place. C'est alors que deux fils de Harald se jettent , on 
ne dit pas pourquoi , Tun dans Mœré , où il tue Rognvald , l'autre sur les 
Orcades, d'où il chasse Einar. Le roi irrité prend les armes contre ses 
enfants et rend Mœré à un autre fils de Rognvald , à qui il donne de plus 
sa fille en mariage. Mais voilà qu'Einar , ignorant cet acte de justice ou 
n'en étant pas satisfait , attaque le fils du roi , usurpateur des Orcades , 
le tue et offre ses entrailles en sacrifice à Odin. Une flotte royale poursuit 
alors le meurtrier , qui obtient cependant la paix au prix de soixante 
marcs d'or. C'était une punition bien légère. Harald ne fut pas si mo- 



(1) On s'est emporté contre Dudon pour avoir Hiit venir Rollon du Danemarck, tandis qu*il est de 
Norwége. D'abord, c*est un point contestable; ensuite Dacia^ Suecia^ Noricia, pour les auteurs du 
temps , surtout pour Dudon , ont un seul et même sens et désignent le Nord. 

(2) t Qui nimquam colla ccrvicis cuipiam régi subegit ne cujuslibet manibus gralia serritil manus 
suas commendando commisit. » Dudo, 1. II , p. 69. 

(3) « Rei aulem noster vult Dacia nos extcrminare fundisque nostris atque benefidis nos per omnla 
privare. • Dudo» Ibid. 

{à) Krantzius, Histortœ rerum gestai^um regni Norvagiœ, simul et Normannorumlib» II, cap. 16, ad 
ann. 895; noter cependant que Guillaume de Jumièges rejette cette Tersioo comme une fable. 



SUR DUDON DE SAINT-QUENTIN. 51 

déré envers RoUon, qui était cependant beaucoup moins coupable. Celui-ci, 
également fils de Rognvald , exerçait la piraterie et croisait d'ordinaire 
dans la Baltique. Au retour d'une de ces expéditions , malgré la défense 
du roi , il enleva sous les yeux même du prince quelques têtes de bétail. 
Traduit devant le thing , il fut condamné à un exil perpétuel , sans que 
les prières poétiques de sa mère pussent obtenir sa grâce. Telle est la 
version des Sagas rapportée par Snorre-Sturleson (1). 

Ce récit , dont rien, au gré de certains critiques, ne peut balancer l'au- 
torité , est évidemment romanesque. Que les Sagas soient souvent histo- 
riques, nous l'accordons; mais souvent aussi l'imagination y prend le 
pas sur l'histoire. Le seul poème qui » à notre connaissance , parle de 
Rollon , ne nous est parvenu que dans le recueil de Snorre , rédigé au 
XIII*. siècle , et encore Ton n'y cite qu'un fragment de l'original où 
rien ne caractérise notre Rollon. C'est le seul commentaire de Snorre et 
non le texte qui nous apprend que ces détails s'appliquent au duc normand. 

Si les preuves manquent au récit de Dudon , elles ne sont donc pas 
beaucoup plus fortes en faveur de celui de Snorre. Aussi nous abstien- 
drons-nous de choisir entre les deux , content d'avoir donné les raisons 
de douter. 



II. 



Sommaire. — Dale de la première expédition connue de Rollon en Angleterre; son prétendu 
combat avec le roi Alfred. — Quel est le roi Alstelmus qui fit alliance avec Rollon? Erreurs 
avancées à ce sujet et reproches immérités faits à Dudon ; sa justification sur ce point — Séjour 
de Rollon en Uainaut et en Frise ; accord du texte de Dudon et des documents contem- 
porains. — Entrée de Rollon en France ; fausseté de la date 876 , donnée par Dudon ; com- 
ment on peut l'expliquer ; date quMI lui faut substituer. — Siège de Bayeux ; mariage 
de Rollon avec Poppa. — Siège d*Évreux; nouvelle expédition en Angleterre; siège de 
Chartres. — Rollon était établi avant 911 en llaute-Normandie. 

Jusqu'au commencement de notre siècle, la critique n'avait pas dis- 
cuté ce point de Thistoire de notre province. On admettait , sans plus de 
recherches , que Rollon était entré en 876 en Normandie , et Ton partait 

(]) Harfager'ê Saga» dans VHeinukringla, p. 99, 406, 107, édit. de 1697. 



52 ÉTUDE HISTORIQUE ET CRITIQUE 

de cette date pour fixer toute la chronologie de ses expéditions, soit anté- 
rieures, soit postérieures. De là des méprises multipliées. De nos jours, 
on y a regardé de plus près. 

M. A. Le Prévost a très-bien démontré que cette date dans les chro- 
niques contemporaines, comme celle d'Asser, provient d'une interpo- 
lation (1). Depping, qui ne parait pas s'être rendu à ces raisons, cite, pour 
appuyer notre auteur, cinq Chroniques anglaises et autant de Chroniques 
normandes (2) ; mais les unes et les autres sont postérieures à Dudon, et 
dès-lors Font plutôt copié qu'elles n'ont été copiées par lui. Licquet , qui 
admet aussi cette expédition , tout en faisant une simple reconnaissance du 
pays, ne la prouve pas mieux (3). Il faut reconnaître que cette date est 
fausse ; nous verrons toutefois par la suite sMl n*est pas possible de mieux 
interpréter ou du moins de corriger le texte de Dudon. 

Nous n'ajoutons aucune foi à la présence de RoUon en Angleterre en 
875. Licquet , critiquant les auteurs qui attribuent à ce prince de grandes 
victoires sur les Anglais , dit qu'il fut repoussé par Alfred , et allègue 
comme preuve la Chronique de Bromton , œuvre du XIIP. siècle qui , de 
toute évidence , copie Dudon en transformant maladroitement Alstelmus 
en Alfred. Depping , pour défendre Topinion contraire et donner à Bollon 
la victoire sur les Anglais , n'assure pas mieux son tilomphe ; car Mathieu 
de Westminster, sur lequel il se fonde, copie Asser et Dudon (&). Si 
Ton ne voulait pas croire le Doyen de St. -Quentin , pourquoi ajouter foi 
à ses copistes ? 

La première expédition maritime de Rollon est , selon notre auteur, sa 
descente en Angleterre et sa rencontre avec un roi nommé Alstelmus. 
Depuis les Bénédictins Dom Lobineau et Dom Morice jusqu'aux plus 
récents historiens, on a traité ce récit de fable grossière (5). On 

(1) Notes pour servir d C histoire de Normandie, 1«. partie, dans l'Annuaire de Normandie, U I, 
p. âO , noie 2, et dans son édit. d*0rderic Vital, t. I , p. 160, DOt. 

(2) Expéditions maritimes des Normands, Éclaircissements, U V, p. 610-Âll* 

(8) Histoire de Normandie, L I, p. 50. Les auteurs qu'il cite sont interpolés ou écrivaient à une 
époque postérieure. 

(4) Depping, Expéditions maritimes des Normands, p. 265 ; Matli. Wesmonst., Flores hist,, ad ano. — 
997, p. 179. 

(5) Dom Morice, Histoire ecclésiastique et civile de Bretagne , U l, c. 970, note XLii ; — Licquet, 
Histoire de Normandie, p. 51. 



SUR DUDON DE SAINT-QUENTIN. 53 

a mieux aimé s'emporter contre Dudon que de chercher l'explication de 
son texte , et c'est ainsi qu'on lui a prêté gratuitement une erreur qui 
n'existe que dans l'interprétation. 

Selon notre auteur, ce roi s'appelait t AUtelmus, rex Jnglorum chris- 
tianiisimus • . On a traduit Alstelmus par Athelstan , rien de mieux ; mais 
dans Athelstan on a voulu voir le roi d'Angleterre de ce nom , qui ne 
monta sur le trône qu'en 925 , quinze ans après l'établissement définitif 
de Rollon en Neustrie, et alors on crie à l'anachronisme. Mais cette confu- 
sion a-t-elle existé au X*. siècle ? Dans l'esprit du Doyen , je ne voudrais 
pas dire le contraire ; dans celui du comte d'Ivri qui lui donna ses ren- 
seignements, très-certainement non. 

On lit, en effet, dans l'Histoire d'Angleterre qu'un Normand; chef de bande, 
nommé Guthrun , après avoir long-temps lutté contre le roi Alfred , Gt la 
paix avec lui, fut baptisé et établi, à peu près comme maitre, dans l'Est- 
Anglie , dont il partagea le sol entre ses soldats. On apprend, de plus, qu'à 
son baptême il changea de nom, suivant la coutume, et reçut du roi celui 
d' Athelstan que lui donnent toutes les Chroniques (1). N'est-il pas plus 
naturel de voir dans ce Normand le roi dont parle Dudon ? Les relations 
de Rollon avec un compatriote n'ont plus rien qui surprenne , et l'on com- 
prend mieux qu'il en ait reçu des renforts (2). Le combat, livré d'abord 
entre les Normands établis en Est-Anglie et les nouveaux arrivés, ne doit 
pas paraître trop étonnant. C'était l'intérêt, c'était la mission des premiers 
de s'opposer à de nouveaux envahisseurs (3). 

Si nous croyons que Dudon a raison , quant au fond , nous ne sommes 
pas moins certain qu'il se trompe sur la date. En effet, il place ces événe- 
ments avant 876 ; or, la conversion de Guthrun- Athelstan n'est pas anté- 



(1) Aner, Vita Alfredi^ c. 85| — Chron. Sax.^ c 80. On a consenré le traité conclu entre Galhrun 
cl AllM. V. WUkint, t^tges ÂngUhêa»onicœ , p. A7. 

(S) L*liOMièteTrigan, auteur de V Histoire eeclénoêtiqu^ dt Normandk (I. H, p. Sdd), admet qu'Aïs- 
îttmuê eu Alfred. • Cependant, dit-il, Il est un peu surprenant qu*un prince, aussi chrétien que Tétait 
Alfred, ait voulu donner des secours à des infidèles pour ravager des chrétiens et usurper leur pays. • 

(a) SoImii, Saript. rtr. Dante, t. V. p. G8, avait déjà entrevu cette eiplication si naturelle et si vraie, 

BMis sans oaer Tadopler, par respect pour la date fausse de 870, Guthrun ne régnant qu*en 880. Lappen- 

berg, dans son Histoire d* Angleterre ( En^/ani/ miJer thê Angto-saxons kings, t. H, p. 55), l'a reprise, 

mais sans Tasiorer complètement , en fixant les dates qui sont là d*une très-grande importance. On en 

ronve encore une indication, mais asseï vague, dans ViUttorg of England and Normandg. 

7 



6k ^TUDE HISTORIQUE ET CRITIQUE 

rieure à 880 (1). Gomme il est mort en 890 , c'est donc entre ces deux 
époques qu'il faut fixer la venue de Rollon. Dans le cours de cette disser- 
tation, nous trouverons le moyen d'arriver à une plus grande précision. 

Un critique judicieux (2) a proposé 875, mais cela est impossible à ad- 
mettre. Guthrun n'était pas alors chrétien, et \e texte porte christiantMimus; 
enfin, il n'avait pas pris encore ce nom d'Athelstan que lui donne constam- 
ment et exclusivement Dudon. 

Si nous avons un peu insisté sur cette première démonstration , c'est 
qu'elle est, selon nous, capitale, puisqu'elle donne un point de départ cer- 
tain à la chronologie de notre histoire. 

Quant au songe prophétique que Rollon , suivant notre historien, eut en 
Angleterre, nous n'aflirmerons certes pas son authenticité. Nous ferons 
seulement à ce sujet deux observations. 

Licquet y voit un trait c d'habileté politique » de la part du chef 
normand, qui raflermissait ainsi le courage de sa troupe battue par 
Alfred. .Or, nous avons vu que Rollon ne combattait pas alors contre 
Alfred (3). 

Seconde observation. L'autre songe dans lequel Rollon aurait vu des 
abeilles , et qui parait à Licquet plus digne de foi , est bien rapporté dans 
la f^ie d'Alfred par Asser ; toutefois, ce n'est encore qu'une interpolation 
dont l'origine est diflScile à saisir et qu'on attribue à la seconde moitié 
du XIP. siècle (4). 

Mais, avant d'entrer dans le détail des expéditions de Rollon sur le Gon- 
tinent , il est une pensée dont il faut bien se pénétrer : c'est que RoUou 
ne devait être encore qu'un de ces chefs de médiocre importance qui joi- 
gnaient leur bande à celles de chefs plus puissants. Par là s'explique une 
difficulté qui arrête trop les critiques. Où Dudon, disent-ils, nous montre 
Rollon, les Ghroniques contemporaines sont muettes à son sujet! Rien n'est 
plus naturel. Pour l'historiographe du XP. siècle, Rollon était le person** 
nage important , tandis que pour les chroniqueurs du IX% , il se perdait 

(1) Les éditions imprimées de la Chronique Anglo-saxonne portent 879. Turner, 8*appuyaiil sur les 
meilleurs roanascrits, doDoe 880. Story of Angio-sar, , t. I, p. 940. 
(3) Lappenberg, loc» cit, 
(3) Licquet, Hiitoire de Normandie^ t. I, p. A7. 
(A) Monum, hUtor. Britann, , t. I , p. VLiit et A79, 



sua DUDON D£ SAINT^QUEiNîlNé 55 

dans la foule des cuvabisseurs et s'effaçait devant des chefs plus mar- 
quants. 

Parti d'Angleterre, Rollon, suivant son historien, se rendit à Walcheren, 
oii il fut attaqué par Régnier-au-Long-Col , comte de Hainaut et par un 
comte de Frise, nommé Radbod (1). 

On a contesté Fexistence de ce dernier comte. Lappenberg , tout en ad- 
mettant comme vrai dans son ensemble le récit de Dudon , suppose qu'il a 
fait un comte de Frise de Radbod ^ archevêque d'Utrecht , en 921 et 
qu'on voit en effet combattre les Normands (2). Il n'est pas même besoin 
de supposer d'erreur. Cet archevêque appartenait à une famille dont les 
chefs prenaient le nom de comtes de Frise, et, en 875, on trouve un Rad- 
bodus^ cornes in Lakeet Y sella (3). A la vérité, aucun texte ne le montre 
en guerre avec Rollon ; mais, son existence une fois établie, qui empêche ' 
d'ajouter foi au récit de Dudon ? 

Pour Régnier-au-Long-Col , notre démonstration sera identique. La 
Chronique de Folcuin signale, à cette époque, les Normands à l'embouchure 
de l'Escaut (&)• Elle assure encore que Régnier fut long-temps en lutte 
avec les Normands, souvent vainqueur, parfois vaincu. L^penberg pré- 
tend que l'existence de Régnier n'est signalée qu'à partir de 895 (5). 
D'abord , rien n'exclut son existence antérieure , ensuite on trouve son 
nom dans un diplôme de 877 (6). Dudon nous parait complètement jus- 
tifié sur ce point. 

Ici déjà se présente une occasion d'appliquer la règle de critique posée 
plus haut. Dudon nous apprend le séjour de Rollon à l'abbaye de Condé- 
sur-l'Escaut. Les chroniques les plus dignes de foi rapportent que des 
Normands , partis d'Angleterre, se rendirent en Flandre ; qu'ils y avaient 

(1) Oudo, p. Ik. 

(2) Geschickte von England, L II, p. 8. 

(5) Voir sa généalogie avec les preates dans Johanues de Berka, De Episcopis UUrajectwis, p. 30-32, 
Ulrecht, 1643 ; ^ Emmius, Uùu rer. FrUiae.^ p. 55-65 (Halmcre^ désigné par Dudon , est Harlem) ; — 
Dtêcriptio Frisiœ^ p. 60. 

(4) Plurimum lamen illi qui in litlora Scaldi insederant, debacbabantur, quoniam gratissiroa na\ium 
statio sive ad hyemandum. sive ad quslibel belli periculum decUnandum, illic fecerat esse conlinuos. 
Fulcuin, De ge$t. abb. Lobienê,, ap. d*Achery, SpiciUg.^ édiU 1735, U III, p. 375; -D. Bouquet, t. VUI, 
p. 2Î0, D ; — Annal, Fuld.^ ap. D. Bouqaet, l. VIII, p. 42-A3. 

5) Lappenberg, Geschichte von England, t. II , p. 8. 

(6) Baluie, Capitula u II, p. 265. 



56 ÉTUDE HISTORIQUE ET CAITIQDE 

une station à Condé , d'où ils ravagèrent tout le pays voisin. Cela ne coo- 
firme-t-il pas les données de notre auteur dans leur ensemble (I)? Quant 
aux détails, qui n'ont rien d'incroyable, nous les abandonnons à la foi de 
chacun. 

A quelle date peut-on rapporter ces événements ? Les critiques danois et 
belges indiquent les années 875 ou 87& ; mais les uns et les autres ont 
l'esprit dominé et troublé par la fausse date de 876 , assignée à l'entrée 
en France de Rollon (2). Depping, un peu à l'aventure, indique 886 (S): 
ce qui se rapproche plus de la vérité. 

Les Chroniques ne montrent les bandes normandes arrivant sur l'Escaut 
qu'à partir de 881. Elles signalent le départ de plusieurs d'entr'elles vers 
la fln de 883. Nous pouvons dire dès-lors que le séjour de Rollon en An- 
gleterre et en Flandre a dû avoir lieu de 880 à 883 ou 88&. La suite va 
confirmer notre calcul. 

Des bords de l'Escaut, Dudon conduit Rollon en France, où il le fait 
entrer par la Seine. Y vint-il immédiatement après son séjour en Flandre ? 
Lappenberg suppose qu'il a pris part à quelques incursions dans le nord 
de la France ; mais ce sonMà des hypothèses qu'il est superflu d'ajouter à 
toutes celles qui encombrent notre histoire (&). 

Rollon , selon notre auteur , entra donc en France par la Seine. Faisons 
promptement justice des erreurs dont il a semé son récit. 

Il n'est pas impossible qu'un archevêque de Rouen soit allé, comme 



(1) « Hocanno (880) discesienint Pagaai de Cjrencasler in OrienlaleiD-Angliam , eamque taram 
iocoluerunt ac diviserunL Eodem eiiam anno, perrexeniDl Pugani qui olim in Fullaham oommorati fve- 
raot, trans mare In Franciam (Fiandriam?) elibi mansenint uno anno. Chron, Saxon, ^ édiu Gibson» 
p. 85-86 ; — Suhm, Script, rer, Danic. ; ^ Asser, édiU Wise, p. 86-37. 

881. — Nortmanni pervagantes fines Brabantiam omnemque circaScaldum flumen terram... in Coodato 
sibi ponenles sedem. Ex Urevi Chronieo Tomaeensif ap. D. Bouquel, t. VIII, p. 885, B. — 882. Nort- 
roanni Condalo ad nates sunt rerersi. ÀnnaL Vedtutin, Ibid., p. 83, D.— Vaslaverunt Nortmanni pagum 
Hasbanieum, Annal, Futd, Ibid., p. 40, D. — 883. PrsHitus exerdlus naves tuas per flumen qnod di- 
citur Scald... ad monasterium quod dicUur Cundotb traxit et ibi uno anno mansiL Asser, Vita Alfr,, 
ap. D. Bouquet, t. VII, p. 99, B.— Vernotempore Nortmanni, a Condatoegressi, Iransmarinapetifereloca. 
Annal. Vedasiin,Ahïû,f p. 83, A. 

(2) Suhm, Script, rer, Danie,^ t V, p. 71-73 i^àiémoires critiques $ur le» comtes de Hainaut de U 
première race^ par S. -P. Ernest (1783), dans le Comptt'rendu des séances de la Commission royale 
iC histoire de V Académie royale de Belgique^ t. IX, 3*. bulletin ; Bruxelles, 1857, p. 412?&1A. 

(3) Expéditions maritimes des Normands , p. 267. 
(^) Gescliichte von England , U H, p« 9. 



SUR DUDON DE SAINT-QUENTIN. 57 

nous le dit le doyen, au-devant des Normands intercéder pour son trou- 
peau ; mais que cet évêque soit Francon ^ comme le prétend notre auteur , 
c'est là une erreur évidente; de même, si BoUon s'est jamais rencontré 
avec Hasting , ce ne peut être en cet endroit 

Rollon ne devait avoir alors qu'un rang secondaire parmi les chefs de 
l'expédition. 

Enfin, la date de 876 est erronée, comme on Fa déjà démontré. 

Après avoir fait la part de Terreur , voyons ce qu'il reste de vérité ; ce 
reste est encore très-considérable et très-précieux. 

Le récit de Dudon , sous le bénéfice des réserves précédentes , est con- 
firmé presque en tous pmnts par une Chronique contemporaine très-digne 
de foi, celle de St.-Waast. Comparons les textes et constatons leur remar- 
quable conformité. 

Dudon rapporte que RoUon quitta les bords de l'Escaut pour venir au 
siège de Paris. 

Les annales de St.-Waast, annales authentiques, nous apprennent que 
des troupes normandes se rassemblèrent dans la Flandre pour venir assiéger 
Paris. 

Dudon rapporte qu'une armée s'opposa à l'invasion. 

Les annales disent que les Francs prirent les armes pour s'opposer aux 
envahisseurs. 

Enfin, DudoB nous apprend que les troupes franques, au moins en partie, 
étaient sous le commandement d'un duc Bagnold, tué dans un engagement 
qui amena la défaite et la fuite de son armée. 

Les annales mettent également ces troupes soqs le commandement de 
Ragnold , comte du Maine , tué dans la bataille que suivit la retraite des 
siens. 

Le fait rapporté par Dudon est ainsi pleinement confirmé par les annales 
contemporaines de jSt.-Waast (1). 

(i) Mense jiriio^ VII kalend. aug., NorUnanni Rolomagum cmlatcm iiigressi cum omni exercitu, 
Francique eos usque in dictum locum insecuti sunt ; et quia necdum eoruni naves advenerant, cum na^ 
f ibus in jSequana repentis, flufium transeunt et sedem .sibi firmare non desislunt. Inter bsc oranes qui in 
Neustrla et Burgupdia morabantur, adunantur et, collecto exercilu, adveniunt quasi debellaturi Nort- 
mvpnos. Sed, ut^ngredi debuerunt, contig.t ruerc Ragnoldum, ducem Cenomannium cum pnucis et 
bine rediere omnes ad loca sua, cum magna trislilia , n\\ actum utile. AnnaL Vedastin,^ ap. D. Bouquet, 
L VIII, p. 84, C Quant aa titre de pHncejn totitu Franeiir, donné par Dudon à Ragnold, on n*en peut 
;irer vne objection sérieoMi C^est une byperjbole.» 



58 ^TUDE HISTORIQUE ET CRITIQUE 

Nous n'avons pas, il est vrai, ailleurs que dans Dudon la preuve de Texis- 
tence d'un porte-enseigne nommé Rolland. Cette objection est sans valeur ; 
mais peut-on exiger que Thistoire nous ait gardé de nombreuses mentions 
d'un personnage de si peu d'importance (1) ? 

Dudon parle encore d'une prise de Meulan qui n'est mentionnée dans 
aucun texte ; mais Meulan subit sans doute le sort de Pontoise, qui fut pris 
quelque temps avant le siège de Paris (2). 

^ On a repoussé, comme une fable et comme un conte absurde (3) , la men- 
tion des reliques de sainte Hameltrude apportées en Normandie par Rollon. 
Ou peut remarquer, toutefois, en faveur de Dudon, qu'on honorait une 
sainte de ce nom, dans les environs de l'abbaye de Marbod, près de Condé, 
en Hainaut, où séjourna le chef normand. La forme la plus ordinaire de son 
nom est , il est vrai, Aldélrude; mais il a pu être altéré en Normandie (A). 
Dudon ajoute que le lieu voisin de la chapelle où l'on avait déposé les 
reliques de la sainte prit son nom , et il ne peut pas avoir inventé ce détail 
qu'a reproduit Guillaume de Jumiéges, sou abréviateur. 

Tous ces faits sont placés par Dudon en 876 ; selon les annales contem- 
poraines, ils doivent être de 885, Nous ne balançons pas à préférer leur 
autorité à celle de notre auteur. Mais ne pourrait-on pas le justifier de 
cette erreur , ou tout au moins l'expliquer par une faute de copiste. 
DCCCLXXVI (876) ressemble, à un X près, à DCCCIJtXXVI (886) et de 
886 à 885, date donnée par les Annales Vedastinœ^ la différence n'est pas 
grande. L'histoire de la paléographie fournit de nombreux exemples de 
semblables méprises. 



(1) f Le porte-enseigne Rolland est un personnage supposé, de IMnvenlion des historiens normands. > 
A. Le Prévost, édil. d'Orderic Vital , t. III, p. 8. Le savant auteur cite le texte des Annales, mais 
sans reconnaître sa ressemblance avec le récit de Dudon , Ibid. , L III ; p. 7. Lappenberg ne s^y est pas 
trompé et relève vivement Terreur de Depping, dcLicquet, de Capefigue (Geschichte von England , 
t. II, p. 4 0). 

(2) Annal. Vedaslin,, ap. D. Bouquet, t. VIII, p. 86, G. 

(3) Francisque Michel, dans la Chronique des ducs de Normandie, par Benoît, t. I, p. 189, note 2. 
(A) Sa vie est rapportée dans le Recueil des Bollandistes. Acta^ 9 avril, 1. 1, p. 829 ; 23 fév., t. III, p. 509. 

Nous devons dire que les mêmes Bollandistes indiquent une localité qui possédait également ou croyait pos- 
séder les reliques de sainte Aldétrude ; mais ce n*est pas là une objection décisive. 



SOa DUOON DE SAINT-QUENTIN. 59 

Maiotenant nous rappellerons que DudoD a exagéré T importance du 
rôle de son héros, qui ne devait être alors qu'un chef secondaire. Cela nous 
explique pourquoi les annales contemporaines ne le désignent pas parti- 
culièrement parmi les envahisseurs ni à leur entrée dans la Seine , ni sous 
les murs de Paris. 

11 ne parait pas, du reste, qu'il ait été un des assiégeants les plus opi- 
niâtres. Dudou signale trois expéditions accomplies par Rollon pendant la 
durée du siège de Paris : une sur Bayeux , Tautre sur Évreux , la troisième 
en Angleterre. L'auteur n'assigne aucune date à ces événements; il est 
même certain que Tordre dans lequel il les rapporte n'est pas exact. En 
effet, si Rollon est allé en Angleterre au secours de son allié Guthrun- 
Athelstan , il a dû le faire avant 890 , date de la mort de ce dernier (1). 

Quant à la prise de Bayeux par Rollon et à son mariage avec Poppa, fille 
du comte Bérenger , ces deux faits forment la première des cinq fables re- 
prochées à Dudon par D. Lobineau , et sont encore généralement con- 
testés aujourd'hui (2). 

D. Lobineau prétend d'abord que Bayeux n'a pas été pris par Rollon , 
parce qu'en 92/i le roi Raoul lui donna cette ville. C'est là un vice de 
raisonnement que nous aurons lieu de relever plus d'une fois, et qui 
consiste à dire que toute concession présente est négative d'une possession 
antérieure. Ici même le vice est plus grand, car il s'agit d'une prise et non 
d'une occupation permanente. Dès 858 , les Normands avaient déjà pris 
une fois Bayeux et tué l'évèque Balfroid (3). 

Les preuves directes du point qui nous occupe font , il est vrai , défaut ; 
mais il y en a d'indirectes qui ont été très-bien relevées et qu'on ne saurait 
négliger. 

Les Annales de St.-Waast rapportent que, dans l'automne de 890, les 
Normands, désespérant d'emporter Paris, vinrent piller le Cotentin, oii 
ils prirent St.-Lo (A). Le voilà bien près de Bayeux. Maintenant*, des 
Chroniques qui , pour les faits peuvent copier Dudon , mais qui certaine- 

(t) Nous suivons la Ckronitpu Saxonne, dont raulorité nous parait préférable. Florent Wigorn donne 
89i ; VÀpp, ekron, de Spelman , 898. 

(2) D. Lobineau, Histoire de Bretagne, t. II, p. 77; — A. Le Pre?ost, dans Orderic Vital, t. III, p. 8, en 
Dote. 

(8) Anwil, Bertin^ , ad annum 858. 

[à] Annal* Vedoêtin.^ ap. D. Boaqvet, L VIII, p. 88, B ; — inii. Met., Ibid., p. 71, A. 



60 ÉTUDE HISTORIQUE ET CRITIQUE 

ment tirent leurs dates d'ailleurs , puisque Dndon n'en donne pas , mettent 
la prise d'Ëvreux en 892 (1). Gomme la prise de Bayeux la précéda, on est 
donc porté à la Cxer de 890 à 891. 

Ou ne saurait faire une objection de ce que notre auteur place cette prise 
de Baycux pendant la durée du siège de Paris dontPhistoire marque com- 
munément la fin dès 886; les annales contemporaines nous montrent 
cette ville exposée jusqu'en 890 aux attaques des Normands, qui, à vrai 
dire, l'assiégeaient continuellement (2). 

Enfin, ce qui nous porte encore à ajouter plus de foi à la prise de Bayeux 
parRoUon, c'est la concordance d'un fait qu'on n'a pas moins révoqué en 
doute que le précédent, le mariage du chef normand avec Poppa, fille du 
comte Bérenger. S'il est un point sur lequel on ait chance de trouver Dudon 
exact , ce doit être celui-là. Comment admettre que le comte d'Ivri ignorât 
un fait de cette importance? Or, c'était lui qui, nous l'avons vu, fournissait 
les matériaux de l'histoire de Dudon. 11 faudrait, pour contester valable- 
ment ce mariage plus ou moins régulier d'ailleurs, donner une démons- 
tration du contraire, ce qu'on ne fait pas. 

Parmi ceux qui admettent l'existence de Poppa, il en est qui lui refusent 
une origine bayeusaine. De ce que la Chronique de Caen la dit fille du comte 
de Senlis, Bérenger ; de ce que, dans le récit de Dudon, le duc Guillaume, 
fils de Poppa, appelle Bernard, comte deSenlis, son oncle (3), on ne peut 
tirer cette conclusion. Le titre de comte de Senlis, donné à Bérenger par la 
Chronique de Caen, provient sans doute d'une conjecture faite sur le texte 
de Dudon. Quant à ce texte , il indique une parenté entre Guillaume et 
Bernard , sans nier celle qui pouvait unir le premier à Bérenger , comte 



(1) Chronica S, Suphani Cadomensis, ap. Duchesnei Hutoriœ Normannorum scriptore*t p. lOlOi La 
Chronique de Rouen ( Labbe, Bibl. iit«., t. I, p. 865) met ce siég^e en 878. Mais, comme elle le place 
entre 876 et 898, on est en droit de la corriger et de lire 898. V. Dmertatian tur la mouvance de Brc 
tagne^ p. 88-35. 

(2) Qus (urbs) perseptem annos a Normannis obscssa atque vastata est. Ckron. 5. Benig, Div., ap. D. 
Bouquet, t. VllI, p. 2Â1, A. Qui Normanni Parisius aeptem annorum obsidione attriverant. Chron» Vird,^ 
Ibid., p. 286 , C. Ces chroniques postérieures, il est vrai, sont cooGrmées par les monuments contempo- 
rains. — 888. Nortmanni qci Parisiorum urbem obsidebant. Ànn, MeU^ Ibid. , p. 69> B. — 889. Rursus 
castra ponunt, civitaiem totis viribus iinpugnant, Ibid., p. 70, C;— iinna/. Vedaitin.^ ap. D. Bouquet , 
t. VIII, p. 88, B; et Chron. Anglo-sax., 890-891. 

(8) Dudo, ap. Duchesne, Hhtoriœ Normarmorum scriptoree, p. 95. 



8UB mJDON DB SAINT-QUENTIN. 61 

de Bayeax (1). On sait encore qae Poppa fut épousée à la danoise, more 
damco, c'est-à-dire que ce mariage n'était qu'un concubinat, ce qui s'ac- 
corde bien avec les circonstances au milieu desquelles il fut conclu. 

Quant à la prise d'Êvreux, les Chroniques de Caen et de Rouen, la 
rapportant à 892 ou 893 , sont , il est vrai , les seuls textes qui servent 
d'appui à celui de Dudon (2) ; mais nous ne voyons aucune raison de la 
contester. 

Jusque- là, nous avons pu suivre notre auteur en vénâant chacun de 
ses pas. Ce qui suit est tellement confus qu'il est difficile de l'éclaircir. 
Les Chroniques contemporaines font^ pour la plupart, défaut pour cette pé- 
riode. Tout ce qu'on peut affirmer, c'est que fiollon avait dès-lors son éta- 
blissement principal en Neustrie, sur les bords de la Seine, dans le diocèse 
de Rouen. En l'an 900, l'archevêque de Rouen , Witton, demandait à l'ar- 
chevêque de Reims des instructions sur la conduite à tenir envers les 
Normands nouveaux convertis (â). Plusieurs fois le pouvoir royal avait 
songé à traiter avec les barbares déjà si fortement établis. Les évêqnes et 
les grands s'étaient indignés ; mais le temps n*allait pas tarder à venir où 
ce traité serait une uéeesdté absolue (&). 

La donation faite par Charles-le-Simple^ en 005, de douze serfs apparte- 
nant au domaine royal de Pistes , ne prouve pas , comme on l'a cru , que 
la Rasse-Seine n'appartint pas de fait aux envahisseurs (5). Pistes était, 
sans doute , la limite du pays resté soumis au roi ; la contrée au-delà 
était occupée par les Normands. 

En6n, et ceci nous paraît une raison décisive, comment les critiques, qui 
mettent la première invasion de Rollon en 911 , expliquent-ils qu'un au 
après, sans autre exploit qu'un siège manqué devait Chartres, il ait amené 
le roi à traiter avec lui, à lui céder une position aussi importante que l'em- 
bouchure de la Seine? C'est cela qui serait inexplicable. Mais, tout en ad- 

(1) Diêêirtation sur la mauvanee de Bretagnêf p. 80-41. V. Docange, ? *• Aturculus. Noas ferrons, 
plus Urd, s*il ne hat pas chercher dans une autre alliance le lien de parenté qui unissait Guillaume et le 
comle de Senlis. 

(S) On troufe encore hi mention de ce foll dam les Annales d^Asserius. V. Galtia christ,, t. Xf, col. 570, 
A ; mab le texte est interpolé. 

(8) Conàt. Rotam.^ p. 28. 

(h) Dado, I. U, p. 70 ; — Frodoard, Uistoria eednim BememU^ ap. D. Bouquet, t VTfl, p. 160. 

(5) M. A. Le Prefost, qui fiiit cette objecUoo, veut que Rolloo ne soil Tenu dans ces contrées qu*en 
911. Notes pour servir d VIHst. de Jiorm., I**. partie, p. 55. 

8 



62 lÎTUDB HISTORIQUE £T CRITIQUE 

mettant le fait génëral de t'occapation des Normands ( nous ne voulons rien 
alBrmer de plus), nous defms constater que Dudon Tait intervenir à tort, 
dès Torigine , l'archevêque Francon , qui n'a dû prendre part qu'au traité 
de 911. 

Avec le si^e de Chartres commence une période de la vie de Rollon, à 
laquelle nos historiens modernes consentent à reconnaître quelque authen- 
ticité. Ils s'accwdent à placer ce siège en 911 , mais les Chroniques citent 
également 898 et 900. D'un côté , nous n'avons plus le fil des événements 
pour nous guider comme précédemment, et de l'autre, nous manquons de 
documents capables de faire foi sur une date isolée. La plus probable est 
cependant le samedi 20 juillet 911. 

En résumé , nous trouvons , comme résultat de nos recherches, la pré- 
sence de Rollon constatée : entre 880 et 885, en Angleterre, à Walcheren, 
en Frise, en Hainaut ; — en 885, sur la Seine, au siège de Paris; — de 886 
à 890 , en Angleterre , en Normandie , à Bayeux , à Êvrenx ; — de 890 à 
911, dans le diocèse de Rouen et à Chartres. 

Il avait dès-lors épousé Poppa^ fille de Bérenger , comte de Bayeux. 

Il est difficile de savoir quelle fut son origine et pour quelle cause il 
quitta son pays. 



m 



Sommaire. —Traité de St^air-sur-Epte; ses causes principales. ^Élcndue du territoire 
concédé à Rollon ; la cession comprenait-elle toute la A'ormaiidie actuelle 7 Négative sou- 
tenue parla critique moderne. Affirmative plus conforme au texte de Dudon et aux docu- 
ments contemporains.— Inféodation de la Bretagne au duc de Normandie ; son étendue ; son 
caractère; guerres de Rollon avec les Bretons. — Mariage de Rollon avec Gisèle; raisons de 
n*y pas croire, données d'abord par D. Lobineau et reproduites de nos jours; défaut de 
preuves décisives; raisons que Ton peut donner pour justifier ou expliquer le rédt de Dudon. 

Bien que le nom de traité ne se trouve pas dans les auteurs, et que 
nous ne connaissions pas de document écrit constatant cette cession de la 
Neustrie faite par Gharles-le-Simple à Rollon , nous le conserverons parce 
qu'il est, pour ainsi dire, consacré et n'a rien de contraire à la vérité. 
On ne saurait contester une grande importance à cette entrevue qui 
consacre des faits accomplis. On peut bien dire qu'on n'accordait aux 



StJR DUDON DB SAINT-QUBNTIN. ' 63 

Normands qu^un pays qu'ils possédaient déjà (l) ; mais il n'était le lear 
que par la force des armes, eC ils Taisaient sanctionner leur conquête par la 
loi d'un traité. Cest ainsi que les Normands Sigefroidet Godefroid avaient 
obtenu la Frise ; Guthrun , TEst-Ânglie. La convention de St-Clair-sur- 
Epte n'eut pas un moindre caractère. Toute la suite de notre histoire, sous 
les premiers ducs, montre Timportance qu'ils attachaient à cette sorte d'in- 
vestiture (éodale. 

On y remarque trois clauses importantes et distinctes : Cession d'un ter- 
ritoire; — inféodation de la Bretagne à la Normandie ; — Conclusion d'un 
mariage entre RoUon et une fille de Charles*le-Simple , Gisèle. Nous exa- 
minerons successivement ces trois points. 

S I. — TERfilTOiaE CONCÉDÉ A ROLLON. 

Sur ce point primitif de notre histoire^ deuK systèmes sont en pré- 
sence : l'un pose en principe que toute la Normandie actuelle fut con- 
cédée à Rollon ; Tautre , qv'il n'en reçut qu'une partie. Le premier avait 
toujours été suivi jusqu'à D. Lobineau. C'est de la discussion entre le 
Bénédictin et l'abbé des Thuilleries qu'est sorti le second, reproduit 
(on pourrait dire copié), parla plupart des modernes (2). 

Établissons d'abord le sens exact de notre auteur, dont les deux parties 
ont également voulu se prévaloir. 

Il dit, dans un premier passage, qu'on céda à Rollon le territoire 
compris entre l'Epte et la mer (S) , ce qui ne s'applique qu'à une 
portion de la Haute-Normandie. « Dudon, selon H. Deville, ne nous en ap- 
prend pas davantage. » 

D. Lobineau avait déjà affirmé la même chose , s'efforçant de donner 
ainsi à son système l'appui d'un auteur qu'il décriait pourtant beaucoup (A). 
Mais ces deux auteurs n'ont lu qu'imparfaitement Dudon. En effet, il 
ajoute que la Bretagne était sur la frontière du pays concédé. Et quand 

(1) Expéditions maritimes des Normands, p. S8S. 

(S) M. Lieqnel, Histoire de Normandie , I. f, p. 71, et DevUle, dans les Mémoires de ta Société dm An- 
tiquaires de Normandie, t. VI, p. A7, dc font guère que reproduire les arguments de ces deux auteurs, 
qu*ils ne nomment pas. 

(S) Teneat (Rollo) terram ab Bpta fluviolo ad marew Dédit (rex) terram a flumine Ept» usque a 
maro. Dudo, p. 83. 
{h) Réponse au Traité d$ ta moupouce, publiée sous le nom d*on ami. 



6& ÉrtHE HlSTOiaQUE ET CftlTIQOB 

RoUon demande à Farcbevêque de Rouen quelles sont les principales églises 
de sa province , à lui Rollon , rarchevèque comprend dans sa réponse les 
églises de Bayeux, d'Êvreux, du Mont-St.-Blicbel. On voit par là que 
Dudon mettait dans le territoire concédé TÊvrecin, le Bessin , et probable- 
ment tout le pays jusqu'au Goisnon (1). Et c*est bien ainsi que Ten tendait 
son abréviateur, Guillaume de Jumiéges, qui résume le texte de Dudon ea 
disant : < On céda à Rollon le pays maritime depuis TEpte jusqu'aux 
Trontières de Bretagne (2). 

La pensée de Dudon, une fois bien établie, est-elle juste ou fausse? Tou6 
les critiques crient qu'elle est fausse. Dans quelle mesure alors? Les di- 
vergence» commencent aussitôt Chacun a sa vérité, l'un donnant plus, 
l'autre moins , n^'élaM tous dPaccord que sur le seul point de n^accorder 
à Rollon qu'une partie de la province. 

Le texte que Ton oppose avec le plus d'assurance à l'assertion de 
no(re auteur est tiré de la Chronique de Frodoard ; mais« en le considérant 
attentivement, on reconnaîtra qu'il est loin 4'étre décisif: • Les Normands, 
dit-il , consentirent à se convertir à condition qu'on leur céderait quelques 
contrées marithooes (concesm quibusdam maritimis pagis) avec la ville 
de Rouen ( cum Rothomagensi urbe ) ^ qu'ils avaient détruite précédem- 
ment (et aliis eidem subjectis) (3). > Soit que l'on rapporte atiis à pagis ou 
à urbibus, on voit que, d'après Frodoard lui-même , la concession com- 
prenait un pays plus étendu que le diocèse de Rouen. Tâchons d'en retrou- 
ver les frontières. 

La limite, au nord, est facile à établir : ou la suit depuis la Bresle jus- 
qu'à l'endroit où l'Epte se jette dans la Seine. A partir de la rive gauche 
du fleuve , on la retrouve plus diflSdlement. 

Un diplôme de Charles-le-Simple lui-même, postérieur à la cession, 
donne à l'abbaye de St.-Germain-des-Prés l'abbaye de la Croix- St. -Ouen, 
t excepté la portion cédée aux Normands de la Seine. » Il est donc évi- 



(1) SpoDdet Rex ei Biilanniam dare qnae erat in coiifinlo promissu terrée, p. 83» — Qus ecclesUe vene* 
ralkmes in tua terra babercnUir, tcisdlatnr... Tudc Franco : Rotomageqsis el Bajocacensis et Ebroicensi», 
ia periculo maris ecclesia Sancli Michaelit, p. 8A. 

(2) Terram mariliiDani ab BpUe paviolo uaq'ue ad brilaDnicos limites. — Will. Gemmrt., ap. Dueh.» 
p. 281. 

(S) Frodoard, HUforia tccUsiff RÉmensUf ap. D, Bouquet, t. VHI» P* 103, 



SUR DCDON DE ftAINT-QOBNTIN. 65 

dent que sa frontière passait à travers les biens de cette abbaye (1). Mais 
comment y passait-elle ? 

Liequet veut que c«s biens Tussent alors divisés en deux parties , orien- 
tées Tune au nord , Tautrc au sud. I^ ligne partait de Tembouchure de 
TEure, puis quittait aussitôt la rivière, atteignait et traversait Tabbaye 
et s'en allait gagner les frontières de Tévècbé de Bayeiix, laissant Évreux 
au midi, en dehors de la concession (2). C'est ce qu'avait dit déjà D. Lo- 
bineau, ce qu'avait même accordé l'abbé des Thuineries (3). « Et il faut 
bien qu'il en soit ainsi, ajoute IJcquet, puisqu^en 9&3 Êvreux appartenait 
encore aux Français. » 

A priori, cette délimitation parait singulière. Ce n'est pas la coutume 
des peuples, surtout des peuples barbares, de ne se limiter que par des 
frontières fictives qui ne peuvent servir de défense et donnent lieu aux 
contestations. Or, comme l'Eure coupait en deux les biens de l'abbaye 
de la Croix-St-Ouen, qui se trouvaient ainsi orientés, partie à l'est, partie 
à l'ouest, il est bien plus probable, presque certain ^ que la rivière for- 
mait la limite orientale depuis son embouchure jusqu'à ce point (&). 
Ensuite, si Évreux était en dehors de la concession primitive, quand 
fut-il concédé? M. Deville prouve contre Liequet que si cette place était , 
en 8A3, au pouvoir des Français , c'est qu'ils l'avaient reprise sur les 
Normands. Ceux-là en étaient donc antérieurement en possession et sans 
doute du temps même de Rollon , puisqu'on ne trouve pas de donation 
postérieure. 

A partir de la Croix-St.-Ouen ^ FEure servait encore de limite jusqu'à 
la rivière Arva. H. Deville reconnaît avec raison, — ce que l'abbé des 
Tbuilleries et Vertot avaient prouvé jusqu'à l'évidence , — que VArva 
n'est ni l'Orne ni l'Arve qui passe à Bayeux , mais cette autre rivière 

(1) Ap. D. Bcmquet, t. IX,p. SSi. « Prarter partem ipeius abbaliarquain annufimis Norùnannii SequaneD- 
sibiift* » 

(2) On pourrait comprendre encore que Liequet conduisit sa ligne du nord au sud jusqu*à la limite 
des liiens de Tabbaye et la tournât subitemcnl à l'ouest. Cela D*en serait pas Dwins une erreur ( HUtoire 
é€ Namuindiet L 1, p. 76) • 

(3) D. Lobioeau, Histoire de Bretagne^ U I, p. 76 ; t II» p. 99; — Traité de la mompanet, p. M. 

(A) Roui disons : t il est probable » , car Temboucfaure de TEptc est plus à Touest que celle de PEure^ et la 
frontière, telle q«e nous rétablissons, laisse en-dehors de la Normandie une petite langue de icfte qui en 
a fait partie. Peut-être la limite partait-elle de TEpte pour venir à la Croîx-St-Ooen ; peut-être avait«on 
choisi TEure oonme limite naturdle et oommecorrespoiidant à TAndelle qu^oo dut proposer d*abord pour 
limite sur la rive droite de la Seine. 



66 ÉTUDB IllSTORIQUE ET CRITIQUE 

d'Ârve qui se jette dans F Eure et sur laquelle on a fait ce dicton signi- 
ficatif : 

Arva, iicet parvn, Francoram dividft arva (1). 

I/Arvc nous donne donc les limites du sud, ce qui enferme TÉvreciii 
dans la donation de Charles-le-Simple. Ainsi , Dudon est justifié sur 
ce point. 

On voit qu*en 92/i on céda aux Normands le Bessin et le Maine ; 
comme on ne dut leur céder qu'un pays voisin du leur, c'est que celui-ci 
avait pour frontière à Touest Tévèché de Bayeux et une partie de celui 
d'Avranches ; au midi, le Maine (2). C*est là qu'on retrouve Dudon positi- 
vement en faute, puisque Bayeux, à ce qu'on prétend , n'appartenait pas 
à Rollon (3). 

Remarquons d'abord que cette donation des quatre évéchés de Rouen, 
d'Évreux, de Lisieux et de Séez serait singulièrement bizarre au point 
de vue géographique. Le roi gardait trois autres évôchés avec lesquels 
il n'avait plus de communication libre, si ce n'est par la partie fort étroite 
du sud du diocèse d'Avrancbes. 

Ensuite il est facile de voir que le texte même de Frodoard renferme 
la meilleure réponse qui se puisse faire à l'objection qu'on en tire. Il dit 
qu'en 92/i les Normands réclamaient la cession du Bessin comme exécution 
d'une promesse antérieure {h). Le Bessin, pour le moins, avait donc 
été promis à Rollon, qui dès-lors pouvait regarder Notre-Dame de Bayeux 
comme une des églises de sa province. 

Allons plus loin encore* Nous savons d'une manière positive que les 
Normands occupaient déjà fortement même le Cotentin« Au nord, ils 
avaient élevé le Hague-Dick ; nous les avons vus prendre St.-Lo en 890, 
Bayeux en 891 ; une charte nous dit qu'en 905 leurs ravages y étaient 
continuels (5). Dudon nous apprendra même que la principale force 



(1) Oevillo, Dissertation citée;— Lettre à Vabbé de Vertoty p. àO ; —Verlot, Histoire critique de Cet ii- 
blissement des Bretons^ U II, p. 296. Le texte allégué est dans Duchesoe, Scriptores rerum Fran- 
ramw, I. III, p. 329. 

(2) Frodoard, Ecclesiœ liemensis Chronicon, ap. D. BouquPt, t. VIII, p. 180. 

(3) Deville, Dissertation citée ^ p. 68; — Licquet, Histoire de Normandie, t. H, p. 80. 

(Â) Noitmanni paeem quam pepigerant, propter promissloncfn Karoli, qui eis latitadiaem (err« polli- 
citus ruerai, Inrregere. Frodoard, Ecctes, Rem» Chron,^ ap. D. Bouquet, t. VIII, p. 180. 
(5) V. Acta Ordinis snucti Bineilicti^ r. IV. p. 5U. 



SUR DUDON D£ SAINT-QUEMIN. 07 

des Normands était dans le pays, resté, même après 9il , un foyer de 
paganisme et de révolte. En 92& comme en 911 , Rollon reçut ce qu'il 
possédait déjà ; mais cette transformation du fait en droit, pacio pacis , 
était alors bien plus importante que nous ne Timaginons aujourd'hui (1). 
Au point où nous sommes parvenu , nous trouvons déjà dans le terri- 
toire concédé à Rollon cinq des diocèses de la province ecclésiastique de 
Rouen, qui en comprenait sept. Ceux de Coutances et d*Avranches furent- 
ils possédés par Rollon. Cette question , non moins débattue que les pré- 
cédentes, ne peut être traitée isolément et dépend de la solution d'une 
autre difficulté historique , à savoir Tinféodation de la Bretagne à la Nor- 
mandie. Nous allons en traiter dans le paragraphe suivant. 

S II — INFÉODATION DE LA BRETAGNE A LA NORMANDIE. 

Ce petit point d'histoire qui, on l'a vu dans la première partie de ce 
mémoire, souleva au XYII*. et au XYllP. siècle de si ftirieuses discus- 
sions, semble être envisagé de nos jours de toute autre façon. Par une 
révolution singulière des opinions humaines , les historiens bretons , 
jadis si âpres à la défense , inclinent aujourd'hui à reconnaître la justice 
des prétentions des Normands , tandis que ceux-ci , répudiant à tort la 
victoire de leurs prédécesseurs , proclament à Tenvi le bon droit des Rre- 
tous (2). 11 y a là, selon nous, l'indice, moins d'un sincère acquiesce- 
ment à la vérité, que d'une insuffisante élude de la question. 

Sur ce point encore, les deux partis se sont prévalus du texte de Dudou : 
les uns pour maintenir la vérité de l'inféodation ; les autres pour la com- 
battre. Mais les termes de l'historien ne sont pas tellement ambigus qu'on 
ne puisse découvrir sa pensée. 

Dudon , il est vrai, semble n'indiquer d'abord qu'une demi-cession faite 
pour des besoins temporaires; mais il ne tarde pas à montrer Rollon sub- 
juguant les Bretons rebelles, et leurs comtes Alain et Bérenger rendant 

(1) Ëjus (Roduin) lamen coDseusu, Icrra (Noriuannis) aucU ; Ccnomanuis el Baiocae, paclo pacis, 
ois concessx. Frodoard, Eccles. Rem. Chroiu, ap. D. Bouquet, t. VIII, p. 481. 

(2) Licquet, Histoire de Normandie , t. I, p. 7S. II ne faii guère que reproduire les argamenU donné» 
|»arD.Lobineau {Histoire de Bretagne, t. II, p. 76). M. De?illeest du môme ^y\% { Uiêurtation citée). Par 
conlre, Daru (Histoire de Bretagne, t. I, p. 252 el snir. ; admet rinféodalion niée |)ar son traducteur 
allemaDd , Scbol^il. 



68 ÉTUDE niSTORIQUB ET CRITIQUE 

hommage au duc et à Guillaume, son fils. A tort ou à bon droit, il soutient 
donc rinféodatiou (1). 

Que cette inféodation ait compris toute la Bretagne , qu^elle ait eu lieu 
formellement dès 911 : ce sont là des difficultés que nous n^entreprendrons 
pas d'élucider , quand les preuyes font défaut ; mais qu'elle ait été accom- 
plie dès le temps même de Rollon , c'est ce qu'on peut démontrer. 

Nous prendrons notre preuve dans la concordance de Dudon et de Fro- 
doard, interprétés jusqu'ici dans un sens trop étroit. Nos critiques ne ju- 
rent que par Frodoard ; hors de ce quMl dit, rien n'est croyable à leur gré. 
Ce qui est vrai , c'est que Frodoard, souvent fort exact , n'est pas plus im- 
peccable que les auteurs de son temps , et qu'il importe parfois de le com- 
pléter (2). 

Détruisons d'abord une équivoque élevée sur le texte. D. Lobiueau et 
ceux qui l'ont suivi ont prétendu que, par ce mot de Bretagne, employé par 
Dudon , il ne fallait entendre que le Cotentin et l'Avranchin , qui étaient 
alors appelés Terra Britonum^ et qui furent cédés, en 963, à Guillaume- 
Longue-Êpée, par Raoul (3). 

11 est vrai qu'en 967 Cbarles-Ie-Cbauve avait abandonné ces deux diocèses 
d'Avranches et de Coutances aux Bretons (&). St.-Lo formait la limite de 
la concession (5). Les princes de Bretagne ont donc efTectivement possédé 
ces contrées. Mais ce titre de Terra Britonum était si peu dans l'usage géné- 
ral pour désigner le Cotentin et l'Avranchin, que les Bretons eux-mêmes 
disaient pays de Coutances , pagns Constantinus (6) ; que , tout atiplus,on 

(i) Brilaonos rebelles ûbi subjugavît alque de cibarlh Britonum resfnum sibi GoncesMim suffidenter 
pafiL Dado, 1. II, p. 83. — Bercngenis cornes et Alaiinus pariter cxteriqiic Britoncs... subdîderuiit se 
folentes WiHelmo ananimes. Id., I. III, p. 91. 

(2) Il ne dil rien, par exemple, ni du départ d*Alain Barbe-Tortc et de Matbeudoi, dont il indique ce- 
pendant le retour, ni du comte Bérenger, dont Texistenoe est bien prouvée d*ailleurs. 

(d)D. Lobineau, BUtoire de Bretagne, lt)C. cit.;— Derllle, Dissertation cttée^ p. 65. Cette opinion|avait 
déjà été proposée par le duc d'âpemon. De la vraye origine de la maison de France , partie I**., p. &9. 
Voir la Disurtation sur ta mouvance, 

(A) iliifi. Bertin. ad anmim 867, ap. D. Bouquet, L VIII, p. 96,} A, el 365 ; — Frodoard , Eccleiu 
Hemens, Chron,, ap. D. Bouquet, t. VIII, p. 188, D., ad aanum 933. 

(5) Sancti Laudi castrum dicitur inter Britannoset Franeos, Chronicon Saxon. Cojus (SancH Laudi) 
castrum inter Britannos et FrancM videtur. Elbekverdus, 1. IV, ch. «t, ap. Suhm, Scriptores 
rerum DauicaruMt L V, p. 180. 

(6) En 889, Alain-le-Grand donne à un évéque de Nantes villam Canabiaeum in pago Constantino 
sitam. Texte cité par D. Lobineau, Histoire de Bretagne^ u II, p. 42. Le même auteur cite bien encore 
un texiR où Ton voit, en 878, Ârmengariust episcopvs provineiœ ?iormannicœ, sacrant Alain, prooinciœ 



SUR DUDON DE SAINT-QUENTIN. 69 

appelait ce pays marche de Bretagne et de France (1). La dernière mention 
d'un acte d'autorité des ducs de Bretagne sur ces diocèses est de 889. En 
890, les Normands prenaient St.-Lo et ravageaient le Cotentin; en 905, les 
reliques de saint Marcoulfdurent être transférées à Corbéni , près de Laon , 
à cause des \iolentes et continuelles incursions de ces Normands (2). il est 
donc certain que ces deux diocèses n'étaient point communément appelés 
Terra Britonum; que la souveraineté des Bretons sur eux était, en 911, 
purement nominale, et qu'ils étaient, en fait, depuis long-temps au pouvoir 
des Normands. 

On a prétendu encore , d'après Frodoard , que la Bretagne appartenait 
aux Normands de la Loire ; partant^ qu'elle n'avait pu être cédée à Rollon (3). 
En partie , cela est certain ; en entier , cette prétention est manifestement 
contraire au texte de Frodoard lui-même. L^s Normands de la Loire se 
bornèrent presque toujours à l'attaque de la Basse-Bretagne et à la pos- 
session légale du comté de Nantes (h). Reste la Haute-Bretagne qu'ils pou- 
vaient piller en même temps que leurs compatriotes de Neustrie. 11 y eut 
même, nous le verrons, un certain ensemble dans les opérations militaires 
des deux colonies normandes qui avaient toujours conservé des relations 
d'amitié (5). 

Tel nous apparaît l'état fort mal défini delà province sur laquelle Charles- 
le-Simple abandonnait certains droits à Rollon. Ces droits eux-mêmes 

Warrochiœ corne» (Ibid,): mais on ne dcvail pas dire encore provhtcia Normanniea, L^acte esl sans doule 
interpolé. 

(I ) iEdiOcavil in ea Normannia, quae antea vocabalur marcha Francis et Britannie, monasterium Sancti 
Michaelts Ademar, 5. Cibar, hiatorias I. 111, cli. xu(, ap. Perlz, Mon. germ, hist, script,, U IV, p. 106. 

(2) Ob nimiam alque diutinam paganorum infestalionem. V. Acta Ordinis aancti Benedicti ^ L IV, 
p. 5U. 

(8) D. Lobineau, Uittoire de Bretagne, L 11, p. 76; — Licquel, Histoire de Normandie, I. I, p. 70-71. 

{à) Nordmanni omnem Brilauniam in cornu Galliœ, in ora scilicel maritima, ji(<im dcpopulantur, ab- 
ducUs ejeclisque Britonibus. Frodoard, Chron,, ad ann. 919.— Britanniam ipsis, quam vaslaveranl, cuin 
Namnetico pago coucessiL Id., Ibid, — Mais Frodoard se corrige lui-même, ou plulôt précUe le sens de ses 
paroles. En 927, il montre ces mêmes Normands de la Loire accordant la paii, moyennant la concession 
du seul comté de Nantes: « Concesso sibi pago Namnetico, pacem pepigere cum Francis. • Id., ap. D. 
Bouquet, t. VllI, p. 177, D, et suiv. 

(5) En 92S, Ragnold, chef des Normands de la Loire, ravage le pays au-delà de TOise, en compagnie 
des Normands de la Seine. Frodoard, Chron,^ ap. D. Bouquet, t VU! , p. 180, A. C'est à ces derniers 
qu'on achète la paix par la cession du Maine et du Be9»iu.— En 22Â, Ragnold fait une invasion en Bour- 
gogne. Le roi Raoul Ty poursuit. Aussitôt Rollon fliit une diversion en ravogeant Beauvais, Amiens, 
Noyon, ce qui ramène le roi sur les firootières de Normandie. Frodoard, { hron., Ibid., p. ISd-lSâ, D. 

9 



70 ÉTUDB H1ST0RIQ13Ë ET CRITIQUE 

étaient fort peu précis, selon le propre témoignage des historiens nor- 
mands. 

Selon Dudon, la Bretagne ne Tut d'abord donnée à RoUon que pour qu*il 
en tirât des subsistances (1). Ce n'était pas la première province qu'on 
abandonnait ainsi au pillage des Normands. Ou leur avait déjà livré la 
Bourgogne. Bien long-temps après, en 926, on leva encore un impôt pour 
les Normands ; les Poitevins en payaient également un aux Normands de 
la Seine, et il ne fut supprimé qu*après le mariage d'un comte de Poitou 
avec une sœur de Guillaume-Longue-Ëpée (2). Rollon et les siens, même 
établis dans leur province, étaient, pour ainsi dire, condamnés à piller 
encore pendant quelque temps. Comment vivaient-ils en Neustrie? En fou- 
lant les populations. Du jour où ils voulaient mettre un peu d'ordre dans 
leur conquête, il fallait ménager le paysan; et, pour le faire sans renoncer 
à vivre noblement, sans travailler, il fallait piller d'autres populations. 
Le roi leur abandonna les Bretons, qui aussi bien ne lui payaient jamais rien. 

11 paraît , toujours au rapport de Dudon , que les Bretons ne laissè- 
rent pas de se défendre ; mais Rollon triompha de leur résistance, et c'est 
très-certainement dans ces guerres, postérieures à 91 1 , que Tinféodation vé- 
ritable fut établie; mais, très-certainement encore, Dudon se trompe quand 
il l'étend du premier coup à toute la province. Il en donne la mesure plus 
exacte, lorsqu'il ne montre comme vassaux du duc de Normandie que les 
comtes de Dol et de Rennes, Alain et Bérenger. Ce sont eux seuls, en effet, 
qui prêtèrent serment à Guillaume-Longue-Ëpée, en 927, quand il fut 
associé au pouvoir par Rollon. Guillaume de Jumiéges place cet hommage 
en 911; mais il est évident qu'il abrège mal le texte de Dudon (3). Depuis 
combien de temps ces comtes étaient-ils et se reconnaissaient-ils les vassaux 
soumis de Rollon ? On ne peut le dire exactement : ce qui est certain , 
c'est qu'ils obéirent de gré ou de force au duc normand (&). 

(1) c Da illi (Rollonî) aliquod regnum unde conducat sibi àbum et Yestitum ^ donec impleatur lerra 
quam illi das opulentiarum coiigerie reddatque temporivos Tructuft victuum hominum el animalium. • 
Dudo, p. 83. Dedil lotam Brilanniam de Qua posset vivere. h\., Ibid, 

(2) Ëxaclio pecuniae collatitix Nordmannis pacto pacis dands. Frodoard, C'Aron. ^ ap. D. Bouquet, 
L VIJl, p. 18Â, B. 

(3) Quant ù ceux qui (bnl partir Alain dès 907 pour TAngleterre, où il se rendrait auprès d^Athelstan, 
ils «ont réfnlén par cette raison péremptoire, qu^Alhelstan ne monta sur le trône qu'en 92â. 

(6) frodoard, Chvon.^ ad ann. 921,. ap. D. Bouquet, t. VJJI, p. 177-180. 



SUR DCDON DE SAINT-QUBNTIN, 71 

La suite conCrme de tous points le récit de Dudon, dont la vraisemblance 
est d*ailleurs évidente. 

En effet, notre auteur rapporte qu'après la mort de RoUon , vers 931 , 
les Bretons se révoltèrent contre le duc Guillaume, qui franchit le Coesuon 
et s*empara de plusieurs places appartenant aux rebelles. A peine était-il 
de retour à Rouen, que les Bretons se jettent de nouveau sur le Bessin. 
Alors Guillaume reprend les armes, bat les envahisseurs, contraint leurs 
chefs à demander la paix , et ne l'accorde qu'au comte Bérenger, forçant 
Alain à se retirer en Angleterre (1). 

A cette même date, en 9«S1, on lit dans Frodoard que ceux des Bretons 
de Cornouailles qui n'avaient pas émigré, se révoltèrent contre les Nor- 
mands et en firent un grand massacre, en commençant parleur chef, 
Félécan; que, la même anuée, le Normand de la Loire, Incon , exerça de 
sanglantes représailles et chassa tous ceux des habitants qu'il ne fit point 
mettre à mort (2). 

Rien ne concorde mieux que ces deux récits. Frodoard et Dudon font 
connaître chacun la moitié d'un soulèvement qui fut général. Les Chro- 
niques bretonnes confirment encore ce qu'avance Dudon, en ne mention- 
nant que l'exil d'Alain (3). Enfin, c'est à cette époque, vers 933, que 
Raoul donna , ou plutôt confirma à Guillaume-Longue-Êpée la possession 
de la Terra Britonum. Que cette terre des Bretons comprît d'autres pays 
que l'Avranchin et le Cotentin , c'est ce qu'on peut démontrer encore par 
Frodoard et par Dudon. Selon le premier, en 937 , les Bretons reprirent, 
et selon le second, Guillaume leur rendit ce qu'ils avaient perdu en 931. 
Or, comme les deux diocèses de Cou tances et d'Avranches ne faisaient 
point partie de la restitution, il s'ensuit que les auteurs parlent , à la date 
de 931 , d'autres pays, de ceux probablement qui appartenaient à Alain (&). 
Nous pourrions ajouter, comme preuve, la longue liste d'hommages rendus 

(1) Dudo, p. 9S-9S. 

(S) Frodoard, Chron.,%à ann. 931. • Iiicon, caesis Tel ejcdis Brilonibus. regione politur. » 

(9) Ckron, Namnet,, ap. D. Morice, Histoire de Bretagne , Preuves, I. 1. 

(à) Brilooes, ad sua loet post diutinam regressi prregrinationeiD, cum Kortmannis qui terram sibi 
cootiguam pervaserant, rrequeiiiibus dimicant prxiiis , superiores pluribus exiskntes et loca ftervasa re- 
cipientes. Frodoard, Chron», ad ann. 987 ;— Dudo, p. 98, D; ^ Diuertation »ur la mouvance Je Bretagne, 
p. 70 el tuiv. — Deppiiig, par uue erreur incroyable, eo citant Dudon comme autorité , atti :bue toutes cv» 
fictoiretà Rolloii ( Expéaitionê maritime» des Nbrmaiuls, p. S95 . 



72 ^TUDE HISTORIQUE ET CRITIQUE 

dans la suite par les princes bretons aux ducs de Normandie; mais nous ne 
traitons que de leur soumission volontaire ou forcée à Rollon et à Guil- 
laume , laquelle ne nous parait pas contestable. 

Nous avons laissé en arrière la question de savoir si Rollon a jamais 
possédé TAvranchin et le Cotentin. Nous pouvons maintenant la résoudre 
en peu de mots. 

Puisque Rollon avait des droits sur la Bretagne , à plus forte raison 
a-t-il eu la suzeraineté de ces deux diocèses. A partir de quelle époque 
les posséda-t-il ? Sans doute depuis 911; tout au moins depuis que les 
princes bretons, autrefois maîtres de ces pays, avaient leur propre do- 
maine inféodé à la Normandie. La concession faite par Raoul, en 933, 
n*a été qu'une conGrmation, ou du moins que la consécration d*une 
conquête accomplie. La suite de Thistoire donne à penser que ces pays 
étaient particulièrement occupés par les Normands restés païens. 

En résumé, la concession de territoire comprit, dès 911 , en donation 
reconnue et légale, les diocèses de Rouen, d*Évreux, de Lisieux, de Séez. 

Celui de Bayeux, au moins promis alors, ne fut annexé oflSciellement 
qu'en 92û. 

Ceux de Coutances et d' Avrancbes, concédés seulement en 933, ont été 
effectivement possédés par Rollon, ainsi que le diocèse de Bayeux^ dès 911. 

Quanta Tinféodation de la Bretagne, sa date précise est incertaine, et 
son caractère peu déterminé. 

La Bretagne n'a d'abord été donnée à Rollon qu'avec le droit tempo- 
raire d'en tirer des subsistances. L'inféodation légale d'une partie du pays 
est postérieure à 911, et le résultat, non d'une cession du roi, mais 
d'une conquête des Normands. 



§ III.— MARIAGE DE ROLLON ET DE GISÈLE. 

Déclarons d'abord que ce mariage de Rollon avec une fille de Charles- 
le-Simple, nommée Gisèle, est un point d'histoire sur lequel on ne peut 
procéder que par conjectures, soit pour l'admettre, soit pour le rejeter. 
Le texte de Dudon est isolé et peu précis; les preuves directes font défaut. 

D'après un système dontLicquet se prétend l'auteur, bien qu'il remonte 



SUR DUDON DE SAIM-QURISTIN. 73 

a rbistoricn Paul-Emile et qu'il ait été développé dans tous les sens par D. 
Lobineau, Dudon n'a Tait qu'adapter à la vie de Rollon un passage de This- 
toire d'un autre cher normand , Godefrid, qui épousa une fllle de Charles- 
Ic-Cbauve, Gisèle {i). C'est là une supposition gratuite, et l'étude attentive 
de la composition de l'ouvrage du Doyen ne permet pas de l'admettre. 
Nous l'avons déjà dit : Dudon, tout préoccupé de beau style, n'a point été 
cbercber dans les Chroniques les matériaux d'un roman. S'il eût pris cette 
peine, il aurait certainement proGté d'un tel travail pour être moins fautif 
ou moins incomplet sur d'autres points. On ne trouve cbez lui aucune trace 
de si savantes recherches. L'abbé des Thuilleries et, d'après lui, Depping, 
font très-judicieusement observer que Gisèle était un nom alors très- 
commun. 

Les autres raisons sont plus sérieuses. Dudon fait de Gisèle une jeune 
personne issue de sang royal des deux côtés. Or, Charles-le-Simple, marié 
seulement en 907, ne pouvait avoir une GUe nubile en 911. Sur ces deux 
points, le Doyen est convaincu d'erreur. 

Alors se présente l'hypothèse d'une fille naturelle : c H faudrait que D. 
Lobineau prouvât , dit l'abbé des Thuilleries , que Charles n'avait eu ni 
femme ni concubine avant que d'épouser Fréderune. Mais à qui le per- 
suadera-t-il , ce monarque ayant alors vingt-sept ans et se trouvant dès 
l'âge de douze ans sur te trône , où la chasteté est toujours en danger ? » 
Gisèle, en admettant les passions précoces de Charles-le-Simple , pouvait 
avoir alors de quinze à seize aûs (2) . 

Des deux côtés, on procède par suppositions; c'est donc un point à 
laisser à la libre croyance de chacun. Cependant, si, après cet aveu de l'in- 
suffisance des preuves, il nous est permis d'exprimer notre croyance , nous 
dirons qu'elle est toute acquise au récit de Dudon. 

Avec lui, nous en revenons toujours à cette pensée : tout ce qu'il sait, 
tout ce qu'il dit, il le sait par les traditions de la Cour de iNormandie, il 
le répète d'après le rapport du comte Raoul. Or, est-il possible qu'une tra- 
dition aussi mensongère se soit si tôt établie, qu'à la Cour d'un petit-fils de 
Rollon on se soit trompé sur un fait si important et qui intéressait sa propre 

(1) Licquel, Histoire de Normandie, t. I, p. 85; — A. Le Prévost, Édit« il'Ordeiic Vilal, t I, p. 162. 
(3) DiMiertatian »ur ta mouvance de Bretagne , p. 56. 



lll ^TUDE HISTORIQUE ET GRITIQCE 

famille ? Oo oe peut dire que Dudoo lui-même ait inventé ce mariage pour 
rehausser la gloire d'une famille qu'il voulait flatter. Qu'auraient pensé 
les descendants de Poppa d'un flatteur assez maladroit pour faire répudier 
leur mère au proflt d'une princesse imaginaire? Ces raisons, purement 
morales, il est vrai, ne nous paraissent cependant pas manquer de valeur. 
Ajoutons que Dudon rapporte des faits de la vie de cette princesse dont 
Cbarles-le-Simple se serait fait un agent politique au milieu des Normands; 
il lui envoyait des messagers secrets, sortes d'espions : deux d'entre eux 
furent mis à mort par Rolion. Ce sont là des faits que notre auteur n'a pa 
copier dans la Chronique de Réginon. Il y a encore une de ses phrases qu'on 
n'a pas assez remarquée, c Dicebant (Nortmanni) eam Rotbertum marital! 
lege non cognovisse (1). » Cela n'indique-t-il pas la jeunesse de Gisèle? 
Rolion la recevait moins comme une fenmie que comme un otage , et cette 
union était purement politique , in conjugio fœderum ; c'est Dudon lui- 
même qui le dit. 

Nous avons examiné dans son entier le traité de St.-Glair-sur-Epte, tel 
que le présente Dudon. On a prétendu que le traité réel i^nfermait encore 
d'autres clauses ; il en est que, bien qu'elles ne soient pas citées par notre 
auteur^ nous devons examiner sommairement La cession de Blois au 
normand Gerlon, admise par les Sainte-Marthe, par les auteurs de VAri de 
vérifier les dateSy aurait été, suivant plusieurs Chroniques, une des consé- 
quences de l'acte de 911. Ce fait n'a d'autre preuve que le récit d'une Chro- 
nique du XIIP. siècle, très-précise dans ses afiirmations, mais isolée (2). 

Richer, au contraire, fait de ce Gerlon le fils d'un porte-enseigne qui 
avait tué le normand Kétill, et reçu Blois en bénéfice (3). Gerlon se trou- 
verait alors être le fils du meurtrier du père de Rolion , puisque , selon 
Richer, notre premier duc était fils du normand Kétill ; cette seconde ver- 
sion est aussi dénuée de preuves que la première ; ni l'une ni l'autre ne 
peuvent être admises que sous toutes réserves. 

(i) Dudo, 1. II, sub fine» 

(S) Chron. Siihien. (XIIK siècle], ap. D. Bouquel, t. IX, p. id, A. — Beroier {Histoire de Blois, 
p. 270-37S), el Ozery ( Histoire générale de la cité des CamuteSy 1. 1, p. 118) repoussent celte origine 
des comtes de Blois. 

(3) Richer, Hist,, liv. 1, cb« u. 



80R DUDON DE SAINT-QUENTIN. 75 



IV. 



Sommaire. — Règne de Kollon ; caractère de sa politique et de son adminislralion , tel que le 
présente notre auleur. 

Nous n'avons que peu de remarques à faire sur ce règne, dont l'his- 
toire , fort écourtée par Dudon , a besoin d'être complétée par les autres 
auteurs , surtout par Frodoard et Richer, L'existence de l'archevêque de 
Rouen, Francon , en 912, contestée autrefois comme tout le reste par 
D. Lobineau , ne fait plus de doute aujourd'hui. Il baptisa Rollon , qui 
prit alors le nom de Robert (1). 

Le caractère général de la politique de Rollon a été très-bien pré- 
senté par Licquet Dudon nous le dépeint dans une seule réponse du 
chef normand. Des envoyés de Robert , duc de France , étaient venus 
l'engager à combattre Charlesr-le-SimpIc et à le chasser de France : « Dites 
à votre seigneur qu'il veut trop chevaucher et outrepasse la loi. Ce qui 
est au roi, il peut le détruire; mais prendre la royauté, je ne le veux 
pas (2). > Le prudent Normand, désireux de s'affermir, ne voulait pas 
qu'un pouvoir fort remplaçât un pouvoir faible. Il divisait pour régner. 

Tout ce que Dudon nous dit des mesures administratives et judiciaires 
du nouveau duc paraît exact. Il imita ce que son allié Guthruu avait 
fait en Angleterre , lorsqu'il partagea la terre au cordeau entre ses com- 
pagnons. 

 propos de la l^ende du laboureur de Longueville , puni par Rollon 
pour n'avoir point déclaré le vol de sa femme , surtout pour ne l'avoir 
point châtiée (â) , Demiau nous y montre l'origine de cette règle de la 
Coutume de Normandie, qui permettait au mari de battre sa femme. 



(i) Lappenberg accase Dudon de donner ce nom de Robert comme une iraduclion de HoUo, lequel 
est une contraction de Radulphus, Rolph (Getehiehte von England^ 1. 11, p. 7 )• Mais Dudon veut dire 
feulement que le duc portait les deux noms : Kotbertus autem qui et Rollo, 

(S) « Tuo consilio tnoqoe sulTultos adjotorio, folo istud rcgnum super Karolum accipere eumque a 
Francia ftigare. • «^ • Modo tous senior nlmis fult equitare et ultra ieges agere. Qur sunt régis tanlum 
disperdat , regnum noio ol aocipiat. • P. 80. 

(3 • Caput muKeris es, et eam castigore ddiuitti. • Id., p. 85. 



76 éTUDR HISTORIQUE BT CRITIQUE 

pourvu qu'il n'y eût mort ni tne/iain ; c'est au moins un exemple de 
l'antiquité du principe (I). 

Il serait , sans doute , fort intéressant de savoir quelles étaient ces fois 
de Rollon dont parle notre auteur ; si elles Turent écrites ou non ; en 
quoi elles procédaient des coutumes Scandinaves , en quoi du vieux droit 
du pays ; mais cette question est trop grave et ne se rattache pas assez 
à notre sujet , pour que nous puissions la traiter ici avec les développe- 
ments qu'elle mérite. 

Sommaire. — Mort de Rollon ; sa dale.— Erreur faussement allribuée à Dudon sur ce point. — 
Age de Rollon. 

Hormis ce point, l'inTéodation de la Bretagne, il n'eu est pas que les 
adversaires de notre auteur aient attaqué avec plus de persistance et 
moins de justice que son récit de la mort de Rollon. D. Lobineau (â) a 
été réruté par l'abbé des Tbuitleries ; D. Morice a néanmoins répété l'erreur 
de D. Lobineau. Les éditeurs des Historiens de France ont rétabli la 
vérité. Licquet et , ce qui est plus grave, M. A. Le Prévost n'en ont pas 
moins accusé Dudon « d'erreur gi*ossière. » Nous allons reprendre sa 
justification. 

Dudon rapporte que Rollon , accablé de vieillesse , se démit du pouvoir 
en Taveur de son fils ; qu'il vécut encore l'espace d'un lustre et mourut (&)• 
On a conclu de là qu'il place la mort de Rollon cinq ans après son baptême, 
en 917, tandis que le duc a vécu jusqu*en 931. L'erreur remonte au moins 
à Orderic Vital, qui interprétait mal le texte de Dudon ou suivait des Chro^ 
niques déjà fausses. 

Que Dudon n'ait pas adopté cette date de 917, c'est ce qu'on démontre 
surabondamment par son récit. En effet, il parle d'une révolte de Robert, 

(i; Denyaldus, HoUo Nortm, Britann,, p. 139. 

(2) D. Lobioeau, Hiitoire de Bretagne, t. II, p. 76 ; — Dissertation sur la mouonncede Bretagne, 
p. 60 ; — D. Bouquet , t VIII , préf., p. xxvi ; — Licquet, Histoire de Normandie , t I , p. 101 ; — A. 
Le Prévost , Édit. d*Orderic Vital, t. Il, p. 9. Depping, toujours prudent, dit que Dudun ne donne pas 
la date de la mort de Rollon : explicilement , non ; mais elle est bien implicitement dans son récit. 

(3; Dédit omucm terram sus ditionis Guillelmo Poppae filio. Postea uno lustro vitens migravit ad 
Chrislum. » Dudo, Hv. III. 



SUR DUDON DE SAINT-QDENTIN. 77 

duc de France, contre le roi Charles, révolte qui n'eut lieu qu'en 922, cinq 
ans après 91 7. Dudon est même le seul auteur qui nous donne ici une date 
exacte. 11 nous apprend l'abdication de RoUon, ou, ce qui parait plus juste, 
l'association de Guillaume-Longue-Épée au pouvoir. Or, Frodoard nous 
apprend qu'en 927 Guillaume fit hommage au roi de France. Il est naturel 
d'en conclure que c'est cette année-là qu'eut lieu l'association dont parle 
notre auteur. On peut même induire d'un autre passage de Frodoard que 
Rollon vivait en 928 : ce qui prouverait bien que le règne du fils n'implique 
point la mort du père. Si à 927 nous ajoutons les cinq années pendant 
lesquelles Rollon et son fils gouvernèrent ensemble, nous aurons 931 ou 
932 comme date de la mort de notre premier duc (1). 

« Nous ne pouvons croire, dit A. Le Prévost, que Guillaume-Longue- 
Épée eût traité directement avec le roi Charles, en 927 , si son père 
avait encore existé. » N'était-il pas naturel, au contraire, que Guillaume 
rendit hommage au roi à raison de sa nouvelle dignité et représentât son 
père, vieux alors et infirme ? 

Le même critique , toujours par antipathie pour Dudon , sacrifie jusqu'à 
Frodoard, et lui préfère même un passage de Richer qui fait périr le duc au 
siège d'Eu qu'il défendait, en 925. Mais on sait que ce passage a été effacé 
par Richer lui-même sur son manuscrit. Fix>doard , loin de nous montrer 
Rollon dans les remparts d'Eu, dit formellement qu'il avait r^nvoj^^ les mille 
hommes de la garnison. Toute la première partie de l'histoire de Richer 
est fort confuse, en ce qui concerne les Normands, et ne mérite pas la con- 
fiance qu'on lui accorde ici , surtout quand l'auteur a cru devoir se ré- 
tracter (2). 

La suite de l'histoire est d'ailleurs favorable à l'opinion qui place vers 
931 la mort de Rollon. Nous avons vu que c'est vers cette même époque 
que les Bretons essayèrent de se débarrasser des Normands; nous verrons 
bientôt que, vers 933, les Normands païens du Cotentin et du Bessin se 
révoltèrent contre Guillaume. Ces événements s'expliquent bien mieux, si 
on les rapporte au début d'un nouveau règne que si on suppose au fils de 



(1) Frodoard, Chron,, ad aon. 937-938. 

(3; M. Deville laisse ceU3 dale floUaoïe entre 938 el 933 ; mais |K>urquoi douter de Dudon si bien ap- 
pujré par Frodoard? Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie, aunée 1837-38, p. 314. 

10 



78 ÉTUDE HISTORIQUE ET CRITIQUE 

RoUoD Texercicc incontesté de son pouvoir pendant six ou même sept ans. 

En résumé, la date de 917 donnée comme date de la mort de RoUon 
n'existe que dans les Tausses interprétations des critiques. 

On ne peut, en s'autorisant d'une erreur corrigée par Fauteur même qui 
Ta commise et contraire au texte de Frodoard, prétendre que Rollon a péri 
au siège d'Eu en 925. 

Dès-lors, il ne subsiste pas de critiques sérieuses contre le récit que 
nous fait notre auteur de l'association de Guillaume-Longue-Épée au pou- 
voir de son père, du règne simultané des deux princes pendant cinq ans, 
après lesquels Rollon mourut. 

Tout porte à croire que cette association eut lieu vers 927 , avant que 
Guillaume rendit hommage à Cbarles-le-Simple , et que la mort de 
Rollon n'arriva que cinq ans plus tard, vers 931 ou 932. 



ir. PARTIE. 



I. 



Lib. III. WILLELMUS. - Lib. IV. RIGHARDUS. 



Sommaire— Révolle de Rioulf contre Guiilauine-Longue-Ëpée; caractère de cette révolte; le 
pays insurgé n'a pas dû être l^vrecin, comme on l*a prétendu , mais le Bessin et le Gotentin. 
—Part prise par Guillaume au retour en France du roi Louis-^'Outremer. —Conférence entre 
Guillaume, Loui8-d*Outremer et Henri-roiseleur; son importance; sa date est de 842. — Date 
du siège de Montreuil par Guillaume-Longue-Épée et Hélouin. —Assassinat du duc Guillaume; 
ses causes politiques; concordance de Dudon et de Richer; ses causes privées; concordance 
de Dudon et de Guillaume de Malmesbury. 



L* histoire du règne de Guillaume-Loogue-Ëpée et de celui de Richard I". 
oe forme qu'un seul livre dans TéditioD de Duchesne. L'étude attentive de 
cette partie de l'ouvrage de Dudon démontre qu'elle doit être divisée en 
deux livres, formant le troisième et le quatrième de l'œuvre du doyen. 

Sur le règne de Guillaume, au moins sur ce que nous en rapporte Dudon 
(car nous n'avons pas la prétention d'embrasser l'histoire de ces temps 
dans tous ses détails), nous n'avons que peu de remarques à faire. 

Nous avons déjà examiné, à propos du livre précédent, sou expédition 
contre les Bretons ; nous n'avons donc pas à y revenir. 

Le fait le plus important qu'on trouve ensuite est la révolte de Riouif 
contre le nouveau duc, révolte fort bien racontée par Dudon ^ et, d'après 
lui, par Licquet, qui a mis en relief son caractère d'opposition féodale et 
Scandinave. Aussi, nous ne nous arrêterons qu'aux points restés douteux , 
comme la qualité des rebelles et le pays qu'ils occupaient. 

On entend d'abord Riouif appeler Guillaume son seigneur, senior; d'uu 
autre côté , il ne lui reconnaît qu'une supériorité nominale qu'il ne tarde 



80 lÈTlîDE HISTORIQUE ET CRITIQUE 

même pas h nier formellement (1). Le prétexie, vrai ou faux, allégué par 
les révoltés normands était la faveur trop grande accordée par le duc 
Guillaume aux Français; mais on ne peut méconnaître qu'il y avait en 
même temps dans cette révolte un fond de paganisme. Rioulf et les siens 
étaient des Scandinaves qui s'étaient fixés sur le territoire de la Neustrîe 
avec Rollon, mais sans se faire baptiser, sans entrer franchement dans la 
vie civilisée , n'accordant à leur duc que la suprématie qu'ils concédaient 
au chef de leurs expéditions, suprématie qu'ils ne voulurent pas même 
reconnaître à son fils. 

De quelle partie de la province était Rioulf ? Orderic Vital accole à son 
nom l'épithète ù' Ebroicensis , sans plus spécifier le sens de cette désigna- 
tion, qui indique parfois la naissance, parfois le lieu habité. Le trouvère 
Wace dit, au contraire, que Rioulf « fut quens de Cotentin, entre Vire et 
la mer * , fait que tous nos historiens modernes avaient admis d'instinct. 
Le savant A. Le Prévost n'a pas cru pouvoir se ranger à cet avis ; il ob- 
jecte, en premier lieu, que la rapidité avec laquelle les révoltés se portèrent 
sur Rouen indique une expédition partie plutôt de l'Évrecin que du Cotentin. 
Mais, d'abord, cette rapidité n'est pas prouvée. On sait même qu'il y eut de 
longs pourparlers entre le duc et les révoltés , pour qu'ils ne marchassent 
pas sur Rouen. 

La seconde objection , c'est que le Cotentin n'aurait pu se révolter 
contre Guillaume, parce que le duc ne le possédait pas encore. Nous 
y avons répondu d'avance en établissant au moins la suzeraineté de Rollon, 
par conséquent de Guillaume sur ce pays. 

La troisième objection , c'est que les rebelles auraient dû traverser des 
contrées anciennement soumises aux hommes du Nord, et qui seraient de- 
venues nécessairement le théâtre de la guerre. Mais c'étaient justement 
ces contrées et ces hommes du Nord qui étaient en révolte. Nous allons 
le démontrer à l'aide de Dudon , qui , s'il ne donne pas explicitement la 
vérité, la renferme néanmoins d'une façon implicite et tout-à-fait évidente. 

Que dit-il? d'abord que les révoltés demandèrent une concession de 
territoire jusqu'à la Risle. Par là , nous possédons déjà un point de re- 
père. La Risle est une petite rivière du Lieuvin , coulant du sud au nord, 

(i) Potenlior ep erimns fortuna et virlule, ille tanlum Dobis nomioç. Dudo, p. 19Â, C. — Terra 
quam repromitlil nobis donc ejns non da1)itur, quia dari non polesl quod non babetur. Id., p. 95, D. 



. SUR DCDON DE SAINT-QLENTIN. 81 

et par conséquent ne pouvant former qu*une liinile soit occidentale, soit 
orientale. Reste à savoir sur quelle rive étaient les rebelles. 

Dans un autre texte de Dudon, nous voyons que Guillaume, vivement 
pressé par eux et craignant le hasard d'un combat, leur dit que, s'ils dé- 
posaient les armes, il leur céderait un territoire, non-seulement jusqu'à la 
Risie, mais jusqu'à la Seine. Or, la Seine est à l'ouest de la Risle; ils 
n'étaient donc pas dans l'Évrecin, sur la rive droite de cette rivière ; car il 
eût été ridicule de leur céder ce qu'ils auraient déjà possédé. Ils étaient donc 
au plus sur la rive gauche de la Risle ; et puisqu'ils demandaient d'abord une 
concession de territoire jusqu'à cette rive, c'est qu'ils ne l'atteignaient pas 
encore. C'est donc qu'ils habitaient à l'ouest de la Touque, ou même delà 
Dive, dans le Bessin (I). Nous avons déjà dit que c'était dans le Dessin et 
le Gotentin que se trouvaient les plus grandes forces des conquérants. 

Dudon n'indique pas la date précise de la révolte. Orderic Vital en donne 
deux : Tune est 935, l'autre 933. Nous penchons pour 933, époque plus 
voisine de l'avènement de Guillaume-l.ongue-Épée et de la couGrmation 
du Gotentin que lui fit le roi Raoul. Gette dernière date se déduit d'ailleurs 
de l'ftge du jeune Richard, qui, né la veille du combat contre Rioulf, avait 
dix ans en 8&3 à la mort de son père (2). 

Les succès de Guillaume en Bretagne, sa victoire sur les révoltés, des 
alliances contractées avec de puissantes familles, augmentèrent son renom 
et sa puissance. 11 comptait dès-lors parmi les princes les plus considé- 
rables du royaume. Nous croyons cependant, avec tous les critiques, que 
Dudon a exagéré la part prise par le duc de Normandie au retour de 
Louis-d'Outremer. Il ne parle que de lui seul, tandis que Frodoard et Richer 
ne le nomment même pas. Des deux côtés , il doit y avoir trop d'exclusion. 
Guillaume n'a pu agir seul ; mais il était aussi trop activement mêlé aux 
affaires de son temps pour n'avoir pris aucune part à un événement de 
cette importance. On veut que Dudon ait été trompé par la mission d'un 
archevêque Guillaume envoyé alors auprès du roi d'Angleterre (3). Encore 
une fois, notre historien n'était pas assez savant pour commettre de telles 



(1) Lurgiutar nobis lerram usquc ad flumen Rislum. —Terrain quaoi dari vobis pclilis... non solura 
usqtie ad RUIum, verum eliam iisque ad Si>quanam libenter concedel vobK Dudo, I. JIl, p. 94, 95. 

(2) Voyei Orderic Vital, llitt, ecclei., édit. A. Le Pre?o§l, t. ï, p. I6Î el la noie. 

(3) A. Le Preyofll, Notes sur (e Roman de Rou, t. I, p. iS5 ; —D. Bouquet, L VIII, p. 330. 



82 ÉTUDB HISTORIQUE ET CRITIQUE 

méprises. Il suflSt de savoir que Dudon écrivait à un point de vue exclusi- 
vement normand. 

On a encore contesté, parce qu'on ne trouvait pas le moyen de la con- 
cilier avec les documents contemporains, une entrevue, mentionnée par 
Dudon, entre Guillaume-Longue-Épée, Louis-d' Outremer et le duc de Lor- 
raine. On a prétendu que Thistoire était « étrangement défigurée » dans 
ce récit du doyen ; que Guillaume n'avait eu d'entrevue avec Othon, et non 
avec Henri, qu'en 938; que le roi Louis était venu à Rouen en 942, et 
non pas antérieurement à l'entrevue, comme Dudon le prétend. Ces criti- 
ques sont en partie fondées; ce qu'elles présentent d'erroné ne provient que 
de la méprise des interprètes. L'histoire du règne de Louis-d'Outremer, 
de ces révoltes, de ces alliances rompues, renouées, rompues encore, est 
fort obscure, même dans Frodoard et dans Ricber. Elle demande une étude 
particulière que nous allons tenter de faire sur ce point, pour la justification 
de notre auteur. 

Un fait certain, c'est que Henri-l' Oiseleur ne pouvait assister à la confé- 
rence, puisqu'il était mort en 936. C'est une grosse erreur de Dudon, qui 
a pris Othon pour Henri ; mais le reste du récit peut s'expliquer. 

Le doyen place la venue du roi à Rouen cinq ans après son retour en 
France et son sacre à Reims, en 9/il ou en 942. Frodoard la rapporte 
aussi à cette dernière date. L'un et l'autre sont d'accord sur le bon ac* 
cneil que le roi reçut des Normands (i). 

De là, Dudon conduit Guillaume à Vouziers {Feusegus) (2) ; Frodoard, 
au contraire, le fait s'arrêter sur les bords de l'Oise. Mais il ne faut pas 
oublier qu'il y eut, cette même année et au rapport du même Frodoard, 
deux entrevues: la première entre le roi, Guillaume, le duc de Lorraine, 
Hugues et Herbert (3) ; la seconde, près d'Àttigni, à quelque distance 
de Vouziers, à laquelle vint le roi Othon, qui réconcilia Hugues et Louis- 
d'Outremer. C'est alors que Guillaume, au rapport de Ricber, soutint 
vigoureusement les droits du roi et contraignit Othon de s'asseoir au- 
dessous de Louis-d'Outremer. Uudon a un peu brouillé les deux événe- 

(I) Dudo, p. 97; — Frodoard, Chron,, ap. D. Bouquet, t. VllI, p. 195, D. 
(S) V. Lappenberg, Gesch, von England^ t. Il, p. 25. 

(8) La frayeur de Hugues et de Herbert, à la vue de Tarmée de Guillaume, n'est pas une Jactance de 
rhistoriographe normand ; on la retrouve mentionnée dans Frodoard. Voyez D Bouquet, t. VIII, p. 195, A. 



SUR DUDON D£ SÂIM-QUENTIN. 83 

ments ; mais, s*il est incomplet, il n'est pas inexact. C*est donc faute d'avoir 
distingué les temps qu'A. Le Prévost n'a reconnu que l'entrevue de 9S8, 
entrevue de princes , à laquelle Louis n'assista pas (1). 

Dudon s'est trompé plus complètement lorsqu'il a reporté la prise de 
Montreuil par Arnould, comte de Flandre, qui en déposséda le comte Hé- 
louin , après l'entrevue de Vouziers (942) , tandis qu'elle est de 939 (2). 
Ni Depping, ni Licquet, si sceptiques à l'endroit de Dudon, ne se sont 
préservés de cette erreur qui trouble tout l'ordre de l'histoire. Par contre, 
Depping (3) abandonne Dudon, qui met Guillaume à la tète des troupes 
chargées de reprendre Montreuil, pour suivre Frodoard et Richer, qui lui 
font seulement envoyer des auxiliaires à Hélouin. Le récit de Dudon , 
plus naturel, est trop circonstancié pour n'être pas exact (A). 

Nous arrivons à l'assassinat de Guillaume-Longue-Epée. Pour n'avoir 
point, comme nous venons de le montrer, observé l'ordre des temps, on 
a méconnu les vraies causes de cet assassinat. On y a vu surtout une ven- 
geance du comte de Flandre contre l'auxiliaire de Hélouin. Ce fut un des 
motife, sans doute ; mais il y en eut un autre plus direct, indiqué par Dudon 
et affirmé par Richer. 

Qn' Arnould ait voulu se venger de son échec de Montreuil , cela n'est 
point douteux. Mais quatre ans s'étaient déjà passés depuis cet échec , et 
le temps avait dû amortir la haine, lorsqu'elle fut réveillée dans l'âme du 
comte de Flandre , et allumée chez tous les grands seigneurs révoltés, par 
une circonstance que Thistoire nous a conservée. Dans l'ouvrage de Dudon 
retentit encore conmie un écho de cette colère (5) ; mais il est tellement 
confus , que les soupçons se sont portés , non sur le coupable , mais sur le 
roi lui-même, fort innocent de ce meurtre (6). Par bonheur, Richer jette 

(i) Frodoard, CAran., ap. D. Bouquet, t. VIll, p. 193, B;— Â..Le Prevo»t, Notes $ur te Roman de Rou^ 
t. I, p. 118. " Lappenberg a fait également fiiusse route, t II, p. S5. — Richer (liv. II , cli. xxviii , xxix, 
XXX) complète ici trèit-otilemeDt la Chronique on peu sèche de Frodoard. 

(S) Frodoard, CAron., ad ann. 889, ap. D. Bouquet, t. VIlI, p. i9S, E. 

(S) Expéditions maritimes des Normands, p. 304. 

{h) Voir surtout l*anecdote coucemant les troupes du Colenlin. 

(5) AmulphuSi.. gentis frandsc» quorumdain pHncipom subdolo consilio et malignHate alrociter ex- 
hoitatos. Dodo, 1. III, p. 104. 

(6) Animos in odium Willelmi incitavit, quumet ipsi, quamvis lalenter, ci admotlum in?iderent... Regem 
aicbant ad quodcumque folent focilius inflexurot si is solum pereat quo rex fretus ad qusque flerii ne- 
qoeat. Richer, I. II , cap. xxxi-xxxii. 



8^1 ÉTUDE HISTORIQUE ET CRITIQUE 

sur ce poiut uue vive lumière. 11 montre Othon , humilié par Guillaume à 
la conférence d'Attigni, priant Hugues et Ârnould de venger son injure 
et persuadant sans peine leurs esprits déjà prévenus. On ne peut douter qiie 
l'appui donné au roi de France par Guillaume Tut la cause principale de sa 
mort. La concordance de Dudon et de Richer ne laisse aucun doute sur ce 
point. 

On donne encore pour troisième cause, cause toute privée, de l'assas- 
sinat de Guillaume-Longue-Épée, la vengeance d'un ami d'Ansketill, sei- 
gneur normand et fils de ce Riouir, cher des révoltés du Cotentin, auquel le 
duc de Normandie fit crever les yeux. Cette histoire , rapportée par Mal- 
mesbury, parait d'abord bien romanesque, n'ayant d'ailleurs d'autre appui 
que quelques mots d'Orderic Vital el de Wace ; mais une variante trouvée 
par nous dans un manuscrit de Dudon, auteur contemporain, nous dé- 
cide à l'accepter comme vraie. Voici, en substance, le récit de Guillaume 
de Malmesbury. 

Riouir, le chef des rebelles du Cotentin contre Guillaume, avait un fils, 
Ansketill, qui, tout au contraire de son père, resta fidèle au duc et combattit 
à ses côtés. Il arriva même, après le combat, que Rioulf tomba an pouvoir 
de son fils. Le duc n'eut pas plutôt appris cette nouvelle , qu'il commanda 
à Ansketill de lui livrer son prisonnier. Le Normand y consentit, à condition, 
toutefois, que le duc épargnerait la vie de son père. Rioulf ne fut donc pas mis 
à mort; mais une cruauté en remplaçant une autre, on lui creva les yeux. 
Alors Ansketill jura de se venger et s'enfuit en Flandre, chez les ennemis 
des ducs de Normandie. C'est là qu'il se lia d'une étroite amitié avec le 
flamand Baldzo , qu'il associa dès-lors à tous ses projets de vengeance. 
Dans un voyage , les deux amis furent assaillis par une bande d'hommes 
armés. Dans la lutte , Ansketill succomba , et Baldzo , échappé à la mort , 
se constitua l'héritier de la haine du Normand et l'instrument de sa ven- 
geance. C'est alors que, de retour en Flandre, il trouva la situation poli- 
tique toute préparée pour l'exécution de ses desseins ; le comte Arnould 
ne pouvait confier à des mains plus sûres l'assassinat de leur commun 
ennemL Guillaume-Longue-Épée fut tué par Baldzo (1). 

Tel est le récit que nous fait Guillaume de Malmesbury , récit très-inté- 

(4)GaiilauiDe de Malmesbury, lib. II;— Wace, U I, ?. 2108-J117;— Orderic Vilal. éd. A. Le Prerosl, 
t. I, p. 164. 



SUR DUDON DE SAINT-QUENTIN. 85 

ressaut , que son intérêt même si dramatique nous rendait suspect , mais 
qui nous parait à présent devoir prendre place dans IMiistoire authentique 
de Normandie. En effet, Oixieric Vital venait déjà l'appuyer, et Wacc 
nous rapporte que les trouvères et les jongleurs récitaient cette histoire 
de ville en ville, de châteaux en châteaux. Il est vrai qu'il exprime un 
doute : Ne sai c'est ver; mais ce dit l'on. Une nouvelle lecture, un change- 
ment insignifiant en apparence sont venus transformer pour nous ce doute 
en certitude. Voici ce que rapporte Dudon et ce que renferme le texte de 
son édition : Le comte de Flandre, Arnould, veut se justifier devant le roi 
de France de l'assassinat de Guillaume: « Une fausse i*enommée , lui fait 
dire notre auteur, t'a rapporté qu' Arnould, notre seigneur, a contribué à la 
mort injuste du duc Richard ; mais il veut se justifier devant toi et les 
tiens par le jugement du feu. Ce sont des nobles {milites), que Richard 
accable de maux, qui ont résolu sa perte (1). t On devine la variante qui, 
seule, peut empêcher ces paroles d'être un non-sens. Trois des manuscrits 
conservés en Angleterre, et celui de Rouen, nous donnent, en effet, 
la bonne leçon et remplacent Richard par Guillaume. Dès-lors, tout 
devient clair, et Dudon confirme ce qu'avancent Guillaume de Malmesbury 
et Wace. Il est d'ailleurs bien facile de comprendre pourquoi il ne nous a 
pas raconté lui-même toute l'histoire : c'est qu'elle n'était pas à l'honneur 
des ducs normands, et que, trop sincère pour altérer les faits, il se croyait 
permis de les dissimuler. 

Un fait encore assez remarquable, c'est que, tandis que la victime fut 
placée par le clergé normand au nombre des martyrs, l'assassin Baldzo est 
donné par Thistorien flamand Meyer , qui suivait sans doute de vieilles 
Chroniques , comme le libérateur de la Flandre (2). Un ancien récit, 
également flamand d'origine, s'efforce de justifier les assassins eu préten- 
dant que la trêve était finie lorsque Guillaume s'était retiré pour la pre- 
mière fois de i'fle de Picquigny et que Baldzo, en rappelant le duc et en le 
frappant, avait agi selon les lois de la guerre (3). 



(4) Dudo. lib. lU, p. 116, B ; — M&. du Britiêh MuMeum el de torpHê Christi Collège , à Cumbridgp ; 
- Kormanniff nova Chronica, daos les Mémoires de la Socicié Uci Antiquaireê de Normandie, t. XVII I, 
4*. partie . p. 87. 

(5) lia magnus (Baldio) ul hocte grafiuimo patriam liberavil. Meyer, Annal. Flandr. ad ann. 913. 
(S) Voyt'i Chron. Sith,^ ap. D. Bouquet, t. IX, p. /8 et suif. 

Il 



86 ÉJVDh HISTORIQUE BT CRITIQUE 

Les historiens normands et Frodoard rapportent cet événement à l'aiiDée 
9/i3; mais peut-être faut-il lire 9/i!2 (1). Quaut au jour, le teUe imprimé 
de Dudon indique le 19 décembre ; Guillaume de Jumiéges , Orderic Vital, 
\e D/écrologe de Rouen ^ donnent le 17. C'est le 16 qu'on en célébrait 
Fannivei^saire à Fécamp. Auguste Le Prévost, se fondant sur toutes 
les raisons pour lesquelles on devait, à Tabbaye de Fécamp , si cbère au 
duc, avoir conservé la date exacte de sa mort, adoptait la date du 16; 
et il avait bien raison , puisque le vrai texte de Dudon , celui des ma- 
nuscrits de Rouen, de Londres et de Cambridge, porte également le 16. 
Si peu important que soit ce point , il est donc désormais résolu. 



Il 



RICHÂBDUS. 



Sommaire. —Règne de Richard I*'. Gomment on peut expliquer les événements de sa minorité. 
Erreur de ceux qui opposent Frodoard à Dudon ; les deux historiens sont incomplets et 
non inexacts; ils s'expliquent Tun par Tautre. — Justification de plusieurs points du récit de 
Dudon. — De quel pays était le chef normand Uaigrold qui vint au secours de Richard? -« 
Exil de Raoul Torta ; sa cause véritable. — Mo)*t de Richard ; sa date. 

Si Ton en croit nos historiens modernes , la minorité du duc Richard est 
la période la plus confuse et la plus obscure de nos Annales ; ce qui, on 
Ta vu , n*est pas peu dire. Selon eux encore , Dudon a proflté de cette 
courusiou et de Tabsence de documents authentiques pour donner libre 
carrière à son imagination. Cette grave accusation manque de preuve. 
Ici, comme partout ailleurs, Dudon n'est qu'un écho : s'il se trompe, c'est 
qu'on s'est trompé avant lui. Nous espérons faire voir qu'il n'a pas tant 
erré qu'on le prétend. 

Il est une lumière dont on ne s'est pas assez servi jusque-là pour éclairer 
l'histoire de cette minorité : nous voulons parler des principes de droit 
féodal dont l'avènement du jeune Richard nécessitait l'application. 

(i) Vo)ez A. Le Prevott, édiL d'Orderic Vila!, U III, p. S7. 



SUR DUDON DB SAINT-<IUBNTIN. 87 

La Normandie n'était pas une principauté souveraine et indépendante. 
Bien que Dudon veuille nous la donner pour un alleu , au Tond c'était un 
fief. Rollon avait Tait hommage à Gharles-le-Simple, Guillaume également. 
Or, en 9&â, le jeune Richard succédait à Guillaume. Si la loi des fiefs n'était 
encore ni clairement définie, ni surtout nettement exprimée, il n'est 
cependant pas douteux qu'elle existait. Voyons donc les principes qui ré- 
gissaient alors les successions féodales. 

A cette époque^ le roi , regardant les concessions comme personnelles, 
prétendait encore avoir un droit de retour sur les biens concédés ; mais , 
en fait et sans s'arrêter à cette prétention, on distinguait déjà deux cas. 

Si l'héritier était majeur» il rendait hommage, accomplissait les forma- 
lités requises, et sur-le-champ était investi S'il était mineur, l'usage était 
différent. Le fief étant donné à charge de service militaire, un enfant ne 
pouvait rendre ce service : il ne pouvait donc tenir le fief et on le lui 
enlevait ; telle fut, en effet, la rigueur primitive du droit (1). 

Toutefois on s'efforça bientôt d'introduire un adoucissement. Le suzerain 
pouvait encore se saisir du fief, mais seulement jusqu'à la majorité du 
mineur. Telle devait être la coutume lorsque Guillaume-Longue-Épée laissa 
en mourant le jeune Richard, âgé d'environ dix ans. 

Le roi Louis, en arrivant à Rouen, et en s'emparant de l'administration 
du duché, mais sans méconnaître les droits du jeune prince, ne faisait donc 
que se prévaloir de la loi commune. Sur ce point , Frodoard et Dudon 
sont d'accord (2). 

Il est bien dit dans Frodoard que, parmi les Normands , les uns se sou- 
mirent au roi, les autres au duc de France, à Hugues; mais on peut 
expliquer ce fait par cette raison que la Normandie , alors située dans la 
Neustrie, par conséquent dans le duché de France, relevait immédiatement 



(1) En 866, Robert-le-Fort étaol mort, Charlet-le-Chaave, à cause du bas-âge de ses etifbots, Robert 
et Eudes, ne leur laissa pas le duché de leur père. Vers la même époque, le comté d*Angouléme fut 
doooé à Vutgrinu9f parce que les enftiits du comte Emmans étaient tous en bas-Age. Voyei d*Arbois de 
Jbbain? ille, Recherche» $ur ta minorité. Paris , i85S, p. S , tra? ail publié d*abord dans la Bibliothèque 
de f^ Ecole des Churteg^ année 1851. 

(S) Illko Richardo puero largttus est terram herediUrio jure poasidendam. Dudo, lib. III, p. 515 C. 
Rei LudoTÎcus filio ipiias Wilielmi... terram Nordmaunoniro dcdiL Frodoard , Chron,^ ap. M. Bouquet , 
t. V, p. 196, a 



88 ÉTUDE HISTORIQUE ET CRITIQUE 

de Hugues, médiatoment du roi (1). Nos ducs devaient iiommage au roi de 
France ; mais nous savons aussi par un diplôme que Richard 1". appelait 
le duc de France son seigneur (2). Uun et Tautre avaient donc un certain 
droit à Tadminislration du duché de Normandie (â), et Thistoire nousap* 
prend qu'ils s'entendirent pour partager la proie. Nous savons aussi que les 
Normands, craignant la domination française, cherchaient dès ce moment 
à diviser leurs ennemis en feignant d'accepter deux maitres. Au reste, il 
n'est pas douteux que, dans le principe, Louis n'ait administré qu'au nom 
du mineur, puisqu'il fit prêter hommage à Richard {Ix). 

Une autre question se présentait à propos des minorités féodales. La 
garde des biens entrainait-elle la garde de la personne ? Le droit n'était 
sans doute point encore fixé en O&â. Aussi, quand le roi voulut se saisir de 
la personne de Richard, une révolte fut sur le point d'éclater. Le principe 
de la garde seigneuriale triompha , et Richard fut livré à Louis (5). 

Tel fut le caractère des premiers événements qui suivirent la mort de 
Guillaume 1". Dudou n'est pas obscur, il n^est pas inexact; il est incomplet. 

Frodoard nous parle d'une révolte de Normands païens, commandés par 
Turmod, révolte dont notre auteur ne dit rien. Cette invasion nous parait 
avoir une grande analogie avec l'insurrection commandée par Rioulf, et que 
nous avons précédemment examinée. Ces Normands voulaient s'emparer du 
jeune duc et l'élever dans leurs mœurs païennes. Le vieux parti Scandinave 
aura sans doute tenté de revenir au pouvoir, et le roi, exagérant l'impor- 
tance du mouvement , en fit un nouveau prétexte pour se saisir du duché. 
H est d'ailleurs facile de comprendre pourquoi Dudon a passé ces faits sous 
silence. Au temps où il écrivait , le paganisme était à peine vaincu. Les 
Scandinaves abordaient encore journellement aux côtes de Normandie, et 
l'on jugeait inutile d'évoquer le souvenir de leurs invasions. 



(1) Quidam principes ipsius (Norinanniu;/ rogi se commilluiU , quidam vcro Hugoni duci. Frodoard, 
(hron, ,ap. D. Bouquet, l. VIII, p. 196, B. 

(3) Rex ei duciitum Francise delegavil. Frodoard, Chron, , ap. D .Bouquet, t. VIII, p. 197, B. 

(3) La cbitrte est citée par rabl)é des Tliuiieries et se trouve dans D. Bouquet, t. IX, p. 8i. 

[h) Rex vero bine cum puero ad Ebroicacensis urbis profectus mœnia, disponeOat reipublicir jura,,, 
Diii morulfins F.broicas cogensque subdoio cnr6cad fidetitatem pueri civium turmas, repetiit Rotomagensis 
urbis paiatia. Dudo, I. III, p. i15, D. 

(o) « Verum (? e^trum ? ) seniorem sinite mecum morari.... Plurimaruro rcrum noiitiam melius discel 
ip palalio meo quam commorans in sua domo. • Dudo, I, III , p. ii5 , C. 



SUR DUDON DB SAINT-QUEISTIN. 89 

Frodoard nous apprend que le gouvernement de Rouen fut donné par le 
roi au comte de Montreuil, Hélouin. D'un autre côté, Dudon et Guillaume 
de Jumiéges présentent Bernard-Ie-Danois et deux autres princes nor- 
mands comme réunis en conseil de gouvernement. On voit une contradic- 
tion formelle dans ces assertions et Ton donne tort à Dudon (1). Les deux 
pouvoirs sont-ils donc exclusifs Tun de l'autre? Le roi et les Normands 
avaient chacun un représentant de leurs intérêts , voilà tout. 

Louis se réconcilia bientôt avec le meurtrier de son vassal , avec le 
comte de Flandre, Arnould. Frodoard nous apprend que cette ré- 
conciliation eut lieu par Tentreroise de Hugues. Dudon omet cette cir- 
constance ; mais il expose très-bien les motifs coupables qui durent 
agir sur Tesprit du roi. En y réfléchissant, on devine la cause du silence 
de chaque auteur sur certains faits. Frodoard écrivait les annales d'un 
roi vivant et dont il était partisan ; il le ménageait , et ne craignait pas 
d'accuser Hugues. Dudon écrivait à une époque où les descendants de 
Hugues occupaient le trône de France ; il les ménageait dans la personne 
de leur ancêtre ; mais il pouvait parler haut sur un roi d'une dynastie 
détrônée , comme Louis-d' Outremer. 

Jusqu'ici, les projets de domination du roi étaient couverts; son 
alliance avec Arnould amena un changement de politique ; le jeune Richard 
fut traité avec une certaine rigueur, et l'on comprit mieux en Normandie 
le dicton populaire : 

Il ne faut mie confier Tagnel 
A qui doit eu avoir la peL 

Les Normands flrent enlever Richard par Osmond, un fidèle serviteur 
qui avait suivi le jeune prince à F^on. Hs étaient, si nous ne nous trom- 
pons, dans leur droit. En effet, le baillistre qui maltraitait son mineur en- 
courait, comme punition , la perte de la garde. Le récit que Dudon nous 
fait de cette délivrance est curieux et rempli d'intérêt ; on n'a pas manqué 
de le trouver romanesque. Rien cependant n'y est exagéré, rien ne l'inCrme. 
Rappelons-nous bien que c'est toujours Raoul d'ivri, le frère de Richard, 

qui raconte. 

(1) A. Le Prefost, Notes iur le Romutn de Rau , 1. 1, p. 478. 



90 iTUDB HISTORIQUE ET CRITIQUE 

On a prétendu , par exemple , que Bernard de Senlis ne possédait point 
alors le ch&teau de Gouci, où Osmond déposa d'abord son précieux dépôt, 
puisque le ch&teau appartenait à TÉglise de Reims (1). Les textes ne con- 
firment pas cette objection. L'Église de Reims était propriétaire ; mais d'au- 
tres étaient possesseurs. En 930, Bernard détenait GoucL En 9&9, ceux gui 
occupaient cette forteresse pour Hugues la rendirent à l'archevêque Ar- 
tauld (2). Or, Bernard était vassal de Hugues (3), et la délivrance de Ri- 
chard étant, au plus tard, de 9/i5, le jeune prince a pu être confié, à cette 
époque, aux châtelains de Gouci. 

Nous disons que la délivrance de Richard est tout au plus tard de 9/i5. 
Dudon la place même avant le siège de Bayeux , qui est de 9/i&. 

Il est évident que, dès l'année 9/i3, la Normandie s'était soulevée. 
Hélouin ne commandait plus à Rouen. Des corps d'armée normands étaient 
postés sur la Trontière du duché. Le roi , avec Amould et Hélouin , l'en- 
vahit par le nord-ouest. Hugues, que de belles promesses avaient fait 
changer d'opinion , entre par le pays d'Ouche et marche sur Bayeux qu'il 
assiège (&). 

C'est ici que Dudon vient compléter le récit de Frodoard d'une façon si 
naturelle , si essentielle même, qu'on ne saurait se passer de lui. Les Nor- 
mands, trop faibles pour résister, agissent de ruse et gagnent du temps 
pour attendre l'arrivée d'un renfort Scandinave. Ils feignent de se sou- 
mettre au roi et de ne vouloir reconnaître que lui seul (5). Louis, 
trompé par ces apparences, songe à reconquérir la province tout entière. 
G' est par Dudon que nous savons comment il crut pouvoir ordonner à 
Hugues de lever le siège de Bayeux, ville qu'il venait de lui donner. 
Gomment expliquer d'ailleurs que ce puissant vassal eût obéi , si le roi 
n'avait pas été soutenu, au moins en apparence, par tous les Normands? 

Hugues se retire. Louis croit avoir repris toute la province. Mais alors 
ce qu'avaient prévu les Normands se présente : le secours demandé dans 
le Nord arrive , prêt à changer la face des affaires. 



(1) A. Le Prévost, Notes sur le Human de Rou, U I, p. 174 ; édit d*Orderic Vilal, l. III, p. K9. 

(2) Frodoard, Chron.^ ap. D. Bouquet, t. VIII, p. 205, D. 

(3) SilTaneclcusem , ei Codiciacum, Toroleosc non auferam Bernardo. Dudo, I. UI, p. 119, C. 
(6) Frodoard, Chron,, anu. 9ÀA, ap. D. Bouquet, L VIII, p. 198, C 

(5) Dodo, 1. III, p. 424, B. Frodoard dit lui-mâme : iUsreeeptus a Normannis. 



SUA DUDON DB SAINT-QURNTIN. 91 

Qui amenait ces auxiliaires? Dudon nomme le roi Haigrold. Frodoard eu 
ferait un simple capitaine de Bayeux, selon A. Le Prévost qui repousse 
la version du Doyen (1). Cependant qui Baiocis prœerat (c'est l'expression 
de Frodoard) peut vouloir dire : qui commandait les troupes de Bayeux. Or, 
Dudon nous apprend que les Gotentinais et les gens du Bessin se joignirent à 
Haigrold. Il y a plus, s'il s'agit d'un simple gouverneur de la ville de 
Bayeux, le récit de Frodoard devient inintelligible. En effet , il nous dit 
qu'après le départ de Hugues , Louis se rendit à Bayeux , puis revint à 
Rouen avec Hélouin (2). Ce voyage avait lieu vers la fin de 9/i&. Or, 
comment admettre qu'en 9/i5 un capitaine de Bayeux eût fait demander 
une entrevue au roi, en lui fixant un autre lieu que la place qu'il détenait 
en son nom? Le chroniqueur français est donc, sur ce point, peu clair et 
très-incomplet. 

Dudon et Guillaume de Jumiéges font de Haigrold un roi de Danemarck. 
Arrivait-il immédiatement de son royaume? Avait-il déjà stationné à Cher- 
bourg? Nous ne savons. Haigrold est-il Harald, roi de Danemarck? Orderic 
Vital le donne, et les savants danois l'admettent comme tel. On peut lire 
les très-longues dissertations de ces derniers dans l'ouvrage deDepping (3). 

Le combat sur la Dive entre les Danois et les Normands, d'une part, et 
les troupes du roi de France, de l'antre, la mort de Hélouin, l'abandon du 
roi par les Normands, sa capture, sont des faits incontestés. Mais on dif- 
fère sur les détails. On prétend que le récit de Dudon est trop roma- 
nesque. 

Frodoard dit que le roi , accompagné par un Normand fidèle , se ré* 
fugia à Rouen, dont les habitants, qu'il croyait dévoués à sa cause (&) , 
le constituèrent leur prisonnier. 

Selon Dudon, au contraire, le roi s'enfuit à travers champs; caché par 
un soldat normand qui voulait le sauver , il fut pris dans une tle de la 
Seine. Nous n'hésitons pas à donner la préférence à cette version. Est-il 
naturel que le roi, après avoir été trahi par les Normands sur le bord de la 
Dive, se soit livré lui-même aux Roueuuais? 



(!) A. Le Prerosl, édiu d*0rdtric Vital. U III, p. 87. 

(S) Quo (Hagone) discedenle. rex in eam urbeoi (Baiocas) ingrcditur. 

(8) Expéditionê mnritime$ dê$ Normande, p. 487. 

(h) Frodoard, Ckron., ap. D. Bouquet, t. VUI, p. 195. C. 



92 ilUDE HISTORIQUE ET CRITIQUE 

Richer dit rormellciiient ce que Dudon donne seulement à entendre , 
que Hugues était du complot (1). Ce fut lui qui négocia la délivrance de 
Louis, eu échange de qui les Normands reçurent le second fils du roi et 
les évèques de Soissons et de Beauvais. 

Là se termi lient la période si confuse de la minorité de Richard et celle 
révolution qui menaça de détruire l'État naissant de la Normandie. A 
partir de ce moment, les ducs, alTermis sur leur trône, feront la loi au roi 
de France, loin de la recevoir de lui. 

A cette révolution se rattache Tépisode relatif à ce Raoul Torta, qui a tant 
embarrassé nos historiens. Raoul Torta était, selon eux, un ministre 
envoyé en exil, parce qu'il se montrait hostile aux prodigalités de la 
Cour (2). Cette conjecture est gratuite. L'exil de Torta fut une réaction 
contre le gouvernement français de Louis-d'Outremer(3). Il est évident que 
Torta avait trahi ses compagnons. Dudon ledit formellement, et Guillaume 
de Jumiéges nous apprend que, pour bâtir et réparer, dans Tintérèt du roi, 
les fortifications de Rouen , il détruisit les bâtiments de Tabbaye de Ju- 
miéges. 11 s'était aussi emparé de biens appartenant au domaine ducal. 
Quand le roi perdit son pouvoir en Normandie , le duc et ses conseillers 
se vengèrent de la trahison de Torta en Texilant. 

Dudon nous apprend que Texilé se retira à Paris, ville dont son fils était 
alors évèque (&). Cela ne laisse pas que d'étonner. L'histoire de Raoul Torta, 
son nom seul si expressif, indiquent un Normand d'origine. Comment le 
fils d'un Normand a*t-il été capable d'être évêque du diocèse de Paris, à 
une époque où la Normandie demandait ses prélats à la France ? La liste 
des évèques de Paris, très-incomplète à cette époque, ne peut nous 
éclairer. A. Le Prévost croit qu'il s'appelait Gautier et fut chancelier de 
Hugues (5j. 

La fin du règne de Richard P'., son mariage avec la fille de Hugues, ses 
guerres avec Lotbaire et Othon, avec le comte de Chartres, Thibaut, sont 

fi) Richer, I. II, c lvu. 

(2) A. Le Prévost, Notei tur le Roman de Rou, U I, p. 195. 

(S) ToliusNorthmanniaB bonorem posl roortem Willelmi allius csteris comparibus libi vindicabat, êtres 
dominici juris iodecenter usurpabat — Inauditum prxjudicium mihî olim fecil. — Dudo, I. 111* p. 137, 
C, et 4S8. A. 

(A) Filios ejus qui erat Parisiacx urbis episoopus. Dado, I. III, p. 128, B. 

(5) A. Le Prévost, Notes tur le Roman de Rou, U It p* i98. 



• SUR DUDON DE SAINT-QUBNTIN. 93 

très-loDguemcDt racontés par Dudon , qui semble allonger son œuvre à 
plaisir. G*est un déluge de périphrases, d'éloges sans flu , de sermons au 
milieu desquels il faut garder beaucoup d'attention pour démêler les points 
d'histoire que nous venons de citer, et dont ou ne peut que diflBcilement 
contrôler l'exactitude. La date de la mort de Richard 1*'. est fausse dans 
l'édition de Ducbesne. On y indique l'année 1002 ; tous les chroniqueurs 
contemporains donnent 996. L'historien allemand , Lappenberg, a supposé 
que 996 serait la date d'une abdication de Richard, 1002 celle de sa mort; 
mais ce n'était là qu'une fiction qui ne ressoitait d'aucun texte. Gomme 
Dudon écrivait vingt ans au plus après cet événement qui avait dû le 
frapper 9 il était peu croyable qu'il n'en eût pas gardé le souvenir exact. 
On devait plutôt supposer la distraction d'un copiste. Cette conjecture 
est devenue une certitude pour nous. Les deux manuscrits de Londres et 
celui de Cambridge portent 996. Ainsi les textes, rétablis dans leur pureté, 
suflBsent souvent pour terminer de longues discussions. 



42 



T. PARTIE. 

DUDON CONSIDÉRÉ COMME PEINTRE DE MGEURS. 

Sommaire. —Causes des invasions des Normands, de leurs succès. — État de la société franque 
à cette époque; sa profonde désorganisation. — Alliés que les Normands trouvaient à Tinté- 
rieur. — Leur établissement en Neustrie; caractère du pouvoir de leurs ducs ; leur conversion 
au christianisme. — Pi*essentiment de Dudon sur la grandeur future des Normands. 

Nous espérous que Texameu que nous venons de faire de Touvrage du 
Doyen de St. -Quentin lui a rendu quelque créance et a mieux fait apprécier 
sa valeur. Si, après avoir recueilli les faits principaux , on cherche encore 
dans cette histoire ces détails précieux qui jettent du jour sur la vie intime 
d'une génération et révèlent ses mœurs privées, on sera frappé de la 
différence qui existe , à son avantage , entre lui et ses contemporains. 
Taudis que sur ce point leurs sèches Chroniques sont entièrement muettes, 
Dudon abonde, au contraire, en renseignements curieux. 

La hardiesse de ces pirates qui envahissaient non-seulement un si grand 
empire que la France, mais encore TAngleterre et TAllemagne, a justement 
étonné les historiens qui en ont cherché l'explication. 

Ils ont allégué d'abord la faiblesse de la population de la France (i). 
Cette raison n'est pas sans justesse, et l'on sait que les côtes surtout 
étaient dépeuplées (2) ; mais il faut voir dans cette dépopulation une 
suite et non la cause des premiers ravages des Normands. Les Chroniques 
ne portent jamais , dans le commencement du iX% siècle , le nombre des 
envahisseurs à un chiffre très-élevé. Ils venaient sur leurs petites flottes, 
par bandes de deux ou de trois cents hommes seulement ; supposons^les 
de trois et de quatre mille , ils auraient dû être encore perdus dans la 

I) Depping, Expéditions maritimes des Normands, p. iA7;--Sismoodi, duM la Revue enqfclopédique^ 
1828, t. XXXI, p. 98. 

(i) « ... Regiones marilimx, quas prius multitudo tenebat hominom, pêne sunt in soUtudioem 
f redactae. » Vita sancti Ludgeri episeopi, ap. Aeta Ordinis sancti Benedieti, t. IV, p. 38. 



SUR DU DON DE SA1NT-<IUENTIN. 95 

Fraûce et écrasés sous le nombre. Le peuple , qui avait triomphé des 
Saxons , élait bien capable de se défendre contre toutes les forces des 
Scandinaves. La population des campagnes, exaspérée par d'horribles 
souffrances, poussée à bout par des années de misères, aurait dû se 
lever en masse contre les envahisseurs. Nous savons même que ces sou- 
lèvements eurent lieu, que plusieurs fois les paysans conjurèrent et 
prirent les armes; mais, trahis dans leurs projets, méprisés par les 
Normands comme un vulgaire sans valeur, ils furent toujours battus et 
taillés en pièces (1). Les contemporains eux-mêmes n'étaient pas moins 
étonnés que ncms de ce succès des barbares, f Qui aurait cru , s*écrie 
Paschase Radbert, qui se serait imaginé, ce que nous avons vu arriver 
sous nos yeux, qu'une troupe de pkaies ^ composée d* hommes ramassés 
au hasard, fût venue jusqu'à Paris? Qui eût pensé que des voleurs auraient 
eu Taudace d'une telle entreprise (2) ? » 

On a donc cherché une autre raison que la dépopulation de l'Empire. 
On s'en est pris à la faiblesse du gouvernement , à son incurie. Cette 
accusation a été formulée dès le temps même des invasions. Depuis lors, 
tous les historiens l'ont admise ; presque tous ont déclamé contre ces 
rois lâches et fainéants , qui abandonnaient leur peuple à la cruauté des 
pirates. Mais n'est-ce pas l'habitude des hommes de s'en prendre à ceux 
qui les gouvernent , de tous les maux qu'ils endurent ? Une étude atten- 
tive des documents contemporains prouve que ces princes ne se montrèrent 
pas aussi négligents qu'on l'a prétendu. Leurs capitulaires sont remplis de 
mesures concertées pour résister aux Normands, pour prévenir leurs 
ravages, en réparer les suites. Gardes sur les côtes, gardes dans les 
villes , organisation d'une défense commune , construction de forteresses , 
ils n'ont rien épargné (3). Parfois même ils élevaient des remparts et ne 

(1) « AnnoDomini DGCCLIX Northmanni, Sealdam fluTium transeuntes, loca populantur undique. 
• At vulguê promiêcuum inter Sequanam et Ligerim , inter se conjurant , adversus eos ( Xorllimannos ) 
inSequana consiMentes, fortUer resisliL Sed, qaia iiicaale sumpla est eorum conjaratio, a potentioribu» 
noêirit facile interGciunlur. » Geêta Normannorum in Francia^ ab anno Chritîi 807 usqne ad annum 
896, aactore inœrto, a p. Dacbesne, BisU Nurm, Script., p. 2-8. 

(2) Labbc, Bibl. Pair., t. XIV, p. 817. 

(8) Capitutaria Caroli CaWi, xif, aon. 85A. Aptui Àttiniacum; De maritima coslodia , ii ; De pontibus 
restaarandis, nr, ap. D. Bouquet, t VII, p. 617, C; — aon. 864, Edictum Pittcnâc, Tout bomme ayant 
un cbefal est appelé à Parmèe: « Illi qui in hostem pergere non potueriot... in civilaie atque in marcha 
« waetai faciant »; ixfii, ap. D. Bouquet, t. VII, p. 66S , D.; — un, Apud 'Huiticum, utin. 865 : ■ Ut si in fi- 



96 ÉTUDE HISTORIQUE ET CRITIQUE 

trouvaient personne pour les défendre ; et ces constructions destinées à 
protéger le pays, tombant tout au contraire au pouvoir de forces en- 
nemies, ne servaient qu'à l'opprimer plus sûrement (1). On reproche 
à ces rois d'avoir traité avec les Normands. Boulainvilliers Ta très-biea 
dit : « Les peuples reprochaient au roi sa faiblesse ; le roi reprochait 
à son tour au peuple et à ses grands leur lâcheté à le soutenir (2). • 
Il aurait pu ajouter leur trahison. Des documents irrécusables font foi 
que Charles-le-Chauve , dans une expédition contre Ttle d'Oscel , repaire 
de pirates à quelques lieues de Paris , fut abandonné par les siens au 
milieu de la Seine (858) ; ils voulaient le livrer aux Normands, auxquels il 
n'échappa que par miracle (3). 

Il faut donc chercher d'autres causes que la faiblesse de la population , 
que l'incurie du pouvoir. 

En première ligne, nous mettrons l'incroyable désordre qui régnait 
dans l'Empire. Tontes les Chroniques signalent , comme cause des in- 
vasions normandes , la bataille de Fontanet > où périt la fleur des armées 
françaises. Mais la perte des hommes fut moins sensible encore que celle 
du lien moral qui les tenait unis. A partir de ce jour fatal , nul ne foulot 
plus obéir. Les grands ne reconnurent pins désormais le pouvoir du roi ^ 
et le peuple , quMls ne prot^eaient pas encore comme leur bien , que le 
prince ne pouvait plus défendre , tombb dans la misère ou se précipita 
dans une licence efflrénée (&). Les capitulaires jettent un jour bien sombre 

> deUs noêtri se aduoaferint ad derastationem rcgni nostri, 6deles nostri, tam episcopi quam ablMtes et 
t comiles et abbaiissarum homines, sed et ipsi comités ae fassi nostri seu ceteri quiquc fiddesDei ae 
t oostri de uno missatico se in unuro adunare procurent »• Ap. D. Bouquet, t. VII, p. 669, E. — 
« Missi nostri.... qui mp«r a^uas commanent , iper quas infidèle* nostri bû regnum nostruro transennt » 
« ordinent qualiter ills naves custodianiur. • Ibid., ht, p. 670, A. 

(i) t Ludovicus.... castellum maleria lignea, quorumdam consiliariorum suorum hortatu , in loco qui 
dicitur Strom» clausil. Quod magis ad rounimen pagaooniro quam ad auiilium ckristiaBomm fiictam Aiit» 
quoniam ipse rex Ludo? icus invenirc non potuit cui illud castellum ad custodiendum committere posaet » 
Ex annalibus Bertiniani»^ ad aiin. 881, ap. D. Bouquet, t. Vlll , p. 85, D. 

(2) État de la France^ L III, p. 96. 

(3) « Rege insalutato, cum panels in navi relicto, omnes ei subdole adhérentes disœdunt et, pnedsk 
ejusdem navis funibus , ne rex quolibet auxiliarelur prxsidio, ad eumdem Hludwiciim, eum sibi regem 
facienles accedunt. » Ex translatione 55. Georçii, Aurelii et Natkaliœ ex urbe Corduba Parisios, auctore 
Aimoino monacbo S. Gennani a Pratis, ap. D. Bouquet, t. VU , p. 355, A.— Les Annales contemporaines 
{Fuld,f Bertin,) sont plus discrètes et ne parlent de la trahison qu*à mots couverls. 

[à) • A nobis effugavimus spiritum consilii et fortitudinis..* ncc omnes reges esse possumus, pec regem 



SUB DUDON DE SAHST-QCJENTIN. 97 

sur cet état de la France. Il semble que le pillage fût admis dans F Em- 
pire (1). En vain prescrivait-on les mesures les plus sévères ; en vain dé- 
Tendait-on aux habitants de quitter le pays sans une autorisation expresse (2) : 
les malheureux qui se voyaient dépouillés de nouveau après avoir été déjà 
pillés par les Normands (â), tirant, à leur tour, parti de leurs misères, 
se livraient sans crainte au brigandage et se croyaient hors des atteintes 
de la loi, parce qu'ils n'avaient plus de domicile oti Ton pût les assigner 
légalement (&). 

Ce qui n'est pas moins étrange que ce désordre, c'est l'impuissance 
du gouvernement à le réprimer et Tétrangeté des mesures qu'il prenait. 
D'un côté, on ne pouvait poursuivre un criminel en-dehors de son 
comté (5) ; de l'autre, ce criminel, une fois pris, devait être envoyé au 
roi (6) ; or , l'envoyer à travers un pays sillonné par des bandes de bri- 
gands fortes comme des armées, c'était le rendre à la liberté. 11 parait 
même qu'on n'était pas sûr des fonctionnaires , car on prenait contre eux 
autant de précautions qu'à l'endroit de leurs administrés (7). Du petit au 
grand , chacun était en révolte. La décentralisation féodale conmaençait 

L' Église elle-même n'avait pu conserver l'ordre dans son sein. Les 
conciles, les sermons, les histoires de saints témoignent du peu de res- 
pect qu'on avait pour la discipline et les canons. Les couvents se vidaient 
et les mauvais moines pullulaient (8). Le désordre engendrait l'ignorance, 
et l'ignorance engendrait tous les vices. 



habere sustinemus saper nos a Deo conslitulam... Illi qui potestati a Deo constiiuti subjecti esse noiant 
et patres vel corquales in regno non suffcrant... sabjecti diaboH et inimid Deo constttountar ( Cbnn'/. ad 
ann. 861, ap. ConciU Rotomag,, p. 17-19). 

(1) Ul rapine et deprasdalionea, que quasi Jure légitima hactenus fect« lunl, penilus interdicantur. 
Cajritularia Caroii Calvi, tiii, 0, ap. D. Bouquet, t VII, p. 603, D. 

(S) In nullam partem de illa terra [quisj pergat, nisicum communiconsiKovel conimendatione missonim 
nostromm. Ibid,, p. 670, A. 

(8) Ibid., p. 015, D. 

[à) Quasi licenter malum feciuni, quia, sicut dicunt, non babent unde ad justitiain bciendam addii- 
cantur. Ibid., p. 656, C. 

(5) Jbid., E. 

(0) De hominibus qui itemm a novo raptos faciunL.. ut a missis comprebendantur et constringantur , 
ad régis pr«sentiam deducantur. Ibid., p. 017, E. 

(7) Ut vicarii vel centenarii qui (bres et latrones vel celaterint vel deliniderint, recundum sibi datam 
sentenliam, dijudiœntur. Capitularia LudoTfci Pii, ap. D. Bouquet, t VIU, p. 627, C 

(8) Vita saneti OdonU abbatUy ap. Aeîa OrdwU sancti BenedietU t. V, p. 180-182. 



98 ilUDE HISTORIQUE ET CRITIQUE 

Voilà une des grandes causes du peu de résistance que trouvèrent 
les Normands. On peut indiquer encore une seconde raison de leur 
triomphe. Jusqu'ici , deux auteurs seulement l'ont bien apprécié : un 
critique judicieux, Bonamy, et un historien d'un instinct souvent 
très-sûr, M. Michelet (1). 

Les Normands d'origine ne se présentaient pas par troupes très-consi- 
dérables; mais à terre ils trouvaient bientôt des auxiliaires qui grossis- 
saient leurs rangs. Ils trouvaient d'abond leurs compatriotes , restés en 
France à jouir de leur butin et toujours prêts à en faire un plus grand. 
Les preuves abondent du séjour de ces pirates et de leurs alliances avec 
des bandes plus récemment débarquées. Mais les plus nombreux auxi- 
liaires des envahisseurs étaient ces gens sans aveu , comme il s'en trouve 
dans tous les pays , surtout au lendemain des grandes guerres , habitués 
à vivre de pillage et endurcis au meurtre, vieux routiers, moines apos- 
tats (2) , mécontents de tout genre , et au-dessus d'eux , des chefs que 
l'ambition poussait dans leurs rangs pour s'y former un appui à leurs 
projets de domination (3) . Dès 8/il , Lotbaire avait appelé les Normands à 
son secours (&). Un prince, Pépin, s'était mis à leur tête après avoir abjuré 
le christianisme (5). L^s grands qui ne conspiraient pas avec les païens 
ne se pressaient pas plus de les combattre , parce qu'ils occupaient le 
roi et leur étaient un prétexte à se fortifier. 

Le plus grand nombre enfin, par mauvais dessein ou par crainte, 



(i) Bonamy, Mémoire tur L'état de C Empire français quand les Normands y firent des incursions, 
ûans \n Mémoires (le l* Académie des Inscriptions et BelleS'Leitres^i, XVII; — Michelet, Histoire de France, 
U I et II. 

(3) Annal. Bertin,, ad ann. 86A ; ap. D. Bouquet, t. VII, p. Sàt B. 

(3) lUbiloca a Nortlimaunissive a quibuslibei aliis desiructa siut. • Capitularia Caroli Caivi, Synod, Suess., 
ad ann. 853; ap. D. Bouquet, U VII, p. ti07, D. — « Rapinx et dcpopulationes, partim occasione soperir- 
ruentium paganorum, partim mobilitate quovumdam fidelium nostrorum, • Ibid,, Syn, Caris,, ad ann. 
857; ap. D. Bouquet, t. VII , p. 628. — « Plures, quorum in cordibus fides minime indices cepcrat, lava- 
crum sanci» regenerationis négligentes, scd pagniiorum latebrosas diligentes aslucias iiiorum se fœdari et 
fitiis... ; erantque saeviores crudeiioresque barbaris, ut erant ciirisliani ; prius indugare eorum iatibula 
et, utpote ipsorum gralia et crudelilale apud barbaros roborareiur, truculenlis manibus proximorum gaa- 
debant fundere cruorem. » Texte de 910-920 ; D. Vaissette, Histoire du Languedoc, t. I, PieuTcs, p. 108. 

[h) Nithardi, Caroli Magni nepotis, Historiœ lib. II , c v, ap. D. Bouquet, t VII, p. 48, D. 

(5) Capitularia Caroli Calvî, ap. D. Bouquet, I. VII, p. 607, D. Voyez encore D. Bouquet, t. VII, 
p. 87, c, et p. 352, E. 



SUR DUDON DB SÂlNT-QUENTIN. 99 

fouruissaicDlaux Normands des vivres, de Targent, désarmes, des chevaux. 
Ces manœuvres perfldes étaient punies de mort par la loi ; mais les pro- 
tégés des Normands en craignaient peu les menaces (1). 

Dans un empire ainsi désorganisé , offrant à Tennemi tant de parties 
faibles, qu'on se représente plusieurs milliers d'hommes déterminés, 
sans patrie , sans fortune , décidés à conquérir Tune et l'autre par tous 
les moyens , et Ton comprendra aisément l'impuissance de la France et 
les faciles succès de ses envahisseurs. 

Il faudrait un ouvrage spécial pour exposer , dans son ensemble , le 
tableau dont nous ne donnons qu'une légère esquisse, dans le dessein 
de faire mieux comprendre certains détails du récit de Dudon. 

Nous avons vu que beaucoup de chrétiens étaient mêlés aux Nor- 
mands ; Dudon nous montre des chrétiens dans l'armée de Rollon (2). 
Il nous montre aussi le duc normand recrutant des hommes dans tous 
les pays où il passe , prenant, en Angleterre, les Danois de Guthrun (S), 
ceux-là sans doute qui n'avaient pas embrassé le christianisme. C'est un 
Frison qui invente un stratagème pour sauver un corps d'armée normand 
assiégé sur la colline de Lèves (&). Rollon avait un pêcheur des bords 
de la Seine à son service, et c'est ce pécheur qui tua, en 886, le 
comte Ragnold (5). 

Dudon nous a aussi laissé un très-curieux récit de ces soulèvements 
de paysans , vrais troupeaux de moutons, se précipitant dans un accès de 
fureur à la boucherie. < Les paysans, voyant que les plus Gers guerriers de 
France et de Bourgc^ne étaient anéantis , se réunirent en une multitude 
innombrable, et, prenant des armes, armes qu'ils n'avaient pas coutume de 
porter, ils résolurent d'attaquer Rollon. Or, Rollon, regardant derrière lui, 
vit dans l'air obscurci les flots de poussière soulevés par la foule qui 
marchait. Appelant alors les chefs au Conseil : « Je ne sais si c'est de la 



(1) FroUoard, Hùt. Eccleê. Hem., 1. IV, c v ; Annal, Berlin,, ad aoo. 869; Capitularia Caroli Calvi, 
ap. D. Bouquel, L Vil, p. fl08, E. 

(t) • Hoc somnium quum cuidam sapienti viro et cbristicols retulisaet Dudo, I. 11, p. 71, C; — 

« Capionim chrisUaos religionis fide iinbutus... • Id., p. 72, C. 

(3) « A DglosfloreoiisjuveDluUs milites, qui erant fui efTecii, el secum iluri adscifit...* ld.,i« II« p. 73, D. 

(à) • Frisonum quidam de geôle oalus , qui erat illis accreditus. • Id., I. II, p. 81, B. 

(5) « Quidam piicator Sequaos attributus Rolloni obTia%it ei (Ragnoldo) 4eioque transverberalum occidit» 
Id., I. U, p. 77, C. 



tOO ÉTUDE HISTORIQUE ET CRITIQUE 

cavalerie ou de Tinfanterie qui nous poursuit. Que nos fantassins prennent 
les devants ; que la cavalerie reste à nos côtés ; et nous verrons ce que 
valent ceux qui veulent notre perte. » Pendant que RoUon se mettait à 
la tête des siens, les vilains approchent, pêle-mêle, fantassins et cavaliers. 
Alors Rollon se précipite sur eux , les renverse, les broie et, après avoir 
fait un grand carnage, rejoint son armée (1). 

Nous trouvons encore, dans le vieil historien, des détails très-curieux 
sur la tactique des Normands. Une de leurs ruses, c'était de mettre le 
genou en terre , de se serrer bouclier contre bouclier pour dissimuler leur 
nombre. L'ennemi, trompé et croyant avoir affaire à peu de gens, se 
précipitait sans défiance, et alors les Normands se relevaient nombreux, 
et venaient facilement à bout de gens surpris et déjà à moitié battus (2). 

Pour camper , ils choisissaient des lieux entourés de marécages , et en 
complétaient la fortification par des pieux ou par des sortes de claies (â). 
Dans le cas de poursuite ou d'attaque, ils abattaient bœufs et moutons, tout 
leur bétail, et empilant les chairs écorchées, s'en faisaient un rempart 
sanglant , rempart d'horreur et d'épouvante. Devant ces cadavres hideax, 
les chevaux se cabraient et les hommes n'osaient avancer (&). 

On retrouve encore dans Dudon de précieux détails sur la constitution 
primitive de la cour de Normandie. C'était la cour de France en petit. On y 
trouve les quatre grands officiers : panetier, dapifer, bouteiller, chambrier ; 
les grands étaient appelés au Conseil , d'où les évéques restèrent exclus 
pendant long-temps. Les princes normands prenaient les titres de duc , 
comte, marquis, baron. Dudon leur donne indifféremment l'un ou l'autre. 



(i) Dado, 1. Il, p. 80, A. 

(S) tRoUo fero et qui cum eo erant, genu flexo, .... scutorum tegmine cooperti strictaeque aciei ma- 
cronibasconiscis complicati, exspectatont initium certamiiiis.» Id., 1. II, p. 7^ D. — « Northmaonl te ooo- 
globantesslrictim accubitaYeruntse utpar?issima putaretur summa eorum. > Id., 1. II, p. 77, B. 

(5) • Pagani, in daas se turmas dÎYÎdentes, squali lance testitudines parant.» A»ser., Vita Alfredi, ap. 
Mon, hUt, Briu,p. &76, C. — tRollo et qui cum eo erant feceruntsibi munimen et obstacalum in roodum 
castri munientes se per gyrom avulss terrs aggere locoquc ports relinqaentes spatium prolixe araplita- 
dinis, quod apparat ad tempus asque istius diei. »Dudo, 1. II, p. 77, A.— tLoco alto palude circamdato, 
gressum fatigati figunt. « Id., I. il, p. 81, C. 

(6) « lonumerabilia animalia, qus secum addnxerant, statim occideruntatqae tergora dimidia animalium 
diripientes et excoriantes, ex cada?eribus ipsis castrum circa se flecernnt ponentesque anaro saper 
alium, coria sanguinolenta forinsecas a?ellerant, ne eqai stupidi equitesque mirantes appropinquarcnl. • 
Id., I. II, p. 81, a 



SDR DUBON DE SÀINT'-QUENTIN. 101 

].a hiérarchie des dignités n'était pas encore établie (1). On déployait un 
grand luxe à cette cour , surtout dans les festins et dans les vêtements 
des femmes, que Dudou nous dépeint, dans des circonstances solennelles, 
tout étîncelants d'or (2) . La principale distraction de ces princes parait 
avoir été la chasse , et souvent ils invitaient les seigneurs voisins à par- 
tager ce plaisir dans leurs belles forêts des environs de Rouen (3) . 

Tout le troisième livre de Dudon est d'un grand intérêt pour l'histoire 
des mœurs. Ses discours ne renferment peut-être pas les paroles mêmes 
des personnages à qui il les prête , mais le ton en est toujours vrai. Qui 
peint mieux la féodalité naissante que cet avertissement donné par Hu- 
gues au duc Richard ? « Ce n'est pas la coutume de France que prince 
ni dnc, même appuyé sur une armée, demeure dans l'isolement de sa 
puissance , sans se rattacher par sa volonté ou par la force des choses i 
un empereur, à un roi, à un duc. Si, trop confiant dans sa puissance, il 
s'obstine dans cette témérité audacieuse et ne veut s'allier à personne , 
querelles, guerres et malheurs sans fin fondent sur lui (/i). » 

Nous ne dirons que peu de mots de la conversion des Normands au 
christianisme, question intéressante et qui demanderait une étude spé- 
ciale. 11 ne faudrait pas croire qu'ils fussent tous païens avant le baptême 
de RoUon, ni qu'ils se soient convertis tous avec lui. D'un côté, des 
textes cités par nous plus haut prouvent qu'avant 912 les archevêques de 
Ronen avaient gagné des Normands à la foi chrétienne ; d'un autre côté , 
la révolte de Rioulf et de nombreux passages de notre historien démon- 
trent bien qu'un grand nomlire d'entr'eux restèrent païens, même après 
le baptême de Rollon. C'était dans le Cotentin et dans le Ressin qu'habi- 
taient surtout ces Scandinaves endurcis. Toutefois, l'autorité de plus en 

(J) Ijappeaberg pense que les princes normands sMnliluUieiit comtei, de préférence ; mais ses preuves 
son l faibles. GetchicUte von England, L II, p. 21. 

(2) « Quam (Adelam) nuptialium renim copfa bonorifice redîmiiam, e^fuÎMfue fcmincis fibalerit 
omMiis, auro elcciroque artificialKer pnrtuiltealîs sub?eciam, cum nimia înnumerabîlium ulriusque seins 
raancipiorum frequentia, multisque scriniis, sericis Yestibus auro inlcxlis repletis et oneratis constipalam 
dedoxii. • L. III , p. 97, G. 

(S) neriberlns comes, Hagoque tolhis regni dux et princeps, nocnon Gaillelmus PiclaTensis comeg 
fenernnt illuc ad eum ( WHIelnum, Rotlonts filium) festinanter. Quos Willelmus, adventui illorum cou* 
gratulaiis, cum raagno apparatu reverenter susccpit, secumque diulurno delectabilis venalioiits tempore 
morari, luxuque rexali epulari splendide fedt. L. III , p. 97, B. 

(h) L. III, p. 128, D. 

13 



102 ETUDE UISTORIQLE ET CRITIQUE 

plus forte des ducs, des alliances avec les femmes du pays uaturellemeul 
chrétiennes, une génération nouvelle, ces trois causes réunies durent 
faire disparaître assez promptement les coutumes païennes et barbares. 

Arrivé au terme de ce mémoire , nous croyons avoir démontré que le 
vieil historien tant et si long-temps méprisé est digne d'une grande atten- 
tion, surtout d'une plus grande confiance. Nous demandons en terminant 
la permission de citer, de traduire une de ses pages qui devrait suffire, à 
elle seule , pour tirer son nom de l'oubli. Le bon Doyen , qui a fait tant 
devers sans poésie, trouva un jour, sinon la cadence harmonieuse, au 
moins une véritable inspiration de génie. Un esprit prophétique s'empara 
de lui ; l'avenir lui apparut sans voile, et il s'écria, dans des vers dont la 
forme barbare disparait sous la grandeur et sous la justesse de la pensée : 

« France, tu t'enorgueillissais jadis de ton triomphe sur tant de na- 
tions abattues; tu t'adonnais à de saints et nobles travaux. . . Maintenant 
te voilà gisante à terre, tristement assise sur tes armes, toute surprise et 
toute confuse, dans l'anxiété, dans l'anéantissement de la douleur; te 
voilà foulée aux pieds, attaquée, méprisée, insultée par d'indignes en- 
nemis , chargés de crimes et de forfaits , portant la peste avec eux , en- 
nemis arrogants, gonflés d'orgueil et respirant le mal! Reprends tes 
armes, élance-toi plus prompte et cherche ce qui doit te sauver toi et les 
tiens. Saisie de honte et de remords , de regret et d'horreur à la vue de 
tes méfaits, prends les ordres de ton Dieu. Voici qu'une autre race vient 
vers toi du Danemarck et, de ses rames infatigables, fend rapidement les 
ondes. Long-temps, et dans de nombreux combats, elle t'accablera de ses 
traits terribles. Furieuse , elle fera mordre la poussière à des milliers de 
Français. Enfin, une alliance est conclue ; la paix calme tout. Alors cette 
race portera jusqu'au ciel ton nom et ton empire. Son glaive frappera , 
domptera , brisera les peuples trop orgueilleux pour se soumettre à toi. 
O France heureuse, France trois et quatre fois heureuse, salue-la en fré- 
missant de joie; salue-la, Reine éternelle (1). » 

Ainsi le vieil historien , vraiment poète cette fois , prédisait, avant les 
exploits de Tancrède de Hauteville , avant la conquête de l'Angleterre , 

(i) L. I, 9ub fine. 



SLR DUDON DE SAINT-QUENTIX. 103 

avant Malherbe, avant Corneille, celte longue suite de grandes actions et 
de grands hommes qui, par les armes et par le génie, devaient, pendant 
des siècles, porter si haut, « jusqu'au ciel » , le nom et l'empire de la 
l'rance. Historiens, profitons des richesses trop dédaignées qu'il amassa 
pour nous; Normands, donnons un bon souvenir à l'homme qui pressentit 
si bien la grandeur future de notre nation. Quand tous les moines con- 
sternés s'attristaient encore sur les ruines amoncelées par nos pères et ne 
voyaient aux cieux que les dernières nuées de l'orage, Dudon, plus clair- 
voyant, sut y découvrir l'aurore d'un beau jour. 



DUDONIS SANCTI QUmTINI 



DE MORIBUS ET AGTIS 



PRIMORUM NORMANNIiË DUCUM, 



LIBRI QUATUOR. 



L'ouvrage dont nous donnons aujourd'hui le texte a été déjà publié pai* 
les soins d'André Duchesne , dans son Recueil des Uistoriœ Norman- 
norum scriptores antiqui. Paris , 1619 , in-P. On ne peut méconnaître 
les services rendus à notre histoire par cette importante publication , 
non plus que la science et l'habileté de son auteur. Malheureusement 
Duchesne n'avait pas à sa disposition des matériaux suffisants, sur- 
tout en ce qui concerne le texte du Doyen de St. -Quentin , dont il 
n'a vu que deux manuscrits défectueux. Une impression incorrecte a 
multiplié encore les fautes des manuscrits, et toutes ces erreurs se 
sont ajoutées à celles dont notre historien est réellement responsable. 
La critique n'a pas toujours pris soin de faire la part de chacun dans cet 
ensemble d'inexactitudes, et il lui est arrivé souvent d'en rejeter tout le far- 
deau sur l'auteur. Aussi, était-ce par une édition moins fautive de l'ouvrage 
de Dudon que D. Bessin voulait commencer sa défense. Un tel travail 
aurait été d'autant mieux venu que les savants confrères du Bénédictin nor- 
mand n'étaient point exempts de tout reproche envers le Doyen; par 
malheur cette louable entreprise ne fut jamais qu'un projet, et il n'en 
reste autre chose qu'un petit nombre de notules sur lei^ marges d'un exem- 
plaire de l'édition donnée par Duchesne, exemplaire que possède aujourd'hui 
la Bibliothèque publique de Rouen. 

11 n'est guère douteux que D. Le Noir n'ait également nourri l'espérance 



SUR DUDOiN DE SAIINT-QUEKTIN. 105 

de publier à nouveau un texte si important. Avait-il déjà commencé son 
travail lorsque survint la Révolution? On Fignore et on ne le saura jamais 
bien au juste, tant qu'une sorte de séquestre sera jelé et maintenu sur ses 
papiers. 

C'est par la Société des Antiquaires de Normandie que cette œuvre 
de réparation devait être accomplie, et c'est elle qui donne aujourd'hui 
cette nouvelle édition de notre premier historien. Chaîné de l'exécution 
de ce travail , je me suis efforcé de le rendre digne de la savante Com- 
pagnie à qui notre histoire est déjà si redevable. Je souhaite avoir mis 
entre les mains des nombreux et habiles travailleurs qu'elle compte dans 
son sein un instrument supérieur à celui qu'ils ont possédé jusqu'ici. 

1. Mon premier soin a été de rechercher les manuscrits de l'ouvrage de 
Dudon, et de les collationner. 

Ces manuscrits sont peu nombreux, soit que le temps en ait détruit 
un certain nombre , soit qu'on ne les ait jamais beaucoup multipliés. 
Le succès de l'abrégé de notre Histoire, donné par Guillaume de Jumiéges 
dans ses quatre premiers livres, dut beaucoup contribuer à l'abandon 
de l'œuvre originale. De plus, ces mêmes manuscrits sont, en général, 
peu corrects , et il est évident que les scribes , découragés , ne compre- 
naient pas le texte diffus qu'ils transcrivaient. On a vu même que, plusieurs 
fois , on supprima les nombreuses pièces de vers dont notre auteur avait 
allongé à plaisir le récit de la vie de nos premiers ducs. Néanmoins, 
s'il faut reconnaître que chacun de ces manuscrits est défectueux, il est vrai 
de dire qu'ils s'amendent souvent l'un par l'autre, et que l'on peut trouver 
dans leur ensemble les éléments d'une édition correcte. Voici la liste de 
ceux que nous avons consultés : 

MANUSCRITS CONSERVÉS EN FRANCE. 

Manuscrit de la Bibliothèque publique de Rouen, Y.-l.-Z. 

Ce manuscrit in-f". est formé d'un parchemin généralement beau ; il a 
été réglé à la pointe sèche. On y avait ménagé de nombreuses places 
pour des miniatures qui n'ont pas été exécutées. Les capitales sont 
ornées et peintes en rouge. 



106 ÉTUDK niSTORIQUE ET CRITIQUE 

T.c texte paraît avoir été corrigé avec soin. 11 est coupé par un grand 
nombre de rubriques et contient toutes les poésies. Chaque vers y est 
presque toujours mis à la ligne et conmience par une majuscule ; cette 
majuscule est alternativement rouge et noire. Plusieurs pièces cependant 
en sont dépourvues, et les mots ne commencent que par la seconde des 
lettres qui les forment. 

Le scribe, après avoir terminé son cruAre, a laissé échapper la pieuse 
exclamation accoutumée : « Bcncdictus es. Domine, qui adjuvasti me et 
consatus {sic) es me (1). Amen, amen, amen. » 

M. Pertz (2) rapporte ce manuscrit au Xll*. siècle; M. Chéruel (3) es- 
time qu'il est du XP., et nous nous rangeons à son opinion. On y peut 
voir, sur plusieurs pages, des notes marginales dont l'écriture date évidem- 
ment de ce dernier temps. 
Le même volume renferme : 

W De Geslis, de Guillaume de Jumiéges (XUP. siècle) ; 
2^ Fita Karoli Magni (XllP. siècle) ; 
3°. Abreviatio gestorum regum Francorum (XllP. siècle); 
&^ Relatio clavium ( XIV'. siècle ) ; 

5\ De Ricardo 11^^. , fragment de l'ouvrage de Guillaume de Jumiéges 
(XllP. siècle). 

11 a appartenu à l'abbaye de Jumiéges. Montfaucon l'a vu, et cite les 
termes d'une note mise en tête de l'ouvrage que nous éditons : t Fariat 
in mullis ab impressis per And. Duchesne (4). » Les auteurs du Gallia 
christiana ont publié plusieurs variantes relevées par eux dans ce manus- 
crit (5). Enfin, les éditeurs AwP^ormauuiœ nova Chronica ow\ également 
fait connaître plusieurs de ses leçons et corrigé par là autant de fautes de 
l'édition de Duchesne (6). 

Manuscrit de la Bibliothèque publique d* A lençon, n^ 20, ancien 122 
de St.-Évroult. 

(1) M. Charma pense, a\ec raison, qiril faut lire : comolalus es me. 

(2) Archiv,, l. Vin, p. 410. — Mon, germ, hist,, I. IV, p. 93. M. Bethmanii a collationné sur le ma- 
miscrit de Rouen , le toxle du fragment de Pouvrage de Dudon publié dans les Monum, germ, hitt, 

(3) Nurmannia nova Chronica , edentibus A. Chéruel, Léopold Dcli^le li A. Charma, p. 9. 
(&; RibL mUioth,, p. 1214, E. 

(5) GaU. chriêt,, XI. — Instrumenta EccL rotomag,^ col. 7. 

(6) Normann, nov, Chron,^ p. 35. 



SUR DUDOX DE SAIM-QOE.^TIN. 107 

Ce manuscrit, grand hi-P., copié vers 1205, contient en 111 feuillets 
plusieurs ouvrages indiqués par M. L. Delisle dans sa Notice sur Orderic 
Vital, p. a. 

Il a jadis appartenu à la Bibliothèque de l'abbaye de St.-Évroult, 
Montfaucon Ta cité (1) ; mais , n'y rencontrant pas de vers (deux pièces 
seulement s'y trouvent copiées, sans doute par distraction), le savant 
Bénédictin crût y voir un ouvrage distinct de celui qu'avait composé 
Dudou , et c'est ainsi qu'il induisit D. Rivet en erreur , comme nous avons 
eu lieu de le remarquer. 

Vers 1723, un prieur de St.-Évroult, nommé Charles du Jardin, 
collationna le texte de ce manuscrit, et consigna ses observations dans 
une note que nous allons rapporter : 

i. Liber Dudonis, qui prinius legilur in edilione D. Andréas Duchesne , teoet 
locum praefationis in uostro ms^ sancti Ebrulphi Uticensis sub hoc titulo : c Incipit 
de apostata Hastigno • , et io ûoe sic concluditur : « Explicit de Uastigno , Jude 
uequiori, Cliristi proditoris, nequissimo. » Et slwilîter liber DudODÎs qui primus 
legitur in ms^ Ullcensi tenet locum praefaliuois io praedicla edilione. Vcrum , nulla 
habita ratione ad hanc transpositiooem , editionls serieiu sccuti suuius iu collatione 
illius uostrl ois^'. 

2. le ms*. sancti Ebrulphi Uticensis historia de apostata Hastigno duUo auctoris 
Domine praetitulatur ; unde dubium non levé utrum vere sit Dudonis, licet sub illius 
Domine édita sit inter NormaDDiae historias ; oam in prœdicto ms°. extra Dudonis 
Ubros coHocatur absque titulo praefalionis , sed cum operls distincli titulo , ut supra 
retuli. — F'. Garolls Du Jardin, prior, 1723 2^ februar. 

3. Facile coUigi potest lum e praefatione Dudonis , tum ex priniis terminis historia* 
de Hastigno banc historiam operi Dudonis forte addilam fuisse ; nam circa finem 
praefatioois Richardus Dudonem rogat ut mores actusq. telluris Normauniae .. quiu 
etiam proavi sui RoUouis , quae posult in regno jura describat. Sed nulla fit mentio 
duels Hastlgni. Insuper perpende prima verba historiae de Hastigno : Totius namque 
molis orbe descripto; haec parllcula conjunctiva {namque iu cditione) supponit 
precedentem sermonem et estera verba supponunt totius orbis descriptionem , quae 
tamen non apparet Unde liquet hoc opus imperfectum forsau Dudonis historia? 
additum fuisse et epistoiam panegiricam ad Adalberooem esse veram praefationem 
tum ms^ Uticensis , tum editionls. — F. Carolus Dd Jardin. 

Fatendum tamen iibri primi ultima verba et librl sccundi priora opinioni oppo- 
site favere , maxime hxc secundi verba : • supra scriptis breviter casibus immaniter 

(i) BibU Biblioth., p. 1273, A. 



108 ÉTUDE HISTORIQUE ET CRITIQUE 

affliclam. • Undc utraquc opinio probabilis : affîrmalivam taincn in favorem Dudonis 
probabiliorem credidcrim. 

Les doutes émis par le prieur de St.-Évroult sur l'authenticité du 
livre consacré au récit des exploits de ITasling ne sont aucunemcDt 
fondés. Notre auteur y fait allusion dans plusieurs endroits de son ouvrage, 
et d'ailleurs le style seul suffit à révéler Técrivain, 

Manuscril de la Bibliothèque publique de Douais xf. 835. — Ms. in-8*. 
de llii feuillets, à deux colonnes ; écriture du Xll% siècle. Le texte y a 
été revu et corrigé avec soin par une main contemporaine ; malheureuse- 
ment c'est un de ceux où l'on a supprimé les passages en vers^ et il 
s'arrête au milieu environ du livre troisième. Le même volume renferme 
l'histoire de Geoffroi de Monmouth, t\ 1 à P*. 88; une sorte de prose rimée 
qui paraît être l'œuvre du scribe Bernard, P. 88 v% ; enfin l'ouvrage de 
Dudon, t*. 89 à HA. 11 a été cité par l'auteur du Catalogue des mss. de 
la Bibliothèque de\Dùuaij et par M. A. Potthast (1). 

MANUSCRITS CONSERVÉS A L'ÉTRANGER. 

Manuscrit Claudius. A. Xll. — Ms. in-/i^ de 194 feuillets, transcrit 
au XP. siècle, suivant l'auteur du Catalogus of the manuscripts in the 
Cottonian library deposited in the British Muséum. London , 1802 , 
p. 191. H ne nous parait pas cependant qu'il soit antérieur au XIP. siècle. 

Nous avons déjà eu l'occasion de dire qu'il ne contient pas les poésies 
de Dudon. Quelqu'un ayant écrit, sur le premier folio, la note suivante : 
« Author incerlus, ac Normannus, usque ad mortem Ricard! primi ducis, 
multo fusius Gemmeticensi : Non e^t Dudonis » , Tabbé De La Rue a 
consigné, sur le même feuillet, cette réponse : « Est Dudonis, sed non 
scatet rusticis illis versibns qui alios ejusdem hislorici codices conta- 
minant. » 

Manuscrit Nero. D. VIIL — Ms. in-folio, à deux colonnes. Le texte est 
orné de grandes lettres vertes et rouges, d'un assez beau dessin. 11 
contient : 

^^ Historia Gaufridi Monmutensis (XV*. siècle) ; — 2°, Excerpta de 

(1) A. Poltbast, Bibl, hist, med, œvL Rerlin, J363. 



SUR DUDON DE SAINT-QUEMIN. 109 

libro Gildœ sapientis (XII*. siècle) ; — ^ 3% Hisloria \ormanîwrum ; — 
4'. au r. 135 coDimence le livre V de rouvragc de Gnillaiime de Jii- 
uiiéges, mais saus qu'aucun chaudement d*antcur soil indiqué ; et, au 
P. 146, se trouve la mention suivante : « Explicit Hisloria Dudonis, de- 
* cani sancti Quintini, de ducibus Northmannie. Que vero sequuntur addila 
sunt de sexto et septimo libro Hislorie Willelmi Genimeticensis » ; — 
5". nia Alexandri Magni ; — 6". Prophétie de Merlin sur r Angleterre ; 
— T. Fragments d'un autre ms. aujourd'hui reliés^dans le môme volume. 

Ce ms., à l'exception des fragments 1 à 7, a été copié par la ménie 
main au XII*. siècle. 

Manuscrit de Middlehill. — Ms. in-8°. La première page est ornée de 
colonnes et de chapiteaux romans. Le texte, écrit sur une seule colonne, 
est orné de capitales peintes en couleur verte et rouge et fort simples. 

En effet, on lit, sur la dernière page, les douze vers suivants : 

Vivas, Fiscaonis, seniper felicibus annis! 
Fiscanois, gaude, quia lu dignissima laude. 
Vos, Fiscan Denses, virlutum cingilis enses; 
Kcclesix postes, nebulosos slcrnitis hostes. 
Félix Fiscannis, Stella rutilante Johannis, 
Qui , vigili cura, mereris régna fulura. 
Séminal in Inclus, melel in sua gaudia fructus. 
Grex suus est lutus, Domini mandata scculus. 
Nam prodessc sibi cupiens dat ulrumquc ncccssc ; 
Expedit ut duret et ut ecclesiaslica curct. 
Sub quo Bernardus, Chrisli dulcissima uardus, 
Hoslis ad angorcm qui sanclum spiral odorcm. 

Ces vers ont été imprimés par Duchesne, à la suite de l'ouvrage de 
Dudon, et comme s'ils faisaient corps avec lui. Ils en sont au contraire 
séparés, dans le ms., par une relation du Concile de Lillebonne, en 1080. 

Deux abbés de Fécamp ont porté le nom de Jean : Jean I"., abbé de 
1028 à 1079, et Jean II, qui succéda à Henri de Sully en H89. Nous 
pensons qu'il s'agît ici du premier. 

Ce manuscrit nous paraît être de la fin du XP. siècle. Il est très- 
défectueux , et c'est à lui qu'on doit attribuer une grande partie des 

14 



110 ÉTUDE HISTORtQUK ET CRITIQUE 

imperrectiolis du texte publié par Duchesne, qui Payait trouvé dans la 
bibliothèque de Sirmond. 

Possédé ensuite par Meennann, il est entré plus tard dans la riche col- 
lection de sir Thomas Phillips (i). 

Manuscrit de Corpus Christi Collège, à Cambridge. 

Ms. in-û'*. du XI*. siècle, exécuté avec beaucoup de soin. Les vers 
surtout paraissent avoir été l'objet d'une attention particulière. 

Il contient, outre le texte que nous publions: 

^^ Eutropii et Pauli diaconi historia romana ; 

2°. Leonis Fil confirmalio Ouonijuris eligendi et ordinandi romanos 
pontifices. 

Légué à la bibliothèque du Corpus Christi Collège de Cambridge par 
l'archevêque Mathieu Parker , il y est encore conservé dans une armoire 
fermant à double clef, suivant les prescriptions du donateur. Il est égale- 
ment interdit de le laisser sortir du collège, et même on ne peut Texaminer 
sur place qu'en prc^sence de deux personnes de la maison. On doit ajouter 
que si l'on observe religieusement les clauses de la donation au Corpus 
Christi Collège, on ne met pas moins d'empressement à communiquer aux 
visiteurs studieux des trésors si bien gardés. 

Ce ms. est cité par Vossius (2) , par James (3), par J. Nasmuth (4), 
par Pertz (5). 

Tels sont les manuscrits que nous avons vus et collationnés. Nous 
citerons encore, comme existant ou ayant existé dans diverses biblio- 
thèques : 

Bibliothèque dk BeriNe. Dudonis Historia Normannorum. — Ce ma- 
nuscrit est cité par Pertz (6). Des renseignements qui nous ont été 
obligeamment fournis sur ce codex, il résulte qu'il ne diffère pas de ceux 
que nous connaissons. 

Bibliothèque de Leyde. Dudonis Historia JS ormannorum. — Ce ma- 

{\) Ce ms. est dlé par Hœnel, CataL des ms,, et par Perli, Archiv. VII, 99; — Mon, hist. Gcrm, IV, 93. 

(2) Voftsius, Bibl, latin,, p. 556. 

(3) James, Catal, lib, mss, Àngliœ et Hiberniœ , I, iSt, n*. 1281. 

{à) Nasrouth, Catal. lib, mss, quos CoUegio Corpori» CUristiet D, M, V, leguvit Matketis Parket ,n*. 27S. 
(6) Periz, llandseriften der collegian tu Cambridge, Àrchiv, , VII, 85. 
(«) Id. , ïbid, , Archiv,, V, 89. 



SUB DUDON D£ SAIM-QUENTIN. 111 

nuscrit est du XVI'. siècle et n'a, par conséquent, que la valeur d'une 

copie (1). 

BiBUOTDÈQOE BoDLEiKNKE , à Oxford. Ex Htslorîa ISormannorum per 
Dudonem, ms. in- 4". compris dans les Collectanea Ricliardi Jamesii. — 
Ce ne sont que des fragments copiés sur un manuscrit et ne présentant 
(son examen nous l'a prouvé) aucune variante importante (2). 

Bibliothèque impériale de Pabis. Dudonis decani S^\ Quintini Chro- 
nica abbreviata. — Manuscrit du Xyi% siècle , que nous citons seule- 
ment pour prévenir les lecteurs qu'il ne renferme que l'ouvrage de 
Guillaume de Jumiéges (3). 

Terminons cette liste en indiquant plusieurs manuscrits dont nous 
n'avons pu relrouver la trace. 

Nous avons vu qu'un de ceux dont Duchesne s'était servi est passé 
dans la riche bibliothèque de sir Thomas Phillips à Middlehill. Le se- 
cond , qui ne contenait pas les poésies et qui provenait de la collection 
de Fr. Ambroise, n'apparait plus dans aucun catalogue (&). 

Avant la Révolution française, on conservait dans le monastère des 
Dunes un manuscrit dont Sauderus nous donne le titre : Historia de 
Hagno (Hastigno?) , de Rollone et de WilUlmo ducibus Normannorum , 
cum Traclatu de nalura animalium incerti aucloris. On ne peut guère 
douter que ce manuscrit ne renfermât l'ouvrage de Dudon ; mais nous 
ignorons ce qu'il est deveuu. 

On voyait encore» dans la même bibliothèque, un manuscrit intitulé: 
Fila Wilhelmi ducis Normannorum ejusgue martyrium , et qui ne nous 
parait être que le livre 111 de Dudon. 

II. Aucun de ces manuscrits n'étant propre à servir de type, il était 
nécessaire d'établir un texte composite en prenant les meilleures leçons là 
où elles se trouvaient. Toutefois • les variantes ont été généralement indi« 
quées^ avec mention des manuscrits d'où elles proviennent. Celles-là seu- 
lement ont été omises qui ne peuvent être attribuées qu'à des fautes de co- 

(I) Perti, Leydener Handscriften. Àrekk., VU, IM. 

(î) CataU iib, mss, Àngtiœ et Oibcrniœ, Osoniœ, 1677, 1, 260. 

(S Àrchi9.,\U, 71. 

[h] Ducbcioe, Uisi, Komu nripi, prmf. 



112 ÉTUDE inSTORlQUK ET CRITIQUE 

piste OU ne présentcnl que dos différences d'orthographe insignîflantes* 
Nous espérons qu'on ne trouvera plus , dans l'ouvrage de Dudon , d'autre 
obscurité que celle qui est bien le fait de l'auteur, et qu'il ne nous 
était permis d'éclairer que par des notes. Nous avons désigné les mss. 
par la lettre initiale de leur nom , savoir : R. Ms. de Rouen ; —A. Ms. 
d'Alençon ; — CL. Ms. Claudius , du Brilish Muséum ; — DU. Ms. de 
Douai, Duaceusis ;— N. Ms. Nero, du British Muséum; — M. Ms. de 
Middlehill ; — C. Ms. du Corpus Christ) Collège (Cambridge); — enfin, 
ceriaines leçons que nous avons trouvées dans le texte édité par Duchesne, 
et qui peuvent provenir d'un des manuscrits qu'il a mis à contribution, 
sont désignées par la lettre D. 

III. Nous avons cru devoir introduire, dans la distribution de l'ou- 
vrage , une modification assez considérable. Duchesne l'a édité en trois 
livres ; le premier traite de Hasting ; le second de Rollon ; le troisième 
de Guillaume-Longue-Epée et de Richard 1". Il n'est point douteux ce- 
pendant que la vie de chacun de ces deux derniers ducs a été, dans la 
pensée de l'auteur, Tobjetd'un livre distinct. Les vers qui suivent le récit 
du meurtre de Guillaume sont placés sous la rubrique Epilogus par les 
mss. Nero et C. Dudon se livre ensuile à une de ces invocations aux: 
Muses, qu'il a placées en tôte des trois livres précédents. Enfin, la Vie 
de Richard a une préface qui lui est propre (1). Toutes ces considé- 
rations nous ont fait reconnaître chez l'auteur l'intention de diviser son 
histoire en quatre livres , et c'est la division que nous avons adoptée. 

En outre , il nous a semblé qu'en présence d'un livre si diffus et si 
obscur , il était permis de venir en aide au lecteur et d'établir des points 
de repère dans le dédale de cette histoire. Nous avons donc subdivisé 
chaque livre en un certain nombre de chapitres portant chacun leur 
numéro; cette disposition ne touche en rien, d'ailleurs, au texte de 
l'auteur ni à l'ordre du récit. 

IV. Le doyen de St. -Quentin a-t-il donné un titre à son Histoire? Cela 
n'est guère douteux , bien qu'il eût peu de précision dans l'esprit. Quel 

(1) • Pra'fatio,.* Explicil pra-fatio, incipit viUi, » Mss. N. cl A, 



SUR DUDON DE SAINT-QUENTIN. 113 

était ce litre? Il est difficile de le deviner. Plusieurs manuscrîls n'en 
ont pas ; d'autres en ont un , mais qui ne leur a été donné qu'après coup 
et par des mains modernes. On ne trouve que ces désignations , œuvre 
évidente des scribes : Hisioria Normannorum (1) ; — De Roltone et 
Ricardo , ducibus Normannorum (2). 

Duchesne a composé, à l'aide de quelques indications prises dans la 
préface , le titre suivant : « Dudonis , super congregationem S. Quinlini 
decani, de moribus et actis primorum Normanniœ ducum libri très. » 
En effet , l'auteur annonce que son dessein fut : « ut mores actusqne tetluris 
Normanniœ , quin etiam proavi sut (se. Ricard i I ) Rollonis quœposuit in 
regno jura describerem. » Impuissant à découvrir le titre original de 
l'ouvrage de Dudon, nous n'avons pas cru devoir changer celui sous 
lequel il est connu , et nous nous contenions d'y remplacer libri très par 
libri quatuor. 

En terminant , je dois remercier plusieurs personnes auxquelles cette 
édition sera particulièrement redevable. Au pretnier rang , je placerai 
sir Thomas Phillips, qui a bien voulu nous ouvrir cette bibliothèque 
de Middlehill , riche de tant de manuscrits précieux pour la France et 
que nous regretterions trop vivement de voir possédés par l'étranger , si 
l'heureux conquérant de ces trésors n'en permettait pas aussi libérale- 
ment la jouissance. 

L'accueil que nous a fait, à Cambridge, le savant bibliothécaire du 
Corpus Christi Collège^ M. Peyron, ne nous a pas laissé un souvenir 
moins reconnaissant. Malgré le changement d'orthographe que le temps 
a imposé à son nom , M. Peyron n'a point oublié que ses aïeux s'appe- 
laient Perron, avant que la révocation de l'Édit de Nantes les eût exilés 
de la terre normande , et c'est moins en étranger qu'en compatriote qu*il 
a reçu un membre de la Société des Antiquaires de Normandie , venant 
demander à son collège des matériaux pour l'histoire de la patrie com- 
mune. 

En France, cette édition a surtout contracté une grande dette envers 



(i) Ms. Cl. el N. 
(2) Ms. M. 



114 KTUDE HISTORIQUE ET CRITIQllE SUR DUDON DE SAINT-QUENTIN. 

M. A« Charma , sur qui pèse à peu près eu entier le poids si lourd de 
la correction des épreuves. Ceux-là seulement dont les œuvres profitent 
de cette lieureuse intervention, savent combien elles sont redevables aux 
soins consciencieux du Secrétaire de la Compagnie. Aussi doivent- ils in- 
viter le public savant qui , en définitive , recueille le Truit de son travail , 
à se joindre à eux pour lui adresser leurs remerciments. 



DUDONIS SANGTI QUINTINI 



DE MORIBUS ET AGTIS 



PRIMORUM NORMANNl^ DUCUM. 



EPISTOLA PANEGERICA ATQUE APOI.OGETICA RATIONE TRANSGURSA (*). 



iDclyto et pic venerandOy qaem genus ornat^ sapientia decorat, Adalbbroni (a) , 
episcopo, sancts Dei Laudunensis (2) ecclesiœ cathedra residenti , sibi commissarum 
oviam dacamen ante divins Majcstatis conspectam , Dcdo , super congregatioDem 
Sancti Qulntiol decanus. 

Gloriosissimi nominis toi diyulgainen , cnlmfne superlativo cedris (3) Libaninfs 
altfuSy luce clarius sabliinatum» prolixa interpolatione protensx (6) lODgitudinis, atque 
exspatiata lotercapediDC expanss latitudinis terrae, ut palam eminct , latius dfffa- 
matnm, nemo,quf verba Dominf Nichodemo dicentis: Spiritus ubi vult spiral {Joann., 
III» 8) , iotelligil, nescit; quia , ut colore iodicativo humanis visibus palificatur (5), 
solamen effectus sufBciens omnibus, omnibusque omnia factus, omnium praesulum cel- 
situdinem geucris spermate cl mcrili almitalc Iransccndis. Idcirco lu, apex pontificalis, 
inclylum spécimen reclitudiuis , incomparabilis forma perspicus vilae, decus sacer- 
dotale, inenarrabilis lux univers» Ecclesix Jnsigne culmen sanclitalis, totius bonitatls 
columna inflcxibllis, digne pro merilis asscrtione veridica sanciris. Te etenimy quem 

Var, — (1) B.-A.-D. EpistoYa paganagcrica i. laudatira atque apologitica i. excusatifa. -^ If.-CL. 
Epifttolapanagirica atque apologitica. — (2) Laudonensis. M. — (3) N.-CL.-R. ManqueD,^{ài N.-CL.-R.-DU. 
Prolixe. M.-C. — (5) Pacificalur. A. — Palificatur signifie, comme palam fit, patet : il est évident, 
Y. Gloêtarium mediœ et infima latinitntis de Ducange, édit. de Henscbel, I. V, p. 30 , col. 2, le rerbe 
pALiFiCABB y est expliqué, par les synonymes: Palam facere , expofiere, declarare ; Ducaoge cite 
plusieurs écrivains qui out employé ce mot dans le sent quMI lui donne et enlr*auU^ Dudo Deean. S. 
Qulnlini in prxfat. ad Uist, Norman,, p. 51. 

[a) Adult)éroii, érêquedeLaon (977—1030). Sa vie, telle que nous la connaissons, est loin de juttifier 
la moindre partie des éloges qui lui sont donnés par Dadon. V. tiall, christ,, IX, 521. 



116 DE MORIBUS ET àCTIS 

talem tantamque personam facla egregia concinunt, talis tanlaeque proceritalis ho- 
nore AKithroni dcxlcra cxtollcrc disposuit, quia indemnis pecloris lui antra cor- 
disque insontis inlima possidet divina charitas cum sua sobole multimoda. Quidquid 
muKifariaruni virtutum, ejusdeni charitntis filiarum, uniuscujusque famuli Dei jugi ac 
vigilante studio, prout aspirator et inlustrator nientiuro, videlicet Flamen divinum^ 
adipiscitur ; quidquid sanctissima eorum servitute consequi potest , in te divinitus 
regnare videtur, atque omnem earumdem virtutum congeriem fons charitatis in pec- 
toris tui sede locavit mirifice. Omnibus siquidem rationis capacibus, mi Pater atque 
Domine, cerlum constat esse, a puerilis xtatulae vagitibus, interna cordis contritione^ 
te totum xtcrno Sacerdoti hosliam vivam mactasse , pectus tuum plenitudine vir- 
tutum Pneumati superno thronum consecrasse, cœlos mente habitasse; quia jucundi 
tui animi énorme propositum, ut (1) usque nunc temporis patet, hactenus nulla 
proluvie , nec aliqua vitioruro tortitudine inspicitur ab incœpto deviare. Tactus 
itaque (2) Sancti Spiritus neclare, singulari mirabilitate et mirabili singularitate (a) 
videris cœlitus; dum , velut mystica lampas, solari lumine exardescis inter episcopos 
saeculi. 

Quis vero, tam saxeum pectus gereret, tantxque caliginis obductione cor obvo- 
lutum haberet, mirabilibus inspectis aciibus tuis , a sua pravitate statim in cœlibem 
non verteretur vitam {b) ? Quippe omnibus , qui ab anfracto itinere ilHus amarissimi 
callis, quo muiti sevcriter ducuntur morti^ sese nituntur privare,et ad quem fallentis 
mundi sapientia illorum viam dirigit quorum corporeae delectationis gaudia imitatur 
affectas, unica intentio est (3) fieri participes religionis tuae: quia, muliis praeteritis 
et futuris temporibus, certe nec primum similem visus es, nec habere sequentem. Nec 
mirum, Antistes reverendissime , si hoc tibi divinitus concessum est , ut toti orbi prae- 
maximum exemplar boni effectussis :quoniam, ab ipsa cunabulari vita, gradibus virtu- 
tum sidereœ palriae templa visus es scandere, atque prœmiorum magnitudinestelligeras 
sedes possidere. Sed etiam talibus factis quoddam mirum iuducitur, o mirae admira- 
tionis ponlifex I Ne pravis iniquorum sophistarum susurrationibus posses criminari , 
illius vitae-praeccpta amplexatus, qus semper ad ardua molitur (4), talem tuis studiis 
curam adhibuisti, ut sicubi tcrrarum quid regnaret religionis, et ab indigenis alicu- 
jusve hominis relatu aures tuas irrumperet , nunquam unius hors spatium passus es 
transgredi, quousque citius dicto adimplere laborasti. Tu quidem gaudium Domini 
tui ingressurus per pauca, id est per quinque talentorum dona (ideliter dispensata et 



Var. — (0 DL.-D. — (2) Naraque. DU. — ^3) DU. Est manque. D. Uoila. D. — (4) Ardua 
moiilur. N. 

(a) Ces jeux de mots sont fréquents à Pépoque où Dudon écrlTait. Voyez Mémoire, p. 20; voyei 
encore A. Charma, .Saint Anselme, seconde partie , note i06, et Appendice, note 35. 

{b) Manque-t-il un mot à celte phrase ? Est-ce une tournure propre à Pauteur ? Nous ne saurions le 
diie. Toutefois le sens n*est pas douteux. 



PRIMORDM ISOBMAISNIiE DUCUM. 117 

cibariam dispensationem prudcnter distribulam, saper multa locaberis scrvus bonus 
etfldelis^ quum Domiuus vcnerit; quia, saperuarum vîrtutum junclus consorlio, 
((audia sine fine (1) mansura possidebis. Mna quippe tibi crédita, luis sacris nuudinis, 
ad tbesaurum summi Patrisfamilias decem mnas reportabit, quum Dominus redierit 
[MatLy XXV, 16] : quia, videlicet per Decalogi mandata, (eroetipsum lucratus Deo» 
luanipulos justitiœ [Ps. CXXV, v. 6] in dextera ferens, centesimum fruclum ad men- 
sam invisibilis atque immortalis Sponsi, dignus conviva,reportabis, sicut mna centum 
ponderatur drachmis (a). 

Tu merito apostolici lueriti gradum sorlilus , sorteque divina in ejusdem gradus 
culmine , id est in duodenario numéro , sublimalus ; quia , si sécréta ejusdem nu- 
meri (2) pensentur, ubique (3) celsitudini luae depulatur ; qui rêvera impariter par a 
matbematicis vocatur, ex pariter pari et paritcr impari confectus. Sicut namque 
iste numerus ipsam eamdem significationem illorum , et aliam , quam ilii non ha- 
bent de quibus conficitur, possidet , ita tu omnium episcoporum, qui eidem niuuero 
deputantur, quam habent vim reiigionis, et aliam a Deo obtines. £t quaiiter ex 
uua impar, ex altéra parte par dicitur , sic ipse tu aliis , qui altitudine ipsius uumeri 
sublimantur, inaequalis et œqualis inveneris : inxqualis sanclitate, aequalis vero 
nomine. Ipse recte superfluus suis asseritur partibus, quia, videlicet si in unum 
redigantur ejusspecies, quaiiter summam pristinx quanlitatis transgrediuntur , sic 
transgressionc meritorum^ si tuae sanctitatis symbola colliguntur, aliis in codem nu-< 
mcro Deo mililanlibus altior reperiris. 

Quid vero (4) in eodem musicis calculo designatur modulis , nisi sublimitas tanti 
patroni ? Quid aliud ipse duodenarius, nisi concentum symphoniae diapason, aug* 
mento duplicitatis , perficil ad senarium qui, sui quadam demonstratione , alicujus 
rei perfectioncm, sicut ipse perfectus est [es? J , assuescit significare? Et quid, per 
ascensum ordinis hujus numeri, nisi immensa perfectio duplicis incrementi in te, 
cumulata augmenlatione duplicitatis, declaratur? Respicienle siquidem eodem nu- 
méro , ad octonarium sesquialiera, ad novenarium sesquitertia proportione diapente 
et diatessaron retinet symphonias : quia tune temporis, quo ipsius ejusdem pro- 
vectio te in pastorale regimen sustulit, octo bealitudines vitae (5) augmentavit, et 
novem (6) angelorum cœlibus sociavit. Qua (7) vero ratione, binarii multiplicatione, 
Ipse duodenarius in vicesimam quarlam cumulationem transceudit , sic gcminorum 
pra^ceptorum , scilicet Del et proximi amoris (8) gemina observatio viginti quatuor 
supernis senioribus te aggregavit, cum quibus, immarcessibili corona redimitus, 



Var. — (i> Vel mansura. R, Vel est aujoulé par une maio postérieure. — (2) R.-DU. — 
(3) Uliqne. DU, —(4) Eodem calculo io musicis. DU. —(5) In te DU.— (6; Nomeu. — (7j Quia. DU, — 
(8) DU. Âmor. D. 

(a) Centesimum fruclum, Dudon appl.que ici ICi principes de la ceatesima u$ura des Romains tels 
qu'ils les comprenait. 

15 



118 DE MOBIBLS ET ACTIS 

canlicum novum Scdenli in throno [ Apocal.^W, \Z] cantabis. loter quos, sicu^ 
Isdem , sua niedielate superposila, id est scnario , qui, ut dictum est, caret defec- 
tione et superfluitale, in octavum decimum numerum crescit , similiter dulcisonis 
consonantiis totius harmonicae inodulationis officium niellîfluae cantilenae reddentibus, 
Dihil dcfectivum, nihil superflnum audlcns, secundum quinque tetracorda deceni et 
octo disparibus innexa fldibus , efficaciter delectaberis. 

Quorsum tendunt ista (a) ? Illud est in causa. Peragratis totius Gallie partibus , 
circumspectis undique secus omnium cliristianorum finibus , neminem comperio » 
cui pari décore totius honoris munera attribut debeant, sicut tibi. Quocirca, me- 
morande Pater, postquam inclyta fama ex tuis miris actibus expressa aures meas 
irrupft, anirois meis indesinenter stimulos ad te diverteodi ministravit , quia, velut ab 
ipsa divulgatioue nominis tui didici, satisfacturus ubique desideriis meis, ut (1) re- 
fVigerfum fîeres roeae necessitatis. Hanc ?ero necessitatem ab incboatione usque uudc 
temporfs patior, quod cui tantilli operis despectivam atque reprobabilem composi- 
tlonem ad corrigendnm repraesentarem , minime repeiiebam, prêter te cujus 
laus cœlos tangere videtur» et cui, ut supra dictum est , totus honor debetur. Talem 
et hnjuscemodi lionorem corde revolvo, et mente delibero decere tantum patronum 
ut qu£ in hoc codice suis tenebris obscura videntur, per te ad lucem referantur, quia 
non penuriosi et ingloriosi nomen compositorte, sed egregii correctorîs laus acqui- 
retur. Quanquam sit in me pro stultitiareputandum, per istarum litterarum ûduciam 

Var, — (i) DUD.-M. Correction moderne, Vt manque dans lesaulrei Uns, 

(a) Quorsum tendunt ista ? Certainement c*esl à la plus grande gloire d*Adalbérou ; mais il n*e9t pas 
facile d*expliquer (rôs au net les deux paragraphes qui précèdent. Dans le premier, Dudon place Pévéqoe 
de Laon an nombre des douze Apôtres et compare ses vertus à celles de oe nombre douxe, si respecté des 
mathématiciens de Tantiquité, parce quMl est exactement divisible par des nombres pairs et impairs. Notre 
auteur s*est sans doute inspiré de Boèce, De Arithmetieaj 11?. II, ch. xvi. Toutes les significations que le 
moyen-Age a données aux différents nombres sont rapportées dans un commentaire de ce même traité de 
Boèce. V. édil. 4522, in-f». Paris, ^^ 41, 42. 

Dudon cherche ensuite ses comparaisons Inudatives dans la musique. Il nous dil, par forme de 
transition, que le nombre douze n*est autre chose que Toctave et demie, soit 8 plus 4 ; qu*on trouve en 
lui te nombre six, nombre parfait : puis il établit les singulières proportions suivantes : De même que six 
pins un tiers (sesquiiertia proportio) donne huit, et plus une moilié ( eeêfuialtera proportio ^ donne 
nevf, de même Adalbéron, qui est six , a vu par son élévation à Tépisooptt, augmenter en lui les huit 
Béatitudes et associer son nom aux neuf cohortes des anges ; — de même que douze multiplié par deux 
donne vingl-quatrc, ainsi les vertus de Pévéque de Laon, déjà égales à douze, multipliées par les deux 
vertus de Tamour de Dieu et de Tamour du prochain, le portent au rang des vingt-quatre vieillards de 
la vision de saint Jean, qui chautent un cantique nouveau devant TAgoeau siégeant sur son trône ; — 
de même enfin que douze plus six égale dix-huit, de même Adalbéron entendra des télrachordes portant 
dii-hult cordes diOëremment tendues. — C'est encore à Boèce que Dudon doit avoir emprunté 
cette érudition si mal digérée. En effet, si tous les mss. ne sont pas altérés en cet endroit, il ftiut recon- 
naître que le Doyen entendait peu ce dont il parlait , puisqu'il appliqae à oootre-sens les proporUons 
^esquialtera, sesquitertia. Il aurait dû dire: Ad octonarium sesquitertia, ad novenmium êeêquialtera* 



PRIMORUM NOHMANM.E DUCUM. 119 

audaciae animosilatem arripiens, majestatis iuan conspectum adgredior, adgressusqae 
cordis et corporis ccrvice submissa , noo solum scmel , dcc bis , nec ter , quin etiam 
crebrius preces jungo precibus, ut omois scrupulosilas injustae ainbiguilntis tuis 
aculissimis bipennibus, ex puiissimo calibe (1) totîus sapicntiae coDfcclis, funditus 
atque radickus amputetur. Pêne dimidia pars bujus opcris minime vidctur respicere 
ad negotium utiiitatis (a),nisi, te messore, sarriatur carduis superfluitatis; quia, dum 
premor corporis infirmilatc, duroque sœcularium rcrum impedior ncccssilate {b) , 
mentis meae oculus , sua spoute caecitatem potius quam lucem amplectendo , suf- 
focatur, et corporalium desideriis gaudiorum orbatur, atque in immenso gurgite 
tenebrarum demergitur. Illum siquidem oculum, qucm dico subsidiis recli iuminis 
dcstilutum, a te, qui vcrsaris in sacrorum praeceptis cloquiorum, exopto illustrari. 

Certum le rcddcre volo, ut non rearis me huic operi baesissc voluntarie, nec 
illud spontanea voluntate cœpisse. Antebicnniummortisejus(2), more frequcntalivo^ 
fui apudcximium ducem Ricardum. Willelmi marchionis (3) filium, volcnsci reddere 
meae servitulis officium , propter innumera bénéficia quae absque meo mcrito mihi 
dignatus erat impertiri. Qui, quadam die, adgrediens cœpit brachiis piissimi amoris 
me amplocti,suisque dulcissimis sermonibus trahere(ù), atque precibus jocundis mul- 
cerc, quin etiam detestari et jurare in charitate, ut^ si qua possem rationc, animi 
sui diu desideratis medcrer : sciiicet ut mores actusque telluris Normannicaî , quin 
etiam et (5) proavi [c) sui Rollonis, quae posuit in regno jura dcscribcrem. Stupui 
velut amens, et per dies aliquot biis petitlonibus me negavi abnucns. Tandem vero, 
tôt precatibus motus tantisque precibus fatigatus, vix flexi animum ad tantae sarcinae 
pondus Immeris meis imponendum. Et, quanquam super virium mearum possibilitatem 
hoc esse reccnsuissem quod indicebatur, jugum tamen (6) tanti oneris collo meo im- 
posui; illiusmandati imitator effectus, quod prxcipit nos stare, viriliter agere et con- 
fortari, insuper omnia nostra in charitate fleri (/ Cor, xYi, 13). Stylus nostrae imperitiae 
nedum primas partes operis attigerat,heu pro dolori quum lacrymabilis fama Ri- 
cardum, toto orbe principem , obiisse nuntiavit. Omnia hancin doiore hujus principis 
postposuissem , propter nimium fletum intolcrabilemque pianctum , qui non solum 
cor meum , vcrum etiam lotius corporis membra quassans torquebat, nisi per prae- 
celientissimum filium ejus, patricium Ricardum ((/), adhucsuperstitem, etpraecipuum 
comitem Rodulfum (^j (7) res eadem repraesentaretur. Insistunt ambo precibus , ut 

Var. » (1) DU. Culice. C. — (2) DU.-R. Ut D. Ut a été effacé dans le ms. R. ^ (3) Wilielmî 
marchidonis. N.— Guillelmi marchitinis. CL.-R. — Wiilelrni marcbionis. A.-DU. D.— (4) Aiyaliere. N.-DU. 
Adirahere. R. — (5) DU. — (6) DU. — (7) DU.-D. Radulfum. 

(a) Sur le ms. N, une main, qui paraît èlrc celle de l'abbé De La Rue, a écrit à la marge : certé. 
{b; Dudon fait ici allusion à son èléfution récente à la dignité de doyen. 
[c) Proavut e»t un terme impropre. Rollon était seulement le grand-père, aviis, de Richard I*'. 
{d) Richard II, duc de Normandie, de 996 à 1026. 

{f) Raoul, comte d'Ivri, fils natarel de Sprote, m^^c du duc Richard !•'., et d*A$perleng. — V. Guil- 
laume de Jumiége», Vil, 38. 



120 DE MORIBLS ET ACTIS 

quod meinorabilis vilae dax Ricardus precando praeceperat exsequerer ; et ne pro- 
positum, quod illi spoponderam , in bilioguilatis vitium versum, videretur uUo 
mendacii inqainamento pollui, sed poHcre totius mcdullis intellectus inlimis, 
contestantur. Acquiescens ergo (1) prœceptis precibusque eorum, opus exsecutus 
sam quod (2) , licct dialecticis syllogisuiis , dcc rhetoricis argumentis non glorietur , 
tuae majcslali miUere disposui , ut falsa amputarentur, et si quid veritatis in iilo ha- 
berelur, tua auctoritate confirmaretur, ut mirabilis mercedum retributor Deus (3) , 
qui exiuiiuffl marchioncm Ricardum In Paradiso gloriae suae locavit , sicut te erexerat 
suae sanctae Ecclesiae columnam , ita serto perenni ornatum constituât , inter omnium 
sanctorum choros , senatorem cœlestis aulae. 

ALLOCUTIO AD LIBRUM (a) (4). 

Themate (ô) pertenui quoniam digestus habcris , 

Rhetorica ratione carens dulcaminis omni, 

Liber, et (6) iaterno quum te perscrutor ocello, 

iEgre fort auimus quod viilgo diicere gestis 
5' — Quœ digesta stylo Dequicquam schemata noslro, 

Et subsanneris tumido vafroque tumultu. 

Si te couservent studiisque sigilla pudicis , 

Pestiferum intentant secreti ta*dia nobis (&]; 

Auripluo quoniam Danaen vix texit ab imbri, 
10 — Ut promit mytho Fulgenlius, œnea turris. 

Aut pergas Northmannica uimc gymnasia prœpcs, 

Aut scholis clausus Franciscis jaoi moruleris , 

Ridiculam vereor nobis sat surgere sannam. 

Ni (7) impatiens réfutes clavem nunc, obice dempto , 
15 — Et ni proripias (8) argutœ plebis in ora, 

Invitum quatient Nortmanni verbere vatem. 

In vulgus vcnies audax nunc prsepete gressu ; 



Yar, — (i) DU. -* (2) DU. — (3) DU. — {à) Adtocutio ad librum Uavarolo Hav6)Slropha decursa. 
M.— Alloculio ad librum HaNaKHAQ IIIlNIlCTPO<&a decursa. C. Une main contemporaine a tenté 
de Ggurer ces mots grecs en caractères latins : monacolo monostropho, •— AdIocuUo ad librum 
HANnROLO, HANnCTPOIIHa decursa. R. — (b) Scemate. N. — (6) Et Liber. N. - Liber. D. — 
(7) G. Si. D. — (8) C.-N. In... proprias. D. 

(o) Dans ce discours à sou Livre, Dudon s'est évidemment inspiré d*Horace et de Perse; mais son imi- 
tation est grossière et barbare. Il faut reconnaître toutefois qu'il a lente de peindre ses sentiments par de 
nouvelles couleurs et qu'il représente sous des traits assez curieux les critiques littéraires de son temps. 
V. Horace, EpUt,, lib. I, epist. xx, ?. 3. Odisti claves et grata sigilla pudica Perse, Sat, I, ?. àO. 

{b) &I. Charma propose de lire : Penifera intentai iteretuê tœdia nobii. 



PRIMORUM NORMANNIiE DUCUM. 121 

Pro quanto tantisper nunc (1) jactabere fliictu. 
Hic fœduiu spuet aggestis labris labiisque , 
20— Succinet (2), iDfandum ! retracta nare aliusque , 
Et plausum manibus Dimium dabit hicco profanis : 

Elatis terrain pedibus ter succiet hicce (3) ; 
Verrucas alius disquireos ore notabit ; 

Sordibus (4) explosis, si Dulla taruen patet usquam 
25 — Integra, doctus (sic) erit certe prsevertere falsis. 

Ast ex hoc fuerit qiio perditiorque profanus, 

Acrius is (5) furids amens baccelur in omnes. 

Hœc (6) noleusque volenssic ùvxl et ovra (1) subibis , 

Ludibrio tandem sannse subtus [l. subjectus] et omni, 
30_2v/9oxo7r(k) (8) scissus frustra trudere taberna, 

Gingiber, aut uardi modicum, costumque piperque, 

Ignavis si quidque feres cartis amicitur. 

Obstiterit monitor longe, nec cura mederi; 

Neu te (9) consiliis nostris monitisque (10) querare 
35— Fraudatum, hoc tecum jugiter memorando referto. 

Quo frontem titubans titulus prsefixerit acrem , 

Auspicio (11) primo subeat Quintinus enormis, 

Panderet ut cœlos itiner qui de nece fecit : 

Is dux, is meritisque suis primordia signet ; 
40 — Hoc forsan poteris contemnere vulgus inerme, 

Plebisjurgantis (12) seu jam discrimina mille. 

Te (13) meritis fulgentis nominis obice tantis (14) 

Vis ausint tumidœ temet sprevisse phalanges. 

Mitescet (15) rabies, parcentque sputis, duce tali, 
45— Labreque ('6) subtracta, nudo iucrudescere dente. 

Flamine septiÛuo, felix liber i, duce sacro 

Protectus jugiter, munitusque auxiliatus 

Fecundis (17) meritis Quintini martyris almi; 

Nec te (18) non monitum olim discessisse graveris. 
50— Quod restât, dubiis supplex committeque (19) fatis, 

Teque (20) utinam affecta optato meliora sequantur ! 



Ktfr.— (l)N.-R. Tanll spemunt. D. — (2) Bucdnel. N. — (3)C. Hic R.-D. —(4) N, Cordibus. D.— 
^5) C. His. D. —(6) M.-C.-R. Et D.— (7) Anlilegonla. Ibid. ÂISTlLEraNTÂ. R.-C.— (8) Sypuxc<)7r&>y 
scis6ua N.-R. — Ky^uxuircy, Kirocopoi. CL.— Y^uxojyiqay scissus. M. Groco narcissus. D. — (9) N.-C. Tute 
consiliis motus. D. — (iO) Nostris. C. — (H) C Suspicis. D.— (12) N.-R. C-R. firgantis D.~(ld) N. Ne 
C.-D.— (14) N.-C— (15) C. Nilescet. D. — (16) N. ...breqiie M.-R. — Febre. D. — (17) C. ...etondif. 
M.-R,— Recondis. N. — Retondis. D. — (18) Recle. N. — (19) N.-C.-B. — Comité. D. — (20) C. 
Meque. M»*D« 



t22 DE MOaiBUS ET ACTIS 



VERSU8 AD RICARD13M MAGNI RICARDI KILIUM (1). 

O te magDanimum, piiim, modestum î O le percelebrem , Ricarde deceus! 

te praecipuum, timentem Deum 1 10 — O te juridicum, Ricarde milis ! 

O te raagnificum, probum, bcnignum ! O te promeritum, Ricarde dulcis! 

O te mirificum, bonumque, justum ! Gentes omDigenœ ferunt decenter. 

5 — O te pacificum, Deique prolem 1 Qiiœ cernis meroora libro modeste; 

O te muniBcuro, sacruio, modestum! His depasce tuum cor, atque pectus, 

O te prœrutilum, Rica.rdb clemens I 15 — Innecti ut valeas quibus reoensis. 
te longanimem, Ricarde prudensi 

FUTURJE MATERIBI TREPIDATIO ET DISSUASTO (2). 



Turbinibus variis cui casibus innumerisque 

Aul (3) iuoportuuis rerum vicibus volitantum , 

Lapsibus atque volubilibus fati exagitantis 

Anxia mens titubât, oimiis singultibus hssrens ; 
5— Cor quoque prœtrcpidum fîbris marcessit adustis. 

Torpens ast animus planctu suspirat acerbo, 

Linguaquc, raucidulos cursus jam gutturis inter, 

Desipiens horret, balbutit, blaterat , heeret, 

Squalentique situ v\j verba sonaotia garrit. 
10 — IngCDiumque socors, iiitellectusque pusillus, 

Difficilis sensus , heu ! stultitiaque replctus , 

Quali quibo modo, compto sermone, referre 

Quod mihi nutanti committitur accumulare 

Numiiie dirino gestum, Dutuque supemo, 
15 — Qui nec privatim casos , nec publiée gesta 

Eiicere humanis possum digesta labellis. 

Ultra posse suum pondus quisquis grave sumit, 

Ludibrinm passus prœraagnum . ridicufumque 

Impeiidit scmet ludicrœ garrulitati. 
20— Sœpe ferœ sectalori , incauto arte veoandi, 

Et sua pessumdat prœsuniptio et invia luci. 

Sic tyro parmam (4) gestat , belli monimenttim , 

Usus lascivi facili conamiue sudans, 

Extorto sed non norit certare duello. 
25 — Aies nuuquam vestra tutus spatium sibi (5) cessum , 

Var, —(1) M.-C.-R. Richardum. R. Falleucius versus est, constans spondeo, dacUlo et tribus Irodieia. 
JMr. M.-C-R. — (î) M.-R. - (8) C. AsL R.-M.-D. — (4) R.-M.-a Palmam. N.— (5) Spilalum. D. 



• -4. 




PRIMORUM NORMâNNUS DDCUM. l!23 

Prœvia cui mater dux non fuerit , resecabit. 

Ingerit in pelagus par?a qui lintre marinuro , 

Nautarum semet doctrinae ignarus et artis , 

Fluctuât aut illuc , aut hue, autsœpe voratur. 
30 — Qui solitus faleris onagro sine sœpe sedere, 

Prœcipitatur eqnes , jam factus (1) prœpete cursu. 

Non opns ire forum , librato fcBoore mercis , 

Emere qui quod vult uescit caute , et licitare , 

Totius artis inops , rationis , consiliique. 
35— Sic in diversum prœlapsu scinditur oroni 

Qui repetit quod diffinire nequit moderate , 

Doctorum nisi doctrinaque favore juvetur. 

£rgo meœ nunc inscitiœ squalore repungor, 

Ignorans super hoc quid agam , faciam^e , sinamve. 
40 — Quanquam sensus hebes genuinœ garrulitatis , 

Thematis inlepidum quidquam, infacetum, inhonestum, 

Digérât, auctoris nuUius robore fretus, 

Aggrediar potero quidquid , faciamque meapte , 

Fidens in Domino , mundum ditione régente. 
45 — Quidquid rult faciens cœlo, terraque , manque ; 

Rudere consuetam plene edere verba coegit (2), 

Sessorique suo al ternis (3) profarier orsis (a) ; 

Postque sepulcralem Lazarum recrea^it honorem , 

Et voluit , functum post funus, currere virum ; 
50 — Post siibiit vezilla crucis, mandumque redemit. 



TERSDS (6) AD ROTBERTUM ARGHIEPISCOPCM (b). 

Suscipe (c) gesta tui proavi , prœsul recolende, 

£t locnpletis avi suscipe gesta tui. 
Quin etiam meritis patris. super œthera noti, 

Participis Christo, quin etiam merilis 
5*— Illius atque bonis animum depasce benignis, 



V(ir, — (1) Fraclus ? — (5) Une main moderne a ajouté eguinam, M. — (3) M.-R. Alterius. D. — 
ih) Metrum daclilicum eleiacum reciprocum, quod et reparacterium dicitur. C. 

{a) Allusion à Fânesse de Baiaam , Num, , 32-38. 

(6) Robert , fils de Richard I*'. , promu à Parcbe? 6ché de Rouen en 980 on en 990. 

(e) Ces Ters sont dans le ms. R et dans Tédition donnée par Duchesne, placés sous la rubrique : Futura 
materia tnpidatio» Il est é? ident qu*ils forment une pièce nou?elle, adressée à Tarchevéque Robert. Le 
WÊê^ C iod&qae Met h cbansement de mMre. Le ms. N, sans placer ces fers sous une nowteUe rubrique» 
Ici sépare par on blanc ëe cfi qui les préoèdent. 




i2/i DE MORIBUS £T ACTIS 

Instrue te exercens illius aique bonis. 
Mirificos recolens actus sermone rétracta, 

Âffatusque suos mirificos recolens ; 
Et memora, memora causas ej us memorandas, 
10 — Digne quœ gessit nunc memora, memora. 
Nisibus cximiis ejus reminiscere morum, 

Atque recordare nisibus eximiis. 
Legiiimum hujus opus relegens imitare libenter, 
Et rimare studens legiiimum hujus opus. 
15 — Scis quia c;)stra Dei semper recolendo adamavit ; 
Dilex!t venerans scis quia castra Dei. 
Ariete non fragilis patrice murus fuit ipse, 

Portaque difficilis, ariete non fragilis. 
Orphanus, exul, inops, capiebat opem viduœque 
:20 — Solameu cunctis, orphanus, ezul. inops. 
Ecclesias statuit, paganos credero fecit, 
Delubra construxit, ecclesias statuit. 
Corde Deum Dominum dilexit viribus, atqac 
Ut se propinquum, corde Deum Dominum. 
25— Forte feros populos violento marte domabat, 
Et conculcabat forte feros populos. 
Regibus et ducibus veibo induperabat amico, 

Gratior in regno regibus et ducibus. 
Muneribus variis missos ditabat honores, 
30 — Ast humiles pariter muneribus variis; 

Pallia distribuens, aurum, pelles, sonipesque (a), 

Munere largifluus pallia distribuens. 
Indornitos Dacos verbis blandibat amicis 
Ausierisque, premens indomitosquc Dacos. 
35 — Ordinis atque gradus nostri decus omne por omne, 
Ac firmamentum ordinis atque gradus; 
Alloqino relebris , virtutum agalmate pinguis , 

Mausiu'tus verbo, alloquio celebris ; 
Causidirum superant ejus me nunc bonitates, 
40 — Atque facultalos causidicum superant. 
Perii<ani>t iudicium illius verum probitatis ; 

Si»:na et adhuc rutilant , permanet indicium» 
Amplius eloquar , an sileam quse gesta videntur , 
Tenipore venturo eloquar , aut sileam 7 
45 — Garriet ecco meus poterit quœcumque relatus , 
Trac:atusque simul garriet ecce meus. 

(ai La correcliondcmindiit tonipedcm; mais la mesure du vers s*y refusaiirEsl-il besoin dédire que 
nous ne relevons pas les fuuici de prosodie trop souvent commises par Dadon ? 



PRIMORUM NORMINNUS DUCUM. 125 

Voce boabo fremeiis ,' vehemenli corde retnictans , 

Qufl9 retulil vivens yoce boabo fremeos. 
veneraiide , pie, recolende, verende patrone , 
50 — Prœsul Rotberte . o reoolende pie , 

Immemores patris et memores scrutare Irinmphos , 

Actus perquire immemoresque patris , 
Ezhibeasque patris dictis temet revereDdia , 
Factis te speculans exhibeasque patris. 
56 — Subveniat jugiter prœsens oratio palri 
Votaque continua subveniant jugiter. 
utiiiam va)eas , vigeas , per secla poteiiter , 

Cum Christo regnans , o utioani vigeas ! 
Elisio maneas campo paire cuni reverendo , 
60 — Eiitpireœ patriœ Elisio (1) maneas I 

\1RSUS AD COMITEM RODLLPUM (a), HUJL8 OPERIS RELATOREM. 

Arcbipatres prisci pariter proceresque moderni , 

Scipio , Poropeiasque , Cato quis glorla HomsD , 

Magnificuiu decus, imperium doniinansque coruscum, 

Virtus et nomeD , vulgata poteotia passim , 
5— Fiammigero, regDÎs subtratis (2), crevil in orbe, 

Cédant, convicti coiuitis probitatc Rodulfi. 

mis consatibuB Romauus calluit orbis, 

Nunc Northmannus apex, Ricardi culmen hoDoris, 

Et totius regoi virtus , decus atque potestas, 
10 — Moribus et mentis mactus , Rodulpb, beoignis. 

Te tribuente (3) viget, Temetque (4) superstite pollet, 

Prœpollens gravitate aniini cordisque profundi. 

Ore salem fundis tranquilli pectoris almo ; 

Ut salis unda cibos , sic sensus tu quoque condis. 
15— Radix consiHi fecuudi nectaris urna, 

Virax ingenio, mitis rutilante loquela , 

Sol relut hune muudum, refoves sic sirmate cunctos. 

Nilus nt ^gyptum , recréas sic corda tuorum. 

Te tellus rutilum meruit Northnianuica lumen. 
20— Splendor ubique micas, qui cordis lampade fulges. 

O Félix animus , patriœ qui consulis actit, 

Auxilium regni , firmamentum, decus atque. 

Far. — (1) Iinpirie patriaî Elisio. M.-R.— Ympirle patrie Elisio. N.~- (2, R. Sublraslis. N.-R.— (3j H. 
Correct, mod. N. Retnbuente. D. — {h) C.-R.-N.-C. Timeique. R. Tiinel atque. D. 

{a) Ces vers, adressés à Raoul, comte d*lYri, et dont on a signalé rimportance (V. nupra, p. 38), 
ont été publiés par Duchesne dans le plus grand désordre. Nous en avons rétabli le teite diaprés les 
mss. N , C et R , et il faut, de plus , transporter le vers 5 apr^s le vers 8. 

16 



126 



DE MORIBUS ET ACTIS 



Cujus quœ coDsfant libro hoc conscripta relatu, 
Digessi attouitus, tremulus , hebes, anzius, anceps. 
25 — Sit tibi summiis honor Christo régnante per œvum. 
Vitaque sit prœseos cum Sanctis atque futura. 



ITEM (a) AD RODBBBTUM ABCHIEPISGOPUM (1). 



Prœsul prcecipue , alque venerande , 
Culmen magnificum ecclesiarum . 
Summus nosler honor, noster et alfor 
Luzque, insigne decus, digna salusque 
5 — Nostri sancle gradus, ordinis auctor , 
Quae digesta meo, suspice, sensu. 
Sacra tanpe manu quœ fero supplex, 
Intemptata sciis grammatirœ artis [6] ; 
Ac rimare legens quœque peractâ, 

10 — Quœ nos dulcis amor, curaque summa 
Patris praecipiii, et dulcis, almi, 
Magni Patricii, et reverendi, 
Ricardi celebris orbi labanti, 
iEterna patria, jure potentis, 

15— Quanquam sat breviter, scribere fecit. 
Qui bonitate cluens et pietate, 
Simplicitate valens et probitate, 
Fulgens judicio justitiaque, 
Regno splendidior floruit isto, 

20 — Magni Cloiharii (2) tempore régis (c) 
Hugonisque ducis, postea régis (cQ : 
Cujus corde sagax, menîeque prudens 
Expensas memora, Tactaque, dicta. 
Recte quo valeas œquiperari 

25— Digne consimili jam bonitate 

Tara digno comiti, tamque celebri, 
Tarn justoque, bono, tamque roodesto, 



Tarn sancto. pio, tamque colendo; 
Juste quo fruitur atque potiri 

30 — In cœtum superum ireque dezter , 
Agnus candidulo vellere pulcher, 
Junctus cœlicolis pace perenni. 

Pontificalis (3) apex et honor , 
Culmine prœcipuo reuitens , 

35 — Gloria pontificum mérita, 
Pastor opime gregis Domini, 
Pacifica pietate calens, 
Officiis generose piis, 
EcclesifiB ordinis , atque gradus 

40 — Palma, decusque, fidesque, salua» 
Christicolœque caput populi, 
Egregium auxilium patriœ, 
Vir venerande, sacer meritis, 
Belligeri egregii proavi, 

45 — Martjrio micantis a?i, 

Prœducis (4) eximiique patris, 
Ingenio reserata meo 
Thematis ordine prosaici 
Stuhilogo, stolidoque, hebete, 

50 — Inscia, ioepta videque, cape. 
Materie fluitanda sua, 
Dulcia, munifica, et stupida, 
Famine, veridico alloquio, 
Gesta legens, replicando diu, 



Yar, — (1) M.-C.-R. Metrum dacUlicum tetramelrum qaod constat spoodeo daclilo catalecto. C. — 
(2) M.-N.-D. Loiharii C. — (S) Metrum dactîlicum trimelrum cataleclum , constans tribus daclilis et semi- 
pede, quod est epliroemerio. C. — (h) N.-R. Pnedulcia. D. 

(a) Gel item indique clairement que ra?ant-demière pièce de vers est adressée à Tarchevèque Robert ; 
quant à ceux-ci, le ms. M les pré^nte avec une disposition toute différente. Ils sont coupés en deux ; 
Pra$ul amande — ac venerande, etc. 

[b) Il résulte bien de ce passage que Dudon écrivait le premier Phistoire des ducs normands. 
{c) Lolbaire, fils et successeur de Louis-d*Outremer, 95Â-9S6. 

(rf) Hugues-Capt'l , 987-996. 



PRIMORUM NORMANNI^ DUCUM. 



127 



55 — Quœ bon a repperies memora. 

Fruge salutifera segetum, 

Pasce animiimque tuum his epulis; 

Talibus instrue corque tuum ; 

Actibus œqniperis (1) valeas 
60 — Currero cum scniore viro, 

Cum pâtre, cum genitore sacro. 



Gloria, vita, salus, probitas, 
Sospite corpore, quin animo, 
Longa per iDDumerum tibi sil; 
65— Poslque uecis lugubre exicitium (2), 
Elisia palria vigeas 
Participans eunSHN HYPANYKAN (3). 



Prffisal (4) amande, 

Et révérende 

El recolende, 

Alque tremende ; 
5 — Onoma eu jus 

Hoc quoque metrum 

Non capit usquam, 

T (?) nisi (5) dempta (a) 

Liitera desit, 
10 — Mirificarum 

Prosapiarum, 

Gesta tuorum 

Suscipe palrum, 

Patris, avique, 
16 — Sal bonitatis 

Luce micantis, 

Nunc proavique ; 

Jam memorando 

Quœ bona quisque 
20 — Fecit in orbe, 

Vita superstes 

Dum regetavit , 

Fomite sacro 

Atque salubri 
25 — Somatis artus. 

Namque ^erenda 

Ecclesiarum 

MiriGcarum 

Culmiua fulgent : 
30 — Quas pater olim 



Schemate pulchro 
jEdificavit. 
Quis valet ejus 
Cuncta videre 

35— Quœ bona fecit. 
Corde sagaci, 
Menleque pura? 
Mania quem nunc 
Fraucia plorat, 

40— Et gémit ejus (6) 
Ejulat atque 
Morte lugubri, 
Atque merenda , 
Hcuque dolenda. 

45 — Munere cujus 
Quœ locnpleta, 
Se exbilaranda 
Lœlificâbat. 
A noce cujus 

50 — Ordo sacrarum 
Ecclesiarum, 
Quœ refovebat, 
Multimodarum 
Congcrierum 

55— Munere sacro, 
Fomite sancto, 
Colloquioque, 
Tristis habetur. 
Quin viduarum 

60 — Turba vaganlum. 



Ex ni, inopsque. 
Esuriensque, 
Qui sitit, atque 
Luce privali, 

65 — Consilioque 
Vesleque nudi, 
Frigore pressi, 
Et lue pleni. 
Dlves in omni, 

70 — Et looupletum 
Turba bonorum, 
Atque roalorum, 
Pontificalis 
Culmen honoris, 

75 — Rex, proceresque, 
Graecus, et Indus, 
Frisso, Britoque, 
Dacus et Anglus, 
Scotus, Hibernus, 

80 — Cîcrus, herili 
Sorte dicatus, 
Ordo verendus, 
Pulcher Eous, 
Occiduusque, 

85 — Atque Sicamber 
Belliger, acor, 
Flevit amare. 
Prœsul opime, 
Culn:en, apexquc, 

90 — Atque Cficumen 



Var. — (1) N.-C..R. .flquiparis. D. — (J) M.-N.-R. Excidium. D. — (8) N.-C-H. — (à) Melrum dac- 
lilicum dimetrum calaleclicum. Calaleclicus versus cui una sjllaba deesl. C — (5) Te nisi deropta. C ; 
Nlsl redempta. R.-D. — (6) N.-C. Elus. R.-D. 



{a) Dans le ins. N, on a tenté de figurer un P grec. Dudon fait peut-être allusion au T a\ec lequel on 
écrivait alors le nom de Robert, liôtf^rtut. 



128 



DE HORlfiUS BT ACTIS 



Lux generisque, 
Progenierum 
Altus amorque 
PoQtLfiualis, 
95 — Tune imilare 

Hos patris actus (1) , 
Numine (2) claro, 
Satque retracta 
Quos mémo rai is 
10(>— Inveniesque, 
Quamvis inepto 
Codice in isto (a). 
Pro genilore (3) 
Nonne amabli , 



105 — Scilicet aimo, 

Namque Ricardo, 
Supplice voto (6) 
Et prece prona, 
Corde subacto, 

110 — Menteque pura , 
Viribus almis , 
Sedulus ora : 
Quo requiescul, 
Pace fruendo, 

115 — Axe superno, 
Âgnus ealquc 
Dexter, ovando, 



Velleris albi. 

Tu quoque» cuncto 

120—Tempore, salva 
Longa par annos, 
Innumerosque 
Vita tibi sit, 
Sospite sacro 

125 — Somate semper : 
Postque lugubre 
Mortiferumque, 
Flebile damnum , 
Pace fruaris, 

130 — Sede perenni. 



ORATIO (4). 

trinum spécimen, tiia summa, vigor Deus (5) unus, 

Prœcellens numen, œthereum columen. 
Causarum decus et séries, concordia mundi, 

Exsors principii et sine fine manens, 
5 — NaY2queAOr02 (6), fomes (7)mundialtoretactorenormis, 

Orbis terrestris. idea stelligeri. 
Vota precum aspirans humili prece posco mearum, 

Quo faveas cœptis, inscitia tremulis. 
Actus et casus rerum, iufortuuia, strictim 
10 — Pandam, si potero, theniate prosaico : 

Quae tulit, Alstemo (8) duce, barbaries furiosa, 

Et quse RoUone denique christicola ; 
Qualiter et soboles ejus, Willelmus, m omni, 

Lege serenato, profuit impcrio ; 
15 — Quin et Ricardi, merilo super œtliera noti, 

Patticii summi, christ icolœque pii , 
Terra ferax populi Northmanni (9) juro quievit , 

A unis t'ructiferis, tempore pacifico (c) ; • 

Te praestaute, Deus, qui cernens omnia, solus 
20 — Régnas et vivis, et sine fine mânes. 

Var. — (1) N.-R. - (î) N. Lumine. R. — (3)R. — (4) C. •- (5) N.-C. Vlrgo. R.-D. — («) NftVCq. 
îiUac. N.-R. Nousque logos. C. — (7) N.-C.-R. — (8) Hastingna glos. interi. (XVI*. siècle). R. — 
(9) Northmannia. Correct, mod, R. 

(a) Ces sept derniers vers ne se trouvent pas dans réditlon de Duehesnei Nous les avons tirés des 
ms. R et N. Dans le ms. N, eette pièce est reproduite dans le plus complet déMrdre. Après le vers : Nunc 
imitare, dans le ms. M , on a liilssé un espace bhinc. 

(h) Les cinq vers qui précèdent sont lires du ras, R. 

(r) Dudon semble bien nous indiquer ici lu divbion de son ouvrage eo quatre livres, relatifs : le pre- 
mier, à Hasting ; le second , à Rollon ; le troisième , à Guillaume ; le quatrièff.e , à Richard. Ces! donc 
otite division que nous avons cru devoir suivre. 



} 



PRIMORUll NORMANNIA DUCUM. ft39 



LIBKR PRIMTTS. 
H4STi:«GVS (1). 

1. TotJus namquc (2) moHs orbe descripto , ambituque et superficie terrae saga* 
citer permensOy omnem superficiem ejus (3) perpetuo Oceani limbo undique secus 
circumseptaœ, aelhereo quadripartili cœli cardine iotellectu cosuiographi dimensi» 
in très partes diviseruDt , Asiam , Europam , Afrlcainque repatantes. Quarum £uropa 
qaam plurimis flumioum alveis interrivata, variisque provinciis denominata^ lermino 
diremptionis limitalur patriis. Harumqusdamspatiosissimayinultiplici ionuoierabilium 
hODiioum frequentla csterarum copiosissiuia, ouncupatur Germania-Io qua Hyster (4) 
flavius de cacumine nioDtis Athnoe (5) orlus , in sexaginta amnibus augmentatur 
profusius 9 et a meridie ad orieotem roeans procellosus, Germaniam et Scythiam (6) 
«sque eo, quo ponto Scylhico (7) recipitor, discriminalus (8), vocitatur Danubius. In 
copiosa igitur intercapedine a Danobio ad Scythici ponli usque confinium diffus» , 
comworantur fers gentes et barbars , quas ex Canza (9) insula , Oceano bine inde 
circurosepta , velut examen apuin ex canistro, seu gladius e vagina, diversitate 
iDultinioda dicuntur prosiluiase, consoetudine barbarica. Est naroque ibi tractus qaam 
plurimis Alaniae, situsque nimium copiosus Daclae , atque meatus roultum profusus 
Geti» (10). Quarum Dacia exstat medioxima (il) » in modum corons, instarque ci- 
vitatis, prsmagnis Alpibus emunita. Quos protense (12) anfractus amplitudinis fa- 
rentes incolunt populi , prsmonente Marte bellicosi scilicet Getae (13), qui et Gotbi • 
Sarmals et Aroacsobii , Tragoditae et Alani , quaroplurirosque gentes , Meotidibus 
paludibus excolendo commorantes. Hœ namque gentes , petulanti nimium luxu 
exardescenteSy feminasque quamplurimas singulari turpitudine stuprantes commis- 
cendOy illinc soboles innumeras obscena illiciti connubii coramixtione patrando gé- 
nérant. Hi, postquam adolcvcrint, rerum pro possessionibus contra patres avosque, 
aut sspius intcr seferociter objurgali , cum fuerint exubérantes, atque terram quam 
incolunt habitare non sufficientes , collecta sorte multitudine pubescentiuni , veter- 
rimo ritu , in externa régna extruduntur nationum , ut acquirant sibi pneliando 
régna , quibus vlvcre possint pace perpétua : quemadmodum fecerunt Getc • qui et 
Gotbi , totam pêne Europam , usque eo quo modo morantur, depopulati. 

2. Caeterum, in expletione suarum expulsionum atque exituum , sacrificabant oUm 
vénérantes Thur , Deum suum. Gui non aliquod pccudum , neque pecorum , nec 

Var, (I) C. — (3) Tolius molis. A.-DD. —(3) DU. Terram. D. — (4) A«-N.-GL.-R. Isler. M. lotter. 
DU. — (5) Adnoe. M. — (6) Schitiam. A. — (7) A.-R.-DU. Ponlo recipilur. D. — (8) Dhcriminant mo- 
dcroiori nomliie. DU. — (9) M.-R. Gariza. A.-DU. Scanzia. D. ^ (iO) Protrasns Greeie. M.-A.-DU. — 
(11, MedioHÎAsima. A. — (12) CU Prolenle. G.-N.-M.-DU. Porteotc. D. ~ (43) GeUtc. DU. 



180 DE MORIBUS ET AGTIS 

Liberi Patris, nec Cereris litanies donum , sed sauguioem mactabaot huiDanaiD (1), 
bolocaustorum omnium pulantes pretiosissimum ; eo quod » sacerdote sorlilego prae- 
destinante, jugo boum una vice diriter icebantur (2) in caplte ; collisoque unicuique 
singulari iclu sorte electo cerebro, sternebatur in tellure, perquirebaturque le- 
vorsum (3) fibra cordis, scilicet vena. Cnjus exliausto sanguine, ex more suo, sua (U) 
suorumque capita linientes, librabant celeriter navium carbasa ventis, illosque (5) 
tali negolio putantes placare , velociter navium insurgebant remis. SIn vero , majori 
sorte , équités egressi essent , mavortia erigebant vexilia prslii (a), sicque suis a 
flnibus elabentes , tenebant intentionem in gentium mortiferam concussionem. — 
Exsulant qulppe a patribus ut arietent viriliter cum regibus (b), Dlmittuntur a sois 
inopes, ut mercentur ex extraneis dapes (6). Privantur suorum fundis, ut locentor 
qoiete alienis. Pelluntur extorres , ut fenerentur praeliantes. Truduntur a sois ut 
participent cum alienigenis. Segregantur sua natione , ut gratulentur exterorum pos- 
sessione. Linquuntor a patribus , forsan non ultra (7) videndi a matribus. Erigitur 
asperitas juvenum , in demolitionem gentium. Liberatur patria, suis incolis defscata. 
esters coudoient provincis , plurlmo hoste nequiter toxicats. Sic depopulantor 
cuncta, qus sibi sunt obstantia. Navigant prope maris littora, ut vlndicent sibi 
terrarum spolia. Uno regno qus rapiunt , in aliud deducunt. Petunt séquestra pace 
portusy causa mutuandi raptum fenus. 

3. Igitur Daci nuncupantur a suis Danai, vel Dani, glorianturque se ex Antcnore 
progenitos ; qui , quondam Trojs Gnibus depopulatis (8) , mediis elapsus Achivis, 
Illyricos fines penetravit cum suis (c). Illi namque Daci relato rltu olim a sois ex- 
pulsi , qua suos tractus Francia prolense exporgit (9), cura duce Anstigno (10) fero- 
citer sunt appulsi. 

Hic sacer atque fcrox, nimium crudelis et atroz. 
Pestifer, iufestus , torvus , truz , flagitiosus. 
Pestifer inconstansque, procax , ventosus et exlex. 
Lethifer , immitis , prœcautus, ubique rebellis. 

Far. — (1) DU.-R. Correct, contemporaine. HomiDum. D. — (î) Ferlebantur. R.-DU. Correct, 
contemp, A. — (8) LWorsa. — (4) M.-N.-DO. El more sua , suorum. D. — (5) Deosque. DU. — (6) Da- 
pibus. DU. — (7) DU. — (8) DU.-R. Correct, cont. Qui quae Troj» fueruDl. M.-C.-D.— (9) Exporrlgit. 
N.-R.-A.-DU. — (10) HansligDO. N., Asligno. C-DU., AsUdo. CL., Anstigno. A«-R., Anslumo. M. 

(a) Les Normands avaient* en effet, des drapeaux sur lesquels était d'ordinaire représenté un corl)eau. 

Cecidit, telo quatieote , Danorum 

Signifer. 

Abbo , De Betlo PturU, nrk, ; — Ap. Dom Bouquet, Vlll. 14. A. 

(6) Voici un des nombreux passages en prose rimée que Dudon a employée fort souvent, comme 
serrant de milieu entre le sljle ordinaire de son récit et les vers. 

(e) Virg., /Eniid. , liv. I, v. 245. — Tile-Live, lir. I , t. I, p. 15-16, édit. Drakcnborck ; Walkenaer, 
Géographie ancienne des Caule$ ^ 1. 1 , p. 8* 



PRIMORUM NORMANNIiE DUCUM. 131 

5 — Proditor incentorque mali, dupiez Simulator. 
Impius et turoidus , pellax , deceptor et audax. 
Furcifer , iucestus , infrenis, Htigiosus. 
Pestiferique mali augmentum , doli iucrementum. 
Non atrair.ento, verum carbone notandus. 
10 — Et tanto scelere ante alios immanior omnes (a), 
Quantus ad astrigerum tendit suspectas Olyropum. 

Boc illucque profugas contamlDavit génies , earumque sibi et suis vindicaviC 
facuUates. Gallis potestatis invasit dominium , FraDciscum usurpavlt sibi regnum. 
Temeravit sacerdotium , conculcavit sancluarium. Yerbis factisque lacescivit Fran- 
corum regcro, civitatibus cuin suis triste coromorantem. Frémit circa muros praesi- 
dlorum , cea lupus circa caulas ovium. Floccipendit Fraocos , suis prssidiis meta 
receptos. Persequitur cuuctos , ceu leo cervos. Trucidât inventos , quos reperit se- 
positos. Efficitur strages, Jugulantur cuspide tristes. Mulctatur clerus, crudeli morte 
pmiitus. Casulas nefarii iuduunt, quasaltaribus sacris dtripiuntVestiuntur alba, officio 
missas dedicata. Quisquis in iilos arma sumit, interimitur crudeliCer ab ipsis (1). 
Cetera gens, armis frigida, ducitur captiva. Uxores, a pluribus stupratae, ducuntur 
flebiliter advenae. Omnis pueliarum sexus ab ipsis turplter devlrginatur. Cum juve- 
Dibus sencs longe lateque trahuntur extorres. Quidquid est animalium redigunt in 
pretium. Crescit rabies furlosa, multis malis augmentata. 

4. Quintini testis, meritis super stiiera noti, incenditur delubrum monasticis rébus 
prsbalteatum csteraeque omnes ecclesiae in flnibus Yermandensium locatae. Agono- 
thetae (2) Christi Dionysii monasterium , Vulcano superante , est favillatum. 
Emmo Noviomacensis (3) episcopus cum suis diaconibus , lY kaL maii » bea 
proh dolor I est peremptus [b) , omnisque gens desolata ad naves ducta est captiva. 
Confessorum Christi Medardi et Eiigii basilics ab ipsis nefariis sunt perustae. 
Sanctae Genovers , virginis sacrs , ecclesia Parisiis (6) iocata ab ipsis nefandis est 



Var.—{i) N.-M.-CL. Ab \fi9i\a mangye, R.-DU.-D. — (î) Açonetele. N..CL.-R. — (3) Emmo No?ioma- 
gCDsis. CL. Emmo Noviamocensis. C. Enno. R.-M.-N.-D. Emmo Nofiomensis. DU. — (&) Parisius. DU.*D» 

(a) Virg., /EHeid,, I. I, ?. 851 : 

PygmiilioD scelere ante aliot immanior omne». 

(&) Hi (Dani) qui in Sequana morantur, Nofiomum civitalem noctis aggressi, Immonem episoopum 
cum allls Dobilibus (am clericb quam laicis capiunt et , civiiate vaslala , secum abducunt atque in 
itioere inlerficiunt. Ànn. Bertin , ad ann. 859; — Rouq., YII , 75. C; — Chron. anon, ; — Duch. , Hitt, 
Norm. teript, 8. A. — Selon les Rénédictins, éditeurs des Hittorient de France, Immo fivail encore 
Tannée suivante , puisqu'il signait les actes du concile de Tousi. G*est d*ailleurs ?ers le même tempa 
que périrent Ermenfrid, évéque de Reau?ais (Ann. BerU, IbU), et Hallrid ( Baltfridu» ), évéque de 
Bajeux ( Ann. Bert,, ad ann. 858 , Ibid,) ;~ Hermant, Hist, du diocèse de Bayeux, p. lit. 



433 DB MORIBUS BT ACTIS 

combusta, cslersque ccclesiœ , extra iDunitioDem locat», per totain FraDciam dir* 
fusae, comburuDtur pêne aniversae (a). 

Grassante inalo , desolatur Francia , penitus evacuata. Luget Liberi Ccrerisque 
iDops • quîbus fuerat olim locupletissiiua. Mœret suis se Incolis deslitui, agricolisque 
privari. Ejulal voniere noo exarata, cuUroque inculta. Torpescit quiescendo terra , 
labore boum non exercita. Igooranlur pervia^vesligiishominum non attrila. Silvaruro 
fruticumque atque nemorum génère densantur cainpi , volvenle tempore. Concla- 
mala est salus, vitxque fiducia recessit ab bominibus. Navigio ipsas (1) Daci pete- 
bant aquas^ indeque exsilienles populabantur flnitimas terras. Nocte invadebant 
jacenlium corpora, lelhei soporis quiète sepulta. Omnibus vastatis qu» fuerunt sibi 
visa 9 et non reperientes prslii usquam certamina in tota Francia , reroearnnt prae- 
dando omnia ad navium praesidia. 

5. Omnibus igitur accersitls super suo negotio quid agerent consnlturls , omnium 
Alstignus (2) unus pro omnibus inquit nequissimus : t Optatae nobis crebrescunt 
aurs , facllesque nobis viam spirant venti secundi. Si vobis non displicet , Romam 
eamusy eamque sicuti Franciam nostro dominatui subjugemus. i Roc consilium com- 
placuit omnibus^ velisque erectis a prsdatoribus ^ torquent proras Frandcis a litto- 
rlbus. Altis namque longe lateque fluctibus tactis» terrisque cis citraque littora sibi 
vindicatis, Romam, domlnam gentium « volentes clam adipisci, Lunx (3) urbem, qas 
Luna dicitur , navigio sunt congressi (U). Principes igitur cifitatls , formidoloso tan- 
torum impetu exterriti, munierunt urbem quampluribus armigeris. Decernens ergo 

Far,— (1) Ipsi. N.-CL.-R.— (3)H&n8ligDus. N. Aslignus. CL.-C.-DO. Alstignus. M.-A.-R.— (S) CL.-R. 
Lunic. N.-D. Lux. A.-M. Luc DU. — (h) Aggressi. DU. lu figilia Nat[i?ilaUs] contlgH ead.... puer 
aocepla.... priiDam Icctionem (légère) non poiait, sed propb[etiiaudo] diiU : ad portum Y[eiieri8] calandre; 
uode a... et populus miserunt exploratoreas..... legerat ijiveB(erunt). Glo9emarginai£CQtUemp,K{b). 

{a) Voyez sur ce passage, où noire auteur rapporte asseï en désordre des faits d'ailleurs certains , 
Wace, Ram, de Hov , I, 18, 16, et Benoit, Chronique dêi dua ée NormamtUe^ I, 86, 86, avec les cu- 
rieuses notes de M. Francisque Michel. 

(b) La variante du ms. R est ioiéressante en ce qu*elle se rapporte visiblement à un Tait que les 
Irovvères Waoe et Benoit nous racouteui tout au long. La veille de Noël et pendant Toffice de Matines, 
un clerc de Téglise de Luna, au lieu de lire la leçon du jour, se serait écrié par trois fois, dans une sorte 
de transport prophétique: « Cent nefs sont arrivées ce soir ad Portum Veneris, je les vois. » L*evéque 
envoya aussitôt vers le port et reconnut la vérité des paroles du clerc. C*est ainsi que Luna put échapper à 
une première surprise parHasting (V. Wace, Romande Rou^l, 25-36; Benoit, Chronique des ducsdeNorm,, 
I, 50-51). Maintenant. d*où vient celte variante? A-telle précédé la composition des deux ouvrages que 
nous citons ? En est-elle, au contraire, le résumé en latin ? On ne saurait le dire. Une seule chose 
parait certaine, c*est qu'elle n*est pas le (ait de notre auteur, soit qu*il «H rejeté, soit plulûl qu*il ait oublié 
ce détail. — Évidemment, il a dû exister, en dehors du récit du Doyen, une ?eriion de cet événement qui 
intéressait à un haut degré la curiosité populairo» C'est ainsi que, teloo Tauteur de VUiitoire deê dues de 
Norm. et des rois d'Àngt,, p. 3, Hasting se serait présenté tous un nom supposé : • Àmaladis est nottres 
maistres, qui encore est Sarraiins. > — Le Portus Veneris de la gloae est Porto^Venere , localité 
voisine de Luna. 



PRI&IOAUM KORllAISMiK DUCUM. J3â 

Alstignus blaspheiDus ab omnibus non posse civUateiu capi armis , dolosum reperit 
coosiliam uefaDdissimae fraudis. Misil itaqae nuntiuin ad comitem civilatis et ad 
episcopum , subsequenlia verba iUis dicturum ; qui, coospcclui illoruin assistens, 
talia coraul profudit diceos : « Alstignus (1) , dux Dacoruoi , vobis fidèle servitluoi 
et omnes pariter sui , sorte Dacia cum ipso ejecli. Non vobis incognitum quod sorte 
Dacia expulsi » per fiuctivaguui pelagus circum omuia maria, turbine mirabilium 
maris elalionum traducti, Francigenae genlis (2) regnum sumus advecti. Hoc quoque 
regnum nobis sorte deorum concessum invasimus, multumque prsliis conlra gentes 
Francigenas obnixe certavimus, totumque regionis locum illius nostri senioris im- 
perio prostravimus. Verum , omnibus nostris dilionibus subjugatis , reverti volontés 
ad terram nostr» nativitatis , prius aquilonibus adversis , postea Zephyro Nothoque 
nobis conirariis obtriti , finibus invili vix adnatavimus vestris. Yestram nrbem nec 
ferro depopulari , nec prsdas venimus pagi veslri ad naves noslras deducere. Non 
nobis ea vis tôt periculis fatigatis (a). Sequestram nobis paccra, precamur, date; 
qus necessaria sunt liceat emere. Noster senior infirmalus , mullisque doloribus 
plenus , vuit a vobis fonte salulifero redimi , christianumque sese fieri : et si morte 
bac in infirmitale praeoccupatus fuerit, vult vestra misericordia vestraque pietate 
bac in civitate sepeliri. » Hoc audienles prssul et comes responderuut internuntio 
dicentes : « Perpetui fcederis pactum vobiscum agimus, vesirumque seniorem chris- 
tianum facimus. Quxcunquc vultis emere , mutua volunlate nostrorum vesirorumquc 
concedimus. » Internuntius autem quxque fraudulenter illis dixit , et quaecunque 
ab eis dolosus audivit, nefandissimo omnium seniori suo rcnuntiavit. Data igitur 
séquestra pace, multisque competentiis , multis coemptionibus (3) alque mutuls 
conventionibus coUtuntur perOdi pagani vicissim et chrisllani. 

6. Intérim praeparatur ab episcopo balneum , pcrfido non profulurum. Sancli- 
ficantur aqu», putei gurgite exhaustae. Illuminanlur cerei ad sacrum mysterium 
lavacri. Advehitur praestigialor Alstignus , dolosi consilii repertor malevolus. Intrat 
perfidus fontes, corpus tantum diiuentes (6). Suscipit (5) nefarius baplismum , ad 
animae suae interitum. Suscipitur de sacrosancto baptismale ab episcopo et comité. 
Deducitur quasi infirmus, sacro clirismate oleoque delibutus. Non aegrotus, sed 
sger, negotio perfidiae miser , deportatur quasi infirmus ad navis coniubemium , 



Var. — ^1) llanslignus. N. A&tignus. CL.-DU. Qualiur Aslignus (îDxit se iKipUzari et Cbristianus Tore. 
Ci. marg, cont, CL. — (t) FranciDC. DU. — (3) Mullisque empliooibus. DO. — (&) N.-CL. Delueutes. 
M.-R.-DU.-D. — (5) N.-DU. SuscepiL M.-CL.-R. 

(a) Vo>ex le discours d*Iliooeus à Didon, au livre 1*'. de VLnéide, v. y25 et suivanls : 

.... Uuc pauci Ttttris adDavimu» on*. 
Noo DM «ut ferro Ljbico* popuUre pooaU» 
Veoimus « «ut raf)U» ad littora Terier« prffdatt 
Noo i*ê v*s aninao ooo UoIa Mipetbia viclii. 

17 



134 DK MORIBUS ET ACTIS 

corpore dealbatus (nntum. Convocat igitur iilico oitmium nequissimos , super sua 
fraudulenta dolositnlc consuKuros. Pandit illis secretum exsecrabile (1), quodcon- 
ccperat furioso corde : t Imminente noele , me roortuum nontiate praesuli et comiti , 
et deposcile, nimium flentcs, ut faclant nie neophytum sua urbe sepeliri. Enses et 
armillas, et quidquid est mei jnris, dicite vos daturos illis. • llli aotcm, ut Jussum 
foerat , antc dominos cfvilatis vententes , dixerunt ejulantes : • Noster senior ves- 
terquc liliolus, prob dolor! est defunclus. Prccamur miseri ut in vestro monasterio 
sepeliri eum faciatis, et munera qua; vobis moriens jusslt perniaxima dari , reci- 
pialis. » llli namqne tali sopliismate dccepti, dandis et accipiendis rouneribos quasi 
excaecnti , spoponderunt corpus recipi et in monasterio decenter huroari. InternanUi 
autem rcgressi renuntlaverunt qus fraudulentcr impetraverant funesti. Tune contumax 
peslifer, gaudens super responsis eorum, uniuscujusque tribus mandat «iccersiri prs* 
dpuum. Cougregalls autem omnibus, nequissimornm nequior dixit Aistignus : t Mibi 
modo facile feretrum , et superponite me quasi mortuum , arma quideni mecum in 
ipso collocate, ei vos in gyrum circa Ipsa (2) flebiliter state ; vos per plateas ululate, 
vestrosque me cogite plangere. Tumultuet vox vestra per cuncta nostra tentoria. Con- 
crepet vox (3) qui prssunt navibus cum caeteris cohortibus. Armillas et balteos ferri 
ante Teretrum facile. Gemmis auroque politas secures ensesque exponite. • Fit dicte 
citius quod mandarat funestus. Auditur clamor ululantium (à), tumuUusque logentium. 
Résonant montes pro vocibus dolose mœrentium tinnientes. Convocat praesul cam<- 
panis gentem diCTusam per totam civilalem. Venit clerus monasticis vestimentis in^ 
dutus. Simililcr principes illius urbis, martyrio coronandi. AflQuit (5) femineus sexus 
in exsilium deducendus. Pergunt unanimes contra roonstrum feretro impositam. 
Bajulant scolastici candelabra et cruces, raajoribus précédentes. Advehitur a 
paganis Aistignus , vivus super feretrum positus ; atque in exitu civitatis obviant 
christiani paganis. Ab utroque populo comportatur ad monasteriuro, quo sepulcmm 
ejus eral paratum. Praeparat se episcopus, missam pro suo filiolo (6) celebralurus. 
Ghoro stat et clerus, officiosissime cantare suetus. Ignorant tnicidandi cbristiaoi 
dolum mortifene fraudis. Decantatur missa, solemniter celebrata. Participant omnes 
christiani mystico sacrifieio Jesu Christi. 

7. His roissarum solemniis decenter explelis , paulatimque paganis congregatls, 
jusslt praesul corpus ad sepulturam deferri. Pagani cum magno clamore petebant 
feretrum, et dicebant allernatim non eum sepeliendum. Stabant Igitur christiani 
super responsis eorum stupefacti. Tune (7) Aistignus feretro deslluit, ensemque 
fulgentem vaglna deripuit. Invasit funestus praesulem, librum manu tenentem. Jugulât 
praesulem, prostralo et comité, stantemque clerum in ecclesia inermem. Obstruxerunt 
pagani oslia templi , ne posset ullus elabi. Tune paganorum rabies trucidât chris- 

Var. — (1) Miserabile. DU. — (2) Ipram. DU. — (S) Vox eorum ? — {h) N.-CL.-A.-DU. Ululatuum. 
C.-R.-D. — (5) M. Affuit. CL.-DtJ.-D. — («) Ptr«t M episcopus, missam pro filiolo. CL.— (7} Not, 
marg. De presule et comité ab Aslingo interempHs* CL. AnsUgnus. D. 



PRIMORIJM NOUMANNLi; DLXUM. i 35 

tianos incrmes. Tradunlur orooes ueci , quos furor reperil hostis. Sacviunt infra 
delubri septa, ut lupi inrra ovium caulas. Corde prémuni gcmilum niulieres, lacry- 
masque eiïunduut inanes. Juvenes cum virginibus loris concalenanlur simul. Ultima 
vilae dies accidit omnibus, breveque et irrecuperabile vitx tcmpus. Proslernunt , pcr 
mœnia urbis praelianles, quoscunque repcriunt robustiores. Atteruntur cives, saeviente 
marte dolenles. Gens quae prserat nuvibus adcsl , portls bipatentibus (1). Stat mn- 
crone corusco ferri acies, strictim parata neci. Jungunt se prsliantibus, bine inde cer- 
tantes altrinsecus. Crudeliter perimunt omncs quos rcperiunt armis obslantes (2). 
Tandem finitur duellifm, eheu ! perempto cœtu cliristianoruni. Cxtera namque manus 
flebilis ducitur navibus. Conquiescit furentis Alstigni rabies » prostratos urbis propter 
principes. Gloriabatur Alstignus cum suis , ratus se (3) cepisse Romam, caput mundi. 
Gratulatur tenere se monarchiam totius imper li , per urbem quam putabat Romam 
qus est gentium dominatrix. Hanc non esse Romam postquam didicit, commotus ira 
sic inquit : « Prsdamini omnem provinciam , et incendite urbem islam. Captivos et 
spolia couducile ad naves quamplurima. Sentlant coloni istius terrx nos in finibus 
illorum versasse. ^ Quod mandat tcler gaudet parare minister. Omnis provincia in- 
vaditur , bostcque nequissimo superatur. Strages quampiurima eflicitur , captivi ad 
naves ducuntur. Gladio et incendio dévastant omnia quae fucrant illis in praesenlia. 
Onerant naves , bis expletis, captivis et spoliis. Jam vertunt proras ad Francigen» 
gentis regnuro ducendas. Permeant mare Mediterraneum , revcrientcs ad Francise 
regnum. 

Francia (4), tôt geutes superaus jam marte supeibas, 

Officiis intcata piis profuse et honestis, 

At crJDes in te populi domioata voleulis 

Spargere te et vano (5) conainine contaminare , 
ô—- lojperio acquisita tuo bis ter trina régna , 

Foriis , dura , (érox , coostans robustaqao, cauta, 

Légiféra, insignis, mitis, lenis, lucnleuta, 

Strenua, Kda, comis, belli rébus studiusa, 

lu cuDtis viuceusque, poleus soler^que triumphis. 
10 — Pouderc sed sceleris tanii uiuiium cuniulato, 

Legeque (6) poslhabitn, cuucto spurcamine (7) plena, 

Mandatis Domini spretis supe.r a&tra tonantis, 

Nancprostrata jaces , super arma sedeus verecunda , 

Attonita et stupefadaDimis» hebe«, anxia, tristis, 
15 — CoDCulcata, lacessita et spreta, lucrepata (ttc), 

Var, — (i) M.-N.-CL.-A.-C.-DU. Vi paleiUibus. D. — (3j Nota de génie Dacoruin et duce Astigno. 
NoU de dolo ducis Dacorum. Lege io alla columpna terlendo folium. Nota mirabililer procesMim. Nota 
bette islan colampiiaiD. Nota mirabililer decepiiooem ducis Daconim. Nota totum processum (Écrit, du 
XV*. siècle. C ). — (8) N. Ralua ap'tm. R.-DU.-D. — (A; Hk derus ad Kranciam loquilur. C. ^ 
(5) Varie N. — (6) N.-R. Rtge. D.— (7; N.*R. Cuncta piurgamiof*, D. 



1S6 DE MORIBCS ET ACTIS 

Infeslisque(l) reis, spurcis, lorvis, sceleratis. 

Pestiferis, tumidis, veutosis, flagitiosis. 

Jani (2) récidiva armis cito surge, velocius insta, 

CoDsilium tibimetque tuis nunc quœre salubre. 
20 — Horreodi iiefas multis erroribus acti (3) 

Pœnileat, pudeat te, lœdeal, horreat atque. 

Scribe Dei mandata tui, recitando por omne, 

Altéra progenies Dacia (4) dimittitur (a) illa, 

Remigio tumidas valido lapsnra per undas. 
!2ô— Bellabit pugoas in te por tempora multas , 

Prœlia robustis exercens martia telis ; 
EfTera. Francorum contundet miUia bellans. 
Fœdere complacito tandem, jam pace quieta, 
Imperiumqiie tiium nomenque a^quabit Olyropo, 
30 — Gentes et tumidas tibi deservire negantes 
Contundet gladio, mitescet, suppeditaSit. 
Ofelix, o terque quater et millies aimai 
Salve tripudians, et aveto in sœcula regnans (h), 

8. loterea (5), dum quasi solUudo Francia déserta baberelur, duroqae, veluli toDi- 
trualis rougitus rugientia arcana , pavidi Northmaonorum adventus formidareotar , 
rexque Francorum unde audaci» paganorum hostilUerresisteretnonbaberet, reperit 
coDsilium valde sibi suisque saluberrimum , ut cum Alstigoo nequiorum nequissimo 
fœderarelur, paxque totius regni, serenata ingruenlium depopulatioDuro tempestate » 
inter utrumque haberetur. Quapropter ducibus accersitis , cum episcopis comiti- 
busque» cum satellilum turmis, quod corde dispouendo adluvenit, eloquendo memo- 
ravit, atque prouuntiando sic retnlit : ■ O Seuiores et DomiDi (6) , imroinenlis queri- 
rooDlae causa hue provocati, consilio vos rimando salutem qusrilate (7) regni. i Tune 
vero Franci , regia aliocutione permoli , dixeruDt unanimes contra illos debellando 
praeiiari. At rex dissuadens , talia exorsus est, dicens : t Nibi non videtur consilium 
contra illos initiari bellum. Si contra Illos forte dimicaturi cxieritis, aut vos moriemini, 
aut illi fuga lapsi répètent naves celerrimi (c). Ut autero requiescat terra temporibus 

Var. — (1) Inceslîîique. C. — {2j N.-R, Nam. M.-D. — (8) Aucti. C — (A) N.-C. Illa Dacia R..D. — 

(5) De pace inter Francos et Hastingo Tacta. CL. Tractatas de pace cum Hastingo. GL marg. R. — 

(6) Amici. DU. — (7) Querile. CL. 

{a) V. Virgile, liucoU, égl iv, ver» 7. 

(6) Ce passage est un de ceux où Tauteur a été le mieux inspiré. La justesse et la grandeur de Tidée 
font oublier la barbarie d'ailleurs énergique de Texpression. Dudon s*est encore ici un peu souvenu de 
V Enéide, I, 266-67,-295-800. Abbon, dans son poème sur le siège de Paris , a également introduit une 
apostrophe à la France; mais combien Dudon lui est supérieurl V. Dom Bouquet, t VII , p. 27, D. 

(c) Le roi veut dire ici que les Normands, se sentant les plus faibles , s'enfuiront vers leurs navires et 



PAIMORUM NORMANNIiE DOGUM. ift7 

Dosiris, qusraiur pax diuturua ab impiis. > Hoc namque coDsilium, ab ore régis pro- 
laium , omnibas est complacitum. Dirigantur legati ad alrocein Alstignum pacificf. 
DehiDC vecligaliy pensorum tributorum summa miligatus, et a Francigenis exacti 
muoeris pondère sensim plaçât us, pacem qus postulabalur non abdicat diutius, verum 
dat ultroneus. Inconvulsa igitur praesulum pace firmata, ducilur ad rcgem, pepigitqae 
inextricabili fœdere olympiadis cum eo munera pacis. Qui, imperialibus compétentes 
niutuaque voluntate vicissim fœderati , concordes unaniiniter sunt effecti quievitque 
Fraucia, multimoda antehac depopulatione aflQicta ; cursuque iilius temporISi iiostili 
peste privata, intumesceniium paganorum vastatione est llberata. Ne quis lector ab- 
horreat monemus, ob adversorum ignominiam casuum, qui non ad inleritum , sed 
ad correcUonem (i),propter exagerationem sceleram, Francigenis acciderunt Gon- 
trita est namque gens y ultore Alstigno , Francigena , quae spurcaminum erat sorde 
nimium plena. Perddi perjurique merito sunt damnati , fncreduli infidelesque juste 
puniti (a). Prolixum est nobis universos iilius temporis labores narratione persequi ; 
idcirco nostrae praesumptionis citius vertamus stylum ad intentionis proposftum. 
Elucidet itaque breviter cnlamus, quamvis incrs, quae nutu Def gesta sunt, digeratque 
compendiose qualiter acciderunt , exprimatque rei veritatem , spernens sophismatfs 
errorem. Refutet erratus obscenorum casuum , depromat venturs salutis negotium. 

EPILOGUS (2). 

Ciclica torva leDens, et lubrica dévia pergens, 
Labilium anfractus nequicquam adiensque vi'arum, 
Gœptum itiner nunc sisle. Liber, deposco, parumper; 
Materiœ fluitantis opusjam dosinc fessus. 
5 — Si duci valeas ultra jam conspice solers. 

Nam (3) via longa nimis, scabrosa, pctrosa per omne. 
Herbida, sylvestris, nemorosa, et lubrica, et aspra. 
Farreque equos depasce luos jam tam macilentos ; 
Velle bonum relincnt quoniam, sed posse pusillum. 

Var, — (i) N. Corrcptioncm. M.-R.-DU.-D. - Corruplioncm. CL. — (2) M.-N.-C.-R.-D. Eiplicit 
de Attigno. Incipit de Rollone qui et Robîertus. DU. — (8) N.-C.-M.-R. Longanimii. D. 

te jetteront ensuite sur quelque autre partie du royaume. C*est, par exemple, ce qui était arrivé en 881, 
lorsque le roi Louis avait entrepris de les combattre : c Nikil eos in bac pugna perdomuit , sed ad naves 
reversi, omne regnum ferro et igné dévastant. » Chr, de Norman, ; — Depp., Exp. norm,, p. 185. 

(a) Tout ce passage de Dudoo, sans être sans doute la vérité bistorique, précise et détaillée, en offre 
un reflet fort sincère. Nous avons vu que le roi avait traité avec Hasling vers 88S (V. Mémoire , p. A6) ; 
quant à celte idée que les Normands n'avaient été qu^un fléau envoyé par le ciel pour cbAUer les feutes 
des chrétiens , elle s'était présentée aui esprits dès Tépoque même des invasions, et il est vrai de dire que, 
sans les désordres de ce temps-là, désordres excités par Pambitlon des grands, soufferts par la faiblesse 
des princes, les envahisseurs étrangers auraient été facilement repousses. 



1S8 DE MORIBUS BT ACTIS 

10— Sœpius et tersi, lotique habeaDtur (1) per omne ; 
Illorum pedibus ferrum clavis sue subtus, 
Firmis et phaleris illorum dorsa perorna ; 
Malas et frcnis cousutis stringeque habenis. 
Sic poteris forsnn peragrare viam luculentaro, 

15 — Quid erresque ruas, ofTendaris, pereasque, 
Ni, opitulaute Deo qui jure triufnpbat ab alto, 
Testeque Quintino ni intercedente beato, 
Atque ipso (a) , cui iMinu cauimus quœ gessit ovanter. 



LIBER SECUNDUS. 



ROLLO. 

PRiEFATIO HEROICO METRO DECURSA (2). 

Priscis insuîa Crela (3) vocata HCTOIIOLIC (4) (6) exstat, 

Piiiguis, agn felix. dives opumque laum • 
Gurgitis immensi liiubo prfiecincla perenni, 

Mercis munifica fœnore multiplicis. 
5 — Plures sunt portus hinc inde altrinsecus, atque 

Muueris et varii navibus impliciti. 
Quœ geiiuit Dedalum, multa sat (5) laude peritûm, 

Supra quod satis est artibus atque scium. 
Qui, fugiensquondam Miuoeia (6) mœnia cera , 
10 — Nexuit actu alas miriBco sibimet, 

Prœpetibus pennis vacuum aéra posse mcari 

Ipse ratus, tuto consimilis volucri. 
Adscivit levitas couiiiem teineraria natum. 

Incautumque, Icvis fœderis atque operis. 
lô—Inque latus subiit peunis patris Icarus actis (7), 

Patrizare volens, aliger mtrepidus. 
Dedaius ad gelidas pater impiger evolat Arctos ; 

Telluremque suis attigit hic pedibus. 
Calcidicis tandem super aJstitit arcibus (8) ipse, 
20 — Dextris frigoribus guarus liabere modum. 

IVir.— [î) Ms. D. (Abiaiitque? Uatea ilur io ?)- (2) R. Prefatio berojco melro recursa cui subjcclum 
eleiacum. N.-D. — (8) N. Creata. D. — {àj N.-R. HKATnnOAIC, Ecatopolis. C. — (5) N.-C/Maltas ad 
luude. M.-R.-D.— (6> Minora. N. — ^7 Apti% G Palris aclîs. R.-N -D. — i8, Artibas. N.-C. 

(il) Sans doute un des duct nomands dont 1 >a rcCi>i»t6r la vie. 

(^4La Crète était, en effet, appelée i*lle aui cent villes, ùcoctotto^ç. V. Vii^ : .Hncid, III, 10«. 



PRIMORUM \ORMANM;K DUCLM. 139 

Xobile delubrum Phœbo statuitqiic dicavit (a) ; 

Ezuit hic alas roozque salutiferas. 
Dedalea soboles, miousioteger arle (1), poricii, 

Venturi incautus. celsior atque means, 
25— Climaiis iroperii (-2) subiit plu* ardua justo ; 

Cera mox liquida penna soluta manet. 
Cognomen pelago dedil obvius Icarus (3) ipse. 

Gurgite famosus obrutus undisono. 
HftîC te monstra petunt, et fabula contigit ista; 
30 — Ludicris sannis ridiculisque tibi. 

Praeducis incœpto Rollonis grandia facta 

Dacoruroque simul pube tenus juvenum. 
Infima (4) terrarutn linquis (6), nimis ardua captans , 

Dedalo quoniam ocior, aut Icaro, 
35 — Dum cœlo stolidum lemet proteudere pennas 

Cogit in (6) immensum ardua materies. 
Viribus incrementatis si posse fuisset, 

Cordis mente tui ut tibi velle manet ; 
Multipliées species si scisses armonicales, 
40 — Servant discrimen quae tribus in gradibus, 
Dulcicano sonitu quivisses, interolores (7) (6), 

Psallore preecipue caDtibus barmonicis , 
Octomodus quinis (6) bœrentes in tetracordis, 

Quos diatessaron et diapente fovet, 
45 — Commiitisque tonis quos dissona limata formant, 

Expensis artis disparibus numeris ; 
Sesquioctava tonam quoniam proportio claudit , 

Et diatessaron paz epitrita ligat ; 
Et diapente melodia rite emiolia (9) sancit, 
50 — Servata lege artis arithmetirœ. 

Et diatessaron , diapente, simul diapason . 

Sancifo duplo perficiuut numéro. 
Triplicis et formée diapason et diapente, 

Bisque diapason quadrupla consolidât. 
55 — Icor nunc nimiis rancoribus atque repungor, 

El stimuler pavitans, concutiorque tremens. 

K«ir. — (f) C.-N..R. Arec. D. — (5) N.-C.-R.-M. Impuri. R.-D. [empjrei] ? — (8) Ycliajrus. N. — 
''i) InfimM. IL-N. — (5) M.-N.-R. Linqiiit. D. — (6) N.-C. Contigit. M.-D. — (7) M.-N.-C. — 
(8) M.-N.-C.-R. QuiTÛ. D. — (9) D. Hemolia. C.-R. Hemolai. N. 

(«f) Selon la Cible , Dédale serait descendu dans la ville de Cuines où il fonda un temple en l'honneur 
d'Afollon. CuBKt étiit une colonie de la ville de Chalcis en Eubée. Dans tout ce passage , Dudon a voulu 
imiler Virgile qu*il n'a réuwi qu*à défigurer. V. .^neid,. M, U-30. 

f*) Virgile, Eglog. X, 80. 



140 DE MOUIBUS ET ACTIS 

Ha ! ue te subigant temeraria ludicra vulgi, 

Ha 1 ne praecipilem fulmina concutiaot. 
Erutus insidiis, quo possis jure tueri, 
60 — Ecce salubre tibi accipe cousilium. 

ProposituiD cordis Dumiuo committe tonanti; 

Ludicra disperdat. fulgure disculiat. 
Munitum sensiui pontum te provehat ultra 

Flaminis almifluo alite septiflui ; 
65 — Âtque solo temet sistat pingui et cereali, 

Evulso nemore fruticis et siiicis. 
Rbetoncoque tuum fœcundet nectare sensum , 

Armonico pariter debriet et modnlo. 
Acquisita aliis plectro cuiu fidibus ita 
70— Ytnnizante melos psallere vocequeas 
Patricio, cœsis oculo, claudis baculoque, 

Ecclesise decori, pauperibusque cibo, 
Orphani et exulis, ust inopis, viduaeque vagantis 

Summo tutori ordinis atque sacri. 
75 — Hue pede arenoso quanquam devenimus usque, 

Cœnoso (l) et gressu difficilique via, 
Ulterius nostrum conamur tendere gressum ; 

Sed nus dilaniat materiœ novitas. 
Non opis ire qiiidem, nostroque iusistere cœpto, 
80 — Nempe faligatus pondère pregravido (2). 

Prœmagnus pudor (3) est uobis dimittere fascem ; 

Garrulilas erit, et ridiculum nimium. 
Formificare (4) valeus informia canota potenter, 

Donaque distribuens nectaris uranici ; 
85— Spiritus aime, veni, nasci qui verba dedisti. 

Sensus accende vivificans hobetes. 
Hue precor aspira, fusas spes atque refunde, 

Anlra meisensim pectoris irradians, 
Taugere quo possim tantse ante cacumiua molis ; 
90 — lutemplata stylo suggère largiÛuo (5). 
Prosaico referam breviter quœcunque relatu. 

Te collatore, te duce, te artifice. 

i. Quum (6) superna Deificae Trinitalis providentiai cujus riulu variata volveotium 
temporuiu vicissitudinc aUcrnauiur omnia, cernerct clementer Ecclesiam sacrosancto 

Tar. — (J) M..N..C.-n. Cœno et. D.'— (2)1N.-C.-R. Prat^ido. M. Pr«vlUeo. D.— \3) C.-R. Promagnus 
nobi» pudor. N. Promagnus est nobis dimillere fascem. M.-D,-(à) M.-R, Corr, Formicare. N.-D. Orallo 
cleiaco carminé decursa. C. — (5; LargisHue. R. Largifluo. D. — (6) De discordia Dacoruni. Glos. 
marg, contemp, CL. 



PRIMORCM NORMANNIiE DUCUM. l&l 

saDgaine redemptain, sacriqae baptismatis latice profasius emuodatam , oleiqne et 
chrismatis liquore iDsigniter delibutam , suprascriptis breviter casibus immaniler 
afflictam, continuis christianorum precibus suppliciler pulsata, non desistit illi 
salutifera praebere suffragia, ex ferocitate saevae gentilitatls Dacigena : ut unde fnerat 
flebiiiter aflOicta* inde esset vihiiter vegetata ; et qnibus in praeceps lapsa, his cœlo 
tenus exaltata : quorumque actu floccipensa, horum uiunere refecta : quorum fre- 
quentia conculcata, horum auro gemmisque ornata : quorum praedatu pannosa (1) » 
horum dono compte palliata. Goncretis igitur humana connubii stuprique copula 
plurimis Dacigenarum pubium turmis, ilHsque bellorum incendia inter se, et in 
patres et avunculos fréquenter suggerentibus , omnes Dacigenae majores natu et 
potestate, ad regem convenientes, dixerunt unanimes : • Respublica hostili invasione 
ssve opprimitur , filiorumque et nepotum nostrorum contritionc concutitur. Gon- 
stitutum namque nostrae antiquitatis ritum abdicavimus: Ideo Daciscx gentis populus, 
quamplurima mala perpessus, annulatur. Gonsule igitur, Rex, regno ritu veterrimo, 
quod regere pacifico debes imperio. Pestifera nequissimorum hostium lue expur- 
getur Dacia , ut residui viverc et requiescere possimus pace perpétua. • Quorum 
consiliis rex attentius acquiescens , suaeque praeceptionis edictum per terram sui 
imperii velociler dirigens, nt describerenlur nepotes et fllii quos sors reperiret 
expulsionis , jussit satrapas illius terrae adesse sibi prescripti diei tempure. Hujus- 
cemodi fama regalium legationum mox percutit mentes pubescentium. Trepidis 
anxia sententils illorum corda nutant, incerlisque futuris ignota fluctuant. Haeret 
illorum stupefactus animus, cernens incognita sensus. Quin illos indiga vcri cura 
fatigat 9 spesque incerta dubios dilanial. Incertum erat illis praescire quae sententia 
volvebatur in régis corde. 

2. mis vero in diebus senex quidam erat in pnrtibus Daciœ, omnium rerum 
affluentia locupletissimus , innumerabiliumque militum frequentia undique secus 
constipatus (2) : qui nunquam colla sua; ccrvicis cuipiam régi subegit nec cujuslibet 
manibus, gratiaservitii, manussuas commendando commisit. Qui Dacix regnum pêne 
univcrsum possidens , affines Daciœ et Alaniae terras sibi vindicavit , popuiosque sibi 
praeliis quamplurimis vi et potestate subjugavit (3). Erat enim omnium Orientalium 
praeslantlori virtute praepotentissimus . cunctorumque exaggerato omnium viriutum 
cumulo praecellentissimus. Defuncto vero iiio, superstiterunt duo filii ejus, armis 
strenui , bellis edocti , corpore pulcherrimi , animositatc robustissimi. Quorum vero 
major natu Rollo, alter vero junior Glrim (<i) nuncupabatur (4). Quos regali jussione 

Var — (1) I.-E. Pannis vestibus induta. Glos, marg,, écr. du XIV. siècle. A. ^ (2) Stipatus. D. — 
(3y De morle palris Rollonis. Glos, marg. contemp, CL. — (A) Nuncupattir. D. A duce quem noscunlur 
fortcm supplice poscunt. — Ut sibi (ulamen ferai armis alque juTamen. Glos, marg, contemp, N. 

(rt) Gurim n'apparatl |ioinl ailleurs que dans ce passage de noire auteur. Il est facile de reconnaître 
dans ce nom une des formes du nom Gurm, Gurmond, Vurroond, qui a été porté par ptusieurt Scan» 

18 



142 DE MORÏBtS KT ACTIS 

descripti juvenes ad extenDinattonem aggredicntes , geuuque flexo , voliuque mb- 
misso , atque huinili voce obnixe poscentes , inquiuiK unanimes : t Ferle ooWs 
aaxiliuiu , subvenilc nobis tn adjutorium : sub lulela i^eslrae proteclionis morabimor, 
ve$trumque servitium incessanter faciemus. Aex aulem nosler vttlt a Dada nos ex^er- 
minare, fundisque uostrisalque benefictis nos per omnia privare. MisereniinL pre- 
camur , miseremini nobis, omni spe et sainte destitutis. • Tune duo tlli fratres suf>- 
pUciler precantibus responderunl , dicenles: « Auxiliabimur optime vobiSy vosque , 
regalium niiuarum securos^ roorari in Dacia, atque res vestrs preprietatis (i) faciemus 
quiète tenere. » 1111 autem baec audientes, Rollonis et Gurim osculo es^petiveruot 
pedes^ alque illico super dictis priucipum remearunt gralulantes. 

toterea veridicae opinionis proiiiulgatur fama, régis Daci» aures pulsans, quod 
dux prœpotenlissimus, paler scilicet Rollonis et Gurim sorte fruerelw suprema. 
Tune (2) rex anie malorum, quae sibl ille dux intullt, neminisoens, cuuctis sui Imperii 
accersilisprincipibus, inquit : • Vos non Jatet patrem Uolloois et Gurim esse de- 
functum. Aggrediar ergo fines iilorum , et capiam urbes et castra , alque muni* 
lissima loca, uJciscarque iacta patris in filios, eosque conterendo satiabor SMper 
lualis illoruni. Vos vestrosque , precor , praeparale ad talia negolia adimplenda. » 
Denominalo igitur lermino profeclionis , undecunque vénérant repedarunt cum suis. 
Mox effcra Dacise juveutus, nimio curarum mliians aestu, quœ comnioda sunt pTm- 
parât in ille profeclu. Hi levés clypeos lucidaque spicula labrili aduld (S) arie 
componunt. Ui tela ensesque alque secures coie exacuunt AlH tuta capilum 
tqgmiaa, scilicet gaieas ; jdii lerro auroque trilices loncas, ihoracas scilicet^ (aciuat 
Quin etiam patria tela recoquunt fornacibus renovantque cudibus (a). 

3. Hujus rei inopinala fama KoUonis et Gurim aures pcriabitur» et lalis relalionis 
;»ermone perlurbanlur. Qui, convocata copiosa manu congnuentique pubertate flo- 
rentium^ congregalaque muilitudine mediœ letails» senum atque ad exterminandoiu 
descriplorum , elalis dextris, mandant sileniium (/i). Tumultuanlb populi muroMire 
peniius sedato , sedisque deccnlis suggestn sobUmiter Rollone suffeclo , infit ore 
mellifluo i,5) : < Vos, quibus incalescit juvenilis andor, quîque flore presianlioris 
«stis (6) virlulis , alloquor. Solerli proposilo reverendos patres , avosque et proavos 
imkaminor. Couvalescite viriliter, et cooforlaminor, et ne ut equiperis vicibus illis 
valeatis congruenier coovenire dedignaminor. Rex siquidem bujus regni molilur nos 

Var. — (i) HcretHiatis. DU. — (2) Qualiter Aslingus invmit terras et Anot RôNmK Gioê, mmrf. 
conietnp, CL. — ;8) Adjuli. CL. Exacuunt Daci gladios liic arle sagaci ; — Atque parant cura sollerlispicula 
plura. Oloi, mavg, ronfcmp.N. — (4) Quo modo Rollo regoum Hasliogi depopulavit. Glo*. marg, eontemp, 
CL. — (5) Audiii billigeros jurenes hic con\ccat héros ; — Instruit, borlalur ne prelia quis rereatur. 
Gtos. marg, eontemp, N. — (6) N.-R. Islis. M.-C. 

dinavts de celle époque, bien qne Wacc, Pom, de Rou, I, 89, et Benoit , Chr, des dues de Sorm,, I, 
90, le irnduiiieiit pi.r G^rin et Guirin?. 
(«) V. /Eneid, , VU , «30*687. 



PRlMOfitJM NORMANNIiE DICUM. Iftâ 

supergredi , noslrsque monarchiam ditionisinvadere, nosque et vos omnes perderc; 
sed (1)9 anteqnam hapredilariam nostrae domJDationis terrain mancipel, sui regiminis 
terrain anticipando prxoccupemus liostililerque resislendo adventui ejus. § Illico 
omnes, his dictis hilares, regiam terram conglobatis exercitibus invaserunt , to- 
tamque , saeviente Vulcano, depopularunt. Haec autem rex audiens conlra Rollonem 
et fratrcin ejus pergit ad praelium, diuque dimicando terga vertil fugiens ad praesidia 
urbium. Tune Rollo sui exercitus morluos sepelivit, régis autem inliumatos 

rcliquil. 

6. Unius vero Instri spatio persévérante inter regem ei Ilollonem duello , misil 
rex pacificis verbis ad eum liujnsmodi in dolo (2) : • Nibil mibi et tibi, nisi gratia 
propinquitatis. Ut requiescat respublfca , precor , permitte ut quod mei juris est 
meusque patcr tenuit liceat patienter me possidere : tibi autem quod tui juris , 
quodquc tuus, sitque inter me et te pax et concordia inextricabili fœdere com- 
pacta. • Tune Rollo et Gurim, illorumque milites atquc descripti ad exterminandum, 
paccra collaudaverunt. Detcrminalo igllur conjurandae amicitis tempore, uterque 
venit ad placitum : mutuis muoeribus dilati, fœderati sunt. Denique perfidus rex (3), 
dolositalem conceptae fraudis iofcsto corde ruminans, convocato quodam die exercitu 
suo, noctu pcrgcns contra iilos invadensque fines illorum, abscondensque insidias 
prope mœnia civitatis (a) oppugnare cœpit. Tune Rolio et Gurim, et qui cum eo 
erant , exsilientes de civltate, persequebantur regem , terga vertentem fugamque 
simulantem. Transgresso igitur locum insidiarum Rollone, pars qusedain iilarum (6) 
dt latibulis egressa, petit urbem. Qoam annigeris vacuam invenieos (5)« inceiidit (6); 
omvlmnque supeilectilkim spolia sibi (7) detuliL Qttsedam vero pars sequebatur 
Rollonem , rpgem hostili immanltate fugantem. Gernens autem rex incensam urbem, 
insidiasque prsvatere , retrogressus prsliabatur contra ilbim. Qesis ergo ex parte 
Roilonis quamploribus , cecidit Gurim (8) fraler ejus in praelio. Videns autem RoUo 
se inter utrumque exercitum , unum fugam simulantem , alterum latebris egressum, 
fjratremque mortuum , vix livoribus plurimis laceratus» cum paucis divertit ab eis. 
Tune rex obsldens, et capicns urbes, populum contra se objurgantem sibi subjogavit 
Rollo vero, morari non valens iu Dacia, propter regem diflfidens sut, ScanEam 
insolam cum sex navibus aggressus est. Tune Dacia pio duce , patritioque atque 
robustissimo advocato privata , magno ejulatu concussa , oœpit niminra flere {b). 

Vur. — J) DU. Et. Ms. D. — (2) Fraude pelunl pacem gladium removendo roinacem. Glo$, mavg, 
contemp, N.— (3; Kraudem pace Icgil rci , rex pacem fraude peregit ;— Pai dum 5erva(ur rex frai ribus 
iustdialur. Olo*. marg, conlemp, N. — (A) lllurum. DU. — (5) N.-CL.-DU. Vacuam inceiidlt. A. — (6) UiIh 
abil iusigiiis quam sic depascilur igiiis. Glos. marg, coniemp, N.— (7) Secum. DU.~ (8) De morte Tra\n% 
Uolluuis. Clos, marg, coniemp. CL. Gurim cède |)elU , Rollo discedere quzril. Glot, marg. coniemp. N. 

(0 Beiioll ( Chr. des tiuct Ht Norm., I, 105) est le seul auteur qui fournlase, aur ce point, cerluitiift 
délails qu*oii ne trou\e pas dann Dndon ; il donne notamment le nom de la ▼ille, qu*il appelle Fusge. 
(6; Toute celte partie de Thistoire de Rollon eiaH critiquée d^ le tcfli|is de Gailkiame«-le-GoiH|aéreni« 



^fi^ DE XORIBUS ET ÂGTI8 



APOSTROPHA (1). 

Dacia, sorte tuos quse Galiis mittis alumnos, 

Indiga proniissi Yen, dabitur quod ab astris, 

Prœsagii et meriti, mercis non gnara futursB, 

Exhilara temet, depieosans corde dolorem. 
5— Casus noD aniiDœ est, fortunœ pulsus at (2j acris. 

Hecadversa vicesquum (3) vertent [io] (4jprobasemper, 

Suggeret omoe bouum isli prospéra di?ite oensu , 

Illum ditabit, locupletans munificabit ; 

Francia deque tuis genitis fecunda beatis, 
10 — Spermate Dobilium concretis christicolarum , 

Dacigenis eu m Francigenis jam (5) pacificatis, 

Gignet preducens , expurget, proferet iogens 

Reges, pontificesque, duces, comités , proceresque : 

Sub quibus orbis ovans pollebit, principe Christo, 
15— Et quibus ecclesiœ fecuodabuntur ubique, 

Atque Dovo quorum, gaudebunt, perpetc fœte (6), 

Ter, triDaK[ue, quibus baptismate purificatis, 

Jam superum turmœdecimœ vice perditœ adauc1œ(7), 

5. Qaaroque diu in Scanza iosula mcestus moraretur » sollicilaque contorquenlis 
animositatis cogitatione aestuans moliretar ut vindicaret se de inimicis suis, plurimique, 
quos fugarat de Dacia regalis immanitas (8), ad eum reverterentur, fessos labore artus 
sopore oppresso,vox divina illi sonuit , dicens: c Rollo , velociter surge, pontum 
feslinanter naviglo transmcans, ad Anglos perge: ubi audies quod ad patriam 

Var. — (4) N.-C. Apostrofa. M.-R. — (2) N. AL D. — (5) N, Gooverterit. M.-R.-D. — (4) Im- 
proha. N.-M.-R.-D. — (5) C.-R. Tarn. D. — (6) N.-C.-R. Ghristo. D. — (7) N.-G. Adacte. R.-D.— 
(8) Hoslilis iminaniias régit. DU. 

Le contiDualeur de Dudoo, Guillaume de Jumiéges, n'a pas bésllé à accuser, sur ce point, son prédécesseur 
de flatterie; mais sa critique fut rcjelée de la plupart des mss. (V. Mémoire ^ p. 50). En effet, à la façon 
dont ce récit est tourné, il est permis de croire que les ducs normands Pavaient dicté à leur bistoriograpbe. 
Il n*étaitpas sans intérêt pour eux d*élre représentés, non comme des pirates, mais en descendants de 
princes qui ne reconnaissaient pas de suierain : en jetant ainsi quelque lustre sur leur origine. Ils forti- 
fiaient leurs prétentions à Tindépendance. — Selon ce récit, Rollon, après sa défaite en Danemarck, 
Daeia^ w serait retiré dans la presquMIe Scandinave, Scanza tntit/o. Gette partie de la tradition 
normande ne cadre guère, comme nous Pavons déjà fait remarquer, avec la Saga oorwégienne tant 
citée par les auteurs modernes. — Il ne faudrait pas s*arréter à une mauvaise leçon d'un vers du Roman 
de Rou (I. I, p. Â6), où Scanza esi traduit par Seauze, M. A. Le Prévost, trompé par le texte dé- 
fectueux qu'il annotait, a cru qu'il s'agissait de l'Ecosse et d'une desOrcades, et quelques auteurs lui 
«lit emprunté celle erreur. I^ leçon véritable doit être Scanze, 



PRIMORUxM NORMANNI^ DUCUM. l/l5 

sospes reverteris , perpetuaqoe pace Id ea sine delrimeoto frueris. § Hoc somnium 
qnain cuiJam sapieoli viro et chrislicolae relulisset, hujusroodi sermone interpretatas 
est: « TUyVergeDte venturi temporis cursu , sacrosancto baptismale purificaberis» 
praedignusque christicola eflicieris : el ab errore fluctuanlis saeculi ad Anglos, sciiicet 
Angelos, usque olim pervenies , paceinque perennis gioriae cum iilis babebis. § Illico 
vêla navibus aplans, remisque eas exornans^ atque -frumento , vino, tergisqae 
suum eas onerans , velivolum mare celeriler permcans, Anglos aggredilur , f bique 
roorari quiète diu suspicalur. Âudieutes aulem illius territorii pagenses , quod Rollo 
Dacus adveniret, aciem roaximam contra iiium instruxerunl (1), emnque ab illis 
finibus fugare conali sunt. Qui more solilo (2) ad praelium indubitanter illis oc- 
currit 9 plurimosque illorum proslravit , alque caelerorum fuga vertenlium dorsa 
hasta fatigaviu Denique pagenses, prioribus plures coacervanles, contra Rollonem 
iterum aciem robustissimam dirigunt , eumque occidere aut fuga labi conantur. 
Ille vero sludiis belli edoctus , certaminisque necessitate asperrimus , galea auro mi- 
rifice compta, Irilicique lorica indulus, conira objurgantium el proficiscenlium in 
se turmas armigeras , velociler alque indubitanter perrexil, milliaque illorum im- 
maniter (3) proslravit victrici manu, celerique cursu profugos persequens, mullosque 
principum capiens , locum praelii reverlens ; occisorum corpora terra condit , caete- 
rosque plagis infeclos deportavit, caplosque navibus connexuit Tune', trimodo 
errore aesluans , si Daciam repeleret, an Franciam pergerct, aut Angllcam terram 
praeliis affligeret el sibi vindicarel , cœpil anxiari nimiumque iristari. 

APOSTROPHA AD EUMDEII (6). 

Rollo, quid horrescis titubaris, metuisque vaclllaos? 
Quid torques auimum meditatus peste repletum ? 
Quid corcomburis curarum sorde refectum? 
Quid hisœns animo, quid volvis nunc meditaudo ? 
5— Cur haeres, pater, obtutu dcfixus in udo? 

Ambigua et creperum memorans quid mente rétractas ? 
Quidque stupes casum prœsenti sorte malignum ? 
Ordine fatali post multa pericula belli, 
Ferventis pelagi post aequoreosque tumores, 
IQ.Perpes christicola, Francisca celsior aula, 
Patritius, meritis floresceus, jure valebis, 
Emeritam (5) et capies cum (H) digoa merce coronam, 
In summoque bono deitate mereberis uti. 

Var, — (I) De Tisione Rolloni facta ut ad AorIos pcr^ereU ExposiUo vi»ionis. Gios, marg, contemp. (X. 
Cotistni\erunt. R.-DU.-D. — (S) Quo modo Rollo Aoglos occidiL Clos. marj. cotifcmp. CL.— (8} Unani- 
miter. DU. — (A) C.-M.-R. •— (5) N.-C.-R. Emerilum. M. — (ij N.-C. Condi^iia. M.-R.-D. 



illC) DR MORIBUS KT ACTIS 

6. Quum autcm bujusmodiperturbationibus sollicitus bsreret,]ioinincsque rcgionîs 
tlHus ditioni suœ fidelilatis gratia vinculoque sese subjugarent , quadara noctc, sopo- 
rifera lelhei raalis quiele per membra leniler serpente, vWere videbatar praecellentis- 
siinis quodam (i) prscclsiore Francises habitalionis monte se (2) positum : ejusque 
monlis in cacnmine fontem liquidum etodorirerum,seque in eo ablui et abeoexpiari 
contagione leprx et prurîgine contaminatum ; denique illius montis cacumine adhuc 
superstes, circa basiin illius hinc inde et altrinsecus, multa millia avium diversorum 
gcneriFiD, Taril coloris, sinistras alas quin etiam rubicundashabentium^quarum diflusx 
longe laleque muUiludinis inexhaustam extreniilatein perspicaci et angustalo obtutu 
nonpoterat comprehendere; cœterum congrucnti inccssu atque voïatu eassibialternis 
vicibus invicem cedentes, fonlem niontis petere,easqae se convenienfl natatione sicuti 
soient teinpore futur» pluvia? abluere, omnibusque mira infusione delibutis, congrua 
easstatione sine discrelionegenerum et specierum, sine ullo contentionis jurgio, mutuo 
vkissîm pastu quasi amicabililer comedere; easquedeportatisramuscuiisfeslinanti la- 
bore nidiricare:quin etiam suae visionis imperio voluntariesuccumbere. Moxexperge- 
factus, et vîsionis quam viderai rcminiscens^ accersitis majoribus principum,caplisque 
prsiio principibus simul ascitis, omneni hujus visionis seriem incunctantcr (3) dis- 
seruit , et quid liujus visionis mysticum sentirent ab eis inquirit. Tune, cunclis con- 
ticenlibus, captoruni unus Christian» rcligionis (4) flde imbutns, praesngioque divins 
inspirationis aspersus, mysticum illius visionis intellectum explanavit, dicens: • Mous 
Francis quo stare videbaris, Ecclesia illius designatur. Fons, qui in summitate 
monlis crat , baptismtis regeneralionis interpretatur. Per lepram et pruriginem , qua 
infectus eras , commissionis tus scelera et peccata aoiroadvertas (5) in eo ablui 
et ab eo leprs pruriginisquc morbo expurgari , te lavacro sacri baptismatis rege- 
nerari, et ab omnibus pcccatis emundari. Per volucres diversorum generum, Isvas 
alas habcnles puniceas, quarum infinitissimam extremitatem exliaurire visu non 
poteras , liomines diversarum provinciarum scutulata bracchia (6) babentes (a) y 
inique eiïecti fidèle» , quorum innumeraro multitudinem coadunatam videbis , animo 
deprehendas (7); per alites fonte infusas , et in eo alternatim ablutas , communique 
comesUonc cdcnles, populum aniiqus fraudis contagio pollutum , lypico baptismale 
ablucndum , sacrosancli corporis et sanguinis Christi allmonia saginandum ; per 
nidos , quos circum montes faciebant, vastataram urbium mœnia resdificanda in- 



Var, — (1) Quondaro. R. Alia vbio Rollon». Glos, marg, contemp, CL. r-(3) M.-N.-C.-R. Seposilum. 
A.-D.— (S) Inconstantes R.-D.— (A) Religioûtatis. M.-N.-CL.-DU.— (9) M.-D. Antmadverle. N.-A.-DU. Ani- 
Diadverla» vel animadrerle le. Cornet, eonttmp, R. Animadiereiis. CL. — (0) C.-CL.-R.-DU. Brachia. 
D. — (7) Vel deprehende. Corr» contemp, R. 

(a) Scutulata bracchia^ bras aiiii6»derrécu. C*esl ainsi, du moiiis, que Wi.ee a entends ce passage. 
V. Homan de Hou, t. I*%, p^ 50 » t. i025 , el Benoit, Chronique é<$ ducs de Normandie, t. I, p. 486, 
vers 1559. 



l'RlHORUM NORMANNLf: DtCUM. 147 

tclligas (l).Tibi avcs diversaruoi specierum obteinperabunt ; Ubi homiDes diversorum 
regDorum servieink) accubiiati obedient. t ilis igilur mirabiliuro interpretatioDum 
sermouibus HoUo exbilaralus, visionis suae inlcrpreteiu caeterosque quos bello ce- 
pcrat viuclis solvit, \arinqde muncribus et doois diversis ditatos ad sua Islos 
remisii. 

7. Eo nanique lempore (2) rex Anglorum chrislianissimu.Sy nomine Alstemus, 
omnium bonorum lilulis exornatus, sacrosanctae Ecclesiœ prsdignus advocalus, ha- 
benas regni Anglorum moderabatur piissimus. Gui conlinuo Rollo legatos suos misit, 
et quid dicerent auribus illorum prius intimavit (a). Qui venlentes ad eum pro 
vocis afTectu, summissis vullibus, dixerunt: « Omnium prœpotcntissimus patrl- 
cius, duxque Dacorum prscellcntissimus , Rollo noster senior et advocntus tibi (3) 
fidèle scrvitium , tuisque amiciliae munus Inconvulsum. Magnum , domine Rex , 
Daciae regno infortunium perpessos, et ab eo {ti) , heu dolor! fraudulenter exler- 
minalos, Kurus obnoxius nobis penitus, intumescenilumque proceliarum elationibus 
aflQiclos , vestris finibus appulit , omnis spei et salutis prxsidio privatos. Quum 
aulem conarcmur Daciam repetere, et nos de inimicis nostris vludicare, obstitit 
et interclusii nos glacialis hiems, geluque crustante terram, et affligente flexiles (S) 
herbarum et arborum comas , densa glacialium mole refrenata crustarum, struxe- 
runt nobis murum flumina, nec praebuit nobis prosperum iter unda. Audientes 
quidam milites, in confinio nostri adventus commorantes, prxmaximam aciem 
coulra nos struxerunt, nosque laccscentes invaserunt. Nos vero nec sub glaciem , 
nec supra navigare valeotes, illorum audacix restitimus, multosque illorum pra^io 
exarmatos cepimus. Non auiem regnum tuum depopulabimus , nec prxdas usquam 
raptasad naves verlemus (6). Vendendi atque emendi sequestram pacem petimus, 
quia imminentis veris teinpore ad Franciam proficlscemur. » Rex aulem hilarem 
vuUum praeiendens (6), bis aodUis profatur : < NuUa tellus efferl viros magis quam 
Dacia prxcipuos , armisque strenue edoctos. Pareotelam didus» geoerositalis vestri 
seuioris, casusque cl labores vestros, quio eliam fraudulenlam perfidiam Daciae régis 
nobis retulerunt plurimi. Nemo seniore ves4ro justior in factis , nemo major in armis. 
Uujus negotii curas secludiie (7), armorum securi , prœliorum impatientes , alque 
omnium malorum immunes estote (c). LIceat vobis ubicunque terrarum nostrae di- 



Vtu\-^{^ij Vei iiilellige. Coir, ntarg, contemp. R.— ^2; De nuuciu Alsleiiio rmi |>i?r Hollonero direcli«. 
Clos, marg, contemp, CL. — (3) Ti bique amiciliae... tui»que. N.-A. — (à) Habeo. M.-U. — (5) N.-CL.-A.- 
R.-DU. Flebiles. M.-D. — (6) DU. Submissus. D. — (7) M.-N.CL..A.-R. Sediicile. D. 

(f) DuUoii, qui parait avoir pouéilê assez bkn mm Éniiêe^ n*a jamais manqué d*4iiler j pMiicIrc 
quelques ei pressions , lorsqu'il a eu à raconter des é\<iiteineuls plus ou moins ana!i>^ues à ceux qu'a 
chantés Virgile. V. /Eneiil , I, 520 et sniv. 

(6j Cr. supvtit p. 133, noie a, 

U) V. .Enehl , I, 550, ."SI, 565, 506. 569. 



1/i8 DE MORIBLS ET ACTIS 

tionis vendere et emere. Vestrum seniorem , precamur, cogite ut nostrae fidei 
întegritate dignetur ad nos venire, quia eum desidero iotueri , superque malis sais 
solarl. i AbeuDles autem missi quaecumque audieraot renuntiaveruDt Rolloni. Ex- 
leinplo Rolio audacler et incuncianter perrexit ad regem contra se venientem. Qui 
inutuo amplexati et oscuia libali , cedcntihus utriusque exercitus turmis , sederunt 
sepositi. Tune rex Alstcinus prior est allocutus : 

« Prosapia pollens, gestonim luminc fulgens, 
Moribus et meritis prœcelsior omnibus atque , 
Fœdere complacito, fidei nectamur îd uno. 
Sis peto pars animce semperque meœ cornes, atque 
5 — Finibus in nostris temet deposco morari, 
Sicqiie salutifero baptismato sorde piari. 
En quod gestis habe nostrœ ditionis in orbe. 
Sis memor ipse mei, fuero ceu semper in omni, 
Et, si velle alias est nunc pro6ciscier (I) oras, 
10— Si gens torva, ferox, jamjam ferilaverit in me, 
Impruba, non servans fidei reiincnsvc tenorem. 
Ut potis es , fer opem stabili conamine salvans ; 
Et tibi succurram simili ratione juvando, 
Te tegct atque roeum mutuo ccrlamine scutum. » 

8. Tune RoUo , isupcr régis dictis lœtus , dixisse fertur : c Grates tibi , omnium 
regum prsestanlissime, super volunlariis beneficiis rependo^ et quidquid Inter me et 
te agenda retulisti , fac ut opto. Diutissime in regno tuo non morabor, sed celerius 
quam potero Franciam adibo. Ublcunque terrarum fuero , tuusamicus insolubili dl- 
lectlonis conjunctus fœdere permanebo. » His dictis admodum inextricabiliter 
fœderati, alternarum rerum competentiis mirabiliter ditati, rediit quisque ad sua 
cum suis. Toto namque hyemantis anni teropore, naves sumptusque, qui necessarii 
erant ilineri, prxparare Rolio, dux solertis curae (2) , fecit, Anglosque florentis 
juveutulis milites, qui erant sul effecti et secuni lluri , asclvit. Quum autem» prim» 
xslatis tempore, rutilantium moUiter florum arrideret copia, purpureisque blattls 
lactca et odorifera alberent lilia, memor semper visionis monentis ad Franciam 
proficisci, classibus velis datis> navem conscendit. Quum vero (3) lenibus ventls con- 
gressus navigii factus esset usque ad médium aequoris, nibilque vidèrent nisi cœlum 
complexum super faciem maris, invidi Spiriius, scientes illos baptismate Christi no- 
mine abluendos, gloriamque quam perdiderant adepturos ingemiscentes , occurrunt 
excitantes pericula illis venti : quin etiam a sedibus suis ruunt, et, biante ponto, a 

y,ir. — (1] DU. Piofiscier. D.-N.-R. — (2) Sollerii euro. DU. — (3) De tempcstate per diabolum ia 
iri facla conlra Rollonem. Clos, tnarg, contemp, CL. 



nian 



PRIMORDM NORMAISNIiS DUGCM. il\9 

sedibus imis io prccipilium fluctas nimios ad sidéra tollunt. Cœlam crebrescentibus 
folgnribns intonuit , densaramque tenebrarum nox atra illis incubuil. Remis cod- 
fractis, ventorum rabiem vêla ferre non possunt Itaqoe, ?iribus exhaasti, omnia 
yentis permittunt Hue iUacque naves, quasi per montes et valles, fluctuant^ mor- 
temqiie repentinam omnibus intentant [a). Tune Rollo, protensis manibus, prostratus 
Incubult navi humilique voce talla profudit : 

0RAT10 ROLLONIS (i) 

Deus omnipotens, rœlestia himine complens, 
Qui cœlum terramque tenes per secula, cujus 
Numen et œterno complecteus omnia giro, 
Infectum TÎtiis peccati et fœcc repletum, 
5—- Qui me christicolam fieri vis muiiere visi. 
Temporis exiguo cursu volveote futuri : 
Suscipe vota libeus, precibusque faveto beniguus , 
Fluctus sedatisque feros compescc ruinis. 
Casibus eripiens istis dos atque labore, 
10— Comprime deroulcens, mitescens, atque serena 
Undantem nimium violento turbine pontum ! 

9. Harnm vero orationom precibus (initls , mox mare quiescit , serenatis pro- 
cellls, immensosque aequoris tractus optato flamine breviter explicuerunt : navesque 
tempestate diruptas littoribus Walgrorum (2) vix applicuerunL Audientes autem 
Walgrcnses (3) quod gens barbara , tempestate maris ferocîter quassata , suis litto- 
ribus esset advecta , congregata multitudine pagensium , [\oUonem ducem, tem- 
pestuoso mari vix ereptum , insperate assalierunt. Qui , solito more concitus , contra 
illos debellando perrexit, atque plures illorum nece prostratos Orco transmisit, 
residuosque illorum aut fugavit aut cepit. Quumque(/i) diutissime morulans^ Walgras 
depopularety reminiscens Alstemus, rex Anglorum clirlstiaDlsslmus , omnium rcgum 
probitate praecellentissimus , amicitix qua se et Rollonem coUigarat in fœdera sem- 
piterna , duodecim naves frumento , vino atque lardo oneratas, quin etiam#tolidem 
armato milite repletas (6), duci prxcelso transmisil in Walgras. His Rollo donis laetus, 
legatos moneribus praemaximis ditatos cum gratlarum actione ad rcgem remisit , 



Var. — (1) R. — (2) N.-DU. Uualgrorum. M.-CL..C-R.-D. — (3) N.-A,-GL.DIJ. Uualgrenses. M.-C 
— {h) De navibus per Alstemum regem Rolloni dirtclis. Cloê, marg, coutemp. CL. 



(a) DudoD a pris (ou5 les éléments de celle description de tempête au livre 1*'. de V Enéide» V. jEnàiL, 
I, V. 87, 95, 180, 2H. 11 a seulement brisé Tharmonie des vers. 

(6) Wace, Roman de Hou, 1, 52, mentionne seulement dix navires au lieu de douie. Très-probable- 
ment le ms. qu*il avait sous les yeux ne portait qu*un X au lieu de XII. 

19 



150 DE MORIBLS ET ACTIS 

seque per cos famulaturum régi mandavit. iEstimantes autem Walgrenses, propler 
deportali frumenti copiam , omni tempore Roilonem Walgris moraturum , coD?oca- 
verunl Raginerum (1) Longi-Colli, Hasbacensem et Hainaucensem ducem , et 
Radebodum, Frisia; rcgionis principem, et, conglobato exercitu aliorum pagorom, 
iDvaserunt Roilonem. Qui , sicut saepius, ad bellum indubitanter perrexit , et multa 
millia lllorum occidit , atque Raginerum Longi-Golli et Radebodum Frisonem (2) ad 
sua castra fugavit. Deinde totam terram Waigrorum devastavit atque incendio con- 
cremavlt. Post hinc , hujus rei causa indignatus , Frisones celertter expetivit , ter- 
ramque illorura devastare cœpit. Tune Frisones, multorum congeriem populorum 
concile coacervantes , sibique muUitudinem plebium in confinio Frisiae (3) commo- 
rantium accumulantes, fluvio Aimerae(a) comroorantem,agminibusmultis prsparatis^ 
acceierata incursione conantur invadere Roilonem. Rollo vero et qui cum eo çrant , 
genu flexo, armorumque ingruente horrore, scutorum tegmine cooperti, strictsque 
aciei mucronibus coruscis compiicati, exspectabant initium certaminis. Frisones ergo 
parvissimam esse putantes muUitudinem illorum , inierunt bellum sibi non pro* 
futurum. Dacl vero , exsilientes in illos , inruentes usque ad internecionem pro- 
straverunty pluresque principes ceperunt innumerabilemqne manum ad naves 
duxeruut. Frisones igilur residui, diffidentes sui, ex hinc tributarii efiectisunt, 
Rollouis prxceplis per omnia obedientes. Congesto et exaggerato atque dato Frisiae 
tribulo , illico librat in altum carbasa navibus data , vertitque proras ad Ragineri 
Prolixi-Juguli terras, ulcisci se cupiens de ipso, qui {U) affuit Walgris cum Frisonibus 
jam prostratis in praelio. Pererrato ponto , intrat Scaldi (5) aiveum , cis citraque 
terram depopuians super Longi-Colli Raginerum (6), venit ad quamdam abbatiam 
dictam nomine Condatum (6). Raginerus vero multa prsHa contra eum fecit , sed ex 
omnibus Roilo Victor potens exstitit. Devastabatur terra » utriusque exercltus mala 
perpessa. Praevalida famés exoritur , quia terra aratro non scinditur. Vulgus penuria 
aflQigitur , famé beliisque atteritur. Diffidunt vivere cuncti, salute victus privati. 

10. Quadam igitur die, Raginero loco insidiarum clam commorante , super Dacos 
cupienle irruere, Daci eum hinc inde congressi vallaverunt , eumque nimium debel- 
lantem manciparunt, vinctumque ad Roilonem duxerunL Ipsa namque die Ragine- 
ridae , Dacorum ut caperent aliquos latebrls commorantes , invaserunt duodecim 
milites praecipuos Rollonis et constant! virtute ceperunt. Tune uxor Ragineri , flens 
et ejuians super eo, convocatis principibus suis, misit ad Roilonem» ut, pro duo* 
decim comilibus captis, redderet sibi suum seniorem. Illico Rollo, suscepta lega- 
tione, remisit ad eam dicens : c Non reddetur tibi Raginerus, sed decollabitur, nbi 



Var, — (1) Rainenim. CL. — (2) Friiooem. Corr, contemp, R. — (3) Frixie. Corr. contemjh Frisie. 
R. — {h) Quia. DU. — (5) Caldi. A. — (6) A.-DU. Rainerum. M.-CL.-R.-D. 

(a) Aimera. V. Mémoire, p. 55. 
(6) Goudé-sur-rEscaut (Belgique). 



PRIMORUM NORMAISNIiE DUCUM. 151 

reddideris prius meos comiles lujhi , insuper dederis quidquid auri esl et argent! sui 
ducaminis, cum juramento cbrislianx religlonis, quin etiam tributuin istius regionis. § 
Mox coDJux Ragincri, lugubri legalione afllicla, comités caplos Uoltpui remisit , au- 
rumque et argentum quod usquam invenire potuit Quin eliam iliud quod erat sacris 
altaribus concessum, pariterque vectigal illius ducaminis, cum jurejurando quod 
plus metalli noo baberet , nec exigere posset, supplicibus verbis et deprecatlvis misit 
ad Rollouem , ut redderet sibi suum virum. Ipse autem , motus pietate vocibusque 
suppliciter precantium , ad se fecit ventre Longi-Colli Raginerum^ verbisque paciflcis 
aflatur : f Raginere dux^ milesque asperrime, regumque et ducum atque comitum 
superbo satus sanguine» quid tibi feceram olim injurias? Propter quid prasliatus es 
cum Walgris et Frlsonibus contra me? Si saevire modo vales^ armorum spicula 
desunt et satellites. Si velis a nobis fuga labi, compedibus intricatus non potes 
evadere. Taliouem sicut Frlsonibus tibi reddtdi pro malis^ quae mihi sine re in- 
tulistl. Uxor tua et principes tui, quidquid auri et argenti rccuperare potuerunt^ 
pro te miserunt mihi. Dimidium exagerati muneris rcddam tibi, teque tux re- 
mittam uxori. Hinc mansuescens requiesce, et nuilatenus sit discordia, sed sempi- 
terna inter me et te pax et amicitia. § His dlctis Ragineri crura solvuutur com- 
pedibus. Statimque Rollo sibi fœderatum muneribusque et donis prxmaximis dita- 
tum , quin etiam reddita medietate (1) legatorum muncrum, ad uxorem suam laetum 
remisit Raginerum. His taliter pace sedatis, Rolio, memor vlsionis, semperque 
sperans affuturum sibi quod viderat in somuis, quid debeat agcre solers inquirit. 

APOSTROPHA AD ROLLONEM (2). 

Kollo, quid en (3) terris morulans versaris in istis (a), 
Quum supra satis ultus ades cuoctosiDimicos? 
Desine, parce tibi, magis baec seutentia praestat ; 
Yenturo quoniam proclivi temporis œvo 
5 — Praelia Francise» genlis dire palieris, 
Atque fatigeris Dimium bellis Aquitanis. 
Hinc. fontis liquidi et sacri rorem subiturus, 
Chrismate perfusus, oleique liquore uovatus , 
Prœmia perpetuœ capies cum munere vitae (4). 

il. Anno igitur octingentesimo (5) septuagesimo sexto ab Incarnatione Do- 
mini (6), nobilis Rollo, consultu fidelium suorum^ libravit vêla veutis uavigeris, 

Var. — (1) Mediocriiaie. DU. — (3) N.-C. Apostroplia. M.-R.-D. — (8) In. R. — {h) Per secula ?its. 
C. — (5) OcUiige^imo. CL. 

(a) /Eneid., IV, 371. 

(6) V. sur cette date Mémoire , p. 49 et suiv. 



152 DE MORIBUS ET AGTIS 

fluminis Scaldi alveum deserens, atque, permenso ponto, qua Seqaana(l), c«ruleo 
gurgile perspicuisqae cursibus fluens, odoriferasque excellentium liparain herbas 
lambens , fluctaque inflatiore maris saepe reverberata secanduni discrimina luoae » 
iDundantis maris pelagose immittlt, aggrediens, Davibas Gimegias (2) venit, videns- 
qae S. Pétri monasterium, monachilis iiabilationis domibus adornatum, sanctom- 
que reputans esse locum, morari illic distulit; sed ultra flumen ad capellaro 
S. Vedasti (a) naves appllcuit; corpusque cujusdam virginis Domine Hameltrudis, 
quod secum adportaverat , super altare S. Vedasti posuit, huicque capells ex 
Domine virginis nomen sempiternnm infiaesit diciturque ille locns ad Sanctam 
namettrudem ab incolis. Audientes igitur pauperes iiomines inopesque mercatores 
Rotomo commorantes illinsque regionis habitalores copiosam multitndinem 
Normannorum adesse Gimegias, venerunt unanimes ad Franconem, episcopnm 
Rotomagensem (3) , consulluri quid agerent. Franco Tero statim misit ad r\oilonem 

Yar, — (1) Seeana. DU. — (2) Gimesias. N. Gimeias. D. — (S) Romagensein. CL. 

(a) Nous avons émis, dans noire Mémoire (p. 58 ), Topinlon que ce dépôt de reliques apportées ptr 
Rollon pouvait élre admis par la critique. En eifet , outre la preuve tirée de ce que Guillaume de Ju- 
miéges • si bien placé pour connaître la vérité, a reproduit ce passage de Dudon, quelques témoignages 
indirects viennent confirmer le dire de notre auteur. Nous savons qu'il existait une chapelle SU-Waast 
dans la forêt de Brotonne, près du Lendin, lieu qui, josqu*en i2ii, fut considéré comme un port sur la 
Seine. M. Léopold Delisle a très-bien développé ce point dans une savante note du Normanniœ nova 
Chronica, ad ann. 1211, p. 18. Cette situation concorde parfeitemeot avec le texte de DudoOf seloi» lequel 
Rollon poussa sa course un peu plus loin que Jumiéges : Morari illie dittulit , ted uttra flumen,,, 
npplicuit , et avec ce que dit Guillaume de Jumiéges, in capella^ quœ tranâ flumen eif. 

On peut objecter que, selon les deux auteurs, la chapelle prit le nom de St*.-Hameltrude ; 
et celle que nous venons d'indiquer était appelée, en 1211 , eapella ianeti Vedasti; que, de plus, 
on trouve, non loin de Jumiéges, une église nommée aujourd'hui St*.-Gertrude et qu'on a désignée au 
moyen-àgepar le nom plus significatif de frir/^iia ianete Amgertntdiê, Voir CarU êaneti Vandreg,,t*, 101 t*. 
ad onn. 1239. Amgertrudis n*est pas sans rap|K)rt aiec Hameltrudis, Walsingbam , Ypodigma Neustriff, 
p. Â15, dit môme : • Quœ eapella nomen virginii kactenuM âancte Gertrudit habet, > Mais la situation 
cadre moins bien avec le récit de nos auteurs. Peut-être les reliques furent-elles, à une époque postérieure, 
retirées de la chapelle de St.-Waast, qui repr'it son ancien nom, et transportées dans un autre lieu qui 
prit le nom de la sainte, nom qui se changea en celui de Gertrude ? Ce que rapporte Toussaint-Du- 
ples»is {Description de la Uaute-Sormandie, I, 256) est, au fond, très-favorable à cette supposition. Il 
existait au XI*. siècle, près de Jumiéges, une chapelle Eêmintrevilla, E$mintrudi»iUa(?) que cet auteur 
identifie avec la chapelle St.-Waast dont nous avons parlé plus haut. 

Signalons enfin certaines difficultés secondaires dont la solution nous parait encore plus difficile et plus 
lointaine. Premièrement, Dudon ne dit pas où Rollon avait pris ces reliques. GulHaumede Jumiéges et 
après lui Benoît {Chr,, I, 189) et Mathieu de Westminster, indiquent PÀDgleterre, Britanmia. Daat 
notre Mémoire, nous émettons Popinion qu'il les avait plutôt enlevées de Flandre: nous nous fondons 
sur la forme si évidemment flamande du nom de la sainte. Secondement, Wace, dans son récit (I, 57, 
T. 1151), donne ces reliques pour celles de saint Emolf (Arnould), saint flamand. Est-ce une erreur 
absolue? est-ce une erreur relative? Les Normands ont-ils apporté des reliques de saint Arnould ? Geit 
n'est pas impossible. Une église, située dans le canton de Caudebec, est encore eujounfhui «ou» le to« 
cable de ce saint. 



l'BIMORCM NORMANMiC DUCUM. 153 

Ut daret sibT pagoque manentibas securitatem. Rollo vero, comperiens qaod in 
urbe Dec in finibus ejas inoraretur nisi inerme Yulgus, dédit episcopo suas âdei 
tenore secaritatem ; hincqae gressaro profutarae sibi naTigationis agitans, Rotomo (i) 
veoit, portaeque, cui innexa est ecclesia (2) S. Martini (a) , naves plurimo miiite 
fecuodas adliaesit. Classe aniem descendens, celeriqae gressu Inslrans urbem , vidit 
disjectas moles ejus avulsaque templorum saxa, ecciesias fundamento erootas» 
niarosque hinc inde disruptos , parvamque manum et inermem, cœpitque animo 
ha?rere inqoe nno intuita visum defigere^ reminiscens visionis qnani viderat ultra 
mare. 

APOSTROPHA. 

dux RoMo, potens, et praestantissime prÎDceps, 
Hœc urbs, principe te, Christo donante, vigebil ; 
Pace serenato regno œdifîcabitur, olim 
Bello consumptis Francis, populoque domato. 
5— En mons (3) ecclesiœ, quo te gaudpre videbas ; 
En layacri quo te lepra pnrgarier hic fons ; 
^dificanda tuis hœc patria fonte novatis. 
Urbe dabis populis leges et foedera in ista, 
Juraque districtœ pariter formidine pœuœ. 
10— Tempore mirificum venturo jatnque nepotum . 
Aspera sepositis mitescent sœcula bellis, 
Et super arma sedens furor impius, impietatis 
Viribus ezplicitis, non quemquam voce lacesset ; 
Quin lupus asper, ovisque simul pascentur in agro(&]. 

1 2. Inde ad naves reversus , convocatis principibus , qnsrit sagaci inente con- 
silio suorum quid sibi sit facicnduin. Tune sui , quasi futurorum prsscii dlvinaeque 
inspirationis praesagio iinbull , dixerunt viva voce Rolloni : c Haec terra copia frugum 
omnium fecunda, arborlbus nemorosa , flumiuibus pisce repletis discrimioatay 
venata diversarum ferarum suflicienter copiosa , sed armigeris miiitibnsque est 
vacua. Nos hanc potestati nostrae subjiciemus tiancqne sorti nostrae vindicabimas. 
Finitiroarum genlium oppida , vicos et castra atque urbes praeliis adquirerous , ut 
requiescere possint lurmae post terga nostra sepositae. Forsan interpretatio taae 
visionis vertetur in finibus islis. » Rollo igilur , super responsis suorum laetus , a 

F(fir. — (1) Rotomum. CL. — (3) Ecclesia Sancii Martini de Ponle. GL marg. mod. R.— (8) N. Mox. R.-D^ 

(«) L*èglise St-Martin-du-Pont ou de la Roquette, plus tard église St.-lforio, était située au Ims de 
la me Grand-Pont, dans une tie réunie aujourd'hui à la terre ferme. V. A. Le Preiost, Note sur le Roman 
de Rou^ p. 58. — Licquet, Wêtoire de Normandie, t. I, p. 56. 

(6) jEneid.flt 295-300. 



J5& DE MORIBUS ET ACTIS 

Rotoino di?ulsis navibus subvehitur ad Archas (a) usque (1) , qus As Dans dicitar. 
13. Illico fama , quid rerum usquam agilur conscla , coropUa Francis aggressa , 
intimât adessc Normannos, Sequanae alveo ioDumerabili muliltudine coadunatos. 
Franci vero illorum advenlu , vcluli repcniino tonitrus sono stupefacti , convocato 
Alstigno pcrvasore ollm Fraociae, coDgregatoque immenss muUiiudinls exercita, 
venerunt super Othurae fluminis decursuro. Tune Rngnoldus (2), prloceps totius 
Francis , dixlt Alstigno (3) , inccnlori totius nequitiae : •( Tu , isla gente procreatus, 
da nobis consilium super hls rébus : » Alstignus respondens Ragnoldo comiti moi 
haec întulit : « Si anle (riduum requisisses a me consilium, cogitatione deprehensum» 
darem tibl. Tantum milte legatos ad illos , quid dicant sciscitaluros. » Tune Ra- 
gnoldus : » Perge celeriter, precarour , cujus volunlatis sint inquisiturus. • Alsiiguus 
respondit : e Non Ibo solus. » Miseruut autem duo milites cum eo« Dacisc» lingus 
peritos. Qui venientes super ripam fluminis , steterunt dicentes : c Regiae potestatis 
comités mandant vobis ut dicatis qui estis, et unde estis, et quid quaeritis. r Ipsi 
vero responderunt : t Dani sumus , Dacia advecti hue. Franciam expugnare ve- 
nimus. » lUi autem : c Quo nomine vester senior fungitur ? » Responderunt : « NuUo^ 
quia aequalis potestatis sumus. » Tune Alstignus scire volens quid de se dicerent , 
dixit : « Cujus fama hue advecti advenistis? Si unquam de quodam Alstigno vestrae 
patriae nato , hue cum plurimo milite adnavigato , aliquid audistis ? i Respon- 
derunt : « Audivimus. Ille enim bono omine auspicatus est , bonoque inillo cœpit ; 
sed malum finem exitumque sortitus est. » Iterum Alstignus : t Yullis Karolo ^ 

Var. — (4) R.-A.-M. -DU. Usque Asdan dicilur. A.-C. — (2) C. Ranoldus. M. Ronaldus. CL. Bagel- 
nodus. N. Rainolduâ. A.-DU. — (3) De Tocatione Astingi per Francos coDlra Rollonem. Gloi, marg, 
eontemp. CL. 

(a) Ponl-de-r Arche el le hameau Toîsin des Damps élaienl alors , comme od le Toil, désignés par ie 
nom de Arcœ, On trouve aussi le nom de Ualdaus, qui n'est autre chose qu'une forme latine du nom 
Tulgaire Asdan»t Haidam, devenu plus tard les Damps, On a découvert en ce lieu des bracelets et 
un collier en bronze Scandinaves. V. A. Le Prévost, Notes et Mém,^ 1 , 43. 

II n'est pas impossible de pénétrer les motifs qui déterminèrent les Normands à s'arrêter en cet 
endroit. C'était une de leurs stations ordinaires entre Rouen et Paris. De plus , ils rencontraient là 
devant eux les fortlGcations de Pistes , élevées par Cbarics-le-Cbauve et qui constituaient un obstacle 
sérieux. — Les Annales de St.-Waast , qui nous ont déjà servi à établir la sincérité de notre auteur el 
l'authenticité de Tensemble des faits qu'il raconte, nous permettent encore de préciser certains détails de 
ce même récit. — Les Normands s'étaient établis sur la rivière, pouvant au besoin se transporter sur l'une 
ou sur l'autre rive. Les Français arrivèrent alors par la rive gauche de la .Seine et s'arrêtèrent tout na- 
turellement au confluent de ce fleuve et de l'Eure, « super Othurœ fluminis decursum. » C'est là que 
durent a\oir lieu les entretiens des parlementaires. L'annaliste français complète ici et explique en même 
temps le leite du chroniqueur normand. Ragnold n'avait pas de vaisseaux. Il dut , pour passer sur la 
rive droite de la Seine , se servir de quelques barques trouvées par hasard. Ensuite il s'établit un peu 
en avant de Pistes et du Manoir et s'y retrancha. De leur c6lé, les Normands se fortifièrent et l'on peut 
croire, d'après les termes dont se sert notre auteur, qu'ils avaient tiré leurs barques sur le rivage, tu 
ripa fluminis naves Dacosque in munimine avulsœ terrœ. 



PRIMORUM NORMA.NMiE DUCUM. 155 

Francis régi , colla submittere , ejusque scrvitio , incumbere , atque ab eo quam 
plurima bénéficia capere (1)? » Responderunl : « Nunquam cuilibet subjugabimus » 
nec cujuspiain servituti unquam adhasrebirous, neque bénéficia a quoquam exci- 
piemus. lilud beneficiuni optiine complacebit nobis , quod armis et labore praelio- 
rum vindicabimus nobis. » Tune Francigenae : « Quid acturi estis? » Hinc Dacigenae: 
c Quantocius abscedilc et amplius noiite stare, quia veslris aaibagibus non curamus, 
nec quid acturi sumus vobis indicabimus. » Illi vero abeuntes , quod audicrunt ex- 
pedite exercitui renuntiarunt. Ragnoldus vero, vertens se (2) ad Alsiignum, dixit : 
c Quid vobis videtur? Bellumne initiabimnr (3)? Vos ex illorum gente estls; vos 
artem praeliandi more Dacorum non ignoratis. Dicite quid sumus facturi ? » Tune 
Alstignus, venenifera vulpinaque arte suiïultus » exercitum aiïatur : • Hsc gens , ja- 
venilis aeiatis flore robustissima, armis edocta , prasliaque quam plurima experta^ 
si invadelur , magnum periculum nobis generabilur. • Tune quidam Franciscl ag- 
minls signifer, noroine Rotlandus (^),dlxisse fertiir : • Quid huic consulitis? Nunquam 
lupo lupus nec vulpis vulpe capietur. » His verbis incitatus dixit Alstignus : c Amodo 
a me bellum non blaspheroabitur (a). 

14 Intérim Rollo, et qui cum eo erant , fecerunt sibi munimen et obstaculum 
in modum castri » munientes se per gyrum avulsae terrae aggere , locoque portae re- 
linquentes spatium prolixae ampliiudinis , quod apparet ad tempus usque istius 
diei. Franci vero diluculo venerunt ad ecclesiam S. Germani {b) , ibique missam 



Var. — (1) Accipere. DU. — (2) N.-CL.-DU. Vertens ad. M.-R.-D. — (5) N.-A.-DU. Iniliabitar. 
M.-C.-R. Corr. cont. D. — (A) M.-a-A.-R.-DU.-D. Rullandus. N. Rodiandus. CL. 

{a) Nous avons dit, dans noire Mémoire, ce que nous pensions de Tauthenlicité de cette intervention 
de Hasting. Peut-être avons-nous été trop aflirmatif dans notre critique. En effet, si aucun texte ne vient 
appuyer le récit de Dudon, rien non plus ne rinCrme. Hasting avait, en 883, Tait la paix avec Louis II 
sur les bords de la Loire. Une chronique dit bien qu*il prit la mer avec sa bande (Dom Bouquet, t. VIII, 
p. 36, C); mais les Annales de St.-Waast renferment une version un peu différente ( Ibid., p. 83 , G.) 
et permettent de croire qu'il re&U au service du roi. Or, d*un côté, Hasting ne reparaît autheoti- 
qcement à la tête des Normands qu'en 890 , et de l'autre , les faits dont il est ici question dans notre 
aoteur, sont de 886. Nous ne voulons pas aller plus loin, et il suffit de montrer que le fait est pos- 
sible. Nous avons déjà fait voir qu'il était vraisemblable. Le dialogue entre Hasting et ses compatriotes 
D*a rien que de naturel. Comparei la réponse des Normands sur leur indépendance vis-à-vis des cheb avec 
ce que dit Abbon de Sigefrid, qui commandait les pirates au siège de Paris : Solo rex verbo;Moeiis 
tamen imperitabat. Dom Bouquet , t. VIII, p. â, D. Remarquons enfin que cette réponse confirme notre 
supposition sur le peu d'autorifé que possédait Roi Ion en 886. Il est évident qu'à cette époque il était con- 
fondu dans la foule des chefs de bande. Plus tard, on lui attribua un commandement supérietir qu'il 
n'avait possédé que postérieurement. Ainsi peuvent s*expliquer les contradictions apparentes du réeit 

(6) Il est difficile de préciser la situation de cette église Si.-Oermain; mais nous savons qu'il j avait 
alors près d'un palais impérial nommé Vetera Domu$ , et situé en Neustrie , une église ou chapelle de 
JSt.-Germaln. Vers 860 , Cbarie»-le-Gbauve y reçut le prince breton Herispoé. Nous avons déjà conjecturé 
( V. Bibliothèque de P Ecole de$ Chartes , 5*. série, t. III , p. lOS ), contrairement à l'opinion de If • Ls 



156 DE MORIBUS ET AGTIS 

audieotes participantur corpore et sanguine Christi. Âbhinc eqaitanles , in ripa 
fluminis naves Dacosque in munimine avulsae terrae ridentes , amplum portas aditum 
solum invaserunt. Daci vero intrinsecus hinc et inde per planitiem caslri accabi- 
tarant^ atque scutis se cooperuerunt Rotlandus » signifer Ragnoldi , euro acie 
qaam prsibat exercituum , violenter per aditum mirx prolixitatis ampluro super 
eos irruît , et debellare eos cœpit Daci vero exsnrgentes Rotlandum in momento 
interenierunt et ejus sequaces. Ragnoldus et Alstignus (1) , caeterique comités illic 
cunctos mortuos considérantes , terga vertentes , fugam expetiverunt hilares. Ex- 
teroplo RoUo , convocatis de hostili fugatione reversis dixit : € Quid mail egimus 
contra Francos? Cur nos adsalierunt? Quamobrem nos occldere maluerunt? Illorura 
est initium malî, cnlpa invadeniis, non obstaniis : prxsumptio occidere volentis» 
non defendentis. Quidquid malt contra ilios hinc egerimus, offensione Cactoram 
suorum perpetrabimusw Eia ^ occupemus castra , et oppida iilorum. Reddamus ta<- 
llonem ^ cumulatis nimium malis , pro offensis iilorum. » Hase exhortante duce 
Rollone , dimisso munimine avuisae terrae , céleri cursu navigantes , prasoccupa- 
verunt Metlendis (2) habitatores (a). Quam, iuterfectis principibus(6), cite subverte- 
runt (3), totamque provinciam devastarunt. 

15. Ragnoldus (4) vero comes, congregato majore exercitu priore iteruro conatur 
eosinvadere. Normanni autem se conglobantes sirictlm accubitaverunt se^ ut par- 
Tisslma putarelur summa eorum. Illico Ragnoldus init bellum , suas sorti non pro- 
futurum. Daci vero per aciem Rngnoldi inconvulse pergcntes ^ prosternebant duris 
verberibus plures. Yidens autem Ragnoldus suos defîcere , cœpit céleri cursu fu- 
gere. Gui quidam piscator Sequanae, attributus Rolloni, obviavit (5) teloque trans- 



Var. — (4) De Roglando el Hastingo a Bo1k>nc Ibgatis. CIom, marg, eantemp, CL. — (S) R.-CL.-D-N. Me- 
tendis. N. Medensis. A.-DO. Meulent. GU marg. mod, R.~(3)DU. SobTertunt. M.-D.— (4) Rainaldus. DU. 
— (5) N.-€. ObYiavit et. M.-GL.-R. Atlrlbntas Rolloni , manque DU. V 

Prévost, que ce polob ne devail pas élre situé loin de Pistes. Nous maintenons cette conjecture. 
Vettrœ domu» pounait être devenu le Mauoir, et on pourrait TaToir abandonné pour le nouveau palais 
de Pistes dont les Carlovingiens avaient Tait leur principale défense sur la Seine. 

(0) Mfulan-sur-Seine. La situation de celte ville sur la Seine, en aval de Paris, suffirait à proaver 
qu'elle dut être prise par les Normands qui, nous le savons, étaient en novembre sous les murs de 
Pontoise, dont ils s^eroparèreoL Cependant la légende rapportée par Dudon est sans doote erronée es 
ce qui concerne la mort de Ragnold qu*elle place après la prise de Meulan. Les Annales contempo* 
raines disent qu'il périt dans le combat livré près de Pont-de-rArcbe. 

(6) Princeps lotiuê Pranciœ est aulhentiquement une byperlM>le; mais il n*en est pas moins vrai que le 
titre de duc du Maine , possédé por Ragnold , emportait une certaine idée de supériorllé. Il eitslait sous 
la première race un CenomannHus ducalui { V. Geâta Dagobtrti ) el les Ann, Mettcns, nous ap« 
prennent que : « Pippinu» Gripponi Cenamannicam cum XU comitaiibu» dédit, • Or, Bginhard parlant 
du même fait , nous dit : « Gripponim^ more dueum, cum XII eomitatibuê euê donatum, • Roberl«4e* 
Fort avait posf^édé la même dignité. V. encore ce qu'en dit Valois, Nofilia^ v. BaiTâimiA, et les textes 
qn'i\ cile où Ragnold est nommé marchiêiuê Rritannici limitiê. 



PRIUORUM NORMANNIiE DUCUM. 157 

verberatuui occidit. Ragnoldidae (1) suum seniorem videntes mortuum , fugam tor- 
quentes , Dimium cquos expctiverunt. Tune RoUo , persequens eos , multos occidit 
plurcsque caplos ad naves dedu&it. Convocatisque fidelibus suis dixit : « Age, Dunc 
oavigcmus Parisius (2)« civesque qui prasiia fugerunt requiramus. • Igitur Norlh- 
manni ripa Meliendis nnves dlvellorunt, Parisiusque circumdanles obsederunl et 
praedam illius proviuciae ad obsidioucm verleruuU 

46. iMoranle diu [lollone in Parisius obsidione , deOciebat praeda longinquis re- 
gioDibus rapta. Illico NorlbmaDDi Baiocacensem (3) pagum expetunt, lolamque 
prsdaui rapieotes civitatem oppugoare cœperunt (a). Cives autem, ne more- 
reutur, hostiliter eis resliterunt et (k) Bothonem praecipuum Northmaunoruin co- 
mileni ceperunt. Nortlimauni, de Boihone dolentes, miserunt qui dicerect ad Bnioca- 
ceuses (5) :• Si reddidehlis nobis Bothonem, dabimus vobis unius anni securitalem. » 
Baiocacenses , consilio ducli , dixerunl ad invicem : < Moiius est nobis spatio unius 
anni requiescere quam pro uno comité totum prxliis ducere. » Data igitur secu- 
ritate , reddiderunt Bothonem , aspcrrimum miiitem. Transacto vero anno , circum- 
stante Parisius obsidione , Iloilo Baiocas petit» eamque violenter cepit , totamque (6) 
fuu<litus subverlit , captivosque et praedam totius regionis sibl vindicavit Quin etiara 
quanidam Popam (7) virginem , specie decoram , superbo sanguine concretam , 
praevalentis principis Berengarii filiam , secum iaetus adduxit eamque sibi connubio 
ascivit , et ex ea filium nomine lYillelmum (8) genuit {b). Denique, residens cir- 
cum Parisius, misit Ëbroicas exercitum ut caperetur civiias et episcopus. Qui 
venieus civitatem invasit , populorumque piures et praedam cepiL Sed episcopus , 
Sebar nomine , Oeo annuente , evasit ; statimque , illius pagi praedam capientes , 

Tar. — (i) CL.-R.-D. Raioolide. M. Ragenoldule. N.-C.— (2) Quod Rotio Parisium obsedit Glos. 
marg. coniemp. CL. — (3) M.-N.-CL.-R.-D. Baiocenseni. A.-DU. — (4) N.DU. — (5) CL.-M.-R.-D. 
Rajoceoses. N. -A.-DU. — (6) R. Tolam. D.— (7) Popam. DU.-M.-A.-N.-R. Poppara. C.-D. Pumpam. 
CL.— (9' R. -DU. Guillcroium. N. Vulllelmuro. M. Gwillelmuin. CL.-C Guiltelmum. D. 

[a) C'est à cette expédition que se rattache Tiiivasion du Cotonlin : c Nortmanni pcr mare navale iter 
atque per terram pédestre et équestre ugenles, in lerritorio Constantiap cîvitalis casirum Sancti Laudi 
sedcm sibi Taciuut, ipsumque casirum oppugnarc non cessant. In ipsa obsidione positus Lista, 
praedicte civitatis episcopus, diem clausit extremum : gladio etiam nobilioribus prsdicti caslri deietiit, ad 
ullimum capta est munitio dicti castri , interfecUs ejus habiiutoribus , ipsumque castrum funditus terne 
cocqualum. Britaoni vero viriliter suum defensaverunt regnum atquu alllictos Dunos Sequanam redire 
compulerunt > Ann, ycdatt. 889 , ap. Dom Bouquet , t. VIll , p. 88, B. C. —V. encore : De ùelL Paris, 
urb. , Ibid., p. îi, D, et GatU eh., XI, 866. 

{b) Le passage correspondant de l'ouvrage de Guillaume de Jumiéges n'est pas, contre l'ordinaire, un 
simple abrégé du texte de Dudon : « Exploratores supenreniunt, nuntiantes Baiocacensem urbem a de- 
Tensoribus vacuam esse et abaque detrimeuto cujuslibet victoris Tacillime capi. illico, avulsis ab obsidione 
oavibus (Rollo), Baiocassium (iic) vHivolo venit cursu. Quam captam aliqiiatenus subvertil, babitatoribus 
ejos interfectis. In qua nobilissimum quamdam puellam, nomine Popam, Qliam scilicet Rerengarii , 
illustris viri, capiens, non multo post, moredanicu, sibi copulavit, ei qua Willelmum genuit fiiiamque 
nomine Gerloc valde decoram. Ea sic urbc demolita Rollo concite Lutetiam regreditur. • Lib. II, cap.xii. 

20 



158 DE MÔRIBUS ET ACTIS 

tolam terram devaslaverunl Parisiusque reveoerunt. Talibus itaque exlerrfle 
plurimae gentes FraDciae tributa solvebant RolloDi, pluriroae vero resistebant ei. 

17. ÂDgli vero audientes quod Rollo Parisiaeam urbeni obsedisset, rebasque 
FraDciscis impcdiretur, atque aestimanles qaod amico sao régi Alslemo in adjato- 
riuin Don subveniret, tenorem fldei respueiites, cœperunt arroganter insolescere , 
contraquc regem Importunis bellis ferltantes dimicare. Terra Anglisca (i) eiercitu 
régis et obstantium sibi devastabatur ; publica res malis afilicta aDnullabatur , mili- 
(esque régis , el obstantiam varii inleritus morte praeoccupabantar. Igilur Alstemus, 
rex cliristianissimus , quum non haberet ande arroganliae Angiorum resisteret , misit 
qaeuidam comitem ad Rollonem , circa muros Parislacae urbis debeliantem. Qui ad 
euin veiiiens , subinisso vullu lutulit dicens : t Hex Angiorum Àlstemus carum 
inexlrirabilis amiciti» tibi munus. Quondam , domine mi , tu et Aistemus ^ rex 
Angiorum pacificus, pepigisiis mutui adjutorii foedus, ut qui veslrum indigeret ad- 
jutorio , ailerius muniretur sufTragio ; et quem vestrum adversa forluna protereret, 
aller illi in adjutorium subveniret. Quapropter, inopinato jugo perfidorum Angiorum 
pressusj excellentem super omnla potenliam luam precalur, ut succurras ei vc- 
locius , quia Angli , te pr»occupatum scientes negotio Franciscl beili « non putanl te 
subventurum propius meo senior!. Rollo vero legato régis quod necesse erat 
tribnit eique triduum jussit exspectare principibusque advocatis, quid acturus sit 
super hoc negolio cœpit inquirere. Statlmque misit ad principes civitatis , ut aut 
eam illi redderent, aut obsides darent, aut se ad defensionem prspararent Cives 
autem noiuerunt urbem ei reddere , nec obsides dare ; sed festlnant se contra diei 
venturi praelia praeparare. DIluculo vero Rollo, continui conflicii tempore consurgens, 
certamen diurnum iniit , civesque tota die praeliis afflixit Videns autem quod urbem 
prasliis non caperet, crepusculo noctis naves velis ornavit Parisiusque dereliquit , 
atque Angiorum terram citius quam potuit , cum legato régis Alstcml , pervenit 
Ipsumque legatum ad regem misit seque adesse illi in adjutorium mandavit (2). 
18. Tune rex Àlstemus, dictis legati laetior effectus, copiosae multitudinis exer- 
citum vocavil atque contra Rollonem ducem festinanter perrexiL Qui simul con- 
gressi , nimiumque amplexati atque amicabiliter sunt osculati. Illico Rollo gratuita 
voce conipeilere cœpit regem : c Grates , domine rex , tibi condignas persolvo , quia 
duodecim naves houestis militibus plenas, totidemque frumento , vino atque lardo 
onustas misisti mibi in Walgras. » Tune rex^praesaga voce, dixit: -: Tibi prae- 
maximas debeo gratias , quia tibi a Deo datum regnum propter me dimisisti mi- 
bique in adjutorium festinanter subvcnisti. Non ignoras cujus rei causa mibi 
succurrerc tibi mandavi. Regnum cui praeesse et prodesse debeo , devastatur , de- 
cusque regiminis mei adnihilatur ; qui Angli , insolentia temeritatis tumidi et per- 



Var, " (i) M.-A.-R.-D. Terra vero aoglica. N.-CL.-DU*— (S) N.-CL.-a-A.-R. Rollo obsidionemPari- 
siacam dereiiquit el in adjulorium Alslemi régis Tenus Angliam festiDaviU Glo$, marg, eontemp, CL. 



PRIMORUM NORMANNIiE DUGUH. i!^9 

versi , meis noluul obedirc praeceptis. Recedenles a me , sibi invicem conspira- 
veruQl^ meque meumque serviliuai abdicanles floccipendunt, quin eliam ususfructus 
ineorum oppidorum sibi diripiunt Prccor igitur ut adjuves me eos elidere el 
dispergere , eorumque contumacem virtutem conlerere el cooculcare ; quatenus 
ad servitium licet invili redigaïuur, el quod mereotur pœnis acriler luant. Me- 
dietatem ergo regoi mei tibi dabo (1) • dimldiamque facultatem supclleclilium 
meorum Ubi sponte cuncedam. Sicque indissolubili conjunclas amicitiae fœdere 
colligati, teneamus reguuni simul, totiusque liODoris ejusque fungamur bonis. » 
Dedil ilaqae rex Aistemus Rolioni regni dimidium , alque medietatem bonorum 
suorum. Dux Rollo stalim régi respondit : • Tlbl , domine rex , est imporare , miiii 
obedire. Quos vis conleram; quos voiuerîs disperdam. Subvertam urbes eoruro , 
villasque el oppida incendani Ipsorum : proteram eos et dispergam ; subjiciam eos 
tibi et occidam. Uxores et semen eorum captivabo , el armenta eorum devorabo. » 
19. His ab invicem explctis, pergnnt unanimes contra Anglos régi obstantes. Rollo 
vero contra Anglos multa praelia exercuil urbesque eorum obsedit, quarum multas 
igné crematas depopulavit. Videntes autem Angli quod non praevalerent contra 
regem, sed déficientes afDigebautur , venerunt ad Rollonem flexisque genibus dixe- 
runt (2) : • Dacorum potentissime, nos régi Alstcmo pacifica et concordare, quia in- 
consuiti contra regem praevarîcali sumus, fidelitalis vincula rumpontcs quam ei pro- 
misimus. Nos ei obsides conservandae fidei dabimus, hincque ci sponle incumbentes 
fideliler serviemus. » Rollo vero, bis auditis, ad regem Alstemum ivit el quod Angli 
retulerunt régi intiniavit. Tune rex motus pielate quornmdam (3) suorum dixil : « Ne 
flagelletur respubiica diutius» si consulis, o amice, ad servfendum nobis eos, obsi- 
dibus dalis, rccipiam. » Tune Rollo : « Tu, domine, obsides perseveratur» tibi fidei 
recipe. Ego vero advena , non cognoscens mores Anglorum , permansurae fidelitatis 
niibi obsides recipiam. t Illico Anglorum quisque oiTensus cornes , oucra ofTensionis 
el pœnilentis deportans^ régi unum el Rolloni alterum obsidem dederunt ; sicque 
flagellaU duduni, et pacificaii per Rollonem quieverunL Rex aulem œstimans Rollo- 
nem esse moralurum omni cursu lemporis in Anglica (a) terra, denomlnal ei {h) 
medietatem regnb, scllicel urbts el castra, villas el oppida, aulas el |>alalia 
atque (5) bonorum suorum supelleclilia; quin eliam deprecatur ut sinal se sncro 
lonle redimi seque a- commissis piari. Rollo aulem , scmper memor visionis , 
prccibus régis non acquievil , verum qui (6) su» sortis erant , obsidibus ante 

Viir. ~ (Ij Qaumodo rex Aistemus luedietateni regni sui coiitulit Rolloni. Glos, mnrg. coittemp, CL. 

— (2) Quomodo Angli Régi Alslelmo sunt pacificati. Glos, marg, couiemp. Cl.. — (3) Quondam. UU.-D. 

— (4) DU. Fjus. D. — (5) A..R.-DU. El qiMB. N.-CL.D. — (6) Quac. MS.-D. 

{a) Selon une Chronique auonjriDe, publiée par Dudiesne ( Uiêt, Norm, script. 32, B], Rollon serait 
resté trois ans en Angleterre : « Vcrum post unum annum , quo Taginam sue babilationis rgn-ssus 
fueral, el omnem oram marilimam inceudiis et rapinis contaminaferat, et ab Anglorum rege invilatus 
insulam expeliil, et per tricumum iLi denioralus fafndem gentcm sibi Gnuo fœdere col llga vit. > 



160 DB MORIBUS ET ACTIS 

regcm conductis, vultu sereno dixit (i) : « Talionem modo, domine rex » pro 
bonis qux mihi Walgris impendisti , reddidi. Regnum qaod mihi ultro dedisti , 
per bunc mucronem , duodecim libras auri capalo habentem , reddo libi. Quin 
etiam obsides, qui mci jaris sunt, et qui astant, jubé recipi» prscavens ne patruro 
suorum cl avorum perlidia (e iternm respuendo decipiat. Ego Franciam celeriter 
repetam meosque inimicos affligam et conteram , disperdam et convincam. Tantum 
te deprecor ut qui me sequi maluerint , non prohibeas eos. > Rex autem ad- 
mirans , et gratias super liis dictis agens , dixit : t Dnx praepotentissime , pars 
animae me», ego tecum Ibo. Reges (2), duces et comités tibi humiliabo. » Res- 
pondit Rolio : ^ Nequaquam , domine , regnum dimittas , cul praeesse et prodesse 
jugi juvnniinc debes. » Extemplo Rollo , amicabiliier rege relicto , congregato 
inenarrabiii multiludine juvenum , transfretato ponlo (3) » Franciscnm advehitur 
regnum. 

20. Statim comités exercitus sui di?idens , alios alveo Sequanx • alios Ligeris 
fluento , alios amne Gerundae interjacentes provincias praedaturos , céleri naviga- 
tione misit Ipse autem Parisius iternm veniens (^), cœplt urbem oppngnare et 
terram super inimicos suos devastare. Karolus autem rex audiens qnod Rollo 
inopportunis bellis attrltum subjugasset régi et sibi transmaritimum regnum , con- 
silio Francorum , rogat ad se venire Franconem , Rotomagensem episcopum , 
Rolloni jam attributum. Cœtu igitur Francorum congregato super tantis impor- 
tunitatibus paganorum consulturo, jamque ascito Francone episcopo, condoieos 
de egestate regni sui , dixit : • Regnum , cui praeesse debeo , desolatur. Terra 
aratro non scinditnr. Respubiica et captivatur et occiditur. Obesse Rolloni nequeo , 
quia quotidie meis privor. Quapropter paternitatem sanctitatis tuae rogo et deprecor 
ut acquiras nobis apud Rollonem seqaestram pacem trium menslum : et si forte, bis 
diebtts, cbristiannm Gerl se voluerit, maxima bénéficia ei dabimus, magnisque donis 
eum remunerabimus. • Franco vero, bisanditls, Rotoroo reversns, Rolloni duel 
humillimls precibus dixit : t Rex Francorum mandat' ut des illis pacem trium men- 
sium; forsitan dabitnr salnbre consilium inter te et lllam. > Rollo autem, hisauditis, 
consilio suorum dedlt régi pactura trium mensium. Spatio vero hujus brevissiml 
temporis quievit terra a paganis. 

21. Âudientes autem Burgundiones , Ricardus (5) scillcet ^a) vel Ebalns, PIcta- 
vensis comes (6) , quod Franc! imbelles (6) armisque frigidi , quasi eCTeminati , 
petiissent securilatem Rollonis , misernnt ad regem et ad comités, dicentes : t Ter- 



Far. — (i) Quomodo Bollo regi Diedietatem Alslemo régi reddidit. — (2) DU. Regem» D. -— (8) A.- 
D. Portu. CL.-R.-D. — - {h) De secunda obsidione Rollonis apud Parisium. Glos* marg, CL. — (5) N.- 
CL.-A. Bicliardus. M.-B.-DU.-D. — (6) N.-CL.-R.-D. Imliecilles. M.-A.-DU. 



(a) Richard -le-JusUcier, duc de Bourgogne de 877à9Sl. 

{b) Ebles, dit Monter ou le Bâtard, comte de Poitiers de 90S à 98S. 



PRIMORLM NORMANNIiE DUCUM. 161 

raiD qaam tenetis cur sinitis vasUri a paganis ? car dod auxiliaminl quibus praeesse 
et prodesse debetis , suisque finibus exterminatae cur non rcsistitis genti (a) ? Nos 
vobis, si volucritis, auiiliabimur , et si forte ingruerit contra vos beilum , volun- 
tarie aderimus. t Franci vero , his conluroeliose sermooibus exaspérât!, finito ter- 
mino securitatis , cœpcrunt rebellare paganis. Illico Rollo , putans se propter 
secaritatem quani dédit » a Francis vilem a^timalum , ferociter et crudeliter devas- 
tando provincias, cœpit laniare et affllgere» atque delere populum. Sui autem in 
Burgundiam pcrgentes, pcrque lonam in Sigonam navigantes, terrasque ainnibus 
afGnes asque Clarum-Montem undique sccus dévastantes, Senonis provinciam in- 
vaserunt , atqae concta depopulantes ad Sanctum Denedictum contra Rollonem 
revenerant Videns autem Rollo monasterium Sancti Benedicti , illud contaminare 
noluit , nec praedari iJlam provinciam propter sanctum Benedictum permisit. 
Stampas equidero adlens totam terram adjacentem perdidit , quamplurimos capti- 
vavit Inde, ad Vilemetz (1) veniens, finitimas terras, praedavit, hincque Parisius 
remeare acceleravît (b). 

22. Rusiici vero, videntes Francos robustissimos bellatores et Burgundiones 
asperrimos pugnalores penitus adnihiiatos , congregantes incomprehensibilem nu- 



Var. — (i) N.-C. Vllemeli. CL.-A.-R.-DU. Velemcli. M. Villcmei. D. 

{a) Cette tentaUre d'accord eotre CbarIcs-le-Simple et les Normands a laissé des traces historiques. 
Frodoard, daas son Historia ecclei. Remens,, lib. IV, cap. t., ap. Dom Bouquet, t. VIII, p. 160, en 
mentionne une à raison de laquelle Téfèque de Reims, Foulques, adressa au roi une lettre très-séyère. 
Ce texte ne porte pas de date; mais si Frodoard a suivi, dans son recueil, l'ordre chronolo^que, on 
doit la rapporter aux dernières années du 1X«. siècle. En effet, la lettre qui le précède, adressée à 
Tempereur Gui , et celle qui le suit, adressée à l'empereur Lambert, permettent de croire que ce projet 
d'alliance fut formé avant 898. Les Annale» Vedaitina meniionnent un projet pareil dès 897 : « Rex 
roisil ad eos ( Nortmannos) regnum redimere volens. • Dom Bouquet , VIII , 92 , C. 

[b) Il est à craindre que Dudon n'ait raconté un peu confusément celte expédition des Normands. Ce 
qui parait certain, c'est que, renouvelant ( 898-899 ) une de leurs campagnes de Tannée 887, ils en?a« 
birent successivement le l)assin de la Haute-Seine , celui de l'Yonne ( Jona ) et celui de la Saône 
{Sigona), Nous savons par la CJironique de St. -Benoit de Dijon qu'en 899 « Ricbardus, comes Bur- 
guodia , pugnavit cum Nortmannis in villa Argentolis et ocddit eos. V. Pertx , Mon, Germ, hUu 
script, , L V, p. 38. Argenleuil est un bourg du département de l'Yonne, à S lieues de Tonnerre. V. 
aussi Ànn, Vedast. ad ann« 898, ap. Dom Bouquet, t. VII, p. 92, D, et /4nn, Besuenses^ où l'on raconte 
la destruction du monastère de Bèie par les Normands en 898 ; ap« Dom Bouquet, t. IX, p. 20, C Les An- 
nales de SL-Bertin parlent aussi d'une renconire entre Richard et les Normands , en 902 , près de Ton- 
nerre. Peut-être les deux dates se rapportent-elles au même combat. En tout cas, il n'est point douteux 
que ces texles n'aient trait aux expéditions dont parle noire auteur. De la Bourgogne, les Normands 
paraissent être passés dans l'Auvergne et avoir poussé jusqu'à Clermont-Ferrand , d'où ils revinrent sur 
les bords de la Loire, à Flenry, où les attendait Rollon qui, sans doute, n'avait pas voulu s'engager 
personnellement plus avant. II ramena sa troupe par Étampes, par Villemeox, près Dreux, et se montre 
de nouveau sous Parist La hardiesse des entreprises , que ce peu de renseignements nous permet de de- 
viner , nous montre quelle était déjà la puissance de Rollon. 



462 DE MORIfiUS ET ACTIS 

mero mullitudiDem » desueta arma Deqaicqaam gerentem , conaotar invadere 
Rollonem. Rollo autem respiciens vldit aerem pulveruleutum , creberrirooque cou- 
cursu pediCum densius obnubilaluin; convocatis principibus suis dixit : < Popuius 
peditum Descio an equituni dos sequitur. Pedites Doslri celeriter viam pelanl ; 
équités nobiscnm remaneant , ut videamus cujus forlitudinis sint qui nos perdere 
volunt. » Exspcctante autem Rollone cum equitibus, appropinquaverunt rustici , 
équités cum peditlbus. Illico Rollo irruit super villanos, crudelique nece illos usque 
ad internecionem prostravit , et contrivit eos , caedeque maxima peracla , repe- 
davit ad suos. 

Poslea vero Rollo , nimio furoris œstu inhians et flagraos , super suos Inimicos , 
civitatem Carnotis (1) hostiliter expetiil , atque Dunensem comitalum et Caruo- 
tensem vastans, cum magno exercilu obsedil. Quidam vero episcopus Gualtelmus(2) 
urbi prierai religiosissimus. Is , mœrens et ejulans continuisque orationibus 
instans, misit ad Burgundionum ducem Ricarduro, et ad Pictavensem comitem 
Ebalum , ut subvenirent urbi morte praeoccupatae , pro amore Dei , in auxilium. 

23. Misit (3) autem et ad Francos hujus mcestiferae legationis nuntios. Qui , ce- 
leriter Ricardo comiti adha^rentes » Invaserunl Rollonem , circa muros Carnotis 
praeliantem. Rollo vero, more solito^ constanter Irruit super illos atque. In primo 
apparatu belll , superavit , fortiter dimicans illos (6). Franci vero et Burgundiones 
vires resumentes ausumque iterum capientes , invadunt Rollonem duriter illis ob- 
stantem. Caesis ergo christianorum ac paganorum pluribus, stabat uterque in 
praelio exercitus, mutuans vitam alternis ictibus ; quum subito Gualtelmus epis- 
copus , quasi missam celebraturus infulatus , bajulansque crucem atque tunicam 
sacrosanctae Mariae Virginis in manibus , prosequente clero cum civibus , ferratisque 
aciebus constipatus ^ exsiiicns de civitate y paganorum terga telis verberat et mu- 
cronibus. Cernens autem se Rollo inter utrumque exercitnm stare, seque non 
praevalere suosque decrescere , transiens per médium illorum , cœpit ab eis de- 
clinare , ne praeoccuparetur morte (a). 



Var, —(1) Civilalem Carnolensem bosliliter iiivasil. DU,— (2) N.-CL.-C. Wallelmus. M.-A.-DU. 
Gwaltelmuft. D. — (3) De Carnolis libeiatione. M.-CR.-D. Cette rubrique manque dans le ms. N.-CL.- 
A.-DU. — (A) M. CL.-M.-C-A.-R.DU. 

(0) Le texte de Frodoard est favorable à ceux qui placent ce siège en 911. En effet, il le ratuchc 
au baptême de Rollon qui eut lieu en 912 : « Post bellum quod Robertus cornes contra eos Carno- 
lenusgessit fidem Cbrisli suscipere receperunt. » Frod., Hist, eccL Rem,, lib. IV, cap. xiv. L*é?éoenient . 
en tous cas n*eui pas lieu anlérleurement à Pannée 902, date avant laquelle Bbles n'était pas encore comte 
de Poitou. Le Carlulaire de Si.-Père de Chartres fournit de curieux détails surce siège. Bien qu'il soit évident 
que Pauteur , le moine Paul , arait entre les mains Pouvrage de Dudon , il y a lieu de croire qu'il a 
emprunté aux traditions locales ce quMI ajoute au récit de noire historien. Ainsi, après avoir dit que 
Rollon, ne pouvant prendre Paris, se dirigea sur Chartres, il nous indique la route qu'il suivit: 
• Ad quam (urbem) per Sequanam remis currenles in Givuldi^fo>sa applicuerunt ibique» navibus 



PRIMORUM NORHANMiE DUGUM. 103 



APOSTROPBA AD ROLLONEM. 

Rollo, potensque valensque vigeusque (I] asperrimus armis , 

Ne verecunderis si jaro fugitivus haberis. 

NoD tA Franco fugat, te nec Burgundio cœdit, 

Concio multimodae geotisque utriusque phalangis : 
ô— Sed tunica aima Dei genitricis Virginis, atque 

Keliquiœ simul ac pbilateria cruxque verenda, 

Quam vebtt in inanibus meritis prsBsul reverendus. 

Velle tuum semper tibi posse, velut fuit olim, 

Et modo velleque posse tuum legaliter ibunt, 
10— Posseque velle tuum humanum jamjamque renoscent. 

Vclle tuum modo posse suum spectabit amicum , 

Posseque velle suum sic prœstolabitur (2) ipsum. 

Conjunctis pariter bis disjunctisque duobus, 

Aut faciès , aut non, quflecunque negotia rei. 
J5 — Quis sine, perficies nullius summa negoti. 

Sœpe adquirit uterquo suum violenter amicum. 

Sœpe resistit uterque suo rapido obice amico. 

Natura servante modum, qua (3) propter amicum 

Conditio humani figmeuti tristis babetur. 

ITEM APOSTROPHA AD ROLLONEM. 

Multimodas perpesse minas , nimiosque labores , 
Unde fatigavit temet fortuna querelis. 
Inde tibi meliora dabit jam fruge perenni 

Var. — (i) N.-C-R. Valensque auperrimus. D. — (S) N.-C. Prcstabitur. B.-D. — (S) N.-C Quam. 
R.D. 

relidis, prspeli corsu ad urbem veniunt eamque in circuitu obsidione vallanL Verum enimvero 
pnefotus praesul ( Guantplmus ), venturam obsidionem, divino relatu, prenoscens, Pictavensem comitem 
venire tibi in auiilium mandai duoemque Biirgnndia atque doos polentinîmos Francis comités qui , 
die constiloto a prcsule, pari voto, com eiercita maximo parati, chrisUano populo aaxilium ferre 
adsunt Quumqae pagani, viribus et armis confidentes , admodum insistèrent et civilatem capere festi- 
narent , pontifex, die qao noverat supradictos comités sibi venire in anxiliom valde dilucalo jubet omnes 
saos armis muniri et ad portas ventum iri. Trshens itaque interiorem tanicam Dei Geoitrids Marie, 
super portam que Nova vocalur, obtutibus paganonim obtolit portamque urbis aperuit et christianos 
fidenter praHiare jubet. . V. CartuL de SL-Pére. ProU CCXXVl , p. 49. 

Le siège fût levé le 12 ( lisex le iS ) des calendes d*août, c'est-à-dire le SO juin qui , en 911, tombait 
un dimanche (V. Dom Bouquet, L IX» p. 30). Certaines chroniques prétendent que la perte des Nor- 
mands B*éleva à 6,000 hommes. 



16& DE MORIfiUS ET ACTIS 

Aspera lot tolerata diu modo lœfa sequentur. 
ô^Gaudia longa metes hinc hinc inœrore subacto. 
Te labor artificem belli hucusque peregil ; 
Post hos mœrores sat dona quietus habebis. 
Nainque labore gravi coucrescunt prœniia multa. 

26. Quaedam acies paganorum , evadeos forte prxlii pcriculum , ad f.cugas (i) (a) 
pervenil, et monlis eicelsa subiit. Fioito igilur taliet tam magDO cerlamine belli, 
Ëbalus vespere advenit cuiu suis , Francosque et Burgundiooes iiuprecatur (2) : 
c Nimis me pro nihilo duxislis , quando praeliuo) sfne oie inchoastis. Blaspheiuabor 
a cuDctis gentibus , quae auditurae sunl hos eventus. Proh dolor I mallem mori cum 
isto populo quam abesse praelio. > Tune Franci et Hurgundiones dixerunt ad 
Ebalum , siue re querulum : « Adliuc exspectat te aliquid certamiuis , quo potes 
te tuosque cito (3) eiperiri. Considéra Norlhmannos praslio fugatos, cacumen montls 
causa praesidii aggressos. Praecipita erga eos a monte , eorunique superbiam elide. 
Vindica sanguinem Francorum et Burgundiouum , boc campo , heu ! dolor ! jacen- 
tium. Sentianl le modo <idvenisse, qui gloriantur se periculum mortis evasisse. » 
His igilur diclis , Ebalus invasit Northmannos» in monte nimium cxterritos. Ebalus 
autem ascendcbat montem cum suis; Daci vero resistebant ei jaculis. Ebalus ja- 
ciebat eo missilia {U), Daci vero vioiabaut eos ^5) jaculis. Eballdo; tentabaut as- 
cendere cacumen montis ; Roilonidae praecipitabant eos usque ad basim montis. 
Ebalidae sepes et parieles, quas Daci ad capieudani civitalem fecerunl, ad montem 
deportaveruut ; Daci vero eosdero parietes et sepes iliis absiulerunt et se , ex illis 
circumdando , munierunl. Populus vero Francorum exspeclabat finem jurgiorum. 
Ebalus igitur , videns quod non proûceret ei iuitum certamen , venit ad Ricardum 
ducem , in campo praeiii castrametantem. Tune exercltus montem circumsepsit , ne 
posset ullus elabl. Videutes autem Daci se circumseptos plèbe ^ dixenint ad fnvicem : 
« Si exspectetur forte dies futurus , omnes gladio interimemur. » Frisonum (6) 
quidam de gente natus» qui erat illis accreditus, dlxil morlem timentibus : < Dabo 
consllium nobis (7) profulurum. Intempestae noctis silenlio , quidam nostrorum de 
cacumine monlis clam descendant , et forinsecus circa lenloria buccina clangant. 
Illi namque, audilo clangore tubarum, autumantes adesse Roilonem , nostrum du- 
cem , formldolosi slupidlque atque pavidi , fugllabunl » hue lUucqae divisi. Nos vero 
de monte descendentes irruamus super castra principum , durlterque debellando 

Var.--{i) M.-C-A.-R.-DU.-D. Leugam. N.-CL.— (3) Imprccatur nimis. DU. •— (3) M.-A.-R. àJanque, 
D.— (à) Missibilia. N. — (5) Eum. DU.— (6) N.-CL.-C.-A.-DU.-D. Frixonum. M.-R.— (7j N.-CL.-C.A. 
Vobis. M.-R.-D. Dabo vubis. DU. 

(a) Il y avait eu sur cette colline, in monte Leugarwn, non pracul ab urbe Camotum, un monastère 
délniit par les Normands dans des incursions précédentes {Cart, de Su^Père, p. 10). L'auleur du Cur- 
lulairc a d*ailleurs, en cet endroit , copié Dudon, mais sans le bien comprendre. 



PRIMORUM NORMANMiE DCCUM. 165 

eos^ transeamas per médium illorum , et fesliDemus aggredi seniorem nostrum , et 
sic evademus (i) mortis periculum. » Responderunt : « Congruum nobis elsalubre, 
secondam quod accidit 9 das coosilium. Melius est nobis ita (2) agere , sciiicct aut 
elabi» aut mori , quam hic morari , nosque vivos coraprehcndi et pœnis diversis 
afiQigi. » Idcirco, obscur» noctis conticiuio, desceoderunt quidam de monte, et, per 
tentoria clam transenntes ultraque venientes , cœperunt iutrinsecus tubis claugere 
terroremque repentinum eis incutere. Caeteri vero, cum magno tumullu magnoquu 
scutorum fragorc elabcnles velociter de monte, invaserunt Ricardum, tentoriis so- 
poratum ; sicque ferocitcr prxliantes et per médium exercitum transmeantes , 
viam quam Roilo tenuil citatis gressibus liberati pcrgunt; atque super Olhuram {a) 
venientes, loco allô palude circumdalo gressum fatigali figunt Exercitus vero ni- 
miom exterriius cœpit bac iilacque fluctuare » pulans RoUonem adesse. Ebalus 
vero hujus rei terrore domura cujusdam fuilonis expetiit atque diu in ea delituit 
Exercilus aulem, lucescente aurora, montem videns bosUbus vacuum, eos prose- 
quitur quousque morabanlur. Nortbmanni vero innumerabilia animalia , quae securo 
adduxerant , statim occiderunl ; atque tergora dimidia animalium diripientes et 
excoriantes, ex cadaveribus ipsis castrum circa se fecerunt; ponentesque nnum 
super alium, coria sanguinolenta forinsecus avellerunt , ne equi stupidi equitesque 
mirantes appropinquarenL Franci vero et Burgundiones , prosecuti eos , quum ades- 
sent castellumque ex corporibus equorum , boum , asinorum , caprarumque et 
bidenlium conseptum tergoraque sanguinolenta forinsecus pendentia vidissent , 
dixerunt ad invicem: t Quis invadet istos? Qui vult vitam perdere, accédât ad 
cameum castrum et mirabile. > His dictis, quique repedarunt ad sua (3), Daci vero 
ad navium {k) contubernia. RoUo autem videns milites suos, gratulanter dixil ad illos : 
c O robustis&imi armisque asperrimi , quomodo praelia evasistis? » Tune iili cuncta 
quae acciderant retulerunt RollonL Rolio vero, ira (5) exagitatus furiisque acer- 
rimis bacchatus, cœpit totam terram vastare et delere atque incendio concremare, 
Illico omnis salus conclamatur fiduciaque vivendi non reperitur ; publica res adnihi- 
latur ecclesiaeque desertae habentur. 

25. Franci vero non valentes paganis resistere, totamque Franciam videntes ad 
niliilum venire, unanimiter ad regem venerunl atque dixerunt : « Cur non auxiliaris 
regno, cui prsesse et prodesse debes sceptro ? Cur non pax concilio acquiritur, 
quam nec bellis nec ullo defensionis obstaculo adipisci possumus? Honor et polestas 
regalis subjicitur (6) , paganorum insolentia erigitur. Francises regionis terra quasi 
solitudo habelur, quia ejus populus aut famé aut gladio moritur , aut forte capti- 
vatur. Tuere regnum, si non armis, vel consilio. > Tune rex Karolus bis dixit 

Var. — (1) ETadamus. DU. - (2) lier. DU. — (8) DU. Sua. D. — (4) Ad na?iom. DU. — (5) DU. 
Iraro. A. — (6) Subditur. DU. 

(a) Othura. La rivière d*Eare. 

21 



166 DE MORlfiUS £T AGTIS 

furibuDdus : « Date mibi coDsilium^ quod regno et nobis sil salubre et congruuiu. » 
TuDC Fraoci: • Dabimus^ si nobis credJderts, consiiium tibi et regoo condignum et 
salutiferuni , ut requiescat populus nimis peouria afflictus. Delur terra a fluvio 
Andeilae unique ad mare paganorum gentibus ; Gliam quoque tuam Rolloni conjugio 
junge. El ex boc potes muitum contra gentes tibi obstanles prasvalescere ; quia Rollo, 
superbo regum ducumque sanguine nalus^ corpore pulcberrimus, annis fervidus, 
cousilio providus, aspectu decorus^ contra nos mansoetus, cui promittit fidus amicus, 
cui advcrsatur atrox inimicus, sagaci mente vasallus constans et lents, ut res (1) 
exposcaty in omnibus, sermone instructus, docilis in rébus, actibus benevolus , elo* 
quio honestus , virlute virili repletus, bumilis conversationibus, rebusque forensibus 
prudentissimus, in judicio justus, in secretis cautissimus, auro argentoque ditis- 
simus, creberrima militum frequentia assidue constipalus, quin etiam omni bonllale 
est exaggeralus. > Gonfestim Karolus his consultus misit Franconem, arcbiepiscopum 
Rotomagensem, ad Rollonem paganorum ducem. Qui veniens ad eum bls^ndis ser- 
monibus cœpit alloqui : « Omnium ducum praestanlissime cunclorumque praecel*- 
lenlissime, liligabis vita comité semper contra Francos ? Prsliaberis semper contra 
iUos? Quidde te si morte praeoccupatus fueris? Cujus figmenli es? Deum te esse 
aestlmas? Limo plasmatus, nonne hoipo es ? Nonne es escavermium, cinisque et 
pulvis? Mémento qualis es et eris, et cujus judicio damnaberis. Herebo (2), ut 
reor, frueris, nec quemquam lacesses ultra praeliis. Si vis cbristianus Geri, prs- 
senti futuraque pace poteris frui dltissimusque bac terra morari. Karolus, rex 
patientissimus, consilio suorum ductus, banc terram marilimam ab Halstigno et a te 
nimium devastatam vult tibi dare. Quin etiam ut pax et concordia, atque amicitia 
Arma et stabilis atque continua omni tempore inter te et illum permaneat, filiam 
suam, Gislam nomine, uxorem in conjugio dabit tibi; qua copula proie laetaberis, 
regnumque in perpetuum tenebis. b 

26. Quo audito, convocat majores Dacorum, et quae episcopus sibi retulit narrât 
in auribus eorum. Daci vero , reminiscentes somnii interpretationnm , dixerunt 
Rolloni : c Terra base penitus desolata, militibus privata, aratro non exercita, ar- 
borlbus bonis referta, fluviis génère ditersorum piscium plenis divisa , venatu opu- 
lenta, vineis non ignara, giebis cuitro elaboratis fecunda, mari affluenliam diversa- 
rum rerum daluro ex una parte circumdata, altéra decnrsibus aquarura deportan- 
tium navigio cuncta bona, quasi Francis regno discriminata, si fuerit frequentia 
bominum usitata, valde erit fertilis et uberrima , nobisque ad habitandum suffi- 
ciens et congrua. Filia quam tibi spondet, utriusque progeniei semine regulariter 
exorla, staturs proceritate congrua, forma, ut audivimus, elegantissima, virgo in- 
tegerrima, consilio provida, forensium rerum negolio caula, conversatione facillima, 
coUoquio affabilissima, manuum labore perltissima, quin etiam virginibus cunctis 

Var. — (1) Ul rex. A.-DU. — (2) N.^.L.-D. Herebro. DU.-D. 



PRIMORUM NORMÂNNIiE DUCUM. 167 

prœcellentissima, decet ut copuletur tibi connubiali amicitia. Et ex hoc videtur sa- 
lubrius nobis coDsilium, in melius profuturum, et ab alicujus rixae errore inconvul- 
suin, quod filiam régis habebis in conjugio foederatam. ReoiiDiscere somnii Interpre- 
tationum mysticorumque ejos iDtellectuum. Ut remur , îd istis finibus vertetor nobis 
in prosperum. Satis praeliati sumus Franeosque debellavimus; consequens videtur 
nobis ut requiescamus fructibusque terrae patienter fruamur. Remitte régi episco- 
pum, ut, si dederit tibi quod spopondit, te dicat suo servitio esse promptum. 
Remanda ei securitatem pacis trium mensium et ut, séquestre pacis spatio, veniat, 
si vult, contra te ad placitum, faciatque verborum suornm et promissionum te per 
omnia securum. )> Statim Rollo supradicto episcopo intimavit » regique ut haec di- 
ceret eum remisit. Qui veniens ad regem, convocato episcoporum, comitum atque 
abbatum cœtu, dixit : • Rollo dux Northmannorum tibi ainoris et amicitix inextri- 
cabilis, quin etiam servitii pactum, si dederis flliam tuam ei (1)> ut dixisti, conju- 
gem 9 terramque maritimain in sempiternum per progenies progenierum possessio- 
nem, manus suas se subjugando tibi dablt, fidelilatis gratia , tuumque servitium 
incessanter explebit, poterisque per euro obstantium et jurgantium tumores contra 
le retundere, nimiumque confortatus convalescere. » His ab episcopo renuntiatis , 
congratulantur Franci, suggeruntque unanimes régi ut det filiam suam terramque 
Rolloni. Rex vero, Francorum prece coactus, dédit filiam suam, vice Rollonis, epis- 
copo» per pignus, in vinculo sacramenti et conjurationis (2). His rerum opportuni- 
tatibus factis, determinatis et confirmatis, tempore locoque determinato , atque 
séquestra pace data, redierunt quique ad sua. Franco', Rotomagensis archiepiscopus, 
Rollonem adiit, et cuncta quae fecit ordinatim iili narraudo exposuit. Rollo igitur 
et su!, bis renuntiatis, nimium exhilarati^ typicum intellectnm remémorant visionis. 
27. Robertus (3) autem dux (a), qunm audisset quod rex Rarolus filiam suam daret 
Rolloni et pacificarentur vicissim paxque fieret totius regni (6), misit verbis paci- 
ficis ad Rollonem nuncium, subsequentia verba dicturum. Quumque adesset, Rolloni 
verbis precativis dixit : • Robertus, dux Francorum, tibi fidèle servitium. Àudivit 
concordiam tui et régis, et Inde laetatur nimis. Gongruum esse tibi dicit te tuosque 
requiescere terramque datam resdificare, urbes et mœnia restaurare (5) teque 
perpétua pace vivere. Salis exercuisti praelia ; satis demonstrasti arma virilia. Satis 
cujus virtutis es (6) declarasti , satis plurimis periculis incubuisti, satis vassallus eme- 
ritus (7), salis toto orbe laudatus (8). Quinimo dux idem deprecans, flexis animi 
genibus, mandat tibi, ut teslificatum in Ghristi nomine et in fonte salutifero baptis- 



Var.— (i) (Jt ei. D. — (2) De filia régis Francie Rollo (sic) date. Glos, marg, contemp, CL. — (8) CL. 
Robertus. DU. Robertus. R.-N.-C. — (k) M.-A.-DU. Orbis. CL.-N.-G.-R.-D. — (5) Eutaurare. DU. — 
(6) »f.-A.-DU. Esses. N.-CU-C-D. — (7) DU. Vosemerilum. N.-C. Emerilua. CL.-Â.-D. — (8) Lauda- 
tus. CL.-A.-D. Laudatum. CL.-A.-'JU. 

[a) Robert, fils de Robert-le>Fort , élu pluf Urd roi de France (9SS-0S9). 



168 DE MORIBUS ET ACTIS 

inale loluiu suscipi ab eo te sinas. Hinc eritis , si tibi placuerit , inseparabiliter ûdi 
amici, nullusque contra vos stare poterît, façietque iDcessanter tuuni (1) servitiam 
regemquc tibi omni tempore benevoluni. » His dictis , consilio Franconis episcopi 
suorumquc comitum, dixit : f Volo coDsentire regi Francisque, ut veniat ad deno- 
minatuin placitum meque rcdimat fonte imiuersum. Hic mihi sit paterno amore pro 
pâtre, ego fiiiorum (2) dilectione ero illi pro filio. Succurrat mibi, si necesse fue- 
rit, ut pater filio; ego illi, ut filius patri. Gaudeatmea prosperitate, tristetur mea 
adversitate. Quœ nieae potestatis sunt, sui juris sint, et quae mei juris, suae potes- 
tatis sint. » Internuntius igitur quae audivit Roberto duci renuntiavit. 

28. Statuto idcirco tempore, venerunt ad determinatum locuin, qui dicitur ad 
Sanctum Clerum [a) (3). [lollonis autem cis Eptae fluvium sedit exercitus, régis vero 
et Roberti altrinsecus. Exleinplo Rollo misit ad regem Francorum archiepiscopum, 
verba dicenda dicturum: « Rollo non potest tecum pacificari , quia terra quam illi 
vis dare inculta est vomere , pecudum et pecorum grege omnino privata hominuni- 
que praesentia frustrata. Non habetur in ea unde possit vivere, nisi rapina et praeda- 
tione. Da illi aliquod regnuro unde conducat sibi cibum et vestitum, donec inipleatur 
(erra quam illi das opulcntiarum congerie reddatque temporivos fructus victuum , 
hominum et animalium. Quin eliam non conciliabitur tibi, nisi terra, quam daturus 
es illi, in sacramento christianae religionis juraveris, tu et archipraesules et episcopi, 
comités et abbates totius regni, ut teneat ipse et successores ejus ipsam terram ab 
Eptae fluviolo ad mare usque, quasi fundum et alodnm (^), in sempiternum. • Tune 
Robertus; dux Francorum, et qui aderant comités et episcopi^ cum abbatibus , dixe- 
ruDt regi : t Non habebis ducem tant! honoris^ nisi quod concupiscit feceris. Si non 
propter servitium quod repetit a te dederis, saltem da (5) illi propter cultum 
chrlstians religiositatis^ ut acquiratur tantus populus Christo, qui irretitus (6) est 
errore diaboiico et ne culmen totius regni tui Ecclesiaeqne (7) adnihiletur impetu 
infestantis exercitus , cujus advocationis patrocinio , vice Christi, fungens, debes 
esse rex et advocatus constantissimus. » Tune Fiandrensem terram , ut ex ea vive- 
ret , voluit rex ei dare ; sed iile noiuit prs paludum impeditione recipere. Itaque 
spoudet rex ei Britanniam dare, quae erat in confinio promisse terrœ (8). Illico 
Robertus et Franco episcopus renuntiaverunt omnia Rolloni, et adduxerunt illum, 
integritate christianae fidei, obsidibus datis, Karolo regi; Franci vero intuentesRoU 
lonem, totius Francis invasorem , dixerunt ad invicem: c Magnae potentiae est (9) 
iste dux magnsque virtutis atque magni consilii et prudentiae, quin etiam laboris. 



Far. —(1) DU. Veslrum. D. —(2) Filiali. DU. — (8) N.^L.-C.-R.-D. Clarum. M.-A.-DU. - (A) CL.- 
M.-C-R.-D. Alodium. N.-A.-DU. — (5) Date. CL. — (6J N.-A.-DU. Inienlus. CL.-M.-a — (7) N.-A.-DU. 
Ecdesix, quae. CL.-M.-C.-D. — (8) Nota quod Britones subditi sunt. Clos, marg, N. — (9) N.-A.-DU. 

(a) Sl.-Ctair-5ur-Epte, départemcot de la Seioe-Inrérieure, arroodissement des Audelys. Ce lieu parait 
être situé sur le passage d*une voie romaioe qui serrait de communication entre Paris et Rouen. 



PRIMORUM NORMANMiE DUCUH. 169 

qui tanta praelia exercuil coDtra comités istius regni. t Statim Fraocorum coactus 
verbis, manus suas misit inter manus régis, quod nunquam pater ejus, et avos, 
atque proavus coiquam feciL Dédit (1) itaque rex (2) filiam suam, Gislam noniioe, 
uxorem illi duci , terramque determinalam in alodo et in fundo, a flumiDe £ptaB 
usque ad mare, totamque BritanDiam de qua posset vivere. 

29. RolloDi pedem régis noleuti osculari dixerunt episcopi: 4 Qui laie doDum 
recipity osculo débet expetere pedem régis. > Et ille : « Nunquam curvabo genua mea 
alicujus genibus, nec osculabor cujuspiam pedem. § Francorum igitur precibus 
compulsusy jussit cuidam militi pedem régis osculari. Qui statim pedem régis arri- 
piens, dcporlavit ad os suum, standoque defixit osculum, regemque fecit resupinum. 
Itaque magnus excitatur risus maguusque in plèbe tumultus (a). Gaeterum Karolus 
reX) duxque Robertus» comitesque et proceres, praesnles et abbales, joraverunt sa- 
cramento calhoiicae fidei patricio Rolloni vitam suam, et merabra, et honorem totios 
regni) insuper terram denominatam, quatenus ipsam tenerel et possideret, haeredi- 
busque traderel, et per curriculacunctorum annorum successione nepotumin proge- 
nies progenierum haberet et excolereL His, ut dictum est, expletis, rex Karolus ad 
sua remeavit. Robertus et Franco cum Rollone remanserunt (3). 

APOSTROPHA AD ROLLONEM (6). 

Rollo, lui visus capies en mystica sensa (ô). 
Ecclesiœ stabis praecelso vertice raontis (6). 
FoDte salutifero scelerum purgabere lepra. 
NuDc homioes, volucrumque loco, tibi scuta gerentes , 
ô — Se, Ecclesiœ niontem scandeates, fonte piabuat, 
Extremum quorum capies nuuquam quoque visu. 
Immunes scelerum, libabunt mystica sacra, 
Nidorumque domos facient montis juga circa, 
Ecclesiasquestruent diverso munere fultas. 
10 — Dux bone, Dux pie. Palrici semperque verende, 
Adsunt cuncta tibi, quiPsomDoanimus tuus bausit. 
Serva baptismo quod jam promiseris almo. 
Linque opus iofandum Satanée, quiii toxica sacra ; 
QuœreDeum verum, (7) voto et prece supplice semper, 

Var, — (1) Ubi daliir terra Rollooi et successoribus ejus. Hub, M. -— ;2} DU. — (3) A.-DU. Remaosit. 
D. — (i) R.-N. — (5) M.-C-R. Mystico sensu. D. — (6) N.-M.-C.-R. Manque, D. — (7) Rerum R.-C. 

[a] • Hic ( Rollo) non est dignatus pedem Caroli osculari, nisi ad os suum ievaret ; quumque sui co- 
mités illum adroonerent ut pedem régi* in acceptionem tanli muneris oscularelur, lingua anglica re»- 
pondit i Nese bi Goth ; quod Interpretalur, Non per Deum. Rex verout sui, iilum deridenles et sermonem 
ejus corrapte referentes, illum vocaTerant Bigotb, uude Normanni adhuc Bigothi dicunlur. > Brev, chr, 
S, MarU Turon.^ ap. Dom Bouquet, VIII, 316. D. et la note. 



170 DE MORIBUS ET ACTIS 

15 — Observa mandatorum praecepta suorum ; 

Da loges populo, doctis saDcitaque jura. 

Pace fruens populus gaudebit (ij tempore cuncto, 

Subque tua ditione morans scmper habitausque, 

Latronumque furum insidiis frustrabitur omnis. 
20 — Ecclesiœ summus tntor, inopumque juvalor, 

Paoificus regni protector. et auxiliator, 

Defensorque, gubernator, rooderator et auctor, 

Perpétue vigeas ineritis vivacibus a;vo. 

30. ÂDDO igilur a Domini Doslri Jesu Christi iDcarnatione DODgentesimo daode- 
cimo, Franco (2) archiepiscopus catholica fide sacrosaDctae Trinitatis imbutuin Roi- 
lonem baplizavil, duxque Francorum Kobertus de fonte Salvatoris (3) eum suscepit^ 
nomenque suum ei iinposuit, magnisque oiuneribus et donis honorifice ditavit. 
Robertus autein, quietRoHo, comités suos et milites omnemque manum exercitos 
soi baptizari fecit, atque christianae reiiglonis fidei per praedicationes instrai. Bine , 
convocato Francone episcopo, qux ecclesiae veneratiores in sua terra haberentur 
sciscitatur^ et quae potenliores merito et patrocinio sanctorum dicerentnr. Tune 
Franco : « Rotoroagensis, et Bajocacensis (6), atque Ebroicacensis (5) ecclesia sa- 
crosanctae Marias, matris Domini nostrl Jesu Christi et Yirginis. in bonore est dedicata« 
In periculo maris monte ecclesia (6) posita est, Ârchangeli Michaelis (7), Paradis! 
praepositi, nomine praetitulata. In suburbio civitatis istius est monasterium sancti 
Petri^ apostolorum principis, nomine consecratum y in quo recubabat (8) istius urbis 
venerabilis archiepiscopus nomine Audoenus (9), signis et virtutibus nimium corus^ 
cans; ob metum tui adventus ad Franciam est deportatus (a). Gimegias (10), quo 
prius accessisli, est templum sancti Pétri, [regni cœlorum clavigeri , meritis suffra- 
gatum. Plures sunt ecclesiae in tua ditione positae, sed hs sunt praecipuae. » Tune 
Robertus : « In confinio nostrae potestatis quis sanctus potentior meritis habetur ? » 
Franco : • Sanctus Dionysius, natione Graecus, per sanctum Paulum ad fidem ca- 
tholicam conversus, postea a beato Clémente Pétri apostoli successore Franciae ad 
praedicandum transmissus, muita flagella paganorum perpessus, diuque rerberatus, 
ad ullimum, pro amore Dei hebetalis securlbus capite plexus [b). Tune Robertus : 
« Antequam dividatur terra meis principibus, Deo et sanctae Mariœ , sanctisque de- 

Var, — (1) C Gaudebit prosper. N.-M.-R«— (2) Qui Rollbnem bapliiavit elqualenomen habuit. GLot, 
marg. confemp. CL.— (3) Salutari. DU.— (6) M.-CL.-C.-R,-D. Baiocensis. N.-A.-DU.— (5) M.-CL.-C-R.- 
D. Ebroicensis. N.-A.-DU. — (6) M.-A.-DU. Ecclesia posita est in monte.— (7) Micaheiis. CL. — (S) M.- 
C-A.-R.-DU.-D. Recubat. N. — (9) CL.-A.-R.-D. Audenus. N.-M.-C.-D, — (10) Gimesias. N. 

{a) Les reliques de saint Oueo ne furent rapportées à Rouen que ver? I*an 915. V. Dom Bouquet, IX. 

88. C. 

ip) Cette tradition de l^envoi de saint Denys-rAréopaglte par le pape saint Gément, était trè»-répandue 
au IX*. siècle avec la Vie de ce saint, composée par Hilduin. Dudon connut ce dernier document, auquel 
il a emprunté plusieurs passages (C. IV et XX). 



PRIMORUH ISORMANNIJS DLCUM. 171 

noroinatiSy desidero partem istius terrae dare, ut dignentur mibi io auxilium sobve- 
Dire. )) Ad haec Franco : • Consilio divioitus iDspirato uteris, coDgruamque est tibi 
bis septem diebus, quibus albatis chrismatis et olei vestibus es indutus, fieri. • Dédit 
itaque Robertus, prima die baptisterii, Deo et sanclae Mariae Rotomagensis ecclcsis 
terram praemaximam, canonicis in perpetuuin possidendam; secundo die, sancta; 
Mariae Bajocacensis ecciesiœ; tertio die, sanclae Mariae Ebroicacensis ecclesiae; 
quarto» archangeli Michaeiis ecciesiae , vicibus inundatione proceilarum maris cir- 
cumseptae, secundum cursum iunae incrementati septenarii numeri dispositione ; 
quinto» sancti Pétri sanctique Âudoeni ecclesiae ; sexto » sancli Pétri sauctique 
Aicbadri Gemelicensis ecclesiae (1); septimo, Brenneval cum oomibus appendiliis 
sancto Dionysio dédit (a). 

51. Octavo die expiationis ejus» vestimentis chrismalibus vel baptismalibus exutus. 
ccepit meliri lerram verbis suis comilibus, atque largiri fidelibus. Denique, praepa- 
rato magno rerum nuptialium cultu , Gislam filiam régis uxorem sibi duxit , pro qua 
se Francis conciliando pacificaviL Securitatem omnibus gentibus in sua terra manere 
cupientibus feciL Illam terram suis fidelibus funicûio divisit, universamque diu 
desertam reaedificavit, atque de suis militibus advenisque gentibus refertam re- 
struxit. Jura et ieges(2) sempilernas,voiuntateprincipum sancitas etdecretas, plebi 
indixit^ atque pacifica conversatione morari simul coegit. Ecclesias funditus fusas 
staluit, templa frequentia paganorum destructa restauravit, muros civitatum et 
propugnacula refecit et augmentavit. Britannos (3) rebelles sibi subjugavit, atque 
de cibariis Britonum totum regnum sibi concessum sufficienter paviL Deniquc in terra 
suae ditionis bannum (id est interdictum), misit, quod est prohibitio (6) , ut nullus fur 
vel iatro esset, neque quis (5) assensum malae voluntaiis ei praeberet (6). Denique 
interdixit ut nullus ferramenta aratri domum reportaret, verum in campo cum aratro 
relinquerety et nullus post equum, asinumqne, atque bovem , ne perderet, custo- 
dem milteret. 

Var. — (!) M.-A.-DU. Sancto Peiro sancloque Aycadro Gemelicensis ecctesis. N.-CL.-C.-R.-D. Ai- 
cbadro. CL. Aychadro. R. Aicardo. D. — (2) Qualiler leges Rodbertus qui et RoUo slaluit Gl, mnrg. 
CI.. — (3) Nota Britannos. Gl. marg, N.— (4) ProhibuiU DU. Proh. N.-A. — (5) CL. Neque assensum. 
1). Neque ulius. DU. — (6) Nota de cuslodia Rolionis in Norroanuia. GL marg, N. 

{n) Berneval, commune du département de la Seine-Inrérieure, arrondissement et canton de Dieppe. — 
Nous aTons, à Tappui de ce passage, Tautorité décisive d*un diplôme de Richard I*'. En l'an 968, il con- 
firma la donation de ce domaine : « Potestatem, Britnevullem nomine, sitam in pago Tellau, quam alius 
avus scilicet meus, Itobertus nomine, paterque meus Wiilelmus partibus sancti Dionysiitradiderunt.i Celte 
possession avait été c quodam episcopo, nomine Hillemundo. per calliditatem sublala. • Dom Bouquet, IX, 
73i. Brenneval appartenait encore à Tabbaye île St. -Denis en 1273. V. Léupold Delisle, Cartui. ncrm,, 
p. 3M, n«. 1225. Il y a Heu de croire, d'ailleurs, qu'en 912 Rollon ne faisait guère qu'une resti- 
tution. Eo effet, Berneval appartenait à Tabbaye de Sl.-Denis au moins depuis Tannée 750. V. Félibien, 
//wr. de Cabbaye de Su-Denis, Pièces justiBc., mm, ui, iciii ; et A. Le Prévost, Ane, divit, territ, de 
tu Norm,, dans les Ménurires de la Société des Antiquaires de Normandie, t. XI, 8-9. 



172 DE MORIBUS ET ACTIS 

32. Dujus interdicti pavore, quidam agricola manens in Longapeteotis villa (a), 
aratri utensilia campo dimisit, alque appropinquante meridie, causa edendi, domum 
suam Yenit. Queni uxor duris verbis et obstinato corde ccepil increpitare, car dimi- 
sisset aratri necessaria et adjacenlia îd suo labore. Dlu molesta atqae increpans 
virum, dédit ei manducare. Intérim volens sanm maritum facere bujus rei, ne di- 
mitleret amplius, sollicitum, citius quaro potuit clam expetivit campnm, et sustnlit 
sibi corrigias jugi vomercmque (1) etcultrum; atqae,' ne videret maritus, sabdu- 
cendo ea, quasi aliandc veniens repelivit domum. Maritus ejos saturas (2) surgens, 
suique laboris campum pergens, necessaria aratri non invenit: inde tristis domum 
reverteus, querulae conjugi iudicavlt. Quae cœpit eum invective et irrisorie (3) in- 
crepans dicere : « NuHius utililatis homo, vadc nunc ad llobertum ducem, et ipse 
faciet cilo te aralorem. - llle citus ad Robertum cucurrit, atque commoda aratri 
sibi fruslrata duci rctulit. Illico Robertus, convocans quemdam praepositum , dixit 
ad eum : • Da quinque solidos isti agrlcolse , quibus possit quae perdidit emere. Tu 
quantocius villam pete , atque auclorem furti ignifero judicio inquire. t Villicus vero 
habitatores vills cunctos igné cxaminavit, nullumque illorum furll reum reperiens, 
Rolloni duci renuntiavit. Qui convocans Franconem archiepiscopum dixit: c Oeus 
christianorum, in cujus nomine baptizatus sum, si est consciusrerum, mibi mirum (6) 
cur non innotuit suo nomine igue teniatum nobis furti reum. t £t Franco : t Adhuc 
ignis culpabilem non teligit. > £t Robertus ad prspositum : c Vade iterum et ha- 
bitatores affînium villarum, in nomine Jesu Gbristi examina per ignis supplicium. § 
Qui, jussa complens ducis, intimavit neminem se invenisse culpabilem. Qui aratorem 
statim vocavity et ab eo inquirit, cui quod remansissent utensilia aratri in campo 
dixisseL Agricola respondit : « Uxori (5). » Quae vocata venit^ duxque ad eam dixit : 
t Quid de vomere cultroque mariti tui fecisti ? § Illa se non habuisse negavit Quae 
scopis dlu verberata (6) fidem furti omnibus feclL Tune Robertus ad maritum : 
c Sciebas tuam uxorem esse furem? i Cui ille : « Sciebam. > Et Robertus: 
c Duobus decrelis digne morieris , uno^ quod caput mulîeris es , et eam castigare 
debuistl ; altero, quod assensor furti fuisti, et indicare noluisti. > Statim utramque 
laqueo fccil suspendi crudelique morte finiri. Hoc judicium exterruit habitatores 
terrae nullusque ausus est postea furari, vel latrocinari atque sic quievit terra vacua 
furibus et lalronibus, atque siluit privata cunctis seditionibus {b). Continua igitur 

Var, — (1) N.-A.-R.-DU. Pomerem. CL.-C — (2) N.-CL.-C.-A.-R. Saturatus. M. — (.1) N.-CL.- 
R.-DU. Invisorie. M.-C. — (à) Eu DU. Miiii mirum. Manque, DU.— (5) Ad hoc Agricola : aUsori. • DU. 
— (6) Divciberala. D. 

(a) Longpaon, arrondi de Roueu (Seine-Inférieure). Wace a traduit ou remplacé ce nom par celui 
de Lon(2:ucviile, Longe-patentis , arrondi de Dieppe (Seine-Inrérieure), chef-lieu du canton de ce nom. 

(6) Le continuateur de Guillaume de Jumiégcs prétend qu'une aventure semblable à celle que Dudon 
vient de raconter arii\a au temps de Richard II. Seulement le laboureur, mieux avisé que Thomme de 
Longpaon, «e hâta d'aller rendre au duc Tindemnité qu'il avait reçue. Sa femme seule fut punie. On lui 
creva les yeux (V. Duch., 316. D. ). EnGn, à ce trait de justice, Guillaume de Jumiéges ajoute celui des an- 
neaux et des chaînes d'or exposés par Rollon dans le bois de Roumare (V. lib. II, c. ix, ap. Duchesne, S3S, B.). 



PRIMOROll NORMANmiB DUGCH. 17S 

pace dluturoaque requie laetabantur homioes, sub Rotberti diliouc securi moranteSy 
locopletesqae erant omnibus bonis, non tinientes exercituoi ullius hos(ili(a(is. 

33. Karoias nainque rex, quodam tempore, misit duos milites Gislae, fîliae suae, 
Rolberto duci connubio viuctae (1). Gisia (2) autem, quum vidisset milites patrissui, 
quadam domo, ne viderentur a Rotberlo suo conjuge, seposult ; cunctaque bona 
illis largiensy nimis diu roorari feciL Rotbertidae comités, admirantes quod milites 
Karoli régis Rotomo morarentur et presentia Rotberti duels non fruerentur, vene- 
runt ad eum, et dixerunt : « Cur nobis quod Karolidae tibi dixerunt non inno- 
tuisti?i Et Rotbcrtus: t Ubi sunt, inquit, soceri mcl !cgati?i Respondcrunt: 
c Uxorius es, et effeminatus ; quia, tuam prescntiam vilantes, uxori tux adsunt. » 
Dicebant (3) igitur Rotbertum eam non cognovisse maritali lege, statimque dux, ira 
commotus, tirones sus domus fecit absconsos comprehendi , et ad forum venalium 
rerum duci, ibique concurrente plebe Jugulari [k). Audlens autem Roibertus, dux 
Francorum, quod pro nece duorum militum, coUigatae pacis inter regem et Rotber- 
tum, Northmannorumducem, vincula soluta diruptaque essent, cœpit contra Karolum 
stare, eumque adnihllare, et sua depopulari misitque legatum ad Rotbertum Ro- 
tomagensem dicens : • Tuo consilio, tuoque sufTultus adjutorio, volo istud regnum 
super Karolum accipere, eumque Francia fugare. * Tune Rotbertus Rotomagensis 
respondit legato Francorum ducis : « Modo tuus senior nimis vult equitare uitraque 
legem agere. Quae régis sunt tantum disperdat; reglmen nolo ut accfpiat. § Erat 
autem conjux Gisla, filia régis, jam defuncta. Quid accidit inter Karolum et Rotber- 
tum hic non memorabitur, quia alias (a) legitur (5). 

34. Rotbertus, Northmannorum patricius, grandaeva aetate nimioque labore prs- 
liorum consumptus , conrocatis Dacorum Britonumque priucipibus, dédit omnem 
terram suaa ditionis Willelmo, Poppae filio (6) , atque, inter manus Willelmi adoles* 
centis manus suas mittentes, principes colligavlt illi conjurationis sacramento. 

Kar.— (4) N.-M.-D. JoDcte. CL.-R.-DU. — (S) CL.-M.-C.-A.-R.-DU.-D. Gilta. N. ^ (3) Diccbatur. 
CL» — (à) De militibus Karoli a Roberto, genero suo, interfeclis. CIom. marg, contemp, CL. — (5) R.- 
DU.-D. Legelur. N.-A. — (6) Pompe. CL.-R. 

(a) Dans le Mémoire qui précède, nous éraeUons la supposition qu'il s^agit ici iriin document où serait 
rapporté ce qui se passa entre le roi et Rollon. Il faut plutôt entendre ce passage comme indiquant rhis- 
toire de la lutte entre Charles-le^imple et Robert 1*'. Les propositions dont partp ic! Diidon doirent 
avoir été faites vers 922. Guillaume de Jumiéges rattache la révolte de Rol)ert contre Charles aa 
meurtre des envoyés de ce dernier, meurtre qui aurait occasionné une rupture entre le roi et Rollon 
(V. lib. II, c. ixi ]. Il résulterait de la combinaison du récit des deux historiens que Rollon, bien qa*!! 
eût rompu ses relations avec son beau-père, n'entra pas dans la coalition qui le détrôna. C'est ce que 
constatent de leur côté Frodoard et Richer, qui nous apprennent que Rollon gardait encore en otage, 
eo 927, un fils de Herbert de Vermandois, l'un des révolté», et qu'à ce moment Guillaume I*'., déjà 
aisocié au pouvoir de son père, s'empressa de rendre hommage au roi Charles (V. Frod., Chron,^ ad ann. 
927). Rollon, dont on a voulu faire un vassal fidtle (LIcquet, Hist. de Norm., t.I, p. 99), était simplement 
un politique habile, préférant un roi faible à un roi fort et tout-pulssaot. 

22 



17& DE MORIBUS ET ACTIS 

Postea, uno lastro vivens, aetatis suae defectu, effeloque viribus corpore, equttare non 
valens, regnumque pacificatam soHdam et quietum tenens, lugubiis damni passus 
dispendium inevitabilisque roortis casum, plenus dierum migravit ad Christum (a)^ 
cui est honor et gloria in sscula saecnlorum. Amen. 

(d) V. sor la dale de la mort de RoUon ce qoe nous avons dit, page 78. On peut ajouler à cet 
observations que Guillaume de Jumiéges n'a rien changé à cette partie du récit de Dudon (V. Will. 
Gemm., liv. II, cb, xxii ). Orderic Vital est le premier qui se soit mépris dans Tinlerprétation de ces 
passages si clairs {Uiêt, eccUi., lib. III, éd. Le Prévost, t. III, p. 8). Cest à quelque erreur sem- 
blable qu*il faut attribuer la mention interpolée du Chronicon saronicum^ où Ton place la mort de 
Rollon quinze ans après son baptême. Il serait absolument impossible qu*un fait de cette hnportance 
eût été défiguré de tous points par les Normands. 

Si Frodoard ne confirme pas expressément ce qu*avaoce notre auteur, au moins ne reDrermeH'Hl ri<ia 
qui soit contraire à sa version* Voici ce qu'il rapporte à Tannée 927 ; c Karolus igitur cum Heriberto 
coUoquium petit Norlmannorum ad castellum quod Auga vocatnr, ibique se filius Rollonis Karolo 
conuDillit et amicitiam Grmat cum Heriberto. » Puis, racontant une seconde entrevue qui eut lieu en 
928 , il dit : • Heribertus comes Lauduno politur et exinde placitum cum Norlmannis babuit, ipseque 
et Hugo amicitiam cum ds pepigenint. Filius tamen Heriberti, Odo, qvem RoUo habebat obsidem, non 
redditur illi, donec se committit Karolo pater cum aliis quibusdam Francis comilibos et episoopis. ■ 
Or, au commencement même de Tannée 927, Herbert songeait à faire attribuer le comté de Laoo k son 
fili; et « n*cst qu'un peu plus tard qu'on le voit donner des otages aux Normands de la Loire, dool 1(9 
relations avec les Normands de la Seine nous sont connues. Tout porte donc à croire qu*Eudes ne 
fut pas retenu à Rouen avant 927 ; ce qui rend très-clair le texte du même Frodoard, qui le montre 
encore prisonnier de Rollon en 928 ; ce qui prouve enfin : 1*. qoe Rollon n*est mort ni en 925 ni 
en 927 ; 2% qu'il vivait en 928, lorsque son fils traitait directement avec le roi Charles. Cette dtrnière 
opinion est celle de M. Deville, d'ailleurs trop indécis (V. Mémotreê de ta Société deê Àntiquainê de 
Normandie^ années 1837-88, pu 814). En efiiet, si, d'après Frodoard, Guillaume Longue-Êpée a été «a^ 
aocié au pouvoir par son père en 927, pourquoi ne pas admettre avec Dydon que Rollon a vécu cinq 
ans encore après cette association ? 

Quant à Ricber , la rubrique du chapitre l de son livre 1*\ est bien : c Rolloni? pyratae Interitus 
suorumque ruina. » L'auteur raconte que les Français donnèrent Tassant à la ville d'Eu : • Oppidoque 
potiti, Rollonem, oculis effbssis, snggiHant , mares omnes tniddant, etc. • Mais dans le manuscrit, ma- 
nuscrit autographe de Ricber, ces mots : a Rollonem, eflbssis oculis, suggillant, • sont barrés, t Hœejjam^ 
nous dit l'éditeur, M. Perli, linea iubducta, deleta sunt, • Et cette suppression a pam si autheDllf|Ot | 
l'éditeur qu'il a rejeté en note ce membre de phrase. M. Le Prévost semble croire que les circonstances 
seules de la mort de Rollon ne sont pas maintenues par Ricber; mais, pour adopter cette ophiion, il 
(audrait que le mot suggillani ne fût pas effacé. La mention portée dans la rubrique du ehapitre, et une 
référence qui se trouve dans un chapitre suivant , ne sauraient prévaloir contre cette corredlon du 
texte principal. Frodoard, qui n'aurait pu omettre un fait de cette Importance, donne au contraire à 
entendre que Rollon avait seulement envoyé des renforts à la garnison d'Eu : c Quo etiam Rollo mille 
Nortmannos, praeter ipsius inhabilatores oppidi , tran$miserat ex Rodomo. • C%r., ann. 825. 

Enfin toutes les traditions, même les plus invraisemblables, n'attribuent à Rollon qu^une mort nain* 
?«Ue : • Inuninente obitu. In amentiam versus (Rollo), christianos ciiptivos centom ante ae decollari 
focit în honore que colucrat idolorum ; et demum centum auri llbras distribult per eoeleslas chrisUamn 
j^m in honore veri Dci, in cujus noroine baptismum susceperat. • Adhem, SancU Cib, Bi»u, lib. 111, 
ch. XX. Ap. Pertz, Mon, Gem. HisU^ IV, p. 106 et suiv. 



PRlMdntiM NORMANNLC DUCUM. 175 



EP1L0GU5 (1). 

Naula rudis, pelago coromissus vêla profundo, 
Classe vehor parva. rimieque foramine plena, 
Puppeque quassata. prura tiimido sequore fiacta, 
Confractisque gubernaculis. remisque pereniptis, 
5 — Omnibus et velis violento turbine scissis, 

Naufragus, aflonitus, stupidus, hebes. aniius, auceps» 
Sjrtibus implicitus,proh! (2) nescio nunc quod agetur. 
Âh ! misero mihimet nullus patet exitususquam, 
Fluctibus incluso nimiis septoque procellis ; 

10 — Ah! roihimetcœlum undiqueetundique[pontus|hahetur! 
j£quor permensus médium sic vix usque natavi. 
Non intrasse salum mallem, quam sic periisse. 
Puppe sub exigua per confraga murmurât œquor, 
Fluctibus infestis pelagi spumante procella ; 

15 — iEquora jam lambunt inimica pacecarinam, 
Pestifero amplexu lioriendis flabris nontura. 
Viribus iratis teneor maris una rapina, 
Undaque curvatos sublala sinus quatit acre. 
Hœrco nunc tremulis, temerarius arbiter, undis ; 

20— Sed tu, quem statum mobllem, motum stabilemque 
Veridici perbibent, quum sis moins quoque status, 
Fluctivagœ œquoreos mentis compesre tu mores : 
Syrtes pestiferas cordis disrurope vagantis ; 
Atque procellosi ingenii sustolle carinam ; 

2£— Ut remisque gubernaculisque (3), velisque refeclis 
Ingenii, sensus, intellrctusque pusilli • 
Jamque hujns operis pelago fervente mealo, 
Trauquillum possim conscendere nnvita portum, 
Sanguine martyrii fluidum, palmaque decoium, 

SO^Piofusum et nitidum cunctorum flore bonoruin. 

Var. — (i) R. — (2) N. Pio. M.-C.»R^I>. *- (S) N.<€. GubfrmouHs rembque. If.-R.-D. 



176 DE MOBIBUS ET ÂCT18 



LIBER TERTIXJS. 

PB£PATIO TERTII LIBRI (1 ). 

Olim discipulos omcipotens Deus (a), 

Sacra Virgine maire (2) editus et satus , 

Vere nostra fides Sarcalogon (3) quetn ait, 

Puppim scandere preecepit, abireque 
5 — Ultra velÎTolum et fluctivagum mare. 

Plèbes innumeras sedere moz jubet , 

Et, moDtis subietis alta cacumina, 

Numen siderei postulat ad Patris. 

Noctis cœruleœ moz crepero obvio, 
10 — Dire ferbuerant œquora livida, 

Ijsevo prœtumidi flamine gurgitis. 

Conclamata salus, spesque fîducia. 

Cunctis discipuHs perstrepidis (4) oimis 

Acris (5) pestifera mortis imagine. 
15 — Quanœ nam stationis tumido situ 

Christus se pelago ûuctivago intulit 

Sicco vestigio, soque per œquora 

Fert iluctu liquido passibilis maris , 

Offert discipulis seque trementibus. 
SO — Tune artus tremulos occupât et pavor ; 

Haerent discipulum corda stupentia. 

Ignorant quid agant fine sub ultimo. 

Terror pectora sat verberat algidus; 

Clamor sidéra puisât nimius poli. 
25 — Postquam se inuotuit discipulis Deus , 

Prœsiocis pedibus stans fluido mari, 

Petrus moz Domino verba sonantia, 

Sumptis viribus et robore, prœtulit. 

c O tu, Christe potens stheris et maris , 
30 — Si nos sancta adiit nunc pietas tua , 

Var» -» (i) N.-M.-R. Pnefatio. D. Mctmm monocolon, aM:le|iiadum, leirasirophon , constans pedibus 
quatuor, »poiideo, duobus coriscurobis et pirischio. C — (2) M.-C-R. Matns. M.-D. — (3) M.-GL.-A.-R.-D. 

CAPKALnrnN. N.-C — (&> Protrepiditi. .R. Pivtrepid». D. — (5) N.-C.-R. Aeris. M.-D. 

(a) Dudon , cntreprt^nonl ici de miltrc en vrr5 le pas^ajçe de l*Êvangile où Jtbus marche sur Ici flou, 
se compare & l'apôtre suint Pierrr, qui, a}aiit voulu im 1er non Maître, perdît courage et dut rappeler à 
ton secours ( V. Évangile de saint Mattbieu , c. ur, v. 32 el suivants). 



PRIMOAUM NORMÂNNIiB DL'CUtf. 177 

Estque tuta fides omnibus et proba, 
Tecum pergere me praBcipe per mare i 
Prsecepti imperio nunc vegetabilis. » 
Indulgens favet bis, et retulit : c Veoû » 
35 — Fidens in Domino, qui potis est maris, 
Petrus moxque ratem deserit ocius. 
Et dat vestigium fluctibus œquoris. 
Mentem perculerat res tremulam nova, 
Quum discrimina pontus movit (i) effera, 
40— Quamdiu non dubitavit , 

Petrum sustulerani œquora turgida; 
Diffidensque sui, pœnituit uimis 
Mers us corpore Petrus medio salo. 
Clamât : « Deripe me (2) fluctibus bis, Deus. ^ 
45— Christi deztera mox quem rapuit sacra. 
Dizit : c Tu modicœ cur fidei modo 
Nutando titubas et dubitas freto? » 
Cousoendunt pariter mox Deus et Petrus 
NavJm. discipulis turbine tristibus, 
50— Cedunt continue noxia flamina. 

Dudum DOS pelagus prœtumidum nimis, 
Summi numine Cbristi, penetravimus. 
Cursus jam medios conligimus fere» 
Oppansum undique cœlum undique oemitur, 
55 — ^Hinc hino atque minaz cœruleus liquor. 
Haurit jamque pavor peotora tristius, 
Tollunt equora molem inscitiae meœ : 
Cœpti pœnitet, et tœdet, et hoc piget. 
Summus Cbriste Deus, nunc faciem tuam, 
60^Flexis poplîtibus, pande mibi (3), peto. 
Lapsas respire spes, fomiteNuminis. 
Sanctam porrige manu m nunc trepido mihi, 
Possim scandere qua (4) gesta micantia , 
Summo te duce, sic te duce previo, 
65<— Et quoi sunt mihimet torva pericula. 
Mentem septifidi nectare Spiritus, 
Et cor rbetorici fomite gurgitis, 
Et linguam trimodo proloquio struens, 
Asperges salubris foute scientiœ ; 
70 — Narratus brevis ut sitque probabilis, 
Atque bine exstet apertus homini scio 
Hujus histori». quam reserabimus. 

Var. — (4j Motel. N.-M.-C. — (3) C-R. Eripe me. N. Deripere. M.-D. — (S) Pandetniai. D. — 
(h) Qoa. D. 



IW 



DE MOfllBl^S £t A0TI9 



Partit us brevitas flamine splebdéat, 
Id toto nitcat quseque solutio : 

75 — Nectatur generi sic quoqne paucitas 
Persouœ, exqucdatis, atque negotio 
Sumatur ratio rhetoricabilis (a). 
Septem nunc elementiis bene cognitis, 
Decretisque, simul statibus (1) omnibus, 

80 — Te douante, Deus, Virgine qui (î) salas, 
Cum Pâtre ingenito, et Flamiue cutn sftcro. 
Régnas (3), perpetuus cuncta tidens Deus. 

ORATIO (U). 



Doxa (5) superna, 
Omnipotens columen , 
Fûmes sensificusque, 
Numen sidereum potens ; 
ô — Lucis origo ; 

^ihereum spécimen, 
Rerum principiumque^ 
Causarum séries cluens; 
Prima propago, 

10 — Ingenitique Patris, 
Lumen lumine sacro, 
Et verus Deus ex Deo ; 
Pater al m us, 
Ingenitusque Deus, 

15—0 Fili genitusquoi 

His Flamen Deus eziens-; 

Deus unus , 

O Deitasque vigor, 

Non sunt namque dii tros, 

20 — Unum te ferimus Deum : 
Postulo supplex , 
Quod faveas precibus 



Incepto temere (6) UcUs , 
MœstuS (7) inscitia mea. 

25 — Martyris almi 
Te duce te referam 
Vitam Dunc luculentam. 
Exstet sensus hebeil lioet 
AoDuat ipse, 

SO'^Cujos opQs leférd, 
Posiimi quod* enubleari , 
Mnfub qui bo&a. gesserit : 
Qualiter atque. 
Perfidia ocoiditittS 

3ô«^AmuIfi doois atâ 
Testis : pfBBci{)uii8 : Dei . 
Gloria Putiir 
Et Soboli pariter; 
Banctoque (8/ Spiritui, 

40-^Uno simpliciter Deo , 
Amodo semper, 
Terapore perpetuo, 
Junctis ooDtiQoisqat 
Seolis secla par omoia. 



Var.-^ (i) N.-G.-R. Simultatibus. M.-D. — (3] N.-C-R. Qua. M.-D. — (d^ C Rejnans. N.-M.-R.-a 
— [h) M.-G.-R. Metrum tetracoloii tetrastopiion , id est quatuor metri gèneribus» a quarto Tacta repli- 
catione; hal>et enim primooi fersum adonicum, sccandum arohil Klium ; terc um feretacium, quartum 
glisooDium. Rub, eontemp, C. — (5) Doua. M.-Ii. — (6; N. TreiceracUft. R.-D. — (7) Mestis. D.J— 
(8) D. Sancto Spirituique. N.-M.-R. 

(a) DudoD met ici eu vers les préceptes de Técoie : narraiion br.>Te, soljtion nette; rapport exact 
entre le discours, son sujet et son objet; on coni ais:»ait encore ces rl^lci; mais on les pratiquait peu. 



FRIMOAUM NORBIAKKdE DVQVM. 179 



INCIPIT (1) PROLOGUS DBSGRIPTIOMS VlTiË WILLELMI DDCIS (2). 

55. QuoDiam quideoi , gloriosissimorum roartyrum digerendo luculenta praecoDia, 
eoromque prœpollentissima propalando elucidare gesta , illlus exstant munia , tqui 
Ulis bravium in praeseoti ssculo contuUt victoriae , cœlestique in regno emola* 
meotum praebuit immarcessibiiis gloriae : idcirco prœpolenlissimi ducis Willelmi (5) 
'?ttam actusque atque triumphum , non fuels verborum , neque excellentis oralionis 
ornameoto subliiniter prsbalteatum, verum simpliciter tenulque naturalis prolationis 
^rmone commenlalum 9 breviter praelibando tcxemus; quatenus hisloria gestorum 
ejus ssepissime redlala excitet animos omnium, quin etiam a linea progeniei Ipsiiis 
descendeniium, ad cœlestium praemia gaudiorum. Eaque nostrae fidei fundamenlum 
fortiler solidetur, noslrae Religionis cultus soierter nutriatur, mundi labentis decl- 
pienlisque contemplus nascalur , desiderium amorque supernorum fruge salutiferi 
operis profusius generelur « incentivum sanclilatis augmentetur« gradus provectionis 
erigaluFi janua superns contcmplaiionis salutifero itioere penelretur. 

YITA LT ACTl'S ET TRAUICIO WJLLELUI DCGIS (6). 

36. Igiturgloriosissimus dux prœpotensque cornes Willelmus, et œterno régi attileta 
dilectLssimus « ex prosapia insigni , paire Daco , scllicet Rollone, matre Francigena, 
videlicet Poppa (ô), ut praecedenii Hbro peroratum est^ genltus , Rotomagensi urbe 
exstilit oriundus (a). Quem genitor, omnium supellectilium ubertate locuples^ re- 
rumque omnium emblemate dives, Boihoni (6) cuidam diiissimo comiti sacro baptis* 
mate perfusum ad educandura commendavit , eumque ad erudiendum ut decebat 
iradidiL Denique pulcherrimus puer, pênes orlbodoxos vitaeque honestissimae viros 
familiariter dcgens, divxque memoriap bonaeque indolisfore incipiens, suaejuven- 
tulis aetalem, opimo quatemae virtutis commercio propensiuspollentem, Jesu Christo 
consecravit, seque divinis lotis nisibus subacium nianclpa?it. Bnimvero divina pro- 
fusius gralia replebalur, seplifluique niuneris sapientia locupletios ditabatur , quoti- 
dieque merilorum affluenlia gralius augebatur , divinis dogmatibus affluenter in- 
slruebaïur» monaslicis uberlim sanciionibus vigorabatur , ecclesiastics religionis 
dispensatlone libenter iusignibatur , melilfluaeque dulcedlnis nectare abundanter In- 

Var. — (I) M.-R. — (S) M«.N.-C.-R. DescripUo vite Guillelmi ducis. D.— (8) Wiltermi. Tf. GuUklnii. 
eu — (À) G. Ruà. conttmp. — (5) R. Popa. DV. Poupa. CL.-A. — C^) R. Botoni. N. Ottonl. BU. 



(a) On ne connaît pas la date précise de la naissance de Guillaume Lon^ue^^Êpte ; '«feadant , de M 
quMl fut asscdé au pouvoir par son père en 937 , k>rsqu*il eut atteint Vh%e de nrajorité, c*est-(^•dire 
à vinict-et-un ans, oo peut induire qu'il était né vers 905 ou 9C6 à Rouen, où son père était déjà solide- 
ment établi. 



180 DE MORTBUS ET AGTTS 

fundebatur. Erat quippc eflîgie conspicuus, stntura procerus, mente strcnuas, morum 
probitate grandsvus, vir ficri perfcrdis lotis nUens viribus (a). Ilujas seculi asper- 
nabatur jactantiam, vitabatquc mundî virilitor pompaui (1). Lxtissîmus plane erat facie 
serena , pacificus mente, dulcissimus eloquio, mansuetissimus conversationis negotio. 
Gupiebat labile linquere sxculum, seque Gimcgias (2) Hcri roonachum. Sœpius anlmo 
id replicabat, crebrisque cogitationibus mente determinatis hsrebat Explorabat 
sedulus quid super hoc vellet Christus. Indicium (3) quaerebat hujus rei , si 
forte venerit cœlitus illi. Quapropter lacrymis sedulo incumbebat, corposque ab 
escis duriter suspendebat. Fernox vigiliis iusislebat ciboque pauperes recreabaL 
Hajus animositatis œstu inflammatus , vovit {ti) se fieri monachum, mundum dere- 
licturus (5). 

APOSTHOPUA AD WILLELMLM (6). 

Willelme (7) sacer, juvenili macte salute , 

Flore juventulis redolens primcvœ (8) adolescens, 

Quid cèleras votum praescuti voce relalum? 

Pergere cur céleri volo Cbristi vis asylum ? 
5— Cur servat teneros custodia pervigil aiinos? 

Corporeos cur nunc innormat régula mores ? 

Arctus cur casti comiles rubrica revincit? 

Desine vota ; nccesse tibi uobisquc fueris 

Semine ; namque tuo nascctur dux lucuientus, 
10 — Ornandus donis cœlestibus insuper haustis. 

Francia miriBco cujus sub pollice vultum 

Ducet, agetque, movet, ilcctetque, citabit ovanter, 

Fretus martyrio postquam migrabis Olympe. 

Arbiter egregias regni moderabit habenas, 
15— ^qua librabit trutinaus et lauce querelas : 

Judicio tormenta reis impellet et 8E)r,uo, 

Largiûui dooi justis et prœmia dedet. 

Virtutum quateroarum passim aggere actus, 

Distinctum nitidis rutilaos diadema berillis 
20-— Emerito capitis gestans in vertice sancti, 

Scandet adElysium dignus, Christo duce, campum. 

Var, — (i) Poppam. CL. — (3) M.-CL.-A.-R. Gimrsias. N. — (8) M.-A.-R. Judicium. D. — (A) M.- 
CL.-A.-C-R. VoluiU N. NotîU D. — (5) M.-A.-D. Mondo derdicto. N. Mundum derelictus. CL.-R. 
Mundum dereliclu'rum fore. A.-DU. — (6) N^M.-R. — (7) N.-C.-R. O. Willelmus, M. — (8) M.-C.-R. 
IpriveTC. N. Prinueve. D. 

(a) Wace , Roman de lîou, t. I , p. iOà , v. S063 et suiv., et la Chronrq, aêctnd, de» duc» de Norm», 
publiée au t. Il , p. ^56 des A/émoire» de la Société de» Antiquaire» de Normandie , nous donne un por* 
trait de Guilluuiue Leaucoup plus détaillé, sans qu'il soit possil le cependant de garantir la ressemblance. 



PRIMORUM NORMANNIiE DUGfJH. 18i 

37. QuuiD autem, praevenienle gralia Divinftalis» secundum vires aetatis polleret 
titulis istius bODitalis, enlterelque afflaenler sladiis sanctitalis , Northmannonim 
Brifannorumque comités principesqae unanlmiter In anum convenerunt, quidqoe 
agerent decrelurl ad invicem dixeruut (1): • Dux Doster (scilicet Rolle, qui et 
Rolbertus), nimio bellorum labore iDcessanter attrilus . plurimisqueaesluantis maris 
pericuiis fatigalus, srumnaque crebrae navigatioDls afflictus, innumerisque pernocta- 
tiooibus defeclus, pluriumque piagarum livoribus iiifirmalus , viribus infirmilate 
evacuatis exhauslus, quiu etiam grandsvi situs diulurnilale eoiisuniplus, non valet re- 
gDO alterius aaxiliari et defendere, sibique et nobis confideuter prœesse et prodesse. 
Sciscitemur ab ipso qaem, in regno praelils adepto, liaeredem sibi elegcrit, quemque 
nobis habilein praeposuerit Est namqae ei filius, nobilissiina Francorum stirpe pro- 
genitus, qui et corpore vegetabili sospitate vigorato eiegantissimus, sensuque pluri- 
maruni sludiis rerum iuforuiato estperitissimus. Favente pâtre, nobis ducem, eumque 
prsferamus nobis patricium et comitem. flujus igitur consilii dispensalione reperta, 
qaiuimo omnipotentis Dei dispensante clementia, venerunt unanimes ad Rotbcrtum , 
Rotomageusi sede annoss statis senio fessnm, lenique sermone submissoque vultu 
ad euro dixerunt : < Domine dux pr^potentissime, senilis aetatis aggravaris inoppor- 
tunitate , tibique et nobis non potes salubriter subvenire. Exterae gentes idcirco jam 
DOS affligunt nostraquc penitus sibi diripiunt. Inter nos divortium atque duellum 
agitur, concorsque ut sit regnum non stabilitur, ideoque publica res annullata dissi- 
patur. Elige igitur qui prssit et prosit nobis, precamur, cuique diligenter subjicia- 
mur, utelipse sit nobis advocationis gradu dux et patricius, nosque obsequenter 
et personaliter ei roilitemus. » Tune Roiio/ humiilimis (2) suorum verbis coactus^ 
hujusmodi responsionibus est exorsus: c Quoniam omnem valetudinem longsva 
aetate auferri non ignoratis, meque non praevalere amplius neque prodesse vobls 
cemitis, vestro consilio vestroque Judido constituatur dux vobis, qui praesit studiose 
et prosit, ut hue usquemodo(3) ego vobis. Est namque mitii filius, Francigeuo nobilis- 
simae generositatissemine exortus, quem Botho {U), princeps militiae nostrae^ut filinm 
edncavil moribusque et studiis belli sufficienter instruxit. lilum, precor, eligite 
ducem vobis et protectorem, patricium et comitem. Subveniat vobis sagaciter in 
consiliis, prosilque vobis constanter in praeliis. Ab adversariis vos hostiliter prolegat 
pacemquc inter vos continuam icgaliter faciat. Monasticis rébus, ut dictum est mihi, 
vult se mancipari theoricisque, mutato liabitu, subnecti. • Tune comités, hujus 
responsionis affamine hilares, responderunt dicentes : • lile nobis erit dux baeredita- 
rius et opportunus, ejusque ditioni voluntarie nos subjiciemus (5), ejusque dignanter 
obtemperabimus praecepto , gentisque Franciscae regnum faciemus ei acclivium (6). > 

Kar.~(i) De electione Willelmiet morte Rolionis. Glo$, marg, conc^mp. CL.— (3) R. Humtlissimus. 
If.-A. Humillimus. D. — (3) lf..A.-DU. Ut usque modo. N.-GL.-R.-D. — {k) Otto. DU.— (5) N.-CL.- 
C-R. Opportunus ejusque dignanter. M.-A.-D. Dicentes: Ejus dignanter. N. — (6) Acclivum. N.-CL.- 
C.-R. Aoclinum. M.-A.-DU. 

23 



182 DE HORIBCS ET ACTIS 

Dux autem, sooroni militum verbis farenlium suis volontatibus bilaris, praecepit 
Bollionî. niflilix principi, ut addoceret spem populi, sciiicet Willeloium adolescen* 
tem. sibi. Botho vero ad patrem celeriter Wilielmum adduiit (a)^ accersilis prind- 
pibos (ofius regni. Tune charissimum pignus excepit amabiliter benignus pater, 
atque fas erat amplexus est dulciter praessgitque spiriluali mente annos pueritUe 
flinm non mediocriter transcendere. 

Gaudeb^nt ambo, (^eDÎtus quidein (i) honore paterno. 
Et paler losigois Willelini ex actibus almis : 
Cernuus (2) hic senio piobitatis proie venuslae (3), 
Et 8oboIes luculeuta setatis pâtre vetustœ ; 
5 — Hic cito scdDSurus cœluiii de leste futuro; 
Hic reuaturus rouiido genitore beato. 
Âmplexusque sacros amplezibus hi replicantes, 
Oris niellifliii libabant oscula semper. 
Gratantes pariter genitor soboîesque resedit. 

^8. Tune Rollo, principibus convocalis secretius, diiit postulativis verbis omni- 
bus : t Ecce quem requiritis, ecce hsres noslrae possessionis, eece qui praeerit ?obis. 
Isti, vobis favenlibus, trado regnum, labore ceriaminum sudoreque prsliorum adep* 
tara. Iste, vice mei, dominabitur hujus gentis haeresque erit praedignus noslne do* 
minatlonis. Istius virtutem imitamini quantusque erit prssago spiritu iotoemiBl 
Legtbus et stalutis nosiris constanter auxiliabitur Jusque et deereturo nostrum^ faoc 
superstite, non delebitur : vos quoque terra , quam sorte (k) dedi vobis, non frustra* 
bit, tnsuper augendo ampliabit. Quapropler manus vestras graUa servandae fidelUalis 
manibus hujus date, nostraeque ûdei sacrameato fidem continu! insolubilisque ser- 
vitii et militationis isti, precor, facite. » His dictis, Berengerus cornes et Alannus (6) 
pariler caeterique Britones iiecnon Northmannorum principes subdideruoi se 
voienles Wilieimo unanimes , juramento sacrs fuiei illi se eoUigaverunt, manusqoe 
su«'is manibus iilius vice eordis dederunl* vov^runtque se militaturos contraque ûb1« 
timas gentes debcUaturos. Abhinr naroque peracto uuius lustri {b) spatio, Roliooe 
defuncto, et in cœlesli solio féliciter, ut<Tedimus, coronato, Norlhmanni pariler et 



Kir. — (1) N.-CL.-C. Wilieimo, R. WHIelmu^. M,-D. — t^) M.-C.-D. Prccubus. N.-CL.-W.-A. — 
(3) N.-CL.-C.-M.A. Gaudcbat. R.-D. Venuste scîlicet gaudebal. C. — [h) Quam dedl. Dli. — >S)M.-<X* 
R.-D. Alanas. N.-DU. Alaiinius. CL. 

(n) WiUelmum ndduxii, Benoit prétend que Botlion avait è!é te parrain du jeane prince: Cett Boton 
Vaut de font If ce, Chron, de» duc», I, 560. V. encore, sur réducation clirétienne que reçut GuUlaumo, 
VHhtoire d'Adhémar de S, Cib. Pertz, Xon, Htit. €em.,iy^ iOO. 

(b) Nous avons \u que cette assodaHon de Goillafiime Longne^Ppée au pouTUtr de wn p^re eut iiea m 
937. C/est à raison de sa nouvelle quotité qu'il rendît lioniniage ù Ciiarles«le-6lmple. V. ÈÊénUt f. 7^, tt 
êupva, p. 17A« 



PAIMORUM NORMANMiB DUCUM. 185 

Brllanni in unum convenerunt tenoreroque fidei Wlllelmo, praecelleDlissimo (1) daci 
et patricio « firmamenlo sus lidei Ueruui saQxerunl. Adepius siquidein cutmcn tanli 
honoris et dignitalis, conslipalus diguissime comilibus niilillbusquc condignis, vovit 
Chrislo se regno (2) auxilialurum, nuUique unquam facluruin prxjudicium ulluoi. 
Erat naoïque ditatushonoribussanctiiDoniae et inagoificenlix, iUuslralus coiumerclis 
prudentiae et caulelae. Sancli Spiritus cleiuenlia prseunte, terrena hujus sascuH 
animo parvi pendebal, sicuii in puerilia devovcrat Legibus paternispopulum slrenue 
regebal, bisque reos suppliciis damnabat. Vils innocenlis regalam sedulus tenebat , 
ecciesiasticae dispensationis gubernacula laicali ordine sagaciteradministrabat. Aniui 
corporisque virtute omnibus praecellebal; rerum Torensium prudentia omnes exsupe- 
rabat. Bonae voluntatis exemplo omnes informabat ; doctrlna palienliae et religionls 
omnes cogebaL Conslans defcnsor erat in adversis, coucilialor sagacissiraus in 
prospcris. Veritas et giovia in domo ejus^ œquiias et justitia in operibus cjus. Sernione 
veriinlis arguebal delinquentes; correplione severissima incrcpabat desides. 

:i9.Quum (a) autem (alibussupernae dispensationis muneribus abundantius poileret» 
bonaeque actionis suae fama pêne per universum orbem largissime propalata cre- 
bresceret, Dritones, lenorom fldei quam promiserant penitus abdicantes, cœperunt 
contra Willelmum ducem esse rebelles (3). Hujus namque ina^stimats opinionis (4) 
Veritas quum ad notitiam ipsius praepotentissimi ducis pervenisset, misit legatos suos 
ad Brilones, nt resipiscerent celeriter et venirent famulari (5) sibi Rotomo (6) festl- 
nanter. Illi autem» in infidelitatis sus perse veranlia stultiiius conimorantes^ l^atos 
remiserunt ad ducem Willelmum, dicentes: t Non militabimus tlbi ultra, nec famu- 
bbimusy quia sub imperio Francises dominationis semper viximus. Rolio vero tuus 
genitor , conglobatis barbarorum advenarumque turmb, Franciam olim invasit, et 
ter ram, quam modo possides, ut pacificus regno esset» tibi régis dono acquisivlL 
Terra vero quam tenemus, non ei data fuit in hsredum suorum possessioncm » sed 
attribula tamdiu ut ex ea viveret , doncc resdificaretur terra, quam dono régis re- 
ceperat vastalam. Nihil nobis et tibi , nisi amicitia et concordia, paribus volun(ati- 
bus squalique consilio deiiberato. liegem usquemodo liabuinius ; duce et protectore 
non caruimus. Nullius lerrs nisi Francis incubuit Drilannia sorvitio, nec subjugavit 
se cujusquam imperio. » 

60. Audiens autem 'Willelmus, dux Dacorum, hujus Britannics legationis man- 
datum, convocat principes Norlhmannorum , istius rei causa ad consulendum. 
Quibus coadunatis , seriem istius mirands legationis in auribus eorum retulil. Tune 
quidam Bernardus, secrctorum Wiiielmi ducis conscius, Bothoque princeps domus, 
admirali super liis legationibus , dlxerunt omnibus : c Mirum, et inauditum, alque 

Var. — (1) PreciupntisMmo. n.-DU. D. » f2) Rcgnum. D. — (3) De rebellioiic Briloiium contra 
Willelmum et qualitcr pacificatur. Glo9, marg, contemp, CL.— (A) Inopinatv rebcllionis. DU. — (5) Famu- 
lalim. A. Fainuli. R. Famulaturi. DU. — (6) Rotomuro. N. 

{a) Yen l*an 93S, pea après la mort de Rollon. 



18/i DE HORIBCJS ET AGTIS 

nobis stupendum hujas maodali responsum. Gum pâtre tuo Rollooe olim Dada 
exteriDinati , finesqae Anglorum permeoso maris pelago vix aggressi » ipsos in dos 
iosurgere volentes rcsistendo bostililer devicimus, eosque usque ad interDecionem 
severiter proslravimus. His rege Alstemo pacifice sedatis, nobisqae vi yentorum 
lerram Walgrorum ingressis, ipsi conglobatoque exercilu voluerant resistere nobis. 
Quos opportune invasiraus , eosque nobis praeliis subjugavirous. Denique Radebodom 
Frisonem, hincque Rainerum Hasbacensem penetravimus; illos nobis tributarios 
fecimus. His ita se habeutibus^ Franciam venimus, eamque bellis prxoccapa?imos , 
totamque praîler uiunitiones urbium depopulavimus. Nobis vero moranlibus in ol)si- 
dioue circa Parisius, propter amorem régis Alsieini (1) Anglos iterum repedavimus, 
injurios iufidelesque ejus vi et poiestate subjecimus. Anglis vero noslras ditionis 
arbitrio régi Atslemo subactis , cam majore priori exercitu Franciam repeda\imas , 
bellisque eam plurimis contrivimus. Yidens autem rex Karolus quod non praeva- 
leret adversum nos, pacem et concordiam a nobis requisivit filianique snam 
Roiloni , tuo palrl , in conjugio dédit liancque lerram, pro pignore pacis, in perpe- 
tuam liaeredum noslrorum possessionem nobis voluntarie tradidit , Britonesque ad 
serviendum , terramque ipsorum ad vivendum subjugaviL Pâtre luo superstile (2) , 
tibi sacramento vers fidei et servitio se subdiderant. Post lugubre damnum patris« 
fldem rénovantes tibi usqnemodo servierunt. Nunc et nos quid facimus contra deser- 
vientes (3) rebellesque Britannos« qui tanta et taliapraelia peregimus? Efléminatos 
viribusque exhaustos nos esse recognoscunt; ideo talia remandare ausi sunt. Alimonia 
bujus terrae^qua vegetamnr corpore, putant nos inermes esse viribusque penitus 
deficere. Sentiant robur nostrum hujus regni conversatione non tabidum, vlgo* 
remque nostrum experiantur robustissimum. Gomprebendantur in consiliis , qnibus 
cogitant^ superque responsis suis ad interilum et ad correptionem sui nequidquam(&) 
resipiscant. Dispcrdamus arrogantiam illorum in virtute nostra » eorumque saper- 
cilium conteramus potentia nostra. 

APOSTROPHA. 

O Jpsu testis Christi Willelme future, 
Ecce valesce, vigesce, sacro conamine sudans. 
Expergescitor et conforfator violenter. 
Et stériles ratione truces compesce Britones, 
5 — Atque supercilium feriter cuntuude nefaiidum, 

Quorum concilium effatuans, hebetaque malignunu 
Nam laceros bellis, contritos peste fameque, 
Indulgeos, miserans, parceus, Deglecta rcmittens, 
Hos stabili sarrainenti conamiue flectes, 
10 — Et resipiscentes famulabuntur reverenter. 

Var. — (4) AUtenici. DU. — (S) DU. Tibi sufierslite. D. — (S) Desevîentes. DU. — [h, El nul rcA^ 
piflrant. DU. 



PRIMORUM NORMÂNMiC DUCUM. 185 

/il. Hajus exhortalionis alloquio Wilieloius atrociter motos et instigatos, coDgre- 
gavit UDiversi regni su! concite excrcitus, ivitque super fluvlum GoysnoD (i), Brito« 
num («îc) dominaturus. Hujus igiiur adventu BritODesexterriti, nolentesqae Willelmo 
famulari, latuerunl praesidiis urbium recepli. Tune Willelmus occupavll exercito suo 
omneiD terram Brilannorum , et subvertit plurima loca munillouum. Willelmo vero 
a BrltauDia regresso Bolomagenseni urbem « Brilones subsecuti et dévastantes pagum 
inyaseroDt Bajocacensem. Igitur liVillelmus» revocato cuncto exercitu, praeoccupavit 
regressum illorum, pugnavitque fortitcr contra illos , cxsisque plurimis piinciplbus 
Britannorum , obtinuit de iuimicis trlumphum ; blncque devastavit terram illorum. 
aflligens illos famé et peouria et opprimens caede praemaxima. Videntes autem 
Berengerus et Alannus caeterique Britoues. quod uon sofiBcerent nec praevalereot 
adversus Wilielmum, miserunt ad eum verbis deprccativis legatum : t Patri tuo 
obedienter servlvlmus , tibique incombentes famulari cupimus. Ne desplcias nos , 
quaesumuSy neque abomineris servitium nostrum uUatenus; sed respice nos, ut 
servos offensos plus dominus. Pravorum consilils obcxcati, negleximus mandata 
imperii tui. Averlatur furor tuus a servis tuis, et concède uobis omnimodam fellci- 
tatem pacis. Inclina bcnignam aurem tuœ magnifies pietatis ad nos nequaquam (2) 
servos scandai! et offensionis. Quod enim sacramento chrisliauae religionis tibi pro- 
misimus, maie operando hactenus contra te mentit! sumus. Pœnitet nos contra te 
errasse tunmque servitium deseruisse. » Qujus namque neglectae militationis et 
obedientiae denominataeque bumilitatis legatione Willelmus, dux praepotens , usos» 
consultis Dacorum principibus super bis rébus ^ Berengerum dncem Britannorom 
oflensionis neglectique servitii atque impetrandae miserlcordiae pondère onnstam 
gratuita pietate recepit ^ cumque sacramento perseverands fidelitatis et servitii sibi 
connexuiL Alannum vero y qui huJus rixae et Jurgii auctor et incentor fuit, aspematas 
est et abdicavit eomque Britannica regione cum suis extrusit. Ipse vero (3) in Bri- 
tannia, nec in tota Francia usquam morari ob metum Willelmi duels nequlvit; sed 
profugus expetivit auxilium Alslemi Anglorum régis. 

62. Tune Willelmus uiriusque regni populum strenue rexit, potentiaque et vir- 
tute vigere aflDuenter cœpii. Propalabatur namque fama bonitatis per climata 
mundi; promulgabatur profusius abstinentla castitatis nec incumbebat iilecebris 
gignendae posteritatis. Cogentlbus igitur comitibus suis, non urgente sexu humans 
fragiiitatis, sed ne deficeret neque abesset haeres tantae progeniei tantique bonoris et 
ducaminis, connexuit se, geniali jure conservandae (6) successionis (a), cuidam nobi- 

Var. — (1) CL.-A. Coisnon. N. Coysnon. M.-R.-DU. -(S) DU. Adnequam. R.-D.— (S;Qui neqae. DU. 
— [à) RenoTandc DU. D. 

{a) GoiHaame de Jumiégesnoas dit que ce mariage fut célébré more damieo, Ik. III, c. ii. L'épowe 
•^appelait Sprota et, d^aprèt Frodoard et Richer, elle était dVigine bretonne, coneuHma Biitamma: 
Ffod., Chr., adaoo. 9^3; RIcbar, UUt. , liv. II, di. xxux. Suivant l*ordre da récit, cette oolon 
daterait de ramée 9M, du rmoar de l*expéaiti»a de Bretagne d*oà Sproia ftit peut-être ramenée 
par le Jeune dae nomand. 



186 DE HORIBUS ET ACTJS 

lissimae virgini elegantissimae formae , coDsilio profusius* providae , forensium rerum 
negotiis affluenlius cautissimae, conversatione aplius congruenlissim». colloquio 
prudenter facundissimae, muliebri exercilio complius (1) el arlificialiter peritissiuiae. 

APOSTROPHA (2). 

lonocuis Ûagraus rébus, martyr Clionee (a), 

Prsesagio vernans luculento mercis opimœ, 

Divinœ fulgens augmento prosperitalis , 

Doxœ resplcudens compte probitate futurae, 
5 — DiiTusseque cluens bonilatis luce perenne, 

Quin merilis digne luculentior omnibus atque, 

Ne paveas trepidans, formidans et verearis 

Jus licili quo tu pepigisli fœdera lecti. 

Namque voluptalis hujus commixlio sacrs, 
10— Nec intacta fides, labem non pasfta pudoris, 

Xeque libido sacri merilum cordis lemeravif, 

Semine namque luo succedet dux luculeutus, 

Munere virtutum mactus meritisque coruscus , 

More patris populum, foiti ditione subactum , 
15— Qui reget imperitans, extollet rite gubernans , 

Nisibus et faciens totis incumbere Christo, 

Mulliûuam gentcm jusiis moderabit faabeDis, 

Subque manu cujus pax, paz, concordia, paz, pax. 

Hls supra scriptis^ et hujusceinodi talibus rutilaos athlela Cbristi foeatlssimus 
propalabatur prxeuute bonitalis fama, in cunctis terrarum fioibus; locuplelabatur 
sulficienter labilium rerum copia; ditabalur profusius divioae augiDeotalionis gratia. 
Aoiabilis quippe erat cuoctis lerrigenis, amabilior quin etiam Deo el cœllcolis. 
Hugonis igilur eo tempore dncis aroiciliae mulua voluntate et compeleolia coo- 
nexuit se non permansuro fœdere (6). Dehioc atque Beribcrto satrapae coujunctus 
est pac(o labilis amicUiae (c). 

Var. — (i) Compte. D. — (2) R. 

(o) Ctiomee nous parait être un barbarisme, qui veut sans doute dire : digne d'éire célébré par la muie 
de rhistoire, Clio. 

(6) Les grands seigneurs français essayi'^rent souvent de faire entrer Guillaume dans leurs vues» et 
parfois ils y réustûrent; mais ce prince, suivant la tradition de son père, préféra en général s^attacher 
à la royauté légitime qu*ils attaquaient, non pas sans doute qu*il la souliaiiftt ni très-forte, ni très- 
puissante, mais parce quMI sentait bien qu'elle pouvait moins lui nuire que les ducs de France, s*ils 
parvenaient au pouvoir suprême. 

{r) Facto (ahiHê amiàtiœ. Ce n*est que plus tard que Guillaume épousa la fille de Heiiiert, Lfutgarde. 
M. d'Arbois de Jubaîoville a élevé des doutes sur rauilienllcité de cette union, et il te fonde principale- 
ment sur des raisons d*âge. V. Oist. deê comtes de Champ. , U II. 



PRIMORUM NORtfAlNNIiE DUCUM. 187 

&3. Videos autem (1) quidam Riulfus (2), perfidiae nequilia atrociter repletus, 
Willelmum ducem , scilicct dominum sunm, amicortim pra^sidio confortari valde et 
Gonvalescere , coovocalis plurimis principum Nortlimannorum , fraudulenta retulit 
voce : « Noster senior Willelmus, nobilissimo Francisco siirpis semine genllus, 
Prancigenas amicos acquirit sibi , nostro consilîo privalus, uostraeque afDIctionis 
animosilate investigatus. Nos vero coiialur regno pciiitus exlrudere , remaDentlum- 
que colla jugo servilutis durilcr opprimere. Terram autem quam possidemus paren- 
tibas sais in haeredum suorum posscssionem dabit, eosque muneribus noslris af- 
fluenler dilabll. Contra igiiur illius molimiuis cogitalum quœraaius sagaciter salubre 
nobis consilium^ faclamusque inter nos foederls sempiterui pactum, et teneamus 
iilud tenacis voluntatis ancliora Inconvulsum. Subveniat quisque nostrum si quem ex 
nostris viderilabeooppressum, protegatque eum jugijuvamine ut semetîpsum. Quin 
etiam si omnes nos una voluerit perdere , ejus hosiiliter rcsistamus audacl». Quod 
molilur subdolus vafra calliditate incessanter nobis facere, faclamus ei citius quam 
poterimus insperate. Mittamus ad eum quemdam intcruuntium , ut , si voluerit nos 
promptos habere sibi ad serviendum , iargialur nobis terram usque ad flumen 
Rislam. Nos frequentia mllitum,si dederit, ditabimur. lile frustratus milite annul- 
labilur, nec ultra vires iudignationis suae in nos extendere couabitur. Hincque poten- 
tiores eo erimus fortuoa etvlrtute, ille taotum nobis nomine. » 

iiti. Hujus fraadis rcperto consilio, miserunl ad Willelmum, qui dicerent nefanda 
adinventionum. Adstante ante M^lUelmum interountio, expletoque legationis officio, 
ipse obstupuit super mirandae prssumplionis verbo. Accersitls igltur principibus suis, 
consulturus super talibus mandatis, remisit ad Riulfum verbis pacificis legatum sub- 
sequentla dicturum: • Terram quam a me requiritisnon possum largiri vobis; omnem 
tantum supellectilem quam possideo concedam libenler vobis: videlicel armillas, et 
balteos, loricas, et galeas, atque cambitores» equos, secures, eusesque prsecipuos 
auro mirabiliter ornatos. Cratia mea continua^ militiaeque palma in domo mea fme- 
roini, si incumbentcs mco sorviiio voluntarie fueritis. Consilium.meae ditionis mittam 
in ore vcstro, et quidquid voluoritisvcstro (3) jussu explcbo. Quem opprimere volue- 
ritis, opprimam acriler ; quemquo abicere, penilus abiciaro ((i). Quem (5) prscepe- 
ritis exaltare, potenter exaitabn ; quemque humiliare (6), atrociter humiiiabo. Vestro 
consilio haec patria rcgctur et dominabitur ; et ideo vestra potestas in omni (7) excel- 
letur. Meum vivere meumque sapere sit abhinc in vestra potcstate. ^ Quumque nun- 
tius hujus humilitatfe penrenisset ad Riulfum totlus praesumptionis narrassetque ei 
legalionem tants humilitatis et roansuetudinis , illccius arrogantia suae temeritatls, 
parvlpendensque mandata humillim» deprecationis Willclml ducis, convocatis prin- 
dpfbas, seqoacibus (B)suae praesumptivae voluntatis, retulit quae aodlerat pérorante le- 
va*'. — (I) De conspiratione Norroynnorum coiitra Wi lie) mu m. Gh$, marg, eomlemjK CL. — 
(Sj Rio'fius. N. ^ (S; Meo jnssu. DU.~(&} N.-CL.-M.-C.-A. Abjicere, abjicijm. D. -(5; DtJ. Qu«.IX— » 
(0) C Humiliari. N.-CL.-M.-D.— (7) In omnibus. DU. — ^8; Sequadbuaque. DO. 



188 DE MORIBUS ET ACTIS 

gato, ore fraudulenLae calliditatis. Tune veneno perfidiae suffusus, mentequc contumaci 
turgidusy temcrario ore garrit baec m priocipum auribus : « Verbe taatae humilitatis» 
qaara aadistis, praesagil nos acquiescerc (1) cl soporari ; sicque, prollxilate tanla dl- 
latationis FraDcigenain parenlelam suae gcnerosilalis conjuratis principibuset ascilis, 
super nos nllllur coadunari. Animadvertamus igitur, ne decipiamur, neve Franciscis 
gentibus conleramur. Non nos proterat calliditale suae argumentatiouis diulius, ve- 
rum occurramus ei conglobato ad Rolomagensem urbem exercitu citius, ut ipse et 
cousiliarii ejus Rolomo trudantur. Ilincque majori spe fiduciaque tuebimur, secu- 
rique^ seditionum sine respeclu, erimus. » 

APOSTROPIiA AD RIILFUM ^2). 

Viribus, ah I nocuis, meditalibus atquc nefandis 

Perfidiae iavidiœque lues qucm fœdat acerba, 

CritniDejam viiii crassante, Ri ulfe superbe, 

Cur nunc baccharis frustra, cur, periide, sœvis? 
6 — Infeclus vitiis , mentis curru phalerato, 

Viribus exhaustum cur te jactas bonitatis ? 

Cur turaido fastu nimium pompante superbis? 

Curque voluntati Domini, super astra manentis, 

Sistere conaris vacuo conamine sudans 7 
10 — Die sodés, inimice Dci, quorsum properabis? 

Quorsum castra feres, gressum quorsumque citabis ? 

Agmen seductum, vafroque sophismate totum 

Ire moues quorsum, furiis baccbatus acerbis ? 

Casus innumeros ast infortunia passus, 
15 — Judicioque Dei perculsus, pestifer ingens , 

Ut reor, exilii fluîdi, prœcepsque Carybdim 

Incessu accéléras tumido gressus ruituros. 

Nam proprium (3) elatis sese prœtollere valde, 

Hincque repeutiuo uimium casu cruciari. 
20 — Ardua frous tepiturque, supercillo vacuato ; 

Ast bumilis nitidam gestat redimitâ coronam. 

Bujus pestifcras exhortationis verbo exercitu conglobato, transmeautes clam 
Sequanae {U) alvcum, Juxla Rotomagenseoi urbeofi in quodam prato castra metati 
sunt. Tune Wilielmus, repentinum pcrversae mullitudiuis metueus iinpetum» oiisit ad 
eos buniillimis yerbis Icgalum, quae modo audietis dicturum (5) : t Noster senior 
Willelmus, Juvenalis elatis flore nliidus, vult vobis esse per omnia paciflcus et be- 
nevolus. Mandat vero vobis ut honorem lotius patris secum communicetis^ SQoqae 

Kor. —(1) Vos quiescere. DU. — (2) M.-C.-R. Apostropha. N. — (3) Proprium jciV. est. C. — [h) 8^ 
cane. N»-DU.^(5) De legato Normannis a Willelmo niisso. Chs, marg, contemp. CL. 



PEIMOEOM KORMAKNIJB DOCUH. 189 

ta eoosilio primi, et pnemaximl, cunctis praecellatis. Terram aatem, qaam dari toUi 
petHis, non solum osqoe ad Rblam, venim etiain usque ad Sequanam libenter ood* 
cedec ▼obis. Coofidit enlm se tueii ?estro adjotork) : vos aatem non diffidutfs foveri 
montriqQe sao patrociDio. QaldqQid concopisciUs babeatis, qtiidquid renim vultls 
incanctanter possMeatls. Ut ad eom bumiliter precatar pacifiée ?eniatis , ^ascfoe 
amfcabilKer colloqoio mentes , sectun habitetis. t Tanc Rlulfus, incentor bujos mail 
nequlssimns ftaudisqoe diabolica» furiis bacchatus, inquil legato prx omnibus: 
« Revertere celerios , die 'Willelmo et suis omnibus, ut exeat a mcenibus civltatis 
hujus, petatque Prancos suos parentes citius. Non eniro eril hsres ultra terr» hojus 
nec noslrl aroplius domlnabitur , quia nobis est Incongruus et obnoiius. Terra vero, 
quam repromittlt nobis, dono ejus non dabitur, quia dari non potesl quod non 
hal>etnr (a). SI ?ero civitatem non deserere maluerit, nos semper eam invademus, 
eaque capta, 'Wlllelmum et suos gladio conteremus. • 

/i5. Quomque intemuntius quse audisset Wiiielmo duci feslinanter retuUsset, novl* 
(ate rei stupens diriguit, convocatisque principibus, exercituque coadunato^ uri>e 
exilt , montisque {b) procllvia civitati immlDeotioris subill, cupiens exerdtum inimi- 
corum suorum intueri, si forte dlmicare posset cum illis. Videns autem exercitum 
inimicorum suorum majorem suo, et copiosiorem, dlxit ad Bernardnm Dacigenam 
milltem : < Il>o ad Bernardum Silvanectensem, meum avunculum , moral)orque tam- 
diu apud illum, donec prxstet nobis (1) aliquod auxilium. EJusconsilio et adjutorio 
banc revocabo terram , omnesque hos exercitu (2) Francorum hostiliter conteraro. 
Delebo hos horumque cognationero (S) penitus a fade terrae , et non remanebit 
harura progenierum ullus in toto orbe. > Tune Dacigena Bemardus respondisse 
fertur : < Tecum usque ad Eptae fluviolum properabimus, verum Franciam non pe- 
netrablmus ; quia quondam ciun pâtre tuo eam saspe bellis repetivimus, multosque 
incœpto prielio (k) prostravlmus. Quin etiam superstitum adhuc avos et avuneulos, 
patres et patruos, materteras et amitas, consobrinos et consanguineos. aut intere- 
mimus, aut captivavimus. Et quomodo quiverimus tantorum inimicorum faciem sub- 
sisiere (5) ? Aliéna mavis quadra (c) ?ilis nulllusque utilitatis vivere, quam regnum 
regere et protegere ? Ego et consortes met te non sequemur, neque quo vis profl- 
clscemnr. Maviglo ergo Daciam, nostrs nativitatb terram, repetemus, quia duce et 



Var. — fi) Milii. DtJ. » (S) N.-R. Eiercilut. CL.-M.-C.-A.-D. — (S) CL.-C.-M.-A. Cogitatiooem. N.- 
KAk •— W In pndilt* DU. — (5) Qaiblmus 1. 1. fuciebus pneteouri. DU. 

(«) Ikmo éat quod non kabeU broeird de DroK romain. 

fi) Lt ll«Dt«tui4l8ladca. Lat rèrollét campaient dam nne prairie Toisine an Ifont-Rlboadet, et qui 
^^ppeMt encora ai^rd^liul ]ePrédêU ïïûiaHU^ au nord-ouest de Rouen. La vlUe était protêt à IVh 
pif ém marali ; aa aadi par la Seine ; Riouir avait donc dû trateraer le fleuve att-deMoas de Rooeo. 

^t) Ut booa somma pntci aliéna vivere quadra» 

JvvnUf lat. V, ven f» 

3i 



190 DE HOaiBUS £T ACTIS 

advocato carerous. Non vales nobis ultra viribus efreminatus praeesse, quia morleip 
metais his hoslibus imminerc. » His aspcrrimis sermocioalionibus 'Willelmus iDSti- 
galas dixit Bernardo Dacigenae coram cœteris prîDcipibus: t Duris et obscŒoia 
verbis me turpiter lacessisti , quum me efleminatum armisque frigidam ^ qain etiam 
nibilum vocasti. Ecce prxibo signifer fesliDanter ad praelium, et cooteram constaDter 
exercitum inimicorum. Devorabit gladius meus carnes perjurorum« disrumpamque 
et dissipabo castra eorum. Non diutîus segnes et timidi moramini ; verum me fesli- 
nanter sequîminU et invadamus eos ut agnos lupi (1). tCernensautemBernardusani- 
mositatera constantiamque virilem "Willelmi duels, dixit ad eum verbis bumillimis : 
« Domine dux praepotentisslme, noii irasci nostra allocutione^ quia consequeos est et 
utile quod nobis jubcs facere. Tantum experiamur quis tecura ibit ad praelium» 
quique subvenient tibi in auxilium. » Repcrli sunt, Bernardo inquirente^ trecentl 
viri, parati cum Willelmo praeliari et mori. Qui unanimes ante illum venerunt, Judi- 
ciumque fcederis fldeique , et adjulorium, more Dacorum , facientes ^ tela, mutuse 
volunlatis pacto, una concusserunt (a). Caetera vero gens, armis frigida, recessit ad 
praesidium urbis céleri fuga. 



APOSTROPHA (2). 

Moribus et meritis celebris, Willelme patrici, 
Jurgia, dicta, miuas, lites, divortia, rixas, 
Bella, supercilium, fraudesque, duellia, telum, 
Hujus perfidiœ populi, spurcamine pleni, 
5«— Ne timeas trepidans, formides ne verecundans. 
Namque in te feritat dire gens faaec sine causa, 
Torva, ferox, ventosa, procax, incauta, rebellis, 
Inconstans, disparque sibi novitatis amore : 
Prodiga verborum, verum non prodiga facti , 
10— Prava, superba, maligna, nefaria, flagitiosa, 
Letifera, et rea, pestifera, etscelerata, profana, 
Toxica viperei diffundens plurima viri, 
Tranquillœ paucis stabilem pertœsa tenorem. 
Mililibus paucis, duce te, delebitur istis (3) ; 



Far.— (4) Eos audacter ut reos. DU. — (3) R.— (S) N.-M.-C.-R. Les quatre vers suivants manquent dans 
rèdition de Duchesne. Qualiter Willelmus de Normannis triumphum exhibuit. GU marg, eontemp. CL» 

[a) V. sur la manircstation du consentement par le choc des armés contre les boucliers César, Dt Mio 
gallico, liv. VIII, c. xxi ; Tacite, i^ijf., liv. V, c. xvii ; Germ., c. xi. L'obligation de falncreou mourir 
avec le chef était égaleiàent pri>e par les Germains. V. Tacite Germ., c xir, et i7t«r»^liv. IV, c. xr, et 
par les Bersekerg Scandinaves. Y. Depping., Erp. marit, , p. 21, et les Sagaê cités en note. On voit que 
ies Normands établis en France avaient conservé cette coutume. 



PRIMORUM NORUANNIiE DUCUM. 191 

15^Utque olim Madian gentes Âmalcchquc superbas, 

Pluribus ascitis populis, populare volentes 

Israël, ethereœ legis mandata tenonlem, 

Jeroboal Gedeum contrivit conculiendo, 

DivÎDO monitus jussu, nutuqiie supemo, 
20 — ^Ter quater armigeris prœclaris quinque Tiginti, 

Judicis setherii jussu, sumendo probatis, 

Haud secus, auxiliantc Deo, annullabitur istis 

Digne promeritis te tripudiante trecentis. 

û6. Tune Willelmus, cum trecentis ferro indutis, irruit repente saper inimica 
castra temerariae muUitudinis , conterens eos , et dilacerans mucronibus et lanceis. 
Disrupit tentoria principum , incenditque magalia militum suorum. Prosternit qoos 
gladio reperity obstantesque sibi Orco transmisit. Obtinente igitur Willelmo de 
inimicis triumphum, Riulfus fugiendo evanuit (1). Quem sequens pars exercitus 
comprehendere nequivit, quia densltate sllvae occuluitse (2). Plurimos autem illorom 
absorbait Seqaana, maltosque iaccratos contexit et silva. Tanc WiUelmas, lustrans 
campam cadaverum , et non invenicns mortuum ullam saoram, glorificavit cam sols 
Deaaiy qui subvenlt sperantibus In se adjutorium. Locus autem, in quo bellam 
mirabiie fuit , dicitur asque In praesentem diem ad Pratora-Belli. Revertenti Igitur 
irillelmo de praello , occurrit el miles quidam ex Fiscanno (3) , nuntians quod esset 
ei fliius ex conjuge dilectissima {a) natus. Lstior itaque peracto praello , Istlssimua- 
que filio, misit Ueirlcum , Bajocensis ecclesiae episcopom , omnium quippe prssolam 
sanctissimum (6) , et Botbonem , cunctorum militum prccellentlssimnm , sacrt 
baptlsmatis rore oleo et cbrismate renasci, et innovari fillom (6). 

APOSTROPHA. 

Hœres ecce tibi dignus, Willelme patrici, 
Qui strenuus populum justis moderabit habenis , 
Sanguinis ut dabitur merces tibi digna corona. 
Occasus nomcn digne laudabile cujus 
5— Agnoscet, probitate promul^fata, et Eous, 

Et spareis (5) pariter meritis , septentrio , et auster* 

Far.— (1) Erasit. CL.— (3) N.-A.-DU. OcculiiiL M.-CL.-C-D.— fS) De Fiscanno. DU. Frieanno. A«— 
(&) Henricuro Bajocensem episcopum, omnium praesulum sanctîssimum. A.-DU.»(5) N.*C.Par sis. M.-R.-D» 

(a) CbM/u^ : Sprola, qui dut mourir ou être répudiée peu de temps apK'S cette époque, puisque» 
avant 936 , Guillaume épousa la fille de Hert)ert de Vermandois. 

(6) Guillaume de Jumiéges (Ht. I , c. ii) donne à entendre que Richard fut enfojé à Bajeux pour j 
i«cefoir le baptême. 11 aura sans doute mal lu ce passage de notre auteur, d'où il résulte clairement que 
Tévéque de Bayeux fut, au contraire, en\ojé à Kécamp. Au reste , un peu plus bas, Dudon dit posillte* 
ment que BoCbon et Henri se rendirent à Fécamp. 



i92 DE MORIBUS ET ACTU 

67. Tonc Willelmas , (anloram csde alque niloa sobllmiter exaltatus » obtiDoit 
Qtroinque regnum BritanDorum Nortmanooramqae bellorum secunis, oecausosest 
amplius contra eum litigare ullus. Francise» genlis principes» Borgundionomqoe 
comités famulabantar ei. Dacigens et Flandrenses, Angliqoe et Biiiemenses 
parebant el, csteraeque gentes» in affinitate regni soi commorantes , obediebant 
ejos imperio unanimes. Tempore namque praedignae venatioois, quo cenri, petolanti 
luxa urgente , congrediuntar cervis geniall jure fcetos conceptoris , scenas spatiose 
amplitudinis , in loco qui dicitur Lcons (a) , manda?it sibt prepararL Heribertos 
boc audito comes, Uugoque, totius regni dux et princeps» necnon Willelmas, 
PfcUvensis i»mes , veneront illuc ad eam festinaoter. Quos WilleUniis « adveniui 
iUonuB congratnlaas, cmn magno apparata reverenter sasceptt , secamque din* 
tsrao delectafaflis venatioois tempore morari, loxoqoe regiD epnlari splendi^e 
tedt. Qoadam namque die , Willelmos PicUvensis dixit Willelino BcMlom^geifil s 
c Domine dox^ icisne quare bue venerlmus (1)7 » RespOBdIt : c IgMiro. ■ Et iUe ; 
• Molestes (2) mlttere (6) legatos tibi , tam ifigno comiti , ipae legalfonfe «egoUo 
tangimakd. Et ot des sororem tuam uxorem mibt, Teni; utque connecUumir inviceoi 
todere Insololiilis amidliœ et dllectionis. » Tonc Rotomage&sis Willelmos respoa- 
disse Indeado ferior : t Pictavenses semper sont timidi frigidique amis ei avari* 
Non deoet talem poellam ab eis baberL • Willekno Plctaveiisi, rerbo exasperalioois 
bi «BO «iKota bsrenti, intoUt Wlllehras Rotomagensis : c Crasdia dis, oetoi^ 
biffb, reddam tibl otriosqqe rel responsum, eonsolto meorom fidellom. > Seqoi^i 
Bomqoe 4ic» oonaillo ttogoiiis fliagai et Heribertl, eonrttom (8)«saoramqoeiidAi» 
llom , dedlt sororem {e) auam WiUelmo dod Pictavensi (t). Qoam vero imintellnnii 



Var. — (1) N.-CL.-M.-C.-a Venerim. A.-R. — (2) N.-CU-lf .-C. Nolens. A.-R.-a - (8) Cofn»* 
toram. A. — {h) Picta? ensium. DU. 

(a) La forêt de Lions, département de PEure« arrondissement des Andelys. 

(6) Lesmss. présentent ici deux leçons intéressantes. Les mss. A et R portent vêmerhn, nottHs au singulier. 
Guillaume ne parle qu*en son nom. Les autres mss. portent 9enerimuu , notentêi* Guillaume parle eo 
son nom et au nom de Hugues et de Herl>ert. Cette dernière leçon parait la oseilleure. Il résulte, en 
effet, des phrases suifantes que Hugues et Herbert demandèrent, pour le comte de Poitou, la sœur do 
noufeau duc, qu*on foulait ainsi foire entrer dans Tunion féodale. Sa récente fieteire sur Riouif afait 
consolidé sa situation , augmenté sou pou? oir et rendu son alliance d*autant pins précieuse. 

(c) Cette sœur de Guillaume s^appelail Gerioc, suivant Guillaume de Jumiéges, lif. III, c ▼, et selon la 
Cfcr^fi. anitmii. deê ducs de Normandie. Elborc, nom qui lui est donné dans le Ramum de iioM, ▼. SSSI, 
a)est qu*une manfalse lecture de Tédiieur. Suifant un diplôme du roi Lothaire (BesL, Hiêt. dei eamttM d$ 
PoiU, p. S5S-S59) et Adbémar de Saint-Cibard (i^iJl., 1. HI , c. xxf), cette princesse se nommait 
Adèle. On peut supposer que son premier nom était païen et qu*elle reçut le second au baptême. 

Le même Adbémar se trompe en faisant épouser Adèle par Eble, père de Guillaume Tète-d*Étoopet 
et cette faute a échappé à Tédileur allemand , M. Waiti. 

Notons enfin que, ce mariage n*a>ant pu avoir lieu que postérieurement ft 985, c'est ft tort qu*oa Ta 
considéré comme une de ces alliances françaises et de ces amitiés étrangères qui excitèrent Riouiret lea 
tiens à la réfolte de 983. V. Licquet, Uist, de Xortm, I, 108. 



PRIMORUM NORMANNIiB DUCUM. 19S 

rsrooi copfa honorifice ledhoitam , eqnteqiie remloets pfaaieris onnstis , aoro elec- 
iroqoe artificialiter pnebalteatfo sobTectain , cam nlmia ioonmerabiliiiin ntrfusqiie 
sexos inaiidponiiii freqnenlfa, maltisqoe sciinih» ser!cfs vestibos anro Inlextb 
repletis et oiierati!i , conslipatam dedoxit revereoter ad Pletavensem aalam. Vhteiis 
aat€iD lieribertas WitMiDom Rotomagensem confortari et convalescere « aolmiqne 
vfrtite et corporis» operfbtisque pnemaxlmls snfBcienter fn Ghristo enltere, coDsiflo 
Bugonls Magni duels, dédit filiam suam illi (a). Quam Willelmus com mlrabitibos 
fescenoiDis, apparatibus, iDauditisque indicibilis honoris et digottatis ornatibns 
comptios suflblliis» Inarattoiabilianique eqaitum mallitadine undiqae secas consti- 
patuSy ouodoxit magnifiée Rotomagensfs urbis arcibos. 

^H. ReAilgebat in eo sanctitas et prndentia, prenitebat incessanter aeqaitas et 
Jostitia. Opprimebat superbos et ma)e?olos severiter, exaltabat humiles et bene- 
volos rererenter. Paganos et incrednios muneribus et verbis addacebat ad cnltom 
vers iMei , credentes urgebat ad laodem Christi. Non solum mouarchiam qoam 
tenelKit regebat» îermn etiani afiinia régna strenuo consflio nioderabat Angli pa- 
rflbaot ejm mandatfo » Franci » et Bargandlones ^os dlctls. Ublcnmque terramm 
■oinen «jus aodiebatar » ab omnibus magnificablliter laudabatur. 

69. Audiens autem Alstemos (fr), rex Anglornm pacificus» qnod pnecellebtt 
WtRelmos firf ote et potentia Francise» natfonis omnibus » mfsit ad enm legatos 
8B0S cum dente prsemaxfmis et muneribus , deprecansut Ludovlcum (i), nepotem 
auum , Raroli captl régis , morte Jam In captfone prsocorpatl , flllura , revocaret ad 
Franci» regnum , illudque statueret illi , cum consilio Francorum sublimando in 
perpetuum, atque misericordia motus pro amore sui reciperet Alannum (2) , Bri- 
tannia oflènsionis culpa ejectum [e) , suique amoris gratia pri?atum. Illico, consulto 

Var.^ (i) M.-DU.-D. LodovicoiD. A. Lodowleanu CL.^(2} N.-M.-C.-D. AIodouid. CL» Alannom. A. 

(a) Herbert «fait de«i filles : Italie, Alii, épousa ArBOoM, oomle de Flandres; Taulre, Leotgarde, 
épousa GuillaunwLongue-Épée. V. Art de vérif, (es datée f S*, partie, XII, 18S« 

(6) Atbelstan , roi d^Angletenc V. Frodoard , Ckr, , aon. 9S6. 

(c) Alain s*était retiré en Angleterre, depuis Tannée 931 environ, auprès do roi AthelMan. Frodoard 
indique bien que c*est atec le secours de œ dernier prince qu*il retint en Bretagne ; • Brittones , a 
transmarinfs rpgionlbus reTcrtentes, Alstannl régis prKsidio, terram suam repetunt •; mais il ne men- 
tionne pas riiitenrenlion ou du moips le consentement de Guillaume. On induit même de la suite de 
son récit que les Bretons rentrèrent par force dans leur patrie : « Briuones, ad sua loca, post dlutlnam 
rcgresai peregrinatkinem , cnm Nortmannis, qui terram ipsorum sibi conllguam pervaserant, frequen- 
tlbos dlmScant prcliis, superioret pluribus existentes, et loca perrasa rccIpienteSi > Mais il faut 
remarquer la différence de date entre ces deux érénements. Lt retour des Bretons est placé par Frodoard 
eo M6 et lear guerre afec les Normands en 987* Il se peut que Alain , rerenu d^abord du oon- 
aentement de Guillaume, ait combauu un an plus tard le duc normand. — Nous aTons déjà montré 
comment les deux textes de Frodoard et de Dudon s*accordent kA pour prouver Tassujettissement an» 
térieur , de fait ou de droit , de la Bretagne ft la Normandie. V. Mém, , p. 67. Ajoalons qu^en Ht les 
eomtei Bretons Tinrent rendre bommage an roi de France, ft Rouen, et sous la suteraineté de 
Gttillaame. •* 



19/i DE HORIBUS ET AGTIS 

IVilieliui. ducis Norlhmannorum , Hugo Magnus, dux prspotentissimus Francorum , 
atque B^riberlus, satrapa principum, ascîtis episcopis cum consilio metropolita- 
norum , revocaverunl festiDanter Luthdovicum , eumque unieruot sibi regem popu- 
lorum Francia Burgundiaque morantium. Alannuoi vero cum Lutbdovico regres- 
som, l^illelmus» pro auiore régis Alstemi , recepit , etquidquid Britannicae regionis 
ppssidebat (1 ) reddidit; ipseque Alannus postea Willelmi mandatis indesinenter lo- 

baesit. 

50. Transacto vero post unctioneiu régis unius lustri spatio^ cœperuot Franci 
contra eum litigare inultisque modis eum opprimera, quin eliam couati suDt a 
regno extrudere. Videns autem rex se deslitui, et pro nihilo a Franclgeuis duci * 
misit legalos ad Heinricum (2) regem Transrhenanum , requirens ejus adjutorium , 
insuper et amicilia colligare illum sibi io perpetuum. Quibus responsum est non se 
foederari cum rege Francorum , nisi per AVilielmum , ducem Northmannorum. His 
igitur renuntiatis, rex Luthdovicus (3) muUarum (ribulationum contumelii$ attritus» 
plurimarumque inopportunitatum calamilatibus afflictus, venit ad Baionis (4). (a) 
montem contra liVillelmum , ducem Northmannorum , deprecans ut se adjuvaret et 
defenderet contra Francos sibi rebellantes, amicitiamque Heinrici, régis Transrhe- 
nani» et adjutorium sibi acquireret. Tune l^illelmus, afflictione régis pietate motus, 
conduxit eum Rotomagensis urbis sedibus. lUicque eum bonoriflce multotles deti- 
nuit cum suis omnibus. Morabalur autem rex in domo Willelmi duds ut domlgena 
et vernula, ejusque praestolabatur supplex suffragia. 

APOSTROPHA. 

Marchio jure polens meritis digneqiie refulgens, 
Ultro natio quseque tibi modo subdita cedit, 
Diligit incumbeDS, servit, famulatur, inbœret, 
Quin (5) prece rex humili supplex proDusque requirit 
ô— Suffragio (6) semet virtute tuaque tueri. 

Poiitificosque, duces, comités, proceres reverentur, 

Yar. — (1) Posséderai. DU. — (2) N.-CL.-C.-D. Henricum. M.-R. — (8J Ludoficus. CL.-M.-C — 
(&) N.-CL.-R. Balonis.M.-D. Baionis mens, Boisemonl. CL marg, mocL R. — (5) R.-M.-D. Quum. N.«G« 
Vel quem. C. — (6) Suffragia. D. 

(a) Baionis mons, Boisemont, Seine-Iuféricure. Comme Dudon nous ledit, ces événements eurent 
lieu cinq ans environ après le retour de Louis-d*Oulremer , c*e5t-à-dlre vers 9A2. Les grands seigneurs 
D*a\'aient pas aUendu si long-temps pour se révolter contre raulorité du roi, et Guillaume, ainsi que 
Frodoard nous l'apprend, n*était pas toujours resté fidèle; mais, à partir de 9Â3, sou dévouement 
devient absolu. L*iiitervention du légat Damase, envoyé par le Pape pour rappeler les seigneurs à 
leur devoir envers le roi , sous peine d*eirommunication,ne dut pas rester sans effet sur Pcsprit religieux 
de Guillaume. V. Frodoard, Chr,, onn. 8&2. 



PRIMOnUM NOR&IANNU DLGIM. 195 

Et clerus, yulgusque simul sezus utriusque , 
Ut gerulum pacis prœcursoremque salutis, 
Armis et prece te sibi poscunt auxillari. 

51. Confestim Willelmus quemdain Tetgerum (1), tyronem domus sus priiici- 
peiDy misit ad Heinricuiu (a) TraDsrheDanum regem, ut quod Luthdovicus rex ab 
eo requirebaty per manum suam facere non difTerret. Erant enim Heinricus rex , 
duxque lYUleliuuSy indissolubilis amicltiîe pacto conjuncli, competentiisque mutaae 
voluDlatis ad invicem olim foederali. Heioricus vero rex Tetgerum honorifice recepU» 
et diuturni teuiporis spatio secum morari fecit. Postea vero, muneribus variis et 
donis diversis ditatum» remisit iliuni ad ducem TVillelmum et cum eo Cononem du- 
cem (6), secretorum suorum coDscium. Quem lYilleliDus cum mirifico iDSStimabilis 
revereniiîe cullu suscepit, cujusque rei causa tanlae dignitatis tantique honoris dux 
ad se veniret» interrogavit. Gui Cono : • Misisti enim ad Heinricum nostrum regera, 
tuas facultatis prosperitate bilarem, ut ipse et Lulhdovicus» rex Franciae, vicissim, 
per consilium prudentiae tus» fcederarentur , et quem horum nécessitas urgeret, 
alterius solatio muniretur. Decernens auteni rex hoc consilium sibi et suis salutife- 
rum^ et per manum tuam insuper stabile et flrmum, misit me tibi^ut conducas regem 
ad placitum, prscepitque me morari pro obside quo mavis positum , donec rever* 
taris reducasque regem ab omni adversitate securum. t Audiens autem Willelmus 
mlrandas atque inasstimandas legationis mandatum » misit ad regem Luthdovicum, et 
reddidit talis legationis negotio jucundum. Statuts profectionis die congregata in- 
numerabiUum multitudlne legionum, dixit lYilielmus ad Cononem, ducem Saxonum, 
Tolens experiri si quid in (2) corde ejus lateret obscurum : < Prépara te itineri, et 
instrue te celeriter ocreis, quia miltam te urbi Bajocacensi (c) , douée ut dixisti 
.re?ertamur iliaesi. • Tune Cono : « Mitte me quovls , eliam Dacis tuae dilioni sub- 
dltis. t Et lYiiielmus : • Mecum ad placitum ibis, quia non sum diffidens tui. » Et 
Cono : t Si Bajocacensem civitatem perrexero, tuus fidelis incunctanter existo. Sin 
vero, quod non credo, tecuni profeclus fuero« tuus armiger fidus custosque vitae tuae 
constans contra hostium insidias permansero. • 

52. Bis dictis, occurrunt unanimes cum exercltu magno Lutbdovico régi, Laudu- 

Var. — (1) M.-G.-R.-DU.-D. Tethgeraau N. Tergeniuu A. — (1) N.-M.-A. Quid corde. C.-R.-D. 

(a) On sait qu'U fout lire OUion, qui, depuis 98d, avait succédé à son père Henri-rOiseleur. 

(6) Ce Conon était, suivant notre auteur, dux Saxonum ; mais il ne but sans doute pas prendre ce 
titre ft la lettre , car, plus ba^ Dudon dte également comme duc de Saxe, Herman, dont rexistence 
est beaucoup plus autlienUque. 

(c) Le Bessin était, avec le Ootentin, la partie de la province le plus fortement occupée par lei 
Normands. Aussi Guillaume désigne-trU Bayeux comme le lieu le plus sûr pour garder un otage. 
Remarquons également que c*étaient bien les Normands [Daci tubditi ), et non les descendants des en* 
vahisseurs saxons du V*. siècle, qui formaient alors la populaUon principale de cette viUe. 



i96 DE MOaiBOS ET ACTIS 

oensi pago cam Hugone Magno duce et Heriberto comité, eos expectantibus (1). Vi- 
dentés Hugo dux comesque Heribertus tam immenss maltltadlnis legiooes BritODum 
Northmannorumque militibusprscellentes, stupueraot ad invicem dicentes: • Quid 
Dosiri excrcilui et huic? Si forte inter nos et illos jurgium venerit, devorabunt nos ot 
agnos lupL • Abliinc Hago Magnus et Heribertus cornes jusserunt suos (2) seorsom 
equitare, alque interdixerunt exercitui Wfllelmi nuHum suorum commiscere. Erat 
yero, cum innumerabilium frequentia exercitonm^ rex Heinricus In loco super Mosam 
qui dicftur Yeusegus (3) (a). Appropinquante vero rege Lutbdovico ad praedfctum 
placiti locum» antecesslt lYillelmus cum quingentis milltlbus» suo monitu praecedente 
Gonone duce et prasnuntiante régi bis verbis adventum ejus : » Marchio duxque Nor- 
ihmannorum et Britonum lYillelmus fidèles tibi in Gbristo famulatus. Nolens me re- 
Unere pro obside, sacrosanctae fidei tuae tenore venit ad te , cupitque quid agendum 
sit inter te et regem Lulhdovicum inquirere. • Tune rex Heinricus : • Cujus potes • 
tatis cujusve dignitatls vel bonoris atque bonitatis est iste Wiltelmus, qui mibi gratia 
amicitix est connexus? • Respondlt : ■ Magns pattenti» et justitiae, magnxque po- 
teslatis et suffîcientiae, magnique et inauditi bonorfs et prudentlae. Nallusque rex, nisi 
lu, nuilusque dux comesve tam magnificns ut Wilielrous. Principum tyronumque 
frequentia sedula constlpatus» aureis Vcisis poculisque spendtde epnlatur» vemarum— 
que nobilium aiqne servorum multirooda exaggeratlone circumseptus , exercet jura 
decretaque ortbodoxorum Patrum sedulus. Nemo justlor In facfis, nemo sanctior In 
dictis, nemo potentlor in armis. Nullus andet alil In regno suo prsjudlcfmn facere, 
Qullus furtum et sacrilegium perpétra re. Virunt incolae terr» ilUos legfbus affllcQ 
concordes, decretisque sanctorum Patrum coerciti morantur unanimes, t Qunmque 
alternis sermocinationibus vicissim loquerentur , advenli Willelmus cum quingentis 
militibus. Cono dux, ut audivit adventum ejus, citlus exsUilt, ensemqne ejus fidellter 
ivcepit (A), et ad Heinricum regem reverenter conduxit. Heinricus autem rex citlus 
finrrexit, et contra Willelmuro ducem obvius perrexit, osculoqne dato uterque re- 
sedit. Tune lYillelmus : • Interns dîleclionis et amoris rex Lulbdovicns tibi fidellter 
muons. Misisti Gononem ducem ad me , ut venirem ad te, quasi pro plgnore et 



Toi*. — (1) N. Expeclanti. CL.-M.-C.-R.-D. — (S} Jusserunt seorsum. D. ^ (S) A.-G.-GL.-M.-R.-0. 
Vestsegus. N* Veiisegus. DU. 

(<i) Nous avons essayé, dans noire Mémoire (p. S2\ de débrouiller les Taits rapportés fort oonfuiément 
pur Dudon. Cette iotenrention du due GuHIaune en tireur de Loui»-d*Oulreiiier eut lieu en 9AS. RIelier 
{ lif. II, cil. 111, place à Attigny le lieu de rentre?«ie. Suif aal t*interpréliition de Pliistorien Lappeoberg, 
nous afons cru d^aboni que Veitsegus était Vamiert, et que Dodon i^alt trompé en plaçant cette Tille 
•ur la Meuse. Nous croyons devoir revenir sur cette opinion. En eflfef, H «rtrtaft olon an awiuas lferB 
appelé Voêogut, aujourd'hui Voyse, sitaé sur la Meuse et a» nrfNea ^*ua pays qtti portait ausd «e aoiit 
de Vosagus, Voêo^u siima . monâ Voêtffus. V. Ad. de Valois, NoHU GtUL , fi. 512. 

{b) Celle remise de répée est caractéristique de latraditkNi ea4tage. Gtiinaame se présentait « iqmaH 
pro pignore cf ûàêide» •■ 



» . 

r 



PRIMORUM NORMANNI^ DUGUM. 197 

obside. Sed , non tui diffidens , cum eo ego ecce. Dixisti non le amicitiae et adjutorii 
copula vincaloque Lulhdovico régi conjungi, nisi interessem factor hujus negoUL 
Remanda régi quid bac re praescituoi est libi. • Tune rex Heinricus: < Rcx Lutbdo- 
vlcus, te duce, veniat crastina die, tuoque strenuo interventu percifientur omnia, 
quaecumque sunt praeoptata, nustris et vestris fidelibns salubriter décréta. • 

53. Intérim Lotbarienses et Saxones cœperunt invective et îronice alloqui Cono- 
nem, dicentes : • Quam miras sufficientiae et potestatis est dux Norlhmannics Brito- 
nicaeque regionis, qui bue advenit auro coroptus et ornatus cum mililibus quingen- 
tis! > Willelmus vero, per Daciscam linguam, quae dicebant subsannantes intelligendo 
subaudi(,parumperque comrootus ira discedit, et quaecumque, rege narrante, audivit 
régi exposuii. Crastina vero die, régis Lutbdovici, pergentis ad plucilum cum incre- 
dibili et innumerabili exercitu, TVillelmus praeoccupavit adventum. Wilielmidae vero, 
praecedentes ostia domus, qua rex Heinricus residebat, cœperunt frangere parietes, 
disrumpere et divellere atque intus vi et potestate residere. Rex vero Heinricus, 
illorum metuens impetum , divertit se prorugus ad aliam domum dixitque ad Gono- 
nem, conscium secrelorum suorum: • Hoc, ut reor, placitum non nobis efBcax neque 
congruum; verum vertetur nobis ad corruptionem et ad interltum* quin etiam ad 
dedecus inauditum. Yade, die AVillelmo , omnium diiissimo duci, ut fide, quam inter 
nos tenemus , stomacbato résistât exercitui, ne ampllus disrumpant parietes conte- 
rantque ostia tecti nostri ; ne forte uascatur jurgium inter dispares variosque lin- 
guis babituque et armis. • Mox Gono, proslliens, obviavit duci Willelmo venienti • 
ad placitum , retulitque ei quae sui praecedentes fecerunL Tune lYillelmas duci 
CononI: a Ite et, ot meo Jussu discedant, eis dicite. • lUi autem advenientis Cononis 
duels et precantis ut discederent praeceptum non solum respuerunt, verum etiam 
foris qui astabant caeteras domus cum magno impetu et murmure dissipantes inva- 
serunt Quapropter Gono statim rapido velocique cursu iterum expetiit ducem 
Willelmum, cum reliquis legionibus adpropinquantem ad placitum, dixitque : c Wil- 
lelme,dux praepotentissime, noluerunt tui meo jussu domos dimittere, verum festinant 
esteras disrumpere. Precor bumotenus flexus, ne sinas talia fîeri, ne forte nascatur 
caedes Inaudita in plèbe. » Tune Willelmus ensem, ex auri sex libris in capulo brat* 
teolisque (1) atque bullis artifîcialiter mirabillterque sculptum dédit Cononi, ut 
indiclo exeundi deferret eum et ostenderet legioni domibus residenti domosque 
adbuc dissipant!. Quum autem Cono iterum festinans illis occurreret, ensemque Wil- 
lelmi ducis^ auro gemmisque praefulgidum, iliis demonstraret, continuo non modo (2) 
adquiescunt, verum summisso vultu proclivi contra ensem , domos dimiserunt, sese- 
que nlmium in exitu opprimentes, sine murmure ad suum ducem reverterunt (à). 

Var. — (1) CL.-M.-D. Braleolis. N.-R. Barteolis. A. — (2) N. Non solam. CL. Non adqaieflcunt. R.-D. 

(a) Ce récit, comparé atec le cbap. m du livre H*, de Riclier, ne présente rien que de fraiseroblableii 
Les Normands étuieol alors defenus royalistes ardents et Guillaume se moutrait plus soudenz des droits 

25 



i9& DE MORIBDS £T AGTIS 

5(L Willelmus autem, venieos ad regeia Beinricam, dlxit adesse regem Lnlh- 
dovicum. Moi rex Heinricus, cogente Willelmo, obviam ei iDcessk, daloqae.oscalo, 
manibusque ad invicem complosis, domum ingressi» uterque resediL Multisqae 
compelenliis variisque donîs et niuneribus vicissim ditati, ioextricabili amicilte sola- 
tiique et adjutorii vinculo , per coosilium praecellentissiroi omnium dacum duds 
'^lllelmUad îDvicem connexi suut et fced^rati: prassente Bugone, sed non conjurât» 
dileclionis faclore^duce Francorum; et Berlberlo nolente interesse, principe sa- 
traparum. Regibus secretius colloquentibus , cœpit affari Dacisca lingua ducem 
TVillelmum Saxonum dux Berimannus (a). Tune dux Nortbmannorum lYillelmus dud 
Saxonum : « Quis tibi Daciscae regionis linguam» Saxonibus inexpertem» docuil? » 
llespondit: • Bellicosum egregiumque genustus armipotentis progeniei me nolentem 
Daciscam linguam docuîL » Willelmus : « Quomodo nolentem? » Berimannus: 
t Quia invadens saepissime plurima castra mei ducaminis, innumerabliia praeiia 
in me exercuit, moque praelio captum ad sua de(raxit(i); et ideo nolenter eam 
didicL > Interea dux Cono falur Saxonibus subsannando : t Quid vobis videtur de 
duce Norlbmannorum Britannorumque Wilieimo ? Nonne miras potestatis et facol- 
talis innumerabilisque dux multitudinis? Exceplo rege nostro , quis potentlor » quis 
dilior, quis melior illo? t Responderunt Saxones : ■ Ignorabamus rerum sufficien- 
tiam illiusy ideoque illum pridem falsae opinionis verbo indigne vUuperavimus» ■ 
Marrante Conone duce facta mirabilia suffîcientiasque locupletes Willelmi ducis^ 
cœperunt Saxones casterique adstantes eum magnificare pariter sermonibus alternia. 

55. Bis ita rationabiliter diffinitis et expletls , Lathdovlco règl , cum Willelmo 
dnce caeterisque principibus ad Laudunum revertenti , occorrit legatio dignas exaL- 
talionis , denuntians esse ei filium ex conjuge dilectissima nomlne Gerberga 
natnm (6)» Quo audito hilarior efléctus, dixit Willelmo dud, coram memoralis 

Var. — (i) C-A. DelrusîL N.*R. DetruxiU M.-D» DeduziU CL. 

da roi que le roi lui-même. On Toit, dans le paragraphe sui? ant, qa*il cooiraignit le ml de Germanie 
(Olbon el non pas Henri) à Tenir au-devanl de Louis, el Richer nous apprend qa*il ne put tolérer que» 
dans Penlrerne, le roi français fût assis au-dessous du roi allemand. 

(a] Herman, duc de Saie, depuis une époque difficile à préciser. Othon le reconnut eomme due 
héréditaire vers 960. Il arait pu , comme gouremeur de la Saxe septentrionale, avoir de nooèievc 
démêlés avec les Danois» 

Il parait y avoir contradiction entre le passage de oe récit oè noire iMHeur noua dit que GulUaune 
entendait, per Daciâcam linguam^ les propos ironiques des Saxons el des Lorrains, et ce qu'il raconte 
présentement de la surprise de Guillaume en entendant le saxon Herman Tinterpeller en danois, linguam 
Saxonibus inespertem. Peul-ôlru faut-il se rappeler que les deux langues ont un fond commun, et que 11 
ressemblance devait être alors plus grande qu*aujoord*huL Guillaume comprenait les Saxons, M^p< 
quelque différence de langage, et pouvait n*en pas moins remarquer ensuite dans la l)onche de Herman 
Fusage du dialecte danois lui-même. 

{b) Lothaire éltit né Tannée précédente {9hi) ; il 7 a donc erreur dans le récit du Doyen. Il cH 
toutefois peu probable quMl soit complètement inexact, et II est permis ^ supfioaer que lo eérémonie dn 
baptême n^arait pas immédiatement suivi 1» mtisaance de IVntaC 



PRIMORUM I^ORMANNI^ DUGUM. 199 

priucipibus : • Me,usque modo roaltis contumelils infectum nequiter, aflluenter 
juvasli ; mihi, plurlmls inopportunltatibas aggravato, convcnienter succurristi. Quin 
etiaiu largisslmo racultatuui tuarum dapibus educaudo et a conventu malignan- 
Uum protegendo fovisti. Idcirco precor^ ut filium meuiu, hcstcrna die natuin, nun- 
cupando et lestificando nomine Lotharium (1), sacri baptismatis de fonte suscipias 
regencratum , quateoas niajoris copula dilectionis ampliorisque nexibus anioris 
colligali y quod meum est luapte , quod tuum est meapte , mutuis competentiis 
Oruamur unius mentis. • Dux vero Willelmus, reglae sibi congruenti Tavens pelitionij 
respondisse fer(ur régi: • Nunc vero, et quamdiu superstes fuero, qu» jusserls 
diligeiiter explebo. Franciae regni caeterorumque regnoruoi» quorum domioaius 
est paler tuus, avus et proavus, etiam atavus, me duce, me juvante, me in 
omnibus prseunie, dominaberis, et arrogantium colla subjicicmus in te rebel- 
lium, libique servire abdicantium , me astante , exarmaveris. Quos sublimare prae- 
oplaveris, extollam; quos detrudere, terratenus proteram. Quin eiiam quidquid 
velle tibi fuerit, a me scito fieri. • His ita ab utroque peroratis» ira corde» non 
vultu, commotiy stupuerunt principes super hoc Francises gentis. Abhinc naraque 
subdolo corde fraudulentaque intentione atque sopbistica sermocinationc cœperunt 
Willelmo omne pestiferum (2) nequiter tractare. 

56. Willelmus (3) vero, rege exercituque suo Laudunensi pago relicto, r^udunum 
Glavatum, qui et Bibrax (A) dlcitur» petivit cito, antécédente episcoporum Fran- 
ciscae gentis cboro. Quem omnis clerus Laudunensis sedis omnisque populus cum 
iogenti apparat» monasUco, cum episcopis praspoUenlibus revereoter soscepit» 
paeromque Duncupatum nomine Lotharium , sacrosancto rore oleoque et crismate 
iiino?atum et puriûcatump ûe fonte extraxit. Hincque illum» muneribus prsroaxiuito 
et donis prascellentissimis ditatum, Lauduno cum matre Gerberga nomine reliquit 
Ipse vero cam suis ad regem citius rediit, et quidquid bonestatis eo acciderat, 
régi retuiiL Rex autem Willelmum (5) pro omnibus beneficils honorare decenter 
volult, sed ipse nihil horum recepit; verum cum gratiarum actione régi oniola 
remisiL 

APOSTROPHA (6). 

Dux, genus egregium, pFOBcellens norraa tuorutn. 
Fœdere complacito reges subilique ligatus, 
Tranquillamque satus pacem per compita mundi , 
Quia et adoptivam prolem susceptus ab aima 
5— Extbllensque salutiferi baptismatis unda, 

for.— .(4) CL.-M.-A.-R.-D. Lolarium. N.— [i) N.-CL.-M.-C-A. Guillelmum, omen petlirerum. R.-D. 
' — (3) Ludofico , blanc rempli par une muin mod. P. — (4) Blprai. CL. — \b) CL.-C* Rex aalem 
Lutbdo%icus eom. N.-M,-A.-R, — (6) R. 



200 DE MORIBUS ET AGTIS 

Gressus verle tuos, celeres lorqueque caballos , 
Et glebse remea cilius natalis ad oras , 
Qua sacra populus ditione tua moderatus 
Spectat prœsidii jugiier solatia digni. 
10 — Omnis nam sine te rerum res forte vacillai, 

57. His ita rite compositis, rege et TVillelmo (1) pariter osculatis, nimiaque 
coDgratulalione ad invicem aoiplexatis , rege Laudunum petente, Willelmus ad 
regionem suae ditionis cœpit celerius proHcisci. 

APOSTROPHA (2). 

O Rotome, tuiis libi dnx venit en recolendus, 
Regnaque Gallonim justis moderatus habenis 
Scmiiia justilise Northmaonis sparget abunde , 
Callem et judicii meritis vivacibus ibit, 
5 — Donec, martyrii redimitus munere digni, 

Scaudet ad Elisium donatus stemraate camputn , 
In summoque bono Deitate merebitur uti. 
Armorum te nunc passim virtute tuetur. 
Tune precibus dignis meritisque tuebitur almis. 

58. Quum autem fama celer habitantium in finibus Nortbmannicis mentes snbito 
de optato lYillelmi ducis reditu percelleret, ducemque snum tam magnificoni adesse 
praemoneret y commota nimio gaudio tota Rotomagensium civitas subito processa 
contra illuni exsiliit, diversaque diverlicula, ut eum videre posset, requirit^ femi- 
neoquesexu stante mûri In propugnaculis , senilis xtatis vulgo in biviis, JuveniUs 
mediaeque xtatis plèbe currente obvlam ei : Gferus prxstolatus illom In portam 
civitatis cum reverentia monasticae institutionis ovanter suscepit Statimque cœpit 
exerccre leges et jura, paternaque décréta, qus erant, illo absente, neglecta. 
Jurgia et querelas lege definiens determinabat, omnesque legibus aut concordia 
paciflcabaL Tune construxit Gimegias (3) , mirabile dictu {a) , mirique schematis 
templum monachiiis religionis clero profusius sufTultum. Erat autem quidam Mar- 
tinus sanctissimus abbas illius monasterii, custodiens monachos sub paiaestra per- 
strictae [U) regulae theoricae contemplationis. Qnadam namque die , causa orationis 

Var. — (1) CL.-C.-A. Rege N.-M.-D. Rege et duce. R. Corr. mod.^{7) R.» (S) C-M.-R.-D. 

Gimesias. N. Gimegii. A. — {à) M .-G.-A. Prescripte. N. 

(a) La recoDstniclIon de Tabbaye de Jumiéges, si Dudon suit l*ordre ciironologiqae, dalertit de 
Tannée 9àl; mais il y a lieu de douter que noire auteur et, après lui, Guillaume de Jamiégei aient 
donné à cet événement sa place exacte, que Pon reporte ft Paonée 9à0 



PRIMORUM ISOUMANNIjE dugum. 201 

profectus Gimeglas , quod gratia primi floris corde conceperat volvens in animo , 
Martino (a), sanclissimo abbati, dicens sermocinabalur : • Cur christiana religio 
tripertUo ordine Eccleslam fréquentât? Eruntoe unius mercedis uniusque bravll» 
qui dispares sunt officiis christiauae religiositatis? • Rcspondit abbas : t Unusquisque 
suani mercedem accipiet secundum suum laborem. Sed tibl, nutanti de talibus» 
reserabo haec enucicatius. Christians reiigionis summa irimodo constat ordine 
distincla : munifico laicorum canonicorumque atque monaciioruoi labore exercila, 
Trinitatem in personis , Deum unum in substanlia articulis fidei exsecuta. Quorum 
servilus féliciter perfecta ad cœlum lendit œquis incessibus et, quanquam tresor- 
dines sint, ad excoiendum cultum ver» fidei, bicallis via est ambivii ilineris, 
cerla spe vers credulitatis. Quarum una, hpaktikhz (i) nomine, laxius vehit (2) et 
canonica dici meruit : sub cujus ditione laicalis ordo moratur et viviL Altéra vero , 
nominc &EapiKH2 (3) , liroitibus hinc inde coactis artata (4), non vehit per plana, 
sed secessu confixa secretoque perenni laeta , molitur semper ad ardua. Haec et (5) 
apostolicaestdenominata, quam nos peccatores exsequi, et cum ea, assiduis inter- 
nae intentionis nisibus, conamur coUuctari. > Hsc autem AVillelmus audiens, retollt 
abbati inquiens : • Flore primœvs xtatis, laxiorcm viam et latiorem pacisci^ flnibos- 
que praestrictam et coangustatam volui summopcre imitari ; verum pater meus 
principesque sut constituerunt me nolentem ducem sibi. Sed quia uunc roei juris 
meaeque sum potestatis^ palaestrain theorici callis hinc inde strictius limitati mundum 
relinqucndo mutatoque habitu, volo adipiscL i Audiens autem Martinus abbas 
merito pnecellentissimus hujus mirand» intentionis propositum, suspirans subito 
diriguit; Imoque vocem trahens a pectore, inquit : • Defensor hujus patriae, cor 
talia rimatus es facere ? Quis fovebit clerum et populum ? Quis contra nos ingroen- 
ttum paganorum exercitui obstabit? Quis paternis legibus reget strenue populom? 
Gui gregem committeset commendabis?Guiducamen Britannicae Northmannicaeque 
regionis largieris? Sollicitudini tuae divinae voluntatis providentia non concordabitur» 
Dec quae molirts agere adimplebis, nec me favente ullatenus tractabitur. Sed si, vl (6) 
potestatis tuae, professor esse hujus monasterii et regulae eEnpixuz (7) viae , relin- 
quens saeculum, incumbere malueris» si me quaesieris, nusquaro regionis tuae (8) 
invenire me poteris. • Contra Istiusmodi excusationis et contradictionis roolimina 
dux Willelmus respondlsse fertur talia : c Ricardus (9), filius meus dilectlssimuSy 

Var. — (i; nPÂROYKU , PraUce. N.-M.A.-R. RPAPPeiRH , Practbice. CL. — (S) Veliitur. 
M.-A.— (S) eHnPTKi], Teorke. N. TUWPIKH, Teorice. CL. THOPIKH. M.-A.-R. — ià) Al- 
lait. If.— (5) M. el fiuiM^Me. D. —(6) M.-R.-D. Vis. CL.-C-A.-R. — (7) OHWPIRHC , TlieoHoet 
ille. CL. — {S) Nosquam in regione tua. A. —(9) R.-N. 

(a) Cet abbé était an des moines que la sœur du duc Guillaume avait eiifO)éi de Polti<Tt à loo fhèit. 
V. Guillauipe de Jumiéges, liv. III, c tu et fin. Il a rectifié le récit de Dudbn à Taide det traditioiit de 
•00 abbaye : Hac de GemwutieeiuU toci prœtitutavimu* retatu^ 



202 DE MORIBCS ET ACTIS 

poerilis staiis igoorantia adbuc iovolutus, principîbus mels libenter faventibos , dus 
erit pro me potentissimos regionis hojus; et quod Deo ?ovi dlius quam potero 
eiplebilar. > Eieoote autem Willelino de templi aditu (1) com abbale Martino, 
ad pedes ejos proruit monacborum phalangala , deprecans at acciperet, in cbaritate 
Dei* diaria vit» corporalis, scUicel cibaria« Abbatis vero cootradîctiODibas aDimo 
motos, reimît illorum pelilioolbus , nec acqaievit charitati ad esam ullatenas, 
sed petivit Rolomagensem urbem celerius. 

APOSTROPHA. 

OmDe bouuna prœscît Deus et praedestinat unus, 
OmDe malum praescit Deus. at non destinât unas. 
Félix velle tuum praescit, praedestinat at noo. 
Qui tria summa manet, trinum specinicn. TÎgor unus. 
5— Félix velle tuum nam scire Dei anticipante, 
Palmam marlyrii, roerito crescente, subibis. 

Eadem quippe nocte exasstuante rufo felle cum cxteiis bomoribus, cœpit gravibu» 
nimium torreri doloribus , reputans hoc malom ei acddisse propier oeglectam dia* 
ritatem cibi et potus, quam abnuerat monachis deprecaotibos. Iddrco NortbmaoïMH 
rom firitODomque principibos ascilis, adductoqoe puero Domine Ricardo (a)» qiede 
elegantissimo, cum eis pandit secretios mirabile arcanom su» mentis, |qood doduB 
retulerat Martino abbati. Quumqoe nobilissimi principes Britonic» Northmannicsque 
r^onis experirentur inauditam et quasi monstruosum propositum Willelmi dads^ 
In sinporem et in exstasim (2) conversi, dixenint nimiom ejolantes ilii :. c Cor talia 
mente cordis tui rimando proposuisli? et si cogitando qood nonqoam fiet staioisti» 
quare cuiquam (3) retulisti? Quis nos defensal>it ab incurso pestiferaB ferocitalii 
imminentium paganorum, quis?e ab insidiis Francise» gentis nos tuebitur ? Ampiius 
qood Dunquam adimplebilur, non reputetur (&}. t Tune Wilieimos, refragationis et 
dissuasionis obice comniotus, respoudisse fertur : t £t reputabitur (5)» et Deo favente 
adimplebitur. Verum, qnoniam omnipolentis Dei volontati non debetis resistere eC 
meom propositum refutare , precor vos ut consiliis meis faveatis, et qoomodo buma* 
narum rerum sors se forte habeat» filium meum Ricardum ducem vobis me so- 
perstite eligatis, et inlentione custodiendae fidelitatis et militatiouiSj manus vestras 

Kar. — (i) N.-A. Adilo. CL.-M.*'^.-''. Adylo. 0. — (2) ËilaUii. M. (3) R.-CÎ.. Cul. N.-M.-A.-D. — 
(&) Rcpulalur, A. — (5, Feprletur. A« 

(a} Àddwctoque jmero. Go Tamsi a de F^ca iip, où il habitait ei.e »re : Pœrum Richartlum a Fiu^mmû 
ndvetum ilUs exponiu C'est, oo iiine nous 1 avons d«'jù dit, à la suite de cette sorte d*as»ociatioo d^ 
jeune Ridiard an pouToIr, qu*il fut envoyé à Bayeux pour y apprendre le normand. V. WilL Gemni.„ 



PRIMORUM NORMAIÎNLB DUGUM. 30ft 

manibas ejos delis. » Extemplo cum Northmanois Britones responderant Willelmo di- 
cenies : • Hoic consilio aonuiinas , et quod rogas fideliter faciemus. » Igitar conlinao 
Noribmanni et Britones commendaverunt se Ricardo unanimes, sacramento vera 
Odei illi se connectentes ; Willelmus vero, serenatls humoribus, iinbecillitatis robore 
confortatiiSy cœpit convalescere, et quid boni poterat quotidie solerti cura agere. 

59. Francis autem principes invidiae pondus et odii ferebant adversus Willelmum; 
sed non audebant oslendere malevolum su» cogitationis propositum. Attamen Hor- 
tator et Incensor sceleruui effudit virus sue calliditatis per corda malorum bomt- 
oum , gaudens in pejus abire genus hominum , ne possit repetere hortum dellciarum. 
Quocirca excitavit odia, commovens jurgiorum incendia, pacisque Ecclesiae turbavit 
fodera, firmamentum ejus quoties formidine impressa. Rabie siquidem cupiditatis 
accendit piurimorum corda, ne recordarentur judiciorum Dei, neque mente cernè- 
rent ea. Disseminato itaque per membra diaboli graviter boc veneno , hostilique 
rabie magis ac magis crudeliter grassante (i) atque iniqultate pravoruro nequiter 
prsvaiescente • equilas tolius regnl proranabatur debitique honoris gradu pinres 
ejecti ab re privabantur (a). Quapropter princeps quidam , nomine Arnulfus (2) , 
Flandrensis regionis marcliio famosissimus, hujus veneni sqnalore profusius Infectas, 
abstolit Uerlulno comiti castrum Monasterioli (S) quod dicitur. llle vero tanti honoris 
privaius Castro, B agonis Francoram duels suffragium expetlit carsa celerrimo»ot 
sobveniret et In adjutoriami quia erat ejus comes atque miles promptas in omni ser- 
vitio, Quem Hago dax non reverenter, nt solitas erat (/i), soscepit , sed in pariliiate 
soorom tironom negligenter tenait. Berloinus vero, magnae necessltaiis indigentia 
rq^etos, proseqaebatur quotidie Hogonem , Francoram ducem , at succurreret ^l 
deprecans crebrls oratioolbus. Diffidens autem iUius solatil ei cemens se destitatam 
^08 adjutoril patrocinio, aggressus est Willelmum, Northmannorum Britonuoiqueda* 
cem, causa prsscripti negotii, et ut adjovaret se ad pedes ejus procidit. Quem 
Willelmus cum honoriflco apparatu praecepit bospitari , et qus necessaria erant , 
cum magno cullu dari. Sequenti die , veniens Herluinus ante ducem Willelmum , 
muitiroodis petitionibus requirebat suppliciter ejus adjutorium. Quem consolans dox 
wnielmus respondisse fertur : • Gur Bugo, dux Francorum, senior tuus, te ut se non 
solatur ? et quare calamitosœ perditionis tu» non explet necessaria ? Âd eum cltlus 
regredere, et si te unquam adjuvare voluerit multis deprecationibus experire , et, si 
quisplam libi succurrerit, si animo fèrat aegre. • Confestim Beriainus, ad Bugonem 

F«r. — (i) lf.-A.-D. Crawint& N.-GL.-C.-R.~ (1) N.-GU-G.-A.-IU Armilplras. M.-D.— (8) Gl«-G. A. 
Moftierioli. N.-lf.-R.-Di -- (â) Dt IntolUos erat. N. 

(tf) Tout ce passai est en parftiit accord a?ec ce que nous dit Richer dans le chapitre nxii de son 
lif re II. La détermination, prise par les grands seigneurs, de faire assassiner Guillaume-Longiie-Épée, poor 
prifer le roi de son appui, est un signe manifeste de la puissance des Normands. En eomptrant sur ce 
point Frodoard et Richer, on peut voir combien le premier, supérieur au second dans le détail des (kltl, 
lui est inférieur quand il s*agit de rechercher leurs causes. 



20& DB M0R1BUS ET ÂCTIS 

dacem reversas» inquirebat sapplex, si se juvaret, multis prosecutionibus. Cui obnixe 
petenti dux Hugo intulit : • Ego et Arnulfus , conjurais amicltiae intricati copula * 
nolumus concordiae et dilectionis atque competentiae nostrae propter te scindere 
vlnoula. • Hujus desperatae responsionis verbo, mente mutatus, Hugoni duci sub- 
intulit Herluinus : • Quoniam quidem nécessitât! mes succurrere, ut decuisset, nul- 
lomodo aestuas, decet te , ut si quis milii auxilietur, non moleste feras. • Tum Hugo, 
dux Francorum , aulumans eum omnis soiaminis tutela esse privatum , inquit : 
c Quisquis tibi auxilium prsbebit, non mibi injurius erit. • Expleto igitur liujus 
desolationis verbo, Herluinus ad Willelmum duccm remeavit, et quidquid hujus rei 
audierat (a) , Willelmo diligenter , promeus pedibus ejus, intimavit. 

60. Illico Willelmus omnem Britannis Northmanniaeque exercitum ascivit, et pro 
prsjudicio Arnulfi, Flandrensis ducis ad adjuvandum Herluinuro festinavit. Quumque 
prope castrum Monasterioli adesset, idque supervideret , vocavit ut veoirent ad se 
GoDstantinenses (1), quibus ait : ■ Si primi gratia mea roilitlaeque palma, majoreque 
honore et praecellente in domo mea Trui vultis » palos de vallo Monasterioli castrl 
afferre mibi non diiïeratis , ol)stantcsque nobis castrumque tenentes captos mihi 
adducatis. > Mox hujus exhortationis verbo Gonsiantinenses invaserunt castrum^ ut 
lupiagnos, unanimes; diripiuntque et defecerunt castrum, ante Willelmum palos 
mûri deporlantes captosquc simul adducentes. Gastello vero Monasterioli capto» 
pestifersque seditionis murmure sedato , prandium sibi infra jussit Willelmus prae- 
parari» regalibusque gazis sibi , Herluino illatore , honorifice admioistrarL Epulans 
dox Willelmus in castro , dixit dapium illatori , comiti Herluino : • Ecce tibi reddo 
castrum , quod tibi injuste abstulit dux Flandrensium {b). » Et Herluinus : • Dominey 
non recipiam hoc castrum, quia nequeo custodire nec tuer! illud contra ducem 
Amulfum. • Tunc^pietate motus, dixit Herluino dux Willelmus : • Te auxiliando 



Var» — (1) Constantin ieDses. CL. 

(a) Hugues, Arnould et Guillaume enviaient depuis long-temps le chfttcau de Mon treuil , que son 
possesseur, Hèlouin , avait grand*peine à sauver des attaques de ses divers suzerains. En 929, Hugues 
et Hertiert de Vermanduis Tuvaient assiégé et Héiouin avait dû leur donner des otages. La même 
année, Héiouin délaissa le bcrvice de Herbert et fit liommage à Hugues : ce qui eidta une grande 
animosité eutre ces deux seigneurs. V. FroUoard, Annal, , ann. 929. — Bi»U eectes, rem,^ IV, 23. CVst 
donc avec ra'son que Guillaume, avant d^accorder son secours au comte de Montreuil, l'invitait à 
s'adresser au duc de France. 

La prise de Montreuil est, comme nous Pavons dit {Mém.f p. 83), de l*an 939. Frodoard la raconte 
en quelques lignes et Ricber avec beaucoup de détails, liv. H, cb. xi. Frodoard nous apprend de 
plus que Guillaume était déjà eu guerre avec Arnould, et qu'il a\ail même encouru l'eicommunication 
à raison de ses pillages. V. Annal,, ad ann. 939. 

(b) Il semble que, par celle cérémonie, Guillaume ait voulu consacrer sa prise de possession de la 
•ttieraiueté de Montreuil. En effet, un voit par lu suite que Héhuiu, jusqu'alors vassal de Hugue^-le* 
Grand, est considéré comme va^fal du duc de Noijnandie : « lUrluino, comiti ivo, > dit Arnould & 
Cuillaume-Longue-Épée. 



PRIUORUM NOnMANNI^ DUGUM. 205 

protegam, te adjuvando et custodlendo defeDdam. Istad iierom reficiendo construam 
ttbi castram, inexpugDabilium praesidio turrium prsmunitum vallique firmita- 
dine (i) nec capiendum nec destruendain ; frumenli vinique copia pleno corna 
repleos, istud farciam totuœqae reaedificaodo tibi muniam. Quoscuinque tibi elegeris 
meoniin principom, morabontur tecum» stipati frequeDlia suorum fidelium. Si 
Arnolfl iograerit cootra tebelluoiy ego succurram celeriustibi cum multitudine meorom 
exercUoain. Si autem seqoestrae pacis ioducias petiverit , Dostroruoi consilio fidelium 
dabimos ei; sio vero intérim, Judicio et Jastitia legeqae usuros, venire voluerit 
contra nos ad placitum , veniemus propter te contra eum» Judicaturi censura nos- 
trorom. Si praedia tuas hereditatis obstinato corde devastaverit, universa suae 
ditioniSy conglobato exercitu, cremabimus ei. Yoluntarius tibi adjutor benevolus, 
contra adversarios tibi defensori docilis toarum quaerimoniarum audilor, attentos 
calamitatis tuae solator, quin etiam bonorum tibi congruentium verus largitor. § 
His aoditis , mox Berluinus procidlt cum suis fideiibus ad pedes ejus. Castro vero 
firmiter remunito frumenti, vinique atque tergorum suum affluentia cumulatius 
repleto , quIn etiam militibus prasmaximis suflBcienter bonestato « lYillelmus céleri 
equitatu cum suis reversus est ad mcenia urbis Rotomagensis (a). 

61. Erat autem idem dux in sermone verus, in judicio promptus et justus, in collo- 
quto mansuetissimus , in conversatione bumillimus. Refulgebat insuper titulis om- 
nium bonorum , resque adomabat strenue ecclesiarum. Quum autem eniteret aug- 
pientatis studiis univers» bonitatis, totamque per Franciam perque caetera régna 
crebresceret propalata fama tanti taominis , legesque et décréta diligenter exerceret 
orthodoxorum auctorum et sui patris, Arnulfus, dux Flandrensium, supra memoratus, 
veneno vipereae calliditatis nequiter repletus , aestuque diabolicae fraudis exitialiter 
Ulectus , gentisque Francises quorumdam principum subdolo consilio et malignitate 
atrociter exhortatus, cœpit meditari et tractare lugubrem mortem ejusdem (2) 
Willelmi. Hujus pestiferi veneni inflammatus livore » misit legatos expeditionis frau- 
dulentissimx duci l^ilielmo , qui dicerent , in dolo fraudis nefandissimae , fldelis 
famulatus cbaraeque amicitis si recipere vellet munus. Quumque adessent ante 
Wiilelmum , proclivo vuitu, submissaque voce suppliciter compellare verbis paciOcis 
cœperunt eum : t Noster senior Arnulfus fidèles tibi in Christo famulatus. Nolens 
contra te jurgium initiari (3) , petit humillimis precibus spatium pacis séquestre ; 
interimque te ad placitum contra se venire , et , tuo amore » Berluino quae oiTendit 
contra se vult dimittere , seque, si placet, colUgari tibi insolubilis amicitiae fcedere. 

Var. — (1) MS.-D. ForUtudine. CL. rirmidJDe. A. — (2) N. Ejus. MS.-D. — (3) IniUare. N. 

(a) MUitibuê prœmaximU honeêîato. Il pareil, en effet, par le récit de Frodoard et par celui de Ridier, 
que la place db Monlreoil Ait remise en bon état. Amould , furieui de Paroir perdue , essaya de la re- 
prendre ; mais Hélouin, afec quatre centt hommes , repoussa les troupes du comlc de Flandre. V. Ricb., 
I. II , cap. If» 

26 



206 0B aORTBIJS BT ÀCTIS 

Podagra casteraqoe iofirmitale niinf ram aHHctas, non ambit MUgaute co5lra qaeiiii|«aai 
aniplicis. Coerceri lege vel coDCordta suos desiderat pacemqae , qoaodia soperstes 
est , agere festinal moDarchla; lu» dilioiifs et soœ ; quootam contlnao et Baitfiiio 
limite suDt annexas , pacent et concordiam inter bos et vestros decet esse« nt tallbos 
principibus gaudeant vesiri incolae , et ut oemo vestnrai olli Doslroram praejiidiciaiii 
facfat , Dullasqae nostri iilli vestrorirai aliquod damoum vi et potestate ispellaL Siot 
concordes et ananimes in lege , qui sunt vicini in telluris affinitate» Dox taota bonl- 
tatts tanta^iue mansaetadinls non débet abnnere secessariae et opportun» peliCioiy ; 
vemm favere viribus cunctis, ne res pobltca, annuUata tanta prsdatione et iuceidiis^ 
Malur exHfalller pejoribus ruinfs. Supra satls mala , urgente lite , coocreveront 
amodo in pejus plurimornm (i) et , nequitia cogente, praevaluernnt (3). Jodica qnod 
melius est, aut bonum rfmari et pairare , aut hoc» quod créât tira non est, feram 
absentia bon! taiis , adiixrere obscœne et perficere nefandissimo opéra • Exsecra* 
biliuni hujus legalorum dolositatls fraude deceptus , aux praepolens Willelmus dixit 
Herlnino comiti secrelios : « Quid tibi fidetur sententia hujus propositionis et tegat- 
tlonis? > Respondit Herluinus: • Borret animas ne deciplamnr, neve humillimis 
precibus horum illidamor , quorum perfidia toties decepti sumus. » £t Willelrnss , 
ascilis caeteris principibus : c Quoniam labanti activai vU» cursa me irretitum con- 
templative vite clauslro Telle coangustari non Ignoratis, dtius quam potesUs osqiian 
terrarum mecum pacem stniatls , quia nuUom holocaustum neqiie saerificium tan 
acceplabile apud Deum , quam pads increaientam. • Ad Herlidna» aatem dixlt : 
€ Noli timere»^eque turberls , quia nunquam met meorwEnque aolaminis patrockito 
prfraberis. t Gonsullu ergo Willelmos dux snonun ideliani , dedU Araalfo comtti 
sequestram pacem trium mensium , seqoe ad denominatum vieBire mandavit plar 
cftum« Stalnto imminentls placiti tempore WiUelmuSi dux priq)otentissfma8 ooMiiiiii^ 
convocavii Northmannorum Britonimiqne exercitum ^ et profectos est ad Aaibia^ 
nensem nsqoe pagoro (a). 

APOStROPflA (3). 

Noroinis effusi a Cbristo dux^ tntor'et auctor , 
Auxilii indignus nullius {tio\t ai quoque (^riatî, 
Manerifl eotherii prœdignusque emoluaiento , 
Amittes mortem lugubrem, pro quo properabis, 
5— Pacis perpétuée dignam vitam inveDÎeDdo, 
Palma martyrii , diadema ferente , tropbœi. 

Var. — 4) R. Plurimae. D. — (2) Pravalebunl. D. — (S) R. 

[a) Selon Richer, Giiitlaume se serait rendu par mer aa liea delà eonttreooe : Amulfiiê terrm, 
WiUetmut aqua in locum deêtifuitum eonweniunf, li?. Il , e» JXiau L^aiHorité de Dudoa noes |iarill , 
sur ce point, plus grande que celle de RîcUer* 



PRIMOROM flORMANNIiB DI3CCM. 307 

6*2. Ârnalfus vero , nefarlie dolosllatls llvore kifectos » veitlt saper Gorbeix <a) 
lirulom cmn suis omnfbas » rolshque fnternontiom ad ducetn Willetoium , deprecans 
contra se venire iflniQ , asque ad PiocbiniaeinD (b) , m iliienia ScMnens (i) essent 
obstacala Inier utrumque exercitam , ne forte, perpelrato qaod deceniebat infelix 
dolo , agere fnpediretur a Northmannfco exercitn sapervenieote. Tune vero dttx 
Wlllelnras , perverse dolositatls legatlonl credens precibosqoe favens fratidulentfs , 
suarum legionam exercUum illic ire coegit Asl Arnulfus , super renunlialis l«liis et 
bllaris, -super rlpam Somenie flntninls , hfc martyrfxandus cilra, ille dolosus et per- 
fidns oltra , uterque resedlt. Est nanMioe Ibf Insnia • puteaiano exa^nantis Sonienc 
gnrgfte bine Inde et altrinsecus circumdatay quam petit navl|^ Arnulfus cum quatuor 
perfldis, sinfulans se cum "WilleluM) duce saocttsstroo concordarl ; rolsilque ad ducem 
¥^il1elmum in dolo verbis paciflciSy utveniret iltuc cum doodecim milllibus suis. 
Transgredienti nave Wiîlelmo cutn duodecim suis, veuit Arnalfus obvius claudicans, 
et subnixus duobus suis ; ccepitque illi dicere simulando et decipere eum propo* 
^itionibus hnmillimis : « Ad te venio supplex, ut nieos (uosqoe concilies sisqae 
mihl adjutor adverses meos infidèles , quia humilltate sobactus neqoeo dominari et 
opprimere hujus terre rebelles. Toiius efenim Gallie monarchie salubri concilio 
dominaris , ideoque soper me meosque dux et marctilo desidero ut habearis. Bsto 
mibi defensor et advoeatos centra Lutbdovicum regen » flerfberlomqne principem 
atqne Hngonem, prepotentissfanmn ducem i et qnandiu superstes fuero , ero tSbi 
tributarius, melque servient tibi» nt 4lomino servus. Post mee resolutionls excessom, 
possidebis mee dilioois regnnm. Herlaino , tuo comiti « que contra me offendlt 
volunUirie dfmittam, eiqne pacificns et benevolus omnt tempore existam. • 

63. Dux vero 'Wmelmi» , putans qnod corde benevolo et perfecto , fideque In* 
tegra^non perfldia loqoeref ar , pacfflcavll Herloinum cum Arnulfo perfidoet sais 
omnibns. Tota die pêne docta morosis ambagibos pactaqne pace ab utroque prin- 
cipe, ^illelmo scilicet fide^ atque ab Arnnlfo perfide corde cum ceteris princlpibas, 
IVillelmus cum duodecim regreditur» date osculo Arnulfo , inlratque ctim remige 
classcm solus» duodecim comitibus altéra anlecedenlibus. Tuuc Eiricus (2) Bal- 
loque (3) et Rotbertus atque Ridulfus perfidl cœperunt subdola reciprocaque 
voce dicenles l^illelmo duci dolose fari : t Domine , Domine , melioris consilii 
obliti , torque pammper , precamur, naviro, quia volumus te paucis. Noster senior 
nequit le amplius aggredi » quia podagre infirmiiale scis eum detioerly sed mandat 
mirabile, cujus oblilus est^ tibi. « Tune Willelmus (&), (ide inlegcrrimus, perfidorum 

■ 

Var. — (1) Sornooe. N. Summe. A. — (J) Henricus. CL. — (3) Baio. M. — (4) De moric Willelml, 
dudfl NormaDDorum. Clut. marg, CL. 

(a) La Brade, rifièra qui pasie à Corbie, pelite ?ille située à i5 kilométras d'Amiens. 

{è) PicquigDj (Somme), arroodissemeot d*Amtens , à 15 kilomètres nord-ouest de cette ville. Le 29 
aoftt iA7a» Louis XI et Edouard, roi d*Angle(erra, eurent également une entrevue à Picquignj; maia> 
par effet de leur défiance réciproque, et aussi peut-être par souvenir de Tévénement raconté par notre 
anteor. Us ne se parlèrent qa*ao travers d*une forte barrière en bols. 



208 DB MORIBUS £T AGTIS 

precatibus crebrius compulsas , torqaet na?im celerius , venUque ad ripam flaminis 
armorum securus sine suis , cum eis loculurus. At lU! , sub pellium tegmine jam 
abcoDsis quatuor mucronibus celeriter extractis, rabie immanissimi furoris accensi 
diabolicoque spirilu exagilali, perculiunt et occiduut, heu, dolori innocenlem 
WillelmuQiy videutibus cunctis; Iiincque^ cum Domino omnium nequissimo, céleri 
classe transvecti suoque exercitui annexl, prœpete equltatu potiuntur fuga 
lapsi (a). 

66. Nortlimanni vero et Britones morte Wilielmi sui senioris nimium lugubres , 
ulcisci praeoptantes , nusquam repererunt vada , liac et illac celeriter discurrentes. 
Sic pretiosus marcliio Willelmus testisque Cbristi gloriosissimus felici martyrio con- 
secratur. Taliterque regnum cœlorum , quod diu concupivit , adeptus , vivens in 
Cliristo féliciter coronatur. Perfusum quippe sui cruoris rore beat! vlri corpus Jacuit 
exanime. Verum anima, in cœlum ab angelis deducta» inter choros angelorum inss- 
timabiliter est collocata. Quaedam iilico phalanx decepti et martyrizati llVillelmi eu- 
currit ad eum , et trans ripam fluminis Somenae altrinsecus , cum magno ejulatu , 
nave detulerunt. Inquirentes autem ingentibus cordium suspiriis magnoque oculorum 
fletu livores ejus, atque deflendo sanguinolenta revol?entes vesUmenta illius, repe- 
rerunt parvissimam clayim argenteam dependeutem In strophio (i) lumborum ejus. 
Sciscitantibus ilUs a domigenis quampluribus » cij^us rel gratia cinctorio cla?is illa 
dependeret (2), respondit quidam; camerarius , secretorum eJus conscius : « Noster 
senior Willelmus vovit se hoc labiie ssculum derelicturum , et se fier! post hoc 
flebile placitum Gimegias (3) monachum. Et haec clavis custodit in quodam scrlnlo , 
etcoarctat monachilembabitum^scillcetcucullam et laneom supparum. • Statim vero 
corpus sacrosanctum feretro velociter Impositum et Rotomagensl urbl cum magno 
ejulatu delatum in ecclesiam B. Mariae genitrlcis Del honorifice sepelierunt. Convenu 
etiam omnis pêne provincia lugens ineffabill moestitia, et ad cœlos usque alta emittens 
suspiria, quin etiam adducens secum (ilium ejus Ricardum nomine luctuosa. Quem, 
antequam conderetur corpus tumulo , videntes Berengerius (&). et Alannus, csterique 

Var. — (!) CL.-M.-C.-R.-D, Trophîo. N.-A.— (2) N.-A.-lf. Dependeretur. CL.-a-R.-D,— (5) A.-M.-D. 
Gymegias. CL.-G. Gimesias. N. — {à) N.-M.-C.-A. Berengerus. GL.-D. 

(a) Richer ajoute ce détail, que les assassins blessèrent deux jeunes gens désarmés, qui icoompagnaient 
Guillaume, et le pilote de son bateau. — Get historien , comme Frodoard , u*hésite pas à imputer cet 
assassinat à Amould et auxgrands seigneurs français. Les Flamands cherclièrent à en aUénuer l*horreur, 
en prétendant que, du moment que Guillaume aurait quitté nie, les trèfes étaient rompues et qu*on se 
trouvait en gperre. V. Ckron, Sith,, ap. Dom. Bouq., IX, 78. — Un autre historien, Mejer, dans ses 
Annales de Flandre, transforme ce crime en une sorte de vengeance de famille : « Balduinus Gurtus, 
Rodulphi comitis filius, id transegit facinus ut patrem suum Rodulphum, in Veromanduis a Nortmannis, 
ut supra docuimus, occisom ulcisceretur. Aderant ei ad hoc patrandum très amici quondam Rodulphi, 
Eiricus, Roberlus et Chiulphus. • — Nous avons rapporté, dans notre Mémoire, la version donnée par 
Wace, la petite chronique de Tours et celle de Malmesbury qui rattachent Passasslnat de Guillaume à la 
révolte de Rioulf. 



PRIMORUM NORMANNIiE DUGUM. 209 

Brltones, necnon Northmannorom principes dixeront nimium ejulantes : « Senlorem, 
proh dolor ! perdidimus , seniorem unanimes faciamos. • Illico sanctœ recordatlonis 
puerom nomine Ricardom Inthronizantes illiusque Tolantarle efféctl flde1es« fece- 
rant ex eo docem sibi unanimes. Comp1e?it itaque sacraiissimus dux l^illelmus et 
martyr Ghristl giorloslssimus agonis sul cursum anno ab Incarnalione Domini 
DCGCCXLIII, xvi (1) kalendas januarii , rege Lutlidovico regnum Franclœ tenente, 
Deo vi?o et vero régnante in Trinilatis plenitudine et unitatis majestate. 

EPILOGUS ^2). 

Erutus œquorei crescente tumoris ab œstu, 

Syrtibus et nocuis , pari ter sorbente Charybde (3j , 

Multipliais cumulo diffuso (4) turbinis « atque 

Ventis mixturaque simul volveotis arenee , 
5— Vasa ferens figulus fragilis , beu ! materiei , 

Ad portum latus sum tempestate privatum : 

Quo (5) via , yita , salus, Tneritum culmen, fidei spes , 

Quoque corona datur merœs sudoris honesta, 

Cœli muDeribus quo digni munificaDtur , 
10 — Octavae sortis natalia quoque novantur. 

Vilis sed quia sunt figmenti yasa lutosa j 

Ut reor haud (6] cuiquam dare , nec licitare valebo ; 

Verum littoribus pouti contrita jacebunt. 

Est alias portus, diversa (7) merce repletus , 
15-.Qno Tario digui mercautur fenore sumptus , 

Quo datur Impirium (8), certaminis emolumentum , 

Ezanimes artus Christo quo Tivificantur , 

Huuc pergam , plena diversa merce cariDa, 

Sic (9) jam fortuitu digesta diu , ezcipientur , 
20— Ne patiar figulus sannam tam ridiculosam (10) 

Atque operis nostrique laboris detrimentum (11). 

Var. — (1) N.-CL.-M.-C.-A.-R. xui. D. — (J) N.-C. Aposlrofa. R. Apostropha. D. — (») Karibde. 
N.-C — (à) G. Prodiffuso. M.-R. Profuso %el diffuso. G. — (5, Qua. N.-G.-M.-D. — (6) Haut R.-a4X 
Aut. M.-S. — (7) N.-C. Diverso. M.-R.D. — (S) R.-N.-G. Imperium. D. — (9) Sit. D. ^ (10) N.-M.-C. 
Ridiculosum. D. — (ii) ExpUcit de Willelmo, indpit de Ricardo, illius filio. A. 



8t0 1» MORINS BT AGTI8 



LIBER CtUARTUS. 

BICABDIJS. 

EXHORTâTIO ÂD musas 9 OT CAIVANT RIGARDUM (1). 

Florida clarisonœ solitœ sat carmiDa Musœ 

Tinnitus modulos psalleia multifîdi, 
Clio, Melpomene (2), PolyhimDia(3), Erato(4), Thalia, 

Terpsichore (5), Eulerpe, Calliope, Urania(6), 
5— Prflecipuum lyrico munus résonante boafu 

Dulcisoni cactus vocis et altivolœ , 
Patricio celebri , comitique ducique verendo , 

Qui studuit summo rite placere Deo , 
Queeque caoat vestrum singillatim peto dulce i 
10«-> Altemi meiri sjrmate dissiœili. 

aïO (7) (a). 

Ni nostra en stolida sensa sileatium 
Torpescens premeret et tacitumitas , 
Interpresque foret historiœ sacrse 
Piano digereret qui ordine mystica : 
lô^Ricardus comes et marcbio strenuus, 

Voyi. -. (i) C.-R.-D. Exortatio. M. Bfetrum heroicum cum degiaco, C. ^ {2) Melpome. N. — (8) P«k 
linuiia. N.-M.-R. — {à) Eralho. N.-M. — (5) Thersicore. N. Tersichore. M.-R. — (6) N.-M.-R. 
Earania. D, — (7) Metrum dactilicam tetrametrum (oKlepiades), constans spondeo, dacUlo catalecta 
et duobus dactilis. G» 

(a) Le 108. C. contient, à la roauKe, une glose assci étendue pour que nous ayons cru bon de la re* 
produire à part. Elle a trait aux noms des Muscs et à leur sens étymologique : « [Clio] id est^fama et 
?enit[a aomin]e C/«oi, idestrama..., repperit hystorias ; [F.uterp]e tybiasy Mclpoinene [tragjedias, Thalia 
oomedhis, [Potyhimnla] rethoricam, Ëratho roetricam, Tersichore p$al[teri]om, Urania astronomlao^ 
[€all}iope Htteras et carmina... autem sciendum est quia per bas [nof]em musas exprimuntur [no?]em 
mod! doclrinie. [Primu]m est Telle doctrinam ; [secundu]m delectare quod felb ; [tertium] Instare ad 
quod delectatus es ; [quart]um capere ad quod instas ; [quinta]m memorare quod capis ; [sext]uo in* 
fenire tuo simile ; [septimjum judicare quod Jn?eneris ; [octa?]um eligere qnod judicas; [no]num bene 
proferre quod elegeris. — Euterpe , id est, bene delectans a ferbo Euterpo , id est bene delector. — 
Thalia, id est capacités vel ponens germina et venit a ?erbo TaUo, id est germino. — Polymnia, id est 
quasi polL..eme, quasi multa memoria. — Heratho, id est lufeniens similem. — Tersichore, id est de» 
lectans inslructione vel in rcgione. Tenichore, enim gnece, latine decetur delectatis, ehora, regio. — 
Urania, id est... a nomine oypavoe, oiranos, id est c[œlum]. — Gallio|>e, id est pulchrifica, ?enit » 
nomloe Callot, hoc est pul[chri]tudo ; inde Callomlo^ hoc est [puljchrum facio. • 



PRIMORUM NORMAN NliE DUGUM. ^i 

Dux et patrie! us emeritus , probus » 
Quœ gessit (1) cinere colUbitum foret , 
Mortales opéras disserui quia. 
Juris Damque mei , credibili ordine . 
20 — Rerum bistorias reddere postons ; 

FactuQi (2) nunc typicum carminé dissono 
Dedam doctiloquis quippe sororibus. 

EUTERPK (3). 

Deloctor Ijrico boare métro 

Is qualis fuerit cornes verendus 
25 — Et quanta viguil bealitate ? 

Adsit concelebris phalanx Sororum, 

Mecum ejus meritum recenseatque. 

Turmis angelicis fatebor atque 

Jufagi pro mentis beatitatis 
dO^-Hunc Christi faroulum, probum, beniguum, 

Censor quum famulos remunerabit, 

Perdeus suppliciis reos malignis. 

MELPOUBNE (6). 

Istum jam meditor (5) conciliarier 

Turmis archipatrum , pro meritis suis , 
35— Pro mirabilibus , proque vigentibus 

Factis mirificis, proque monasticis , 

Digne quae rutilant , quœque manent adhuc. 

Arcbos melliÛuus , corpore sospite , 

Nam décréta patrum quœ retinent sacra » 
40 — Mundo dum viguit, cancfa operatus est. 

Dilexit Dominum corde pio Deum , 

Digne ast ut quoque se fœdere prozimum. 

THALIA (6). 

Si effioaz nostra et caperet voluntas . 
Qualiter vixit, viguitque, fecit , 
45— Scriberem , sensus licet improbus sit , 
Vatibus quod condecet hune notari 
Marchiouem, patriciumque justum , 

Vmt^^ (i) JessU. N. — (2) Actum. N. — (S) C. Metnim follenlicium ( Pbaleodam ), oomUos 
sponde» , dacUlo et tribas irocbeis. G. RealiCudine. G, — (A) G, Metnim asdepiadum , constoni spondèo 
et duobot cboriambb et pirrichio. G. — (5j N.-G.-R. Mediator, M. D. — (0) G. Meirum saphicoiii 
«ODtinuatum, conslans ipondeo et dactUo et doobus (tribut ?) trocheis. G. 



312 DE MORIBCS ET ÂCTIS 

Et ducem sanclum , comitem verendum. 
Mysticis nam quod retulere yerbis 
50 — Corde prœsago lypicoque vates, 
Credidit solers recifavit atque , 
Meoteque audivit 9 meminitque sacra. 

POLTHYlimA (1). 

MemoraDs vocer quanquam , placet quœ dicere 

Sororibus dicam , licet jam stultior, 
55— Perenniter fruges salutis nostrœ, quibus 

Adolevit orbe isto et fîdes , spes et gloria I 

Apostolorum cœtibus splendentibus, 

Magoum ducem, saDCtum , pium, justum, probum, 

Ausim Ricardum marchionem juDgere, 
60 — Numéro licet si non, nec ullo compotu, 

Merito tamen mirabili , sacer quia 

Meritis Petros non invidet eeque piis. 

ERÂTHO (2]. 

Inveniens similem comiti , Numine pro fîdei stabili, 

Lector amice , mihi resera ; Rite coercuit indomitos , 

65— nie quis est modo terrigena, 70 — Restitit acriter atque Dacis, 

Tôt (3) popnlo bona qui tulerit, Martyribus socius meritis 

Totque cruces, probra, tormina tôt [4] Perpétua fruitur requiet 

TERPSICHORB (5). 

Instruclus sapientia, Non fas dicere pi urima, 

Delectans religioneque (6) 80— Qui nuUo inferior fuit, 
75 — Quanto pontificum sacras Sed prœstantior ezsfitit , 

Omavit cathedras vide , Confessoribus additus 

Hic dux, patricius, cornes. Dux et Marchio sanctus. 

Quod (7) sat namque vides adhuc. 



Var* — (1) Polimoia. G. lambicum traicum senarium mctrum in quo et spundeus et iambus et 
dacUlus et anapeslos in primo loco iofenitur, in lerlio semper spondeus, in quinte saepissime spondeos» 
G»— (S) Heratlio. G. Bfetrum dactilicam, trimetrum, caulecticum , constans tribus dactilis et lemipede, 
quod et epUmeris (hephlhemimeris), herolco. G. — (8) N.-&f.-G« Ut. D. — {à) N.»M«*G. Qoot. D. — 
(5) Tersichore. G* Metrum giiconicUm, constans spondeo coriambo pirrichio. G. — (0) Retione que. N** 
M.-C. — (7) N.-M. Quot. G. 



PRIMOAUM NORMAlflILB DOCUM. StS 



CRANIA (1). 



Quam?it jam pepigisset Nudc subducere tentet Y 

85— Casti fœdera lecti , 90^Non mens , ooDSoia reoti , 
Sinceri licitique , Labem passa pudoris , 

Causa posteritatis , Verum oasta remansit. 



Serto virgineo quis 



CALLIOPE (2). 



Adduda, lector, nuoc ratione, Ricardus , roUlo ipse sedili 

Per cunctos animum ordiae sanctos, Subnixus meritis (6) moribusque (7), 

95 — propenso sensu, porrige solers : De magno orbe feret juraque leges; 

Si nostro patri convenientem , 110— Quumque maiiyribus fortia sacris 
Factis, et meritis, etfamulatu, Prssmia pandentur (8) judice Christo, 

Divini obsequii orbe labanti , Portabit roseam ille coronam 

Congruo cultu repereris jam , Pro quae (9) pertulerit calle secundo. 

lOO^Usquametpatriciumconspicequemquam. Quumque sacerdotes, merce talenti (10], 

Nostro namque patri congrua cuncta (3) 115 — Pro carne edomita, fenore lucri, 
In cunctis constant actibus ista (4). Ordine promeriti jam penetrale 

Quumque cogetur agmine magno Intrarent regni jure supemi, 

Censoris rutili mundus ad ora (5), Palma victrici ecce Ricardo (11) : 

105.^uumque et apostolicus ille senatus Optime, dicetur, ezcipe, serye, 

Sederit in sede judiciali ; 120— Maxima pro parvis, euge. fidelis. 

PARILIS CONGENTCIS MU5ABUM (12). 

Terra ferax trimoda beat almum Ricard u m cemis radiare 

Profuse ubertate colonum. 130— Ternis in sublime ooronis. 
Sic verus docuit sator almi, Ipse. in sexagena profeclus, 

Verbi mundo semina mittens. A ter dénis , Numiue divo, 

125— Quum réfèrent alii rutilantes A lœva vcstigia duxit 

Jam nitidos super astra maniplos (13), In deztram. Hinc semper luculento 

Prœmia quisque sui repetendo 135 — Virgineo diademate feliz , 
Certanlis pro parte laboris , Virginibus dabitur cornes ille, . 

Var, — (1) G. Metmm feretiam ( Pherecratlum ) conitans spondeo daclilo Irochaoqoe. C — (S) G.- 
M.-R. Metnim dactilicum tetrametruro, qaod constat spondeo, daclilo catalecto. G. — (S) Guncta notaTi 
fel assimilavi. G.— (6) Ista^ scil. que dicta sunt. G. — (5) Ora, accusalÎTus est« G. — (6) Suboiios 
mcrilis, se promeritis. C— (7) Moribos atqae. MS.-D.—(8) N.-M.-G. Peodentar. D.— (0) D. Que. N.« 
M.^G.— (iO)N.-M.-G. CalentL D.— (11) C Ecce... N.-M. Ecce. R.-D.— (12) Parilis concentus Musarum 
quod cum conjugalis oontineotibos et firgioibos remanerelar; melrum dactilkom, archilofcoo,' constant 
tetrametro catalecto. C — (IS) C-R. Manipoloa. N.-D. 

27 



21& 



DB MOAIBUS BT ACT18 



Agnum prœpulchrumque sequetur. 
Et perget gressum tulerit quo, 
PBallet quod natale pudicis 
140 — JStherea dulcedine carmen 

In quinis reaonum tetracbordis (1) : 



Tantns ut is (2) fieret tua. Christe» 
Ezstant munia , qui super exstas 
Et nil rectum quo sine constat • 
145— Et cum quo sunt omnia recta. 



PRJEPATIO AD PILESULUf ROTBERTUM (3). 



Licet imperita fandi 
Habearis , et priveris 
Et hebes socors inersque 
Elinguis atque stulta, 
5— Rationis universœ 
Ezsors scientieeque , 
Maneas , moreris , exstes (4) , 
Phaleras , o Camœna , parro 
Nostro para libelle. 
10 — ^Resera ducisque sacri 
Patriciique justi 
Et marcbionis almi 
Luculenta gesta scripto , 
Velut est potensque scitu , 



lô-»Bona quae peregit ipse , 
Operatus est superstes , 
Memora caleote vero; 
Quoniam decet per omne 
Comiti sacro Ricardo , 

30— Juste, pio, modesto, 
Jubilos referre summos. 
Exstet, preoerour omnes , 
lUi per omne seeculum 
Requies, salus, decusque 

25— Et gloriœ incrementum, 
Deitate Trinitatis 
Moderantis omne quidquid 
Exstat , Tiget valetque (a). 



ITEM PRJEPATIO (5). 



Ulla non canit Camœna 
Cui loquendi copia 
Blaterans stridet, yel desit. 
Pusioni ut adsolet. 
5-»In8cius, socors, bebesque, 
Omnibusque stultior, 
Frivolusque quam^is exstem, 
Impedite garriens , 
Gesta digessi vides ut , 
10— -Impolito famine , 

Incljti , bonique justi, 
Marcbionis strenui. 
Panrus inter dicta yates, 



Nunc feror dioendaque ; 

15— HflBC movent rudem poetam , 
Illa cogunt scribere. 
Hic tamen subsiste mecom (6), 
Quo looorum ivero, 
Impolitus licet exstes « 

20— *!• preoor, salubriter. 
Me stupor peroellit ecoe» 
Atque plura territant , 
Et novis surgunt figuris 
Quœ taceri non fas est. 

25» Mens fugit mirata multum , 
Fasce pectus cogitur. 



Var,-~ (i) Se. YpitoD, mesoa, sinemenoo, diaiemmenoo ^ jperboleoo. Glo$. marg. etmttmp, ^^ 
(3) C. His. R..D.— (8) R.-D.— [à) R. Elles. D.— (5) Bf.-C.-It-D.— (6) Uk loquUur ad libmiB. C 



(a) Toute cette pièce, fort embrouillée dau« PédUion de DHchesne, est ici rétablie d*après le im. NcnK 
Les mss. M et C sont ici très-défectueux. 



raiMORDM NObMANNIA DOCUM. 



%W 



Christianonim peragrans 

Circuivi exercitus , 

Repperi nullumque talem , 
30— Omnibus prœcognitis , 

Ut Ricardo marchiooi , 

Cui tanta coafûuaDt. 

Hune feremus ter beaturo, 

Et quater hune millies; 
35— Hune benignum , bunc modestum 

Concrepabit pagina, 

Hune pium, justumque sanetum, 

Et probatum et maiimum. 



Almitatis hujus actus 
40— Testis est Northmannia, 
Largitatis atque hujus 
Testis est et Francia : 
Fortitudinemque ejus 
Comprobat Burgundia* 
45— Régna , faeta, sancta dicta, 
Quin stupent et cœtera : 
Cogitatu , facto , dicto 
Nemo major splenduit. 
In boDO summo quies huic , 
50— Sempitema gloria. 



ORATIO (1). 



Daeorum olim, themate vili, 
Ardua eurrenti mihi gesta 
Consurgit moles modo torva , 
Pondère quippe suo, quia non est , 
<5— Nostrum quoquam (2) tempore prisco 
Exaudita, rudineque visa; 



Propter hoc non cognita cunetis, 
Crédita nec tentafaque paueis. 
Spiritus aime, veni, peto supplex, 
10 — Nectare, septifluo radiando. 
Ast id qua yirtute dedisti 
Jam fieri, da posse profari. 



PRJEFÂTIO AD PRJESULEM R0TBERTI3M (S). 

Fomitis œtherei regimen , terrèstrià , averni ,' 

Orbis totius N0T2 (4), decus, imperium. 
Sidereum columen, spécimen, vigor atqae supemus (5). 
Uranioom (6) numen, perpete euncta teneos, 
5 — Causarum séries, motus per condita rerum, 
Compactor bominum , gloria divioolum, 
Quanqaam cuneta tibi depromant munia laudis , 

Concentu vario, sjrmate dissimili , 
Hac te cunctorum regem cantayimus oda (7) 
10 — Continuis toUs , supplidbas predbus. 

Tu fecunda TPIA2 (8), simplexque MONA£ (9) Tocitaris, 

EAAHNAZ RATA (10) seu te quoque distribuant (11), 
rnOZTAZEIZ (12) OYZIAN solam MIAN ZEI TPEIZ (13); 
. . Seu, sic ut latius orbis in ore tenet, 

For. — (i) R.- (2) N.-C.-R. Quoque. Bf.- (8) C. Robertum. N. RolbertanL lf.-R.-D.— (h) NÛYG. 
N«-lf.-C«-R. Note. i. e. Potetlas. R.— (5) Soperoom. N.-G. — (6) OYPANICUH. N. OrPANIKT. C 
Ofnpknm. M.»R«— (7) N.-G. Uacoda. R. — (8) TPTAG ob tret penouai. i. e. Trlnitai. Ghê. interttmp^ 
lf.«G.*R. — (0) HONAC nnitM. N.-G. MÛNAa lf»»R. — (10) £>)lENAG Kato. L «. Gnecos juxta. 
CHAT A. R.-D.— (11) DistribaaoL se Doctorei. N.-G.— (13) YvwGTACEYC. U «. Subfttanlia» OTCTAN» 
L e. Easentiam. N.-G.-H. - (18) HYAN. i. «. Unam EYG. i #. In TPEIG. i. «. Tribus. N. 



916 m MOBiBus m wa$ 

16— Veram TOOZTAXIN MI AN, TPIA iiemp« DPOZÛHAriiK 

Hem seaper ades, ddem is et ipse mânes. 
Ta Pater ingenitus , gignens tu crederia «nus , 

£îc Notuin gemtum Sophia (2) plaudit ovaos « 
Fiamen ivtroque fluens, yere vivax Paraclite., 
IK^ In %ribas hia aaam nos colimus eEOTHN (d)« 
4}iiœ«e dicta plaoet,quod cernons curjwt in onme, 

Et BQaquam extra se possit adesse aliqnid. 
Qaum motiia «tabilis, status sit BMlnlta alqiM, 

GatholieviB iioo fidei veridici perhibent , 
S5-^N t4) vdbstanttficum, rerum TTIIOZ ((^. lACà (Q ntindi, 

Bar seipsom bonllas permanet atque viget. 
Hoc non est , nec hoc tat , exstAi verum eEOZ (7) omne« 

Non hic, non ibi , sed totus ad omno valet. 
MffDOZ, KAf VCFAAOZ, BfllKPOZ teatatur ANjmOZ (8) : 
90— ISfiZOZ (9) dum jugiter intima quaeque regft; 
HIKPOZ dum mlnimis largitur 0|>em at^ue sàlutem; 

In magnia MCFAAOZ maxima dum vc^etat. 
Sic mi^nis, jnediis, parvis prœest quoque semper, 

Tpse individuus totus ubique manens* 

85^ilN kVJB,M&lO»UV,TMAMM%}^o^»^nA^Illii (10), 
Ex ipso quoniam omnia quaeque vigent ; 

Ipsum nPaVOXrnON i^a niUlN» rvd6«MM^''(Ut ««mdem, 

Ut stupea»,, lector. oaAhoHcvaoi hppmenoransw 
bDm9>fyroAaiUU«aA«ffi qiied wigU omwm^% 
40*- ExsuperaM plane HQBfM QSi .«lfi« AOraX (M|. 
Qui, dum nm «Uo tmpAmr^ aUuD ê|»e womkafti 

At, quotiens ipaeet « .eooe «EOMimB (Ai^ 
Ex nibiio in quîddam ««mfef «uoeietotre feri«r. 

Scribunt hoc nihito ««octa oraata sinal. 
45— Hinc est, quod teiieiN» vooitatttr4îcit«r atqiM ; 

TAABflIZTHZ (le) etenrao ifictaeer intonuil. 
Sîeut suiBt ejas teaebfsat aiplotntfi ei^jus , 

Vst Nfieobia tenebne, luinaa idt Ipae pfolâa. 

Var. — (1) nrOCTACZEYN. L e. Siibstanâao. HTAN. I. «. tloam. TPr«. U *. Trei. ir^ûCanA. 
1. «. Pcnonai. N. HPOCOnA. M. — ( J) So6a. M. - (») eEÛSHN. ù e. DelUtem. N.-C. eHâBNHM. 
^ C4) Alf . i. c tin. W.-M..C— (5) 0M7r»c. i. «. Locu». ff,-M.-<5.— W h u 3pedcs TEL eicfliplw.il. 
-^ (7: 0H11C. C #• Dteat, att Dionyaias , Deos non est tioe, lioc non est, sed oonila eàU 11 .— (85 HMOC 
Km MErALOC MKTOC. AKAPHOC. W.."ll.-C.-tt. — (9) MICOC ît. — (W) UN APTE^WEBOR «R, 
rtTAZnw. W.-R.— (H) Prololupuni.Tf.-C. IIPOTDTTnnif . «iem|tfar,1d eit prindprile.«.-t<^1(.^ 
Proieaiftar. B.— W NEÛPOC. N. NOEPAC. M.-R.— (IS) AnmC. If. lOmC. Ii--B. — '(1M6«^ 
B. eHA^ANnC X-V.-C — ttfl) TArMîCTEC. K.-M.-B. 



LL'^ 



PRlMOEim NOlMANNIiB D0GUM. 217 

Qaam se sic babeant Teri digesta fluenta , 
50— Ultro concipias ecce miBMii subest, 

Nullis DOS animis nulloque lepore superbi , 

Pnafi&ira D«o judioe quid proprium; 
Nec prooiptum cuiquam, nao dignam pandera, nao fias, 
Quis» qualis» quautas KYPIOZ (1) ia mmeat. 
55— Dignius oratu, meliasque, propinquLua atque 
HuDC iiectes animo» purus et ipse manaos» 
Olrari verbis defotis tuU placidisque, 

Largiri facilis, oedere promptas adesU 
Hîs ergo modulîs credentis veridicisquet 
60— Ampleotor Totis, ooDtiouis predbus 

lagenitum Patrtm Tare, Sobolem gesitaflaqae, 

Poemna (S) ab utroque fluena fiomita saosifico, 
Oaaia cin qipai suot digna profitantur of aalar, 
El ragU impario omoe quod ast proprio ; 
65— Ter tria quem cœlis conlaudant agmina semper, 

Quem reoolendo oanunt , qaem venerando oolunt 
Quem patriarcbarum daogeodo cœtus in unum, 

Ezhîlarans odas concinit faaud modicas ; 
Varidici vates oui promant sjrmate laudes , 
10^— AUoqaila «iciis qm cednare ▼igani ; 

Quaio duodena phalanx laoolans.». ttaaratiir (8^ 

Omnia aon t a i ni l , aiqua aaqaendo aolit ; 
Qaam taatum (4) inounaiosa oohocs œtarnuoi oobûîimI bgfvufti» fjric), 
Ac. jubilai gratana» vaibera despiciena ; 
76— Virginitatis apex ^ ex ^uo sumeado daooram 
CoDsptcue modulai, mirifioe reboai ; 
Quem cœlum supra, talîus quem laudat et înfra, 

QuflBque elèmenta fbrunf (5), huno venarando oolunt. 
Q«iod restai siquidem , qnodque instar, oonditôr almos, 
80— Raapioa propitias, quese, flivenv preeibita. 
Pf»sante»oparas M i aa s iia a aoivpODe, precamar, 

Kt aansua euaaaleSf.oraqua fcuctifiota» 
Eioaido titaUMBi celSia-OompaBefala«dia 
Urgpt (fi) iaalarîas« aiqioa eoavctai- amoib 
85— Qui tibi mirificus vig^ii j^ sscuU senrus», 

Omne malum calcaus « omne bonum relevana* 



Var. — (i) KYPIUS. N. KYPIUC. Bf.-D. — (2) Neupma. N.-M.-D. — (8) N.-M.-C.-R.-D. — 
(â) N.-C-lt — (5) N.-R. Serfiuot. C.-D. — (0) Urg u«t. R. 



218 DE MORIBUS ET AGTIS 

PRJEFATIO (!)• 

65. Imitabilem enlmvero meiitls excellenlium dacam agoniam, benivolo sacro- 
sanctae intentionis propûsito muUiplici actu pridem exercitatam , eorumqoe insignia 
bonis intentiODibus sedulo iDsistentium opéra praecipue omnifariam prœdigna, 
cassam est silentiare; quin exarentur prout posse elacidata , quatenos^ socceden- 
tiam memoris apicibus enacléata, informent et instruant illorum (2) ad melios 
animos fruge salutifera, et ex his solerti conamtne metiantor vltam honestam^ atqae 
bujas speculationis exemplo beatitudo acquiratur féliciter aeterna. Quocirca beni- 
gnissimi ducis Ricardi ?itam aggrediamur» hebete licet stylo « qui in sacrosancts 
Ecclesiae prato floruit praedignis operibus, emicans ut sidus in eœlo. Donetur nobis 
etiam ejus meritis vitam illias reverenter propalare, qui summa reverentia, sum- 
mumque decus Ecclesiae exstitit^ ut cujus tutelae et beneflcii salubriter fruebamur 
patrocinio in terris , ejus precibus et meritis protegamur defensabiliter ab impor- 
tunitatibus cunctls. 

EXPUCrr PRJEFATIO. IRGIPIT YITÂ (3) BICARDI DDCIS N0RMA19N0RUM (&). 

66. Igitur venerabilis vitae Ricardu3f dux insignis memoriœ praepotentlssimus , 
sanctaeque recordationis patricius nitidissimus^ atque rememorandae benignitatis 
marchio famosissimus , insignissimo luculentae et nobllissimae prosapiae semlne 
exortus; qua Belgicae (5) Franclae extimos exporrigit tractus maris aflSnes Galcensis 
pagus, Fiscanni castri mœnia ruraque genitalia sacro natlvitatis suae exordio beavlt 
oriundus. Cujus matrem pater dux Willelmus et martyr gloriosissimùs felicissimo 
pignore gravidam , ac adoptivo illustratae sobolis partu expertus fecundam , trans- 
vehi fecit decenti insigniter equitatu ad Fiscannic» sedis aulam : ut si forte Riulfus, 
omnium belluarum crudelisslmus » Nortbmannicae reglonis monarchiam cum suis 
complicibus sibi vindicaret, ut aestimabatur , ne eam raperet, ad Anglos citius 
transfretaretur. Die namque quo inter Willelmum ducem emeritum , Riulfumque , 
mullifariam blasphemum et perjurum, ut recensitum est, exstitU praelium, matrona 
venerabilis , enixa divae memoriae puerum , mtsit quemdam tironem, nomine Ful- 
cardum , ut proderet duci Willelmo praeoptatum genits prolis negotium. Willelmo 
vero cum trecentis (6) potito Victoria de inimicis, et per prslii pratum tepido cruore 
infectum equltanti» milliaque millium exanimum prostrata intuenti, atque regum 
Régi grates praemaximas gratanter referenti, legatus natae sobolis gaudium denun- 
tians aifuit 

Var. — (1) N. Le ms. a été coupé à oet endroit ; oo lit loatefois eneore [pnefli]Ua De plus, on a 
réservé la place d*uue rubrique qui n'a pas été ajoutée.— (2) MS. Instruant ad. M.-D. — (8) N.-CL.— 
(&) CL. — (5) Belgisce. CL. — (e) N.-GL.-G.-R. ccc. BI.-D. 



•• 



PRIMORUM NORMANNLB DUGUM. 219 



APOSTROPHA (1). 

O semper meritos tali de proie parentes . 
Hujus ia exortu superos ingentia cives 
Terrigenas pariter perflarunt gaudia plures. 
Cœlicus ordo hilaris tanto concife futuro, 
5— Humaous méritas gratatur judice sacro; 
Orbis , sub cujus semper moderamine lœtust 
Tranquilles pacis prœdigna dote fruetur. 

Tune dax merito famoslssiinus , peracto mirabill trophaeo hilaris et Istus, 
laetlorque nato haerede et saccessore effectus. misit Heiricum (2) summaB rêve- 
reDtis Bajocacensem episcopam, et Bottionem, domos suœ militiae palma majorem et 
praedpaom, ut salutifene pacis paeniin sacrosancti oie! cbrismatisque liquore io- 
sigoiter iDDOvatum , typici lavacrl regenerationisqae fonte delotam sosciperent , 
vodtando Ricardam. Qui hajas expeditionis mandato liilares (3) , mœniaqae Fiscan- 
nioa (A) praepete eqaitato aggredientes , a clero populoqae suscepti sont , mooas- 
tids rébus praeparatis reverenter. Sequenti namqae die toUos clero provincial, 
populoqae sexus utriusque, praenatt pusionis baptismatis gratulatione undique 
secus adveniente , mysticœ ablntionis benedicto fonte ab Heirico (5) , reverentis- 
slmo Bajocacensl praesule, cum caeteris episcopis iliius terrae « regeneratum salutifera 
trinae immersionis inundatione, sacrique chrismatis insignitum nectare , deificasque 
Trfnltatis nomine veterriml hominis dempto squalore , praedictus praesul cum 
Botbone comité snscepil puerum, Ricardum nomine « de sancti lavacrl purificationis; 
Ris vero cum magna reverentia peractis, cleroque Deum collaudante super duce 
nato, regredientibus populorum turmis, praesulcum Eotbone renuntiavil de puero 
qu» gesta sunt Willelmo ducL 

APOSTROPHA (6). 

Félix meritum sati Et cujus renoTStio 

Insigui pâtre matreque In patris Domini Dei , 

Infantis , oelebre sacrt At hujus Sobolis Dei , 

Ricardi quoque nomine (7) ; Sacri Flaminis et Dei , 

6— >Cuju8 purificatio, 10— Unius tamen et Dei, 

Var. — (f ) R. — (S) N.-CL.-a Hdorkum. If.-R.-D. — (8) IfS. Ullaris. D. — (4) N.-M.-A.-0. 
Flteannia. CL.-D. — (5) Eirico. C — (6) R. — (7) M.-R. Dans le ms. N, les quatre premiers wrt sont 
édiles dans Tordre suifant : Fdli, etc« InCintis... Ricardi.» losigni. Dans le ms. C« toute cette pièce 
est dans uo désordre absolu ; c*est pourquoi, sans doute, on n*y donne pas dViplication sur la nature du 
mètre. 



320 DB MORIBUS ET AGTIS 

Viri Domine perpeti , Plèbes et populos ciet (1) , 

Castro facta decentius Sacros ut jubilos ferat 

Fiscanne tuo , maris {*atri , et verbigenœ Deo, 

Prope liltora quod viget , Ventre (2) et virgineo edito, 

15 — Omnes undique clericos , 20 — Semper Pueumate (3) cum sacro. 

67. TraDsacta denique duarum aeraram (&) {a) intercapedine mirabilibusqae in- 
crementis augmentato proftisius Ricardo infante, cœpit dax Willelmos de regni 
commodo salubriter tractare, deque sui dacaminis successore cupiens adimplere 
quod volvebatur in ejus corde. Hujus itaque cogitationis diuUssime et acriter solli- 
citadinibus exagitatus, omnique desiderio intueri diligenter gestiens cojas vale- 
tudiniS; cujusve sospitatis, quin etiam , crescente aetate, cujos formae vel qualis 
staturse exoptatos tilius fuerit suas Ricardus» misit domigenas secreti sui cooscios, 
dtad villam qus dicitur Chevillei (5) [b) clam deportaretur. Delato igitur lofante 
ad praedictae villae locum , assumptisque tribus (idis secretariis suis , Bemardo , 
Bothone et Anslech (6) , profectus est dux ad eum. Quem ipse diligeotius intpens 
et compage membrorum illios manibus attrectata (7) , prout aetatis erat formosum 
intelligens» aetatemque infantiae incrementabililer transceodere eum animadvertens « 
amplexatus eum amabiliter, et osculatus dulciter, tribus comitibus supra memoratis 
fari cœpit» quod corde diu rimatus est referens : « Yestro qonsiliQ, inquit,. hoc 
regnum strenue usquemodo rexi ; Britones contra me rebelles hostiliter djsvici ; 
paganos, nostrorum flnium pervasores, redargui; Flandrenses csterasque gentes 
in afflnitate nostrae potestâtis commémorantes audacter subegi : quin etian)» si quid 
boni operatus sum, vestra benignissima exhortatione coactus blande Içntterque 
peregi. Nunc vero ex boc quod molior agere, assensum praebete mihi; quia omne 
r^p[)um haereditario carens domino desolatur et dividitur» et seditioues quamplu- 
rimae rixaeque inauditae implacabilis qnerimonia muKipliciter generantnr. Ideoqne 
iste puerulus haeres mibi successorque in nostri ducaminis ditione, vobis faven- 

Var,— (i) Ciat. N.-C.-D. Sciât. M.-R.^ (2) N.-B. Parlu. D. Ce vers manque dans les ms. C et M.— 
(fi) N.-G.-R. ..te cum sacro. M. ... Flamine cum sacro. D. — {à) C. Herarum. N.-CL.-R.-D. Hxramm» 
M. — (5; M.-A.-R.-D. Kefillei. N.-G. ^ (6) MS. Anslec D. — (7) A. ÂUractata. M.-CL.-C.-D. 
Atlrictata. N. 

(a) j^rarum est sans doute pris ici dans le sens de annuê, La leçon Aorimcm ( réimpression Migne) est 
inadmissible, surtout si on la rapproche du chapitre tui du livre UI de Guillaume de Jamlégefl. 

Dans la suite de ce passage, Guillaume dit à ses sujets qu*U a vaincu les Bretons, les paUn$ (Rioulfet 
les insurgés), les Flamands; or, il ne peut, en ce qui touche ces derniers, guère parler que de son 
expédition de Montreuîl en 939» De plus, comme il parait que le duc demeura, à celte époque, à 
Bajeuz, depuis Pâques jusqu'à la Pentecôte, et qo*ll est certain» d'après Frodoard et Rlcher « que Guil- 
laume fut occupé ailleurs dans le cours des années suivantes» il en résulte qu'il faut rapporter à l'année 
9&0 l'événement dont il s'agit ici. 

(6) Quévilly, près Rouen. 



PR1M0RDM ISORUANNLE DDGUM. 221 

tibos , coDstitaatar. Volo et obtestor ut , fide nostrs credulitatis sol 6deles effecU , 
securitatem istias regni isti infanti faciatis» quia ignoramus quid futurum parie! 
tempus erroris. i Tudc respoDderunt illi senior! lam affabililer loquenti : t Jussis 
tuis codUduo vits nostrae cursu paruimus, et, quamdiu superstites fuerimus , iste 
erit Dobis congruus cornes duxque patricius liaereditarius, ejusque praeceplo per 
omnia obtemperabimus. Hoc namque consilium complacebit omnibus sub tuaepro- 
tecUonis tatela commorantibus. « Tune illi adimplentes jussa marchionis nobilissimi, 
regni securitatem Ricardo puero elegantissimo facientes^ sacramento vers fidei 
manibus voluntarie datis , commendaverunt se illi. 



APOSTROPHA (1). 

Willelme (2) , potens , et probus , et pius , 

Duz martjrque future , 
PolIeDS iste puer, matre satus sacra, 

Justae progeDiei 
5 — HœreSf non importunus erii Deo, 

Clero nec populoquô ; 
Verum congruus et conveniens pater, 

Justus patriciusque , 
Sanctus marchio, constans cornes et bonus , 
10 — Dux et christicolarum , 

Fulgens atque propagator erit sncer 

Verœ credulitatis 
Ac legum. Populo distribuet pius 

Jusias rector babenas ; 
15^Ei plèbes soboles, ut moderans pater, 

Juste pacificabit ; 
Illi sit puero gloria, paz , decus , 

Jesu et gratia Christi. 



08. Hujus namque consilii peracto negolio » quinimo omnipotenlis Dei disponente 
arbitriOf cœpit pater sagaci mente meditari quo loco quibusve posset enulriri 
salubriter et educarL His incumbens rimalionibus , infil praenominatis tribus : 
« Quoniam quidem Rotomagensis civitas Romana potius quam Dacisca (3) utitur 
eloquenlia , et Bajocacensis fruitur frequentius Dacisca lingua quam Romana ; volo 
Igitur ut ad Bajocensia deferatur quantocius mœnia et ibi volo ut sit, Botbo, sub 
tua custodla et enutriatur et educetur cum magua diligentia, fruens (6) loquacitate 



Var. — (i) R.-D. — X N* Guilkime. C. Riclianle. M.-D. — (S) N.-€L.-A.-M. —{à) MS. Ferteos. D. 

28 



222 



DB MOBIBUS ET ACTIS 



Dacisca, eamque discens lenaci memoria, ut qaeat sermocinari profusius oUm 
ecnitra Dacigenas. i Tune Botho, acquiescens senioris volunlariae peiitioDi, el sus* 
ctpiens prscipuum infanlem ad curam educandi , urbi eum detulit ooocite Bajo* 
cacensi, eumque custodivit ul pupillam oculi sui. Dux vero Wilielmus, ob amorem 
dilectissiini filii sui, Pascha ipsius anni Bajocas (a) celebra?it, coadunatis optiiia* 
tibns Britannicae Northmannicaeque regionis, et illk moratus est dooec esseot traA- 
sadi sacrae solemnitatis Pentecostes dies festivi. Cupiens autem iDfaQiem AicarduiB 
morum fideiîum sacramento et juramento in reguo confirmari et subilinarij as^ 
sunipsit septem optimales majoiis poteotiae , et pandit iills cum tribus supca 
scriplis (6) secretum voluntatis suae : c Reruin fortuna casibus quia innumeris 
semper rotatur, raroque ulli certus cnusarum eventus; quocirca , vobis faventibus , 
volo ut, me superstite, filius meus Ricardos tores mes ditionis a vobis consli- 
tuatur, manusque vestras vice cordis ejus concedatis manibus , pactaque Odelitas 
ver» fidei vestrx juramiue obnixe firmetur, alque vestro consilio utilissimo ipsa 
tota patria prudenter rogetur. » His propositionibus bilares responderuot septem 
optîmates : « Si praerimari et praecogitare, qutainio pnedicere quod proposuisti 
animo non aestuaris, congruum et consequens summopere nobis esset, ut nostro 
precalu uostraque sollicita exbortatione admonitus hoc faceres , quia necessarium 
hoc negotium et peculiarius uobis est. i His dictis Ricardo infanti manibus suis 
datis , super sacrosanctas reliquias fidem obsequentis famulatus et militationis 
facientes spoponderunt et voverunt illi se per omnia esse fidèles. 

APOSTROPHA (1). 



Puer inclyte, et indolis almœ, 
Pâtre de uitido sate , matris 
Génère ex rutilo ÎDgenuoque, 
Mcrito tibi subditur ista 
5 — Palria et regio, editus es qua; 
Quia dux bonus, et cornes almus 
Eris indigeuse morulanti hic. 



Eris et deous Ecclesiarum , 
Saori el ordinis et graduumque (2) 
10— Sacra gloria, spes recolenda. 

Vagus. orphauus, exsul inopsque, 
Capiens opis auxilium a te, 
Hilaris saturât us abibit. 



69. His uamque sagaci prudentique et salubri consilio deMlls, rel^osque plu- 
ribus sacrae Ecclesiae reique pubiicae salubrHer adornatis, redit quisque ad sua IsCus 



Var. — (i) R. MetruBi anepesticiim : recipit euiin très anapestes et sjrUatan. -C— (S) N.-C Ce vers 
a été plaeé à tort par le ros. R. et par Duchesne en télé de la pièce. 

(a) Les dacs normands possédaient une maison de campagne dans les entSMUis de Ba jeax : les «os la 
placent à Balleroy, les autres à Noron. M. A. Le Prévost est de Tayis de ces derniers. V. Boman 4e tkm, 
p. 299; Mém, de la Soc, des Antiq, de Norm,, I, p. 71. Nous verrons que Richard I*' fut atteint, à 
Bayeui, de la maladie qui Teroporla. 

{b) Bernard, Bothon et Arslcck. 



PRIMOBUM KORMÀNNU OUCUM. 293 

et hllaris. Interea infans bons indolis, primique gratia floris, Ricardus scilicet 
celebris , formabalur capsim ab annis. Cratia aulem Spiritus sancti adaugens illius 
antra pectoris largifluo munere ardentis studii sagacisque ingenii, diiobus quod 
est suflBciens aggerabat propensius illi. Domom subnixam columnis sapientia fabri- 
cabat \n statu illius pectoris. Ipse autem , secundum vires aelatis , quidquid boni 
poterat adimplebat gestis optimis. I3t autem adolebat vegetahiliter humanis incre- 
mentis 9 ita fecundabatur féliciter vit» meritis. Quxque boni audicbat niemoriter 
retractans retinebat; mala vero respuens floccipendebat. Quaecunque legis tege- 
banlur obscura, reserata enocleatius solvebat omnia. Pâtre vero l^illelmo, ut 
recensituro est, licet hebete stylo « perfldiae naevo roartyrisato , et in stellifero regno 
féliciter coronato, antequam humaretnr corpus ejus sepulcro, adduxerunt (a) 
Ricardum puerum qui residui fuerunt in regno , et qui non ierant ad luctuosum 
placilum cum eo. Tune Northmanni et Britones, tant» pulcbritudinis et dignitatis 
puerum videntes, lugubri flebiliquc voce siugultientes altaque diversorum ululatu 
suspiria emittentes, diieruot unanimes : • Ecce cui servirez ecce cui miliiare, ecce 
cui pâtre superstite fidem fecimus. » Tune fierengerus, Britannics regionis comes 
prscipuus, infit flebills et mœstos prior pro omnibus : t o seniores et domni, 
Arnulfi perfidia dolose decepti, monrentes et tristes plorabili nece piissimi mar- 
cbionis, priusquam lamentabile corpus tumulo condatur , seniorem faciamus nobis. 
Iste puer, ut dux nobis sit et patricius, in sede patris est subrogandus. Ne esters 
gentes super nos irruentes, hocque negotio hujus traditionis inaudito audito (1) 
principari super nos délibérantes, vindicent sibi Northmannicas Britannicasque fines, 
iste puer constituatur istius regni princeps ; scutumque perditum patris scuto refor- 
mantes restaurantesque ejus soboH, obstemns repugnando Tolentibus dominari 
nobis. • nis dictis unanlmiter coliaudantes boc consiHum, aggrediuntur comités 
cum magna frequentia prlnclpum,commoto impetu et murmure ululantium, ingentls 
reverentis Ricardum puerum. Tumuituantium autem populorum murmure sedato, 
vix adepto silentlo, Berengerus et Alannus [b), caeterique NortbmaDDiae BritaiH 
nisque comités, datls manibus suis Ricardo, subdiderunt se libenter ilii, ut pro- 
mlserant olim pat ri vivenlL Pignoribusque pretlosorum Sanctorum delatis, sancîunt Illi 
tenorem integerrims fidelitatis et militationis , more Christian» conjurationis. His 
flebilîter expletis« pluribusque ad sua reversis, Ricardus, puer exspectats nobilitatia 
fortitudfneque celebris, Rotomago remansft cnm tironibns patrisque domigenis. 

Var. * (1) N.-CL.-C-R. Audito manque, D. 

(«; AiUlmMêruni» lU rameiièreoi de Bayeux (V, Will/ Gemou, lib. 111, c 13) à Rouen, où le nri 
Louis le trouva peu de temps après. 

(h) Il est ÎDContestable qu'il j eut alon une sorte d^alliance entre les Normands et les Bretons, puiiqM 
plus lard cette alliance fut rompue : ■ Subsecuta moi Britlonum pernicies qui, discordia inler se prln- 
cipam Berengarfl et Alaoi divisi, a Nortmannis, eum quibu» pactum inierant^ perfasi et magna sunt 
oede atlriti. > Frod., Chron,^ ad ann. Hh* 



224 DE MORIBUS ET ACTIS 

APOSTROPHA (1). 

Rotomage, super mis?a vage liltora Sequanœ, 

Urbs fecuuda bonis omnibus, et militibus feris, 

Semper fêta laon , dives opum , plenaque munerum, 

Venatu exhilaris, sufficiens et locupletior , 
5 — Multarum specierum , generum, pisceque ditior; 

Altîs alitibusque , accipitrique ancipiti scio (2); 

Omni quin melior, quin potior, urbe potentior. 

Portus, quem végétal Belgicus, et Celticus , Anglicus, 

Gaude tripudians, lœtifîcans, ezhilarans, quia 
10 — Perfectus senior et dominus legifer est tibi ; 

Defuncto et paire duz, patricius, marchio habebitnr, 
Ricardus celebris, justus et almus, pius, innocens, 
Sanctus religiosusque , benîgnus , sacer et probus , 
Solemnis , celebris pro meritis , dignus, amabilis, 
15 — Dilectus, recolendus, reverendus , memorabilis , 
Ssecla jure valens ,. jure potens , jure per omnia, 
Qui te olim moderans protège! et auxiliabitur , 
Et cujus meritis continuis, sœcla per omnia, 
Prœfulgens locupletaberis et muni£caberis, 
20^Et cujus bonitas et pietas et reverentia 

Campos Elisios scandere te coget ad ultimum. 

70. Aadiens autem rex Franciae Luthdovicus quod,.ArDulfl Flandrensls comitis 
versutia deceptus^ pro stabilitate sacrosanctae Ecclesiae sanctaeque fidei etpacis 
proque ûdelitate sui inartyrizatas esset dax Northmannorum Willelmos, maltam 
condoluit, et optimales regni, exceptis mortis ejus tractatoribus ; concite Rotomagum 
properavit cum suis comitibus , super his quae nefario Arnulfi comitis astu acciderant 
coDsullurus. Rotomagenses vero, adventu régis Luthdovici hilares^ susceperunt 
eum volenter » putantes ut equitaret super Flandrenses , acerbamque et pestlferam 
ultionem pro inaudito piaculo quod fecerant illis reddere velleL Rex autem 
Luthdovicus ad se veuire fecit Ricardum, tantae puichritudinis puerum, lacrymausque 
afléclu doloso et fraudulento suscepit et osculalus est eum , retinensque coegit (3) 
epulari et recubare secum. Sequenti namque die Dutritori tanti honoris puerum 
volenti deducere ad allerum domum, ut balnearet et custodiret eum^ prohibuit rex^ 
et detinuit secum. Secundo et tertio die , itidem altori sstuanti facere non sinit rex , 
verum prohibuit obstinalo corde. Animadvertens nutritor captum esse tantœ dolce- 
dinis puerum , ad nullum conatus est postea ducere locum. Hujus igitur rei fema iota 

Var, — (1) Metrum monocolon , coriambicaiii , oonstans et spondeo et tribut ooriambb et pirridiio. G« 
^ (3) Id est scienti, Glose interlin, G. — (S) MS. Cœpit. D. 



PRTMORUM NORMANNTiC DUGUM. 225 

civitas tumuUuosa excitatar, murmurque captionis per (otam arbcm diffusum 
sparsim venlilatar. Tandero vero suburbani conglobati cum civibus, plebeioqae 
more irraentcs ad domum principum civitatis illius, cœperunt blaspbemare eos, 
emiltenles iDgentes gemilus, et dicentes allis vocibus : • Yestra (i) negligenlia 
Willelmum ducem , praecipuum nostrum advocalum , amisimus : vestro tamen con- 
silio perfido noD hic exsul exterminabitur. Vos omnes perjaros et regem digne 
necabimus, et Ricardum» tanla? ditionis pucrum, ne exsuletur liberablmus. » Plurimi 
autem principes asperrimis civium verbis exagitali ferroque induti velociter et 
armiSf miscent se armatae plebi. Pluriroi vero, ruslicorum animositatem metaentes, 
domibus suis remanserunt , ostia obnixe obfirmantes. Illico vero plebs, cum armatis 
militibus , ferventi animo et cilatis gressibus festinant regem invadere cum suis co- 
mitibus. Rex autem ut tumultuarii strepitus murmur audivit, cœpit inquirere causam 
illius rei. Dictumque est ei : t Urbis istius principes , quia Ricardum tantae spei 
puerum in captione tenes ^ gestiunt te invadere feslinanter. Yix évades Imminens 
periculum; vix liberaberis a turbis civium et armorum. » Tune rex, algido pavore 
praeoccupatus imminentisque ruins casu tremulus et concussus , tandem in semet- 
ipsum reversus , roisit ad Bernardum, principem Nortbmannici exercitus^ ut succur- 
reret ei pro amore Dei velocius. Qui concite remisit ad eum hsc verba dicturam : 
c Non me , nec illum liberabo ; sed bac seditione oborta , ut autumo , interibo. t 
Tune iterum rex misit ad eum , ut quo liberari posset daret ei consilium. Bemardas 
autem timens ne occideretur ipse et rex « remandat ut accipiens in ulnis Ricardum, 
prscelsi auxilii puerum , veniret supplex ad misericordiam militum et civium. Rex 
autem sni diffidens suorumque interitum et internecionem metuens, sascepit in 
brachiis suis Ricardum , tant» liberationis puerum , et detulit ante conspectum ar- 
matorum , se et suos occidere volentium supplie! voce poscens misericordiam iUo- 
rum. c Ecce ego et vester senior ; quidquid de me vultis facite cito ; tantum ne me 
meosque occidatis suppliciter imploro : quia vester dominus non moratus est pênes 
me ut captus teneretur, sed ut notitiis regalibus palatinisque facundiis instrueretur. t 
Ât illi recipientes Ricardum , tants virtutis puerum , regem humillimae deprecationis 
plénum , ad aulam sux habitionis et ad suos redire permiserunt. 

71. Rex autem Lutbdovicus, anxius super bis importunitatibus superque venturis 
nutans et incertus, salubri suorum episcoporum et comitum consultu » misit ut ad se 
festinarent optimates civitatis illius , sciiicet Rodulfus et Anslec atque Bernardos. 
Quibus accersitis coramque adductis, rex principibus infit tristis : t Terrore mortis 
domini vestri acriter admonitus vosque super quod accidit solaturus , hue accessi ; 
sed acrioris tristitis mœrori tristior obviavi , quia vestri suburbani cum civibus , et 
milites cum rusticorum cœtu me meosque voluerunt conterere et dilacerare re- 
pentino interitu. Sed pesUfero tants seditionis hoste , tuo consilio , Bernarde , 

Var, - (1) CL.-C. Noslra. N.-M.-A.R.-D. 



226 DE MORTBUS ET ACTIS 

liberatus ^ die qoid sum faclurus. > Et Bernardus : c Nimis aegre tuus fert aolmus 
quod feceruDt {d te rustici eu m civibas. Oportet îgitar salvum te reddl a propalatas 
nequitiae fraude. Deuique quia Doster senior , dnx Willelmus, felix per omnia exstidt 
tuus , decet quod terram haereditario Jure Ricardo , magn» posteritatfs puero , pos- 
sidendam, sacramento sacrx fidei manibusque super sacrosancta phylacteria positis, 
sanciens auctorizes , teque esse abtiinc indemuem illi , et deinceps , atque adjatorem 
et defensorem te esse coulra terrigenas omnes. Sic quiveris l«lari nostro senritio et 
militatione « nos tua tutela et gubernatione. Si quis vero in te rixatus foerit , cou- 
teremus eum , et si quispiam insurrexerit in nos , virtale tus potentis prosterne 
huinotenus eum. i Tune rex in dolo respondit Bernardo : « Quodcumque reCalhti 
faciam , meosque volenter aut noienter facere ad praesens cogaoï. • Illico Ricardo f 
prœdignae innocentiae puero, largitns est terram hsreditario avi patrisque Jwre posai- 
dendam : delatisque Sanetorum reliquiarum pfiyiactefiiSy manibos super ipsa im- 
positis , Deo nominato , In primis juravit se contra onmes illi auxiliari , suosqae 
pra^ules et comités idem facere coegit (a). 



(0) Gomne noat tYons essuya de rétablir (V. Mémoire, p. 87 ), le fend du récit de Dudon s^aooorde 
trèft-luen avec ce que disent les chroniqueurs français, Frodoard et Richer. Toutefois * il faut reconnaître 
que notre auteur ne rapporte pas les faits aussi exactement qu'eux. Il est donc nécessaire de compléter 
sonrédL 

Dès le commencement de Tannée 968 ef aussitôt après Panassinat de Gaittanme (i6 dée. 941)» lei 
Itormands avaient fait reconnaUre, par le roi, le poufoir du jeune 4iic« V#ici la fersion de FVodoavd ; 

• Rex Ludévicus lllio ipsias WiUeimi » nato de concubma t>ritanDa , terram Nortmanoorum dédit , et 
quidam principes ipsius se re|^ committunt, quidam vero Uugoni duci. • Frod., Chran,, ad ann. dà9. 

Bien quMl semble résulter, d*une expression du même auteur, c Ludovicus Rodomum repetens », que 
cette reconnaissance de Tautorité de Richard ait eu lieu à Rouen , le texte de Richer nous oblige à croire 
qu^elle fut faite dans un autre lieu dont il ne dit pas le nom: c Hec mutCo pesl eKjnalXttmde^oa'* 
cubiùa britanna, nomine Richardum, régi dedocunt, gesti negotii onCnem paodenles. Rei, adolesoeotif 
élegantiara advenens, llberaliter exdpit, provinciam a pâtre pridem possessam laifiiens. Potiorcs quoque, 
qui eum adoleseeBtalo aocesoerant, per ma nus et sacramentum, régis fiunt; muJtaque rcgis liberaUtate 
jocundati , recedunt Rodonum. Alii vero Nortmannorum , Richardum ad regem transiisse indignantes , 
ad Hugonem ducem coiicedunt > (Rich., £/isf., liv. II, ch. xxxnr). Il n'est point difficile de deviner 
pourquoi l*iiistorien normand ne nous a pas parlé de ce moment de déraillance que ressentirent alors les 
seigneurs normands. Cest, sans doute, par la même raison qu*ll ne noua dit rien des événemati qui 
fe suivirent. 

Les vieux compagnons de Rioolf et tous les Normands restés païens refusèrent de reconnaître la 
smeraineCé des Françaîa. Des rcaforts leur vinrent de leur ancienne patrie, et la guerre commença. Hugues 
tHircba eoatre eux , let battit, puis s*empara d*Êvreux, grâce à la connivence des Normands chrétiens : 

• Faventibus sibi qui tenebant illud Nortmannorum christianis. > En même temps le roi s*était rendu à 
Rouen, où le parti païen allait se saisir du pouvoir. Il défit, dans un combat, raconté tool au long par 
Richer, les normands Setrich et Tharmod ; puis, laissant Rouen sous la garde de Uélouift, comte dt 
Montreuil , il revint à Compiègne. Plus tard encore , il se rendit de nouveau à Rouen, et de là à Évreux 
que lui rendit Hugues. Le roi et le duc paraissent être alors revenus ensemble à Paris. 

C*est de ce dernier voyage quMl s'agit dans le récit de notre auteur , ainsi qu'on le volt clairement par 



PRIMORDII NORlIANNIiE DUCOtf. 227 

72. His tnliter sedatis et expicfîs, re\ fraadulenter principibus Northmannicis 
iofit: f Quoniam pollicilatione juraroenti vcracis fidem integerrimi tenoris vestro 
seniorl vobisque peregi , perseverantem fiduciam vestri adjutorii obnixe de me 
habeatis, et nulias vestrum uUatenus Dutet (1) auxilio roei solaminis. Vestrum (2) 
seniorem sinite mecum morari , ut , facundx ubertatis colloquio edoctus , discat 
definire et determinare verba scrupulosae rei. Plurimarum vero rerum Dotitiam 
melias discet in palalio meo , quam cominorans in sua domo (a). Quocunque pro- 
ficiscar, mecum proficiscetur : quocunque morabor , morabitur. Effîcaci patris ejus 
adminiculo regimen totius Franciae et Burgundiae teneo: ideo adjutor et solator isti, 
quandiu superstes fuero, ero. Quia pater istius pro me morte praeoccupatus fuit » 
bellua crudeiior ero, si non auxiliatus fuero isti. » His igitur fraudulentis régis 
simulantis alloquiis principes Northmannorum decepti^ mancipaverunt Ricardum, 
desiderats spei puerum, Luthdovico régi ad educandum. Rex vero, bine cum puero 
ad Ebroicacensis (3) urbis profectus mœnia (b), disponebat reipublicae jura. Simu- 
labat ore et opère bon» voluntatis adjutorium , verum in corde gerebat mai» in- 
tentionis propositum. Diu morulans Ebroicas cogensque subdolo corde ad fideli* 
taiem pueri civium turmas , repetit Rotomagensis urbis palalia. Postera die , priD* 
dpibus dvitalis accersitis^ frauduienta et dolosa verba retulit : c Super damoi et 
doloris nostri auctorem , properandi babeo intentionem. Revertar ad JLauduoomj 
dedacens mecum Ricardum^ fiduciae vestrae puerum ; bincque, Burgundionibus ascitis 
Francigenisque conglobalis, obsidebo Âtrabatum (4) donec capiam illum. Omnes 
vero subvertam munitiones Flandrensium et dissipabo bostiliter bona iUoraia 
Quocunque Amulfum scivero» illuc mei exercitus gressum festinanter protelabo» 
Ultionem quam oieretur ei reddam , si forte illum usquam inveniam. Vos aulem 
estote praeparallf ut vestrum seniorem mecum vindicetis. » Talium sophismatnm 
simulatioDibus excaecati> siverunt futur» opis puerum ab eo deduci (c). 

Var. ~ (I) C.-D. Millet N.-CL. — (2) N.-C.-M.-A. Verum. CL.-D. — (S) Hebraicensit. M. — {à) N.- 
CL.-C. AUrstbatum. M.-A.-D. 

ce qui suit. Le roi se rend à Êvreux avec le jeune duc Richard. Les faits étant ainsi complétés « an 
comprend bien mieux le récit Irè^-intéressant de notre auteur, la colère des Normands de la campagnei 
bien plus attachés à leur jeune prince qu*au roi de France, Tattitude embarrassée de Bernard et des 
autres seigneurs qui avaient plus ou moins reconnu rautoriié du roi. 

{a) Si le roi ne pariait pas sincèrement , il parait du moins que ce qa*il demandait était conrorme au 
droit, ainsi que nous Tarons fait voir ( Mém, , p. 86). De plus, c'était aussi Tusage de bire élever à la 
cour du prince les jeunes gens de naissance. On lit dans la Vie de Burchard, comte de Corbeii, vers 
Tan 1000 : t Burcbardus. .. pueriiiae lempora dum transigeret, curiae regali, more Francorum procemm, 
a parenlibus traditus est • Vita Burchardi , up. Duch., Rer, Franc. Script,, IV, 116. 

(b) Item rex Ludovicus, Rodomum profectus, Ebroas ab Hiigone duce recepit et apud Parisium, 
depressus infirmilate, pêne tota decubuitxgrotus aestate. Frod. , Chron,^ ad ann. 943. 

{e, Il u*est pas inexact de dire que Tinimiiiô entre Arnould et Louis était seulement feinte, en œ 
moment, de ^a part de ce dernier. Le combat qui eut !ieu vers la fin de celte année 943, entre Hélooia 



228 DE MORIBUS ET ACTIS 



APOSTROPHA (1). 

• 

Rotomage, tuus modo puer, 
Marchio jure potens tibi datus, 
Captus adest quia , plange trcmulaus. 
Regeque, Francigenisque Satrapis 
6— Ducitur, heu dolori adveua velut, 
Dacigenis stolidis proceribus, 

Comes vero Ârnulfus « inaudita fraudulenti homicidii lue fœdalus , UmeDsque 
futures vindicaturi si bene egisset régis adventus, misit ad eum légales, qui sub- 
sequenlia dicerent, cum maximis muueribus : c Domine rei piissime, noster senior, 
plurima subaclus Infirmilate , mandat tibi fidèle servitium , si placet recipere. Falsa 
propalatae faroae opinione audistl, indebltae Willelmi duels mortl nostrum seniorem 
Arnulfum favisse, qua se contra te vult expiare et.emendare (2), judiclo (3) 
tuorum , igné. Milites vero, quibus l^illelmus (U) plurima mala intulit, qulque morti 
illum applicuerunt, exterminabit, si talibus factis gratiam tuam poterit promereri. 
Quatenus annuendo petitionlbus ejus benevolus faveas, mittit tibi llbras auri paris- 
simi bis quinas. Quin etiam univers» regionis suae tributa annuatim dum vlxerit tibi 
oltro solvet. Servitium tuum sul per omnia facient^ et quocunque perrexerls hosti- 
llter pergent. Ipse accedere ad te nequit , quia podagra sels eum IrretlrL Foveant 
prêtes nostrae indulgentlam tus pletatis, tall aflQlctum inOrmltatis vulnere, tallque 
sine re culpatum crimlne, miserantis. Mlseratio condigna prœoccupet furorem tuum, 
ut non deseras servum tuum^ sine causa a te exosum. Tua est potentia tuumque 
regnum : noli perdere quod tibi est commissum. Facilius potes omnes Fiandrensès 
perdere quam vasa vitrea malieo conterere. » Tune régis consillari, muneribus 
excaecati, dlxerunl ei : f Non oportet te ulii praejudlcium facere, qui se tibi satagit 
justificare. Immunem se a doloso scelere mandat, suosque justificare aut exter^ 
mlnare délibérât. Pro non recuperando quo Indiges, non debes perdere quem 
tenes, neque te ullatenus illo fruslrari. Omnes qui occldentur non tibi est jus vin- 

Var, — (i) R. Metrnm raliscium , constat tribus dactilis et pirrichio. C. — (3) M.-D. Êmundare. 
GL.-G.-N. — (3) M.-D. Judiciorum. N.-GL.-C. — [à) MS. Ricliardus. D. 

el Arnould , ne prouve pas le contraire. A s'en tenir au texte de Frodoard , suivi à tort par Licquet » 
Bitt, de Norm., 1 , 126, et par M. A. Le Prévost, Notes sur le Roman de Rou, I , p. I6A , on pourrait 
croire à une expédition dirigée de dessein prémédité contre le comte de Flandre; mais Riclier nous 
apprend qu*il ne s'agit :.ue d*un combat d*embuscade et, pour ainsi dire, privé. Arnould, sacbaut que le 
roi, alors à Amiens, avait appelé près de lui Hélouin qui commandait à Rouen, vint assaillir son ancien 
vassal. V. liv. II, chnp. xxxvii et xxxvui. C'est dans cette même rencontre que le meurtrier du duc 
Guillaume fut pris et tué ; ses mains coupées furent envoyées b Rouen. 



PRIMOBUM NORMANNIiE DUGUM. 



229 



dicare • sed residaos ob mortem fixantes pacificare. Reminiscere malorum el 
pudoris , qaae in te Northmanni Rotomago exercuenint » et prscave oe, pejora tibi 
Inipertienles , NorthmanDicum auferant tibi regDum. » Tudc Flandrenses : f Praeter 
haec mandat noster senior tibi praemaximum consilium bujus rei. Tenc Ricardum 
filiam in sempiternum , et ususfructus regni in aeternum. Opprime diro legis jugo 
et servitio terrae illius babilatores, el coge illos servire tibi obedienter. » Cujus 
pravi consilii exhorlationc el muneribus rex deceptus et cxcxcatus detinuit (1) Ri- 
cardum, tanti pretii puerum^et dimisit Aruulfo qaae fraudulenter de Wilielmo fecerat 
propter eam (a). 

APOSTROPHA (2). 



O LuthdoYice , 

Si bene corde 

Vota teneres 

Quoeque sacraiti, 
5 — ^Rex recoleode , 

Cum beue regnans 

Imperitasti ; 

Auxiliante, 

PrflBsidiumque 
lO^Dante salubre 

Viodice tanto , 

Pâtre Ricardi , 

Religioso, 

Inuocuoque 
15— Martyre Cbristi , 

Simplicitate , 

Et probitate 

Munificato , 

Belgica quo (3] dudc, 
20 — Celtica necne 



Ast Aquitana 
Gai lia porgit 
MuitipUcatos 
Undique tractus, 

25 — Cur abicis quod 
Jam sacramento 
Religionis 
Christicolarum 
Jure tuïisti ? 

30 — Cur resolutus, 
Lege ferina 
Atque nefanda , 
Maneribusque 
Proditus astu » 

35— Linquis honestum 
Jamque, révulsa 
Pace, tenorem 
CreduUtatis? 
Cur sobolemque 

40— Illius almi , 



Lore ligatam 
Impietatis , 
Fomite pravo , 
Heu ! vegetandam, 

45^Atra cupido 
Sorte eu pila 
Detiuet cxlex ? 
Desine pravum ; 
Sperne tenere 

50 — Quseque nefanda; 
Mitte Ricardum, 
Postulo , ephebum , 
Quod sua jura 
Impleat alma« 

55 — Quo capis illum 
Tu capieris 
Et vice digaa 
Regredieris. 



73. Erat aatem quidam tlro nomine Osmundus (k)^ Ricardi , summae celebritatis 



Yar, — (1) De Ricardo a Lodowjco rcge rclento. Clos, marg, contemp. CL. — (3) Metnim dac- 
Olicium, triineiram, cataleciium. Cataleclins versus est cui una s)llaba deest. C. ^ (S) Qua. MS.-D. — 
(h) N.-M.-A. Hosmuodus* C-D. 

(a) t Hugo Aruulfuin cum rcge pacificavit cul rex erat infetisus ob necem Witlelml. > Frod. , Chr. , 
ad auu. 9A3. Celte première récoudliation en amena une autre Tannée suivante entre Arnould et Hélouin. 
• Ludovicus rex, pace facta inter Erluinum et Arauirum, cjstrum Ambianenslum ddcm Eriuioo 
dedil. > Frod. » Itfid» « ad ann. 9àà* Hicber fournit sur ce dernier fiiit quelques détails intémsanis. 
V. lib. Il , cb. LX. 

29 



230 DE MORIBUS ET AGTIS 

pueri, edacator et altor sagacissimas. Qui, quadam die, absente rege» immerit» 
captionis paerom equitare fecit ad aucapium (1) » ut disceret alites capere suo acd* 
pitre. Gum vero rex reverteretar , et reginae verbis Gerbergae scfret quod, pnerilis 
delectationis studio meuioralis scieutis^ puer Ricardus extra Laudunum proflcisce- 
retur « rogavit ad se venire Osmundum , magistrum ejns. lilo coram astanti , furiis 
bacchatus acerbis , demonstrans obtectum diu oefaris captionis secretum, infit : 
c Nequior omnibus , quorsum deduxisti seniorem tuum nudiustertius ? Senioris tui 
poplitibus coctfs , privabo te oculîs , si forsan eum quoquam amplius duxeris (a), t 
Tune aliis tironibus pariter eum eo commendavlt puerum , ut custodirent diiigenter, 
et ne posset fuga elabi praeviderent eum. Osmundus autem, animadvcrtens captum 
esse Ricardum , tantae dulcedinis puerum , misit ad Rotomagenses qui nuntiaret 
blaspbemum tantae deceptionis negolium. Rotomagenses vero , mntatum malefici 
régis stupentes propositum , a Deo requirunt suppliciter tanti consilii auxilium. 
Mittunt ergo ad omnem ecclesiam Northmannicœ firitonicaeque regionis « ut missas 
concélèbrent dévote pro eo presbyteri , derus psalmodiis vacet , popuiusque nudis 
pedibus saccoque indulus Jejunct. Nortbmannici vero Britonicique praesules, bujus 
tristis legationis famam audfentes , triduanum jejunium in uno quoque mense populo 
indicentes , deprecantur Dominum Deum^ fusis precibus eleemosynisque datis pau* 
peribus suppliciter ^ ut reddat eis Ricardum^ tanti desiderii puerum. Monachorum 
canonicorumque clerus pro eo psalmos supplex concinit , popuiusque lustrans de- 
votus ecclesias deprecativos gemitus emittit. 

74. Interea Ricardus, tanti decoris puer , insignls prosapls , honestate celeber , 
instruebatur omnibus in captura notitiis sufficienter. Ducebat solidam iUius a&tatis 
partem robore cumulato » eratque commodus et utilis omnibus quasi malurus cvo. 
Arguebat secundum vires œtatls quidquid erat UUcitum. Floccipeiidebal quidquid 
erat animae incentivum. Yivaci lepore affluenter armabat linguam, facandaeque 
uberlatis colloquio insignibat eam. Pcragrabat studio et retractabat quœ ignorabat, 
nec abdcbantur ei quae sunt obscura. Pueritiae suae aetatulam Jesu Christo conse- 
crabat , seque tolum divinis praeccptis, tenerae adliuc licet aetatis esset> mancipabat. 
Divioa namque permissione hoc factum est , ut puer conspicuae formas prae caeteris 
nitidus f nonnisi in palatio régis nutriretur. Multimodis iilum sermonibus Ubenter 
insignibant , et mellifluo palatins serroocinationis dulcamine erudiebanL 

75. Processu (2) vero teroporis , Northmannorum et firitonum precibus continuis 
je|uniisque singulis mensibus devotissime.exercitatls placalus, regum rex Dominus , 
eripuit Ricardum , inssUmabilis incrementationis puerum , taliter de régis ma- 
nibus {b). Praedictus namque tiro Osmundus , provisor illius bonestissimus , videns 

Var, — (i) Aucîpiuro. N.-A.-D. Laucipium. M. — (3) Quo modo Ricardus est liberatus. CL. 

{àj Guillaume de Jumiéges ajoute ce détail, que le roi Iraila Richard de t mcretricis filiuin. ultra 
Tinim rapiciitis. > Liv. IV, c iii. 
{b) Vers le milieu de ratifiée 9A4. 



PRIMORDM NORMANNIiB DUGOM, 



251 



detinerl suum seniorem dlutius , et vallari vicissim die noctaque , De posset subtrahi 
tironibusy cœpit meditari quomodo eriperet eam de tantls costodibus. Qoadan 
Igilur die coegit , hujus rei gratla simulata imbeciliitate » recambere tantae custodi» 
pueram » et, quasi dissimulata corporis sospitate , emisso frequentius planctu « ag- 
gra?ari eum. Gujus falsae opiDionis rumore civitas implelur^ et hœc simultas prove* 
ritate» fama nantiante, propalatur. Custodes vero, terlia die, xslimantes morte pr» 
occupari tantae diligentiae pnerum, liuc iliucque oecessitate sua euntes, discesserunl. 
Osmundus igitur» cœuante rege et civibus« nudisque plateis ab omnibus (1) , byrro 
tant» liberationis puer indutus , citatis equis, Lauduno exivit citius, rapidoque cursa 
castrum appulit Godiciacum. Illic affluentis probitatis commisit castellanis puerum , 
etprofectus est in ipsa nocte ad comitem Bernardum, ejusavuncolum, qui morabatur 
mœniis Silyanectensium (a). 

APOSTROPHA (2). 



NorthmanDlœ nunc pnesules , 
Belloque in omni principes, 
Regni triumphales simul , 
Et clerus omnis ordinis , 
5— Populus simul plorabilis , 
Pueri , senes , et virgines , 
JuTenesque , cunctœ feminœ , 
Vulgusque in unum concitus , 
Fletus lugubres mittite, 
10 — Mœstis modis et paroite. 



Nam (3) gaudium yobis datum : 

Vinci is solutus regiis , 

Elapsus et custodibus 

Ricardus almus , innocens , 
15^Prudens, puer sanctissimus, 

Pulcher (4) decorus , spleudidus , 

Liber tenaci compede, 

Vobis erit duz prœpotens. 

Grates Deo nunc reddite 
20— Pro liberato pignore. 



yar, — (1) R. Hominibus. D. — (3) Metrum iambicum archilolcom [$ie) dimeUtim acatalectlcam. C» 
— (») C.-D. Jam. N.-M. — (4) N.-C. Pulchre. M.-D. 

(a) Guillaume de Jumiéges ajoute au récit du Doyen de curieux détails qu'il a dû trouYcr dans 
quelque tradition. Selon lui , Osmond se concerta a? ec Ives de Belesme , et ce fut dans une botte de 
fourrage quHl cacha le jeune Richard; puis il le porta sur ses épaules, velut pabulum equo laturui , 
jusqu'à la maison de son h6te, in domum iui hospitU, où il trou?a un cheral. ¥• li?. IV, ch. it. Voir, 
sur les châtelains de Coucy , notre Mémoire^ p. 90. 

Les généalogistes se sont efforcés de faire remonter l'origine de plusieurs famiUei jusqu'au gouTemenr 
de Richard. Les armes de la famille d'Osmond rappellent même le fiiit glorieux de l'émsion du jeune 
prince. Jean de La Barre a prétendu faire d'Osmond la souche des comtes de Gorbeil. V. Ântiq, de 
CorbtU, p. 66. Ce qui est plus certain, c'est qu'Osmond fut plus tard récompensé de son dévouement 
par le duc Richard. II est nommé dans la charte rendue en fiiveur des moines de St-Denis : • Cseterorum 
virorum suggestione, Radulfl scilicet et Osmundi. > Dom Bouq., IX, 781. 

Quant à Ites, Orderic ViUl (li?. VI , L III, p. 88 ) le nomme Ives de Creil, i^ii«m àê CrtMiOf et 
nous dit qu'il était arbalétrier du roi, re^ batiitarius. Ce fut sans doute en récompense de l'aide ^aH 
donna à Osmond, qu*lTe8 reçut la seigneurie dt Belesme, V. WIU. Gemm,, li?» IV, cb. it, et Ut. Vit 
eh. n» 



232 DE MORIBUS BT AGTIS 

76. Bernardus autem , in obscurs noctis silentio videns Osmundum , admirant 
dixit ad eum : c Quid tibi , Osmunde ? nihil boni de meo nepote 7 • At ilie : • Do* 
mine , si eruam eum de manu régis atrocis , quid fades de eo ? > Et Bernardus : 
• Te multis bonoribus ditatum sublimabo » te beneficiis locupletatum nimis exaltabo. 
Nepo(em vero meum In regno patris sui hxreditario restituam , Nortbmannorum 
Britonumque principes illi servire cogam. » Âd hxc Osmundus : t Sero Laudttn6 
taum nepotem clam subtraxi , et Godiciacensibus castellanis eum , ut custodirent » 
commendavi. » Mox Bernardus , solito laetior , citius surrexit , et ad Hugonera ma- 
gnum ducem Parislus praepete equitatu festinanter properavit. Hugo magnus, videns 
eum f dixit : « Quid ad nos tam repentinus et matutinus acceierasli ? i Ât ille : < Rex 
quia Luthdovicus meum nepotem strictius et praevidentius custodit , venio ad te ut 
des super eum aliquod consilium mihi. Et si forte aiiquis eum de manibus régis 
eruerit , quale adjutorlum ei tua clementia impcrtietur ? * Tune Hugo Magnus : 
< Mirum est omnibus quod agit rex Lutbdovicus. Pater pueri illius pro fidelitate 
régis deceptus est et interemptus , et ipse tenet captum filium ejus. Utinam de vin* 
culis régis eum eruerit aiiquis , et mibi adduxerit ! i Et Bernardus : c Domine , quid 
faciès si quod retulisti adimpletum fuerit ?» Et Hugo Magnus : c Ego quidera Nortb* 
mannos et firltones subjugans ei , possidere faciam illum quscumque pater tenuil. 
Contra regem illi auxiliabor, contraque Ârnulfum onmesque insidlatores viriUter 
juvabo. » Tune comes Bernardus precibus accumulans preces , ad pedes suppliciter 
contiens dixit : « Domine dux praepotentissime , ne irascaris si repetam quod volo 
a te. Ut credulus tuarum promissionum confitenter existam, polllcitationis verborum 
tuorum fac mibi tua pietate (1) fidem integerrimam. Habeo enlm Codiciaco tant! 
amoris puerum, captione régis perfidi ab Osmundo liberatum. t Dux vero magnus, 
gratulans de puero eruto {2), dixit comiti Bemardo : t Ut proposltionb mes (3) pro- 
posito fiducialiter securior sis , faciam tIbi et illi qus supplex requiris. t AUatis vero 
rellquiis, manibusque supra positis^ sacramento vers fidei spopondit se puero contra 
omnes auxiliarl (a). 

APOSTROPHA (&)• 

Meliifluœ bonitatis ope Magnus, et inclyttui, ao meritus, 

Hugo potensque valensque, vigens, Magnanimus, bonus, almifluus 

Var, ^ (i) MS. PetiUone. D. — (3) Erupto. N. — (8) Fromissi md. R. — {à) Meirum dactUkam 
trimetrum ( telrametrum ? ) oonstans tribus dacUlb et semlpede, quod est epUmeris ( hepbtemiineris) 
beroica C. 

(a) Dès 9AA» Hu^es avait fait la paix avec les Normands : c Hugo» dux Francoruoit eum Nortmannis 
pactum firmati daUs utrinque et acceptis obsidibus. • Frod., CSfrr., ad ann, 94Â. Ces Normands éuieol 
sans doute ceux qui n^avaient pas reconnu Pautorltô da roi et qui continaaient d^occuper la province» à 
Texceptlon des diocèses de Rouen et d^Évreux. 



PRIHOBUM NOJUfANNIA DDCUH. 



233 



5 — Mirificus, probus, egregius, 
Auxilii ecce mémento tui , 
Et reminisoere quàm peragis 
Eximiœ probitatis opus ; 
Emerifumque juva puerum, 



10 — Protège , salvifica , refove ; 
Quod pater ut tenait , teneat , 
Gaudeat et, recidivus eo , 
Possideat . habeat , faciens 
Quod facere assidue ambierit. 



77. His et hujuscemodi peractis, cornes Bernardus rapido equilatu Godiciacam 
expetilt, el oscalatus tant» dlligentiae paerum , amplexibus fruens optatis, eum, com 
magDO exercitu , ad SilvanecteDsein urbem perduxiL Rex vero Luthdovicus daplicis 
(ristiliœ, scilicet eo quod ceperat paerum, et quod ipse elapsus erat, expertus 
enrorem, misit legatum ad ducem maguam Hugoneni, ut reddere puerum cogeret 
Bernardum comitem. Hugo quidem Magnus remandat régi verba subsequentis ora- 
tionis: f Si Silvanectense , et Godiciacum, Torolense (1) et Grethelleuse (2) cas- 
truin (a) non auferani Bernardo, ncqueo urgere ullis conaroinibus iilum ut reddat 
Ricardum diiecli^simum nepotem suum. • Interea Bernardus cornes Silvanectensis 
misit ad Bernardum Rolomagensem csterosque Nortlimannos , qui nuntiaret con- 
cite eventus optatos. Northmanni quidem et Britones, desideratipueri ereptione 
nimium hilares ^ persoivunt Deo omnipotenti pro eo vota et grates. Hujus rei gratia , 
Silvanectensis comes Bernardus profectns est contra Bernardum Rotomagensem et 
Dacigenam , quid ageret de puero consulturus. Gumque mutuis alternatim ser- 
monibus nimiumque secretis fruerentur , et de reslitutione pueri in regno diu trac- 
tarent , Bernardo Dacigenae dixit comes Bernardus : • Ne forte rex Luthdovicus 
animadvertat nostrœ intentionis propositum , non veniam abhinc contra te amplins 
ad placitum. Yerum crede quod mandavero tibi , signo inter me et te facCo ostenso 
per legatum , et rimare ingenioso conamine regem Luthdovicum fatuare , quia vnlt 
nos et vos omnes crudetiter perdere. > Illico , pluribus rerum caute replicatls , 
quisque sua celerius revisit 

78. Interea rex Luthdovicus, de digns ereptionis pueri absoiutione anxius, et de 
remandato diflBdentis ab Hugone nimium trlstis et mœstus , misit ad Fiandrensis 
gentb comitem Ârnulfum, qui ejus rei.negotio anxiabatur (3) nimium, quatenns 
venire contra se acceleraret ad placitum. Qui , festinanter occurrentes sibi in page 
Virmandensi , in villa quae dicitur Restibulis , quid agerent cœperunt meditari {b). 

Var, * (i) N.-CL.-C. Torolense. M.-D. Tonronlensem. A. ^ (3) M.-A.-D. Creiellensem. M. Cra- 
telleDse. CL. — (8) R. AuxUiabitur. D. 

{a) CodieiacuM, Couoy-le-Gliàleau ; Tarotenêtm, Tboury-sous-Clermont ; Creihellemem , Creil. 

{b) G*est, en effet, en ce moment que Louis, se voyant abandonné par Hugues, cbercha à s*appayer 
sur Amould et sur Hélouin, qu*il réconcilia : c Saorum prsdpuos, prêter ducem Hugonem) ooUigent 
apod eot agvbat quatinus viri illustres Amulfus alque Erluinus Tacurum injuriaruu immemores Gèrent. • 
RIcb., Ht. II» cb. %u Rkher ajoute même que ce fut seulement après atoir constaté, par les diificallét 
qu*ll rencontra dès son entrée en campagne, son impuissance à triompher des Normands, que Louit 
demanda de nouteau des secours à Hugues, en lui promettant le Besain en retoar. 



23& DE MOIUBUS ET AGTIS 

Aroalfus vero^ digni interitas sui formidans ultionem , vafro stomachatus astu, dixit 
ad Luthdovicam regero : f Ingeotis formidinis pavore exterreor, et usque ad intimum 
medollarum super venturis conculior , ne forte NorthmanDi et Britones Hugoni duci 
cootra te rixanti vehementer nostrae confusioDis iDteritu cohaerentes , militari manu 
ascita iDsurgant in dos uoaDimes. Verum super hoc dabo tibi oonsilium^ ne incurramus 
venturi damni periculum. Excaeca igitur oculos Hugonis muneribus et beneGciis, ne 
possit quae feceris jure refragarL Concède illi Northmanniam a Sequana usque ad 
mare, ut valeas quae citra sunt quiète tenere. Northmanni vero taliter divisi désola- 
Ji)untur, et non contra nos ad certamina ultra excitabuntur. Sic minues et exarmaveris 
potentiam illorum , non uno soli Domino militantium. t 

APOSTROPHA (1). 

Inventer sceleris , consilil et mali, Hic vero sederit dux luculentior, 
Prorsus qùod vetitum est, fraudiset impiae, Prudens, pacifîcus, promeritus oomes, 

Cur prescire Dei consilio tuo Sanctus, religiosus, bonus et pius, 

Gestis conterere et sistere perfido ? Summus patricius, marchio providus, 

5— Ebeu ! occubuit perfidia tua : 15— Defensor patriœ , ast indignis (2) opis, 

Hujus jam sobolis promeritus pater. Solator miseris, quin viduœ et orphani ; 

Pro visu Domini purior ut foret, Cunctis omne bonum lucraque prospéra 

Fultus martjrio, testis et emicat. Effectus, populum regmine (8) congrao 

Hanc non contaminans improbitas tua Conducet, moderans legeque corrigens, 

10 — ^Torquebit simili et dilanians modo : 20 — Campi siderei ad pascua cœlica* 

79. Rex vero Luthdovicus , pravo asfutae dolositatis ingenlo usus^ misit ingeotis 
reverentix praesules ad Hugonem velocius , ut ea fide qna concatenantur senior et 
miles» venire festinaret ad se promptius. Hugo igitur Magnus, creberrimis eplsco* 
porum (a) petitionibus suppliciter coactus, profectus est contra regem ad villam^ in 
Yico juxla Compendium, quae dicitur Crux, dixitque ad regem : « Gujus rei negotio 
bue me accelerare flde et legatis praecipuis compulisti ? i Rex autem : c Ut reddas mitii 
RIcardum , quem furatus est Osmundus et perduxit ad comitem Bernardum. i Res- 
pondit Magnus Hugo : • Nisi castra quibus praeest Bernardus illi vi abstulero, nequeo 
favere uUatenus precibus tuis et voto. i Tune rex : a. Ut me» nécessitait non injurius, 
sed solator existas^ concedam tibi Ebroicacensem et Bajocacensem comitatum {b) » 

Var, — (1) Melrum monocolon, ascladeum (asclcpiadum) telrastrophon constans pedibus quatuor; 
spondeo, duobus coriambis et pirricliio. C. — (2) N.-M.-C. Indigus. D. — (S) N.-C. Regimioe. M.-D. 

(a) Lorsque le roi marcha sur Rouen , il était accompagné par des évèques : • cum quibusdam epift- 
copis Francis et Burgundiae. » Frod., Chron,, ad ann. 9àà* Le clergé prenait frayeur à la vue du grand 
nombre de païens qui débarquaient en Normandie. 

{b) Frodoard et Richer ne parlent que de Bayeux; mais nous avons vu, dans la Chronique même de 
Frodoard, qu*Êfreux, pris précédemment par Hugues, fut rendu par hii au roi. Ce dernier pouvait 
donc promeUre de nouveau cette ville, et c^est ce quMI fit ; car, peu de temps après, Hugues reprocha & 
Louis d'avoir reçu des otages des Ébrolciens, qui Bugoni $ubdit\ eranu Frod., Chron* ^ ad ann. 9&A. 



PRIMORCM NORMANNIiS BUGUM. 225 

qui» etiam a Sequana ad mare usque ut possideas. Ego ?ero qus cilra Sequanam 
80ot teoebo » et qoae meœ Yoluntatis sont ex his explebo. Simus concordes in omnl 
oegotio et oDanimesf at decet regem et dacem perpetualiter. Ego cis Sequanam 
pergeos^.Rotomagam obsidebo^ lu vero militari mana Bajocas vallans expugnato. 
Sic atteramus Nortbmannos adfenas et superbos, nosiraeqae ditioni snbjiciamas 
illos. Taliter autem mitescent et sabjugabuntur » aot exterminât! Daciaro celeres 
repedabunL • Hugo vero dox magnus , fidel , quam fecerat Bemardo , pro Ricardi 
Javamine, oblitus; quin etiam, beneficiis ac civitatibns exorbatus, pepigit cum rege 
hujus conventionb fiœdus. Qao , ut h»c facerent , determinato tempore , regreditur 
ad sua quisque. 

80. Bernardus igitur cornes» hujus conventionis gnarus» adiit Hugonem ducem 
celerius , veniensque ante conspectum ejus , dixit corde Yultuqne turbatus : c Dux 
magoe et fldissime , praecelUs usque nunc omnibus meritis et fidel tenore » sed 
mirum mihi cur ioDOcenti puero mentitus es« quod ultroneus, Christian» con- 
Juralionis fide , promistelL Oporteret te quam promisisti servare fidem illaesam , et 
Dullorum doDorum munere et beneflcio exsecrari eam. Northmanni et Britones 
noruDt quae spopondisti puero , Franciaeque principes lœtificamnt se super hoc con- 
siiio. Quid turpius bac infamla? taiique blasphemia quid obnoxius ? Tant» perfldi» 
rumor, tantiqoe maleflci docis nequitia promulgatur per tota pêne Francis civitatma 
mceola ; omnes susurrant de tanto duce et ad?ocato , quo modo deceptus est et 
mentitus muneribos et beneflcia » Gonlra istios inveclionis molimina Hugo Magiim 
respondit , ab imo cordis emittens suspirf a : • Veris purisque sermonibus quae exse- 
cutus es retoUsU » quia oblitus sacramenti , quo me defensorem et adjutorem puerl 
ultroneos promis! , terram a Sequana usque ad mare haereditario jure ab eo possi- 
deodam , dono régis, contra Jo^urandum quod tib! et !psi puero juravi (1) » recepl , 
eiqoe iotegerrimae fide! stabilitatem fec! , meque adjutorem illlus ex ea terra » que 
dira Sequanam est, pcijurans repromisi, s! eam qnam mih! dédit nunquam contra- 
dixeriL Verum » quia mirabilis ingeni! ingentisque industrie et calliditatis comes es , 
et astutus in omnibus negotiis , precor ut eruas me aliquo sophismate a blasphemia 
hujus rumoris. Decurso abhinc die sedecies , festinabimus adiré Northmanniam ego 
etrex. Ipse autem Rotomagensem urbem, ego ?ero obsidebo, ut juratum est^Bajoca- 
ccnsem. ÂlDigemns igitur Nortbmannos taliter et Britones , et redigemus ut serviant 
humiles. Quisquis vero contra nos contumax fuerit et rebellis, exterm!nat>itur ; quisqoti 
vero armis praesumpserit, occldetur. Si quid prudentiae et ingeni! habes, precor te ut 
ab hujus perjnri! noxa solvens me libères. > Gemens autem Bernardus quod aperuisset 
Hugo Magnus cor suum, dixit ad eum : • Idcirco quod tu senior benignissimuses(2), 
vel quia Ule nepos meus diiectisslmus • melius quam potero argumentabor, s! fortt 
vestrum cogitasse turbare quivero. i niico comes Bernardus consilia régis et senioris 

Var. — (4) Gonlra jura%L P. - (3) CL^A. De eontilio B« rnurdi Huf oui coniiti pro pncro RleardOb CL» 



236 DE M0R1BUS ET AGTIS 

sui, deDominatseque congressionis super Northroannos tempus expertus^recordafseque 
voluntatis sui senioris benevolenlia laetior, Silvanectis régressas, misit ad Bemardum 
Rotomagensero et Dncigenam velocius, et quae audivit ab HugODe duce maguo, etiam 
voluDlatem ejus mandavit secrelius; quin etiam ne régi obnoxius eivitatem defenderet» 
verum» choro canonicorum monaclioruinque prsparato, eum quasi ejusadventul con- 
gralulaus hilariter reciperet, et ut Hugoni magno duci terram, quam illi dédit, regem 
contradicere muUarum arguinentationum prosecutionibus cogeret. Beroardus vero 
Botomagensis , laBllor legatioue hujus consilii , quae legato disserente sécréta audivit 
Northmannis principibus ascitis intimavit. Northmanni aulem non quemquam illorum 
decipere scientes unquam Bernardum, quin etiam quod Hugonis magni dacissciret 
secretum , ejus collaudaverunt pariler consilium. 

81. Slalulo vero tempore conjurât» progressions , ascita Francigena undecunque 
potuit manu militari, venit rex in pagum qui dicitur Calcis; cœpitque infeslare génies 
et praedia incendiis (a). Hugo autero dux magnus, hujuscemodi conjuratione illectus^ 
profectus est ad Bajocacensem comitalum cum magno exercitu. Bernardus igitur 
Rotomagensis, non immemor Bernardi Silvanectensis comitis consilii, misit ad regem 
Lutlidovicum , in dolo verbis paciGcis , quatenus properaret ad eivitatem Rotôma- 
gensem cum episcopis principibusque suis , et ne amplius devastaret quae sua erant 
ferocitate tantae gentis. Rex vero, hujus legationis mandato laetus, regiminisque sui 
et bonoris profectum congralulans adaugere, subacta urbe et principibus, venit 
Rotomagensem eivitatem cum Francigenis oplimatibus , probibens reliqnos exercitas 
ne depopuiarentur terram suae ditiouis amplius. Bernardus vero, caeterique principes, 
atque clerus totius urbis occurrerunt contra eum ad portam quae dicitur (1) Bel- 
f acensium , et receperunt animosas callidilatis ingenio eum. Crastinae vero diei dilu* 
jculo (6), venit Bernardus ante conspectum régis Luthdovici, et cœpit in dolo com- 
peliare eum verbis humillimis : c Domine rex invictissime , ab olim osque nunc In- 
teger stabîlisque exstitisti fide, et coUaudabiiis in omni tuo opère (2). Nos ducem et 
advocatum perfidia Arnulfi amisimus, sed gratia Dei le regem advocatum nobis 
recuperavirous. Non curamus de proie ^ quam tibi Osmundus furatus est et abstulit : 
Dec unquam ejus servitio incumbentes militabimus ei , quia meiioris consilii est nos 
esse regaies et palatinos, quam talis comiiis satellites esse et servos. Verum , nobB 
mlrum quid audivimus et ultra credibiie supraque satis admirati sumus , quorum 
relata dldicimus quod Hugoni duci, semper contra te rixanli contumacius, con- 

Yar, — [i) A. Cootra porlam Belvacensium. D. — (3) Tempore. CL. 

. (a) Aroouid Tint d^abord en éclaireur jusqu'à Arques, y combattit un poste de Normands et ouvrit * 
ainsi le clicmin au roi. V.Frod., Chron., ad ann. 9A4 ; Rich., HUt,, liv. II, cbr à2. Wace, Roman dt Rou, 
t» I, p. 168 r se sépare ici de ses guides ordinaires et fait venir le roi par le Veiln et la forêt délions; 
mats cette diCférence ne doit être chez lui que le résultat d*uiie erreur. 

(bj Selon Guillaume de Jumiéges, ce fut pendant un repas que Bernard, qui servait le roi, lui tint ce 
ëlsooun : • Cui , inter prandeudum , jam aEStuanti sic Bernardus. ■ Liv. IV, cb. vi. 



PRIMORUM NORMANNIiC DDGUM. 9S7 

€es8lsti spatiosam terrain a Sequana maris fine tenus , et adhuc expugnat Bajoca* 
censem tellarem» et préoccupât cum magno exercitu. Parvi pretii, rex dulcissime» 
parvaeque mllitationis atque servitii » quod tibf reservastl. Yigenli millibus armatomm 
aagmentatas es inimicum toum. Qofs Conslantlnensibus et Bajocacensibus vidit for^ 
tiores in bello» prudentiores in consiiio? Si militarem manam, ul Willelmus, tenuisses» 
omniam qaippe gentiam horam consiiio et armis dominariquivisses. Nonne Willelmus, 
hujus exercitus medietate fretus, comitaote Hagone et Herberto, seorsum condoxit 
te ad regem Heinricum securus? Quis tuebitur et defensablt , proderit et praeerit 
haie quam retinulsii civitali? Bajocacenses Conslanllnpnsesque hanc custodiebant 
urbero , Francisco Angliscoque in porta eminentem. Omnium bonorum itlius terne 
affluentia aderat nobis, et eramus locupletes opibus illius telluris. Recipe ergo cIvU 
tatem, quia non babemus sumptus quibus In ea vivere possimus; daque Hugonl eam, 
quo queat rebellare contra te securius. Nos Daciam, cum omni génère nostro, prae- 
pete navigationis cursu repedabimus, et hanc, majore collecta multitudine militari « 
ut Rollo quondam, devastabimus ; nec tua, nec Ilugonis erit posterius. • llex vero, 
deceptricibus querlmoniis instigalus, precatus est Bernardum ut daret sibi consilium 
super bis rébus. Tune Bernardus: • Mitte legatum ad Hugonem ducem magnum, 
qui Bajocacensia rura ilii contradicat , et non possidere plus quam tribus noctibus , 
et dicat non tenere se ea amplius , quia maio est consiiio usus (ci). • 

82. Rex vero ililco mlsit ad Hugonem, qui diceret bujus rei sermonem, quumque 
legatus coram Hugone duce astaret, hujusque rel verba Ilii intlmaret, obstupuit, in 
unoque obtutu defixus Inquit : « Callldltas duorum principum coegil regem mandare 
taie propositum (b). • llujus igltur contradlctlonls verbo Parisius Hugo dux re- 
grediens , mislt ad regem Lutbdovicum dlcens : • Cur quod mihi spontaneus dedisti» 
ablatum est? iRespondit rex : c Tellus Northmanniae non nlsl unius senioris unquam 
tuebitur advocatione » nec débet esse divisum quod decet esse continuum. iiolio 
enlm» Daclae finibus exterminatus (1), hanc sIbi intègre vindicavlt , et non dispertita 
ab ullo postea exstlUL Gens Dacigena nescit famulari nlsl uni soll senlorL t Le- 



Var. — (i) Eitermioatis N.-GL.-C. 

(a] « Recepttts Rex Nortmannis mandat doci , ot a praeAilo ci?itaiis obsldione disoedat. • Frod., Chroti^i 
ad «nn. 9AA. « Iiiter bac, a regiis stipaloribus perenasi, Nortmanoi ad regem redeunL Dui (Hugo) auten 
Rajocenses urgebat. Rex dud obsidionem solrere per legatos jubet. • Ricb., Iîy. 11, cb. xm. 

(6) Selon Ricber, il fallut que le roi menuçM Hugues de marcber contre lui, pour que ce dernier le 
retirât, lit. Il, cb. xlil Les ravages que le duc commit sur son passage prouvent bien qu*il ne se retirait 
qn*à regret. V. Ord. Vit., liv. VI. — Hugues parti, Louis se rendit à Bajeux, où il fut bien reçu et refint 
à Êfreux, rille qu*il a?ail également promise au duc : « Rex urbem (Bujocas) con^tequenter ingreditar* 
Cnjos ad se cifibiw refoeatls, Ebrdcas petit ac nnllo resistente, regreditur. Ricb., Hy. II, cb. xui. t Ab 
Ebroioensibuf, qui Hugonl subdiU erant, obsides aooepil quos eidem dud reddere noIulL ■ Frod., Chrmu^ 
ad ann. 9Aâ* 

80 



258 os MORIBUS KT ACT19 

gilii^ aatem quae rege narrante andivli, HugonI duci dlligenler relulit. Interea 
BeniardQsSilvaDectensis aoteni, audiens inoplnatum citlsslmainque regressum H ogonfs 
éncit, soi seDiorlt, venlt ad euro citatis equis diiitque: c l)ux perseveraniis fidael»» 
q«0oiam noxialis sacramentl solutus es compede» memor sis sacramentl, quo te 
Ricardi puerl adjutorem spopondisti. • Et Hugo : • Nequibo illl auxlllari,quiaomiris 
Northmannica gens subdita est régi, i Conira Bernardus : c Praestotare àttenllus 
evenlum rei et quid futur! parlent dies venturi (i). • 

APOSTI^OPHÂ (2). 

rez, cur memor baud lui 

Istiusque patris, qui tibi profuit , 

Ciijus prœsidio coDtinuo régna tenes modo, 

Et qui multa operatu» est 
5— Pro te, et qui occubuit bostta yictiroa (3) 

Régis tiderei soii (4) quœque latent qiiœqne vigeut [5] : 

Bt quod jam genitor suus . 

Pollens veridioo perpete famine , 

Arrois exsuperans , et quod avus continuit (6) saoris , 
10 — Nunc prœjudicium facis 

Ex boc ioDOCuo adbuc puero (7), probo 

Ricardo, celebri prosapia uobiliter sato. 

Hujus Ûagitii lue 

Casus iunumeri prœpedient, ob hoc 
15— Oliro te capient, te périment fine sub ultiroo. 

8S. Intérim rex Lulhdovicus, morulans Rolomageusis urbis mœnibus, disponensque 
Northmannicarum reruro negotia ut dominus, fraudulenta fais» opinionis intentione, 
putans se esse regem Northmannorum et advocatuui, labile deducebat illlc otio 
tempus. Quadam namque die, quidam tiro Franciscae gcntis, sufficientem omnium 
rerum opulentiam Dacigenae Bernard! , quin etiam uxorem praepulchrœ speciel ut 
concederet sibi regem rogavit. Caeieri namque tirones hujus petltionis famam se- 
cretius audientes venerunt ad regem dicentes: t Domine rex. tibi f ncessanter semper 
servimns , et nullius rei sufficientia nisi cibi polnsque ditamur. Hos advenas North- 
mannos expelle abhinc et extermina, precamur, et largire nobis illorum bénéficia, 
concessis uxoribus. Nos vero hanc urbem regemus servitio tuae fldelltatis, nec de 
ci^usUbet nostrorum infidelitate nutare quiveris. i ConsUJum hujus rei nefandum 



Par. — (1) R. illi D. — (S) Apostroplia metris coHambicIs conscripta, i, e, Clicooio (gljcooioj, asoepiado 
(asclepiado ) , alcalco et a quarto loco eisdem replicatis. C. — (8) Victime, N.-M.*C.-D. — (6) N<-G. 
sds M. scU D.— ^5; N.-G.-(6J Contulit N. -(7) C. Probo puero. D. 



PRIMOnUM NOaSANNIft BUCUII. 2S9 

e&0ciea(dr Bcnrnardo el Oacigenis ; verunitaineD vicfssim consalti , cômmiserunt lllud 
ItcitarnUati (a). 

%ti. Rege vero Lathdovico Laudanum regres8o(A), novercalisqae odil ielo aNortb- 
mannii nlmlun pertaeso» turpis lironam petUioDis ambitioDe admodum tristes, me- 
dltabaotur iDierilum régis relraclando uDanimes. Ut autem regeni decipere aliqno 
sabdolo conamlne quivlssent, Northmannorum optimales rotserunt ad Haigroldam (1), 
regem Dads» nobiiioriset ditioris poleoti» milites, ut Ricardo, Wilielmi magot dods 
fiiio, soo oonsanguineot saccurrere festinaret, quiarex F^randscœ gentis toliusNortli- 
roannie mooardiiam viodicat ^2) sibi, auferens omnem honorem ptiero Ricardoefdlo 
sollicet ab ^as fiiicalis (S). Ilalgroldus Tero (ô), rex Dadae magoanlmus, obamorerti 
Ricardi, sut propiiKtui, legatos Northmannorom hoûorifice suscepft $ constrùctlstfae 
naflbos, blsqoe cibarils et miiitibus repletis, ad littora Satinas Corbonis {e), quaDIva 

Var. — (1) N.-CL.-M.-D. Harolduin. C. Algroidus. A.— (1) N.-CL. VindicabaL D. — (8) Eruloqas a 
vhiculis. N.-CL.*M. Afuiiculls. D. — (4) Quoinado Hai^ldu», rex D«dc, venit in auiilium Ricardo 
IfonmiDDbraiil doci. Gh», m^tgi». centemjh CL, 

{a) Saos Touloir garantir l*autbenUci(é de l*anecdole rapportée par le Dojen, nouscrojoos qu*ily eut 
abrs une certaine oppression des Normands par ies Français et leurs partisans. Cest ?ers ce temp»-là 
que Raoul Torta , chargé par le nri de recueillir les impôts, se montra pire i|ae les patéttt , iMijfMis 
dttiHar. V» Ouilk de Jum^ li?. IV| àtu ?i» 

{b) Noire auteur omet plusieurs f»ils qu*il est Indispensable de rappeler pour rendre IntellifHltelaavlle 
de son récit. Après la soumission apparente de Bajreux, le roi re?ini è Rouen, puis se rendit à Laoo, puis 
revint encore à Rouen où il séjourna quelque temps. Mais les incursions de Thibaut et de Bernard de 
SeiilU, qui pillèrent jusqu*au palais rojal de Laon, forcèrent Louis à quitter la Normandie. Prod., Ùhram^f 
ad ann. 9â5.— Notons, en passant, que ce n*esl pas Remard de SenIhquI luivlt lé tùu cette même àfifièê, 
au siège de Reims, comaM ôm Pa dit dans nne note sur le tloman dé Rou, t.I, p. lat. RIeber noo sp t^ l étit 
qdt If oomie qui aecon^agna Louia était un autre Bernard, Mio ikmuHto, RiaiMf« tHêt., Wié fit 
cbap. xuf • 

{c) Voir, sur ce débarquement, Guill. de Jiimiéges, liv. IV, cb. vu ; Frodoard, Ckron, ad ann. 1^5 ; 
Richer, Hitt,, li?. II, cb. iltiii ; notre àtém., p. 91. 

Satina CorbonU, Ce lieu ne nous est pas connu aujourd*bui ; car il ne peut s'agir de Corbon-en-Auge, 
village situé asseï loin de la mer. Quelques auteurs s*y sont trompés et ont placé au village de Croissan- 
ville et à Corbon le champ de bataille où Herald battit les Français. Il semble, au ooitlralre, que tette 
Sûllna Coréani» devait être située à Tembouchurc même de la Dive et sur la rive gauche de cette rivilpfv 
puisque les Français s'avaneèveut JuM|U*à la rive droite. Waœ, qui oonoalsàalt le pajra, nous diC qm 
Harald 

Soaba VaniviU« vint ê si» net muImmUI, 

Là H DÎTW Mitr« en waw, utes |»r«« de B«vr»l. 

{lUmam d4 tUu, L h p. I84i v. Mtl^n.) 

Varavllle et Bavent sont deux villages du département du Calvado*. arronditfement de Caen, canton 
deTroam, et situés presque à Temboucbure de U Dive. Nous savons, d^ailleura, que les Normands étaknt 
déjà descendus sur ce même rivage pour aller piller Chartres. 



2&0 DE MOBIBUS ET AGTIS 

rapido meatu procelloso mari se infundit, cum incredibiii lirooum inultiludine, cUios 
qaain quivit venil. Gonstantinenses aulem et Bajocaoenses, audientes àdveotoin régis 
Haigroldi , propter amorem Ricardi pueri, venerunt servire illi (a). 

85. Fama illico per Franciae climala celeriler penetravit, denuntians Inaestlroabllis 
multitudinis paganos adcsse litloribus Northmannicis. Bernardus igilar, caeteriqoe 
Rotomagenscs, fidelltateii) régis Lulhdovlci verbis simulantes, roiseruntad eum Id 
dolo, diccDtes: « QuoDiam iunumerabilis copiosa^que multitudinis pagani, primeve 
Joventutis flore nilidi, noslris finibus sunt advecti, precamur quatenus ascita manu 
militari subvenins velocius nobis , si Northmannicae regionis principata gaudere 
mavis. » Rex autem legato: « Fama nnutianie^audivi verumesse quod dicis. • Qna- 
propter rex ruthdovicus , hujus pestifers legationis relatu admonitus , concitato 
Fraucigenae gentis exercitu, venil ad Rotomagum repentinns (6],adducens secum 
Herluinum comitcm et Lantbertum fratrem ejus. Rex autem Haigroldus, régis Fran- 
cis audicns adventum, fraudulento consilio Northmannorum mandavlt venire illum 
contra se ad placitum. Régi autem Luthdovico, confidenli In mullitudine exercituum 
et ire disponentl suae damnationis ad placitum, dixit Bernardus Rotomageusis, se fl- 
delem simulans Francorum: « Gens contra quam proficisceris ad conciliandum ^ 
intern» dilectionis amore recollons, dilexit noslrum comltem Willelmum, et pro quo 
martyrizatus est intimo cordis affectu odit nimium. Lite enim Herluini comitis» North- 
manni tali duce privati, congredienlur intentione mortis in eum, si forle eum vide- 
rint. Quapropter eum noli ducere tecum, ne forte, eo cognito, nascatur utrlusque 
exercitus jurgium. » Tune quidam ex lironibus Bernardo respondisse fertur: • Num 
propter te caeterosque advenas talls cornes, ut est Herluinus, ullis latebris repositus 
abscondelur ? » Bernardus autem tacite quae agebantur considerabat, illiusque invec- 
lionls dolorem in corde pressabat. Lulhdovicus autem rexFrancigenum, movens exer- 
citum, Herluinum comltem conduxit secum , castraque metatus est citra Div» de- 
cursum. 

86. Gonstantinenses atqne Bajocacenses cum rege Haigroldo ultra Dlvae fluenta 
fixere tentoria {c), Bernardus, primo mane consurgens, veult ad regem Luthdovicum 

{a) Cette jonction des forces venues du Bessiu et mOme du Cotentin a?ec Harald indique qu*il se 
passa un certain temps entre le débarquement de ce dernier et son combat avec le roi de France. C*est 
pendant cet inienralle quMI exerça le pouvoir en Basse-Normandie , et c*est ainsi que Frodoard et Bidier 
ont pu dire de lui : • gui Baioci» prererat, yui Bajocentilms prceerat, • . . 

{b) Selon les historiens français, qui donnent tous les événements qui vont suivre comme le résultat 
d*un complot tenu très-secrel, Louis était déjà revenu à Rouen, lorsque Harald lui fit demander une en- 
trevue. • Dura rex Ludovicus moraretur Rodonis» nous dit Frodoard (CAron., ad ann.9&5). « Rbodomum 
rediit, vel veritus illlc immorari cum paucis, » dit Richer (£fisL, liv. II, cb. xlvii). Toutefois on voit, par 
ces mêmes auteurs, que le roi fut prévenu, au moins dès son arrivée è Rouen, du débarquement des 
Normands: a Nam, dum tempestivus adveniret, ab Haigroldo... arcessitus. > Ricb. , £fi>(. , liv. Il, ch. XLvn. 

{c) Guillaume de Jumiéges (liv. IV, ch. vii) dit que Tentrevue eut lieu « apud vadum qui Herluini 
Tocatur. > 



PRIMORiai ISORMANNLIi DUCUM. 2tl 

dicens : • DomiDe rex, velocius sarge , et qold agendum sit» secretias cuni (ois ri- 
-mare. Alterlos moris est gens hxc qaam Francigena , argumenlos» calliditalis nimis 
plena. • Tanc qafdam recabans intrinsecos, respondil Bemardo , rege adnuente » 
stanll forinsecus : c Pete dorroitam ciiiasy quia non curamus de talibas. » Bernardas 
Tero hujQsceoiodi verbis exasperatus» repetiil castra Rotomagensia velocius. ^tuante 
▼ero sole, hora dief terlia, cœperont DIv» alveam Gonstantinensium Bajocacen- 
slumque transire agmina. Bernardus aotem hoc Intuens» regem iterum expetilt, di- 
cens : • Supra satis rex dormltare : adhuc stude , quia gens Dncigena y transgressa 
Divae flumen, stat equestris in liltore, nescio cujus animosftatis intenlione. >Rex vero» 
minacibus verbis excitatus, surrexit oclus, comilumque et inllKum frequentia constl- 
patus, festinabat ire ad sut colloquium Inieritus, convocansque Bernardum dixit ad 
eum : c Nescio quid meus mihi praesagit ^anlmus ; placida non mihi est quiete con- 
ieutus. Aut pugnam , aut aliqnid novum exagitat mihi invadere sollicitus. t Ad h«c 
Bernardus : • Nonne prohibui multls prosecutionibus, ne cornes Herluinus hue con- 
duceretur ? t His dictis,venit ad locum, quo placitum erat disposltum. Stabat autcm 
lliic cum Gonstantinensibus et Bajocacensibus rex Haigroldus, rege Luthdovico pro- 
pius stanle cumFrancigenis ailrinsccus. Stabat autem illic Dacorum délecta juventus, 
adnixa bastis, tenensque scuta in manibus; quaBrebant occasionem, qua possent 
Francos occidere et regem. Mutuae igitur volunlatis colloquio rege Luthdovico et 
Daciae rege Haigroido coutentibus Francigenisque et Dacigenis, necnon Gonstan- 
tigenis et Bajocagenis (1) undique secus armatiscircumslantibus, cuidam millti, noto 
quondam sibi» dixit cornes Herluinus : • Gujus sospitatis^ cujusque prospcritatis, vel 
cujus facullatis , tu et origo tui generis ? • Respondit ilie : c Salubris sum incolumi- 
tatis» locupletisque feiicitatis, atque sufficientis ubertatis. • Gonstantinenses vero et 
Bajocacenses cœperuut ab interrogato inqulrere quisnam essel, qui de comroodis su» 
prosperitatis tam familiariter sciscitaretur. Respondit ille iuquirentibus: • Flerluinus, 
itfonasterioli castri cornes prxcipuus. • Gonstantinenses autem dixerunt Bajocacen- 
sibus: «Nonne hic, cujus jurgio vel pro quo decepius est et martyrisatus noster 
senior Willelmus» marchio duxque honestissimus (2)? Eruetume hic infestus nostris 
manibus? • His dictis, commoto murmure incompescibili, torqueunt arma omnes 
Dacigenae, furiis stomachati , tantique domini morte felle xstuanle bacchati, occa- 
sione capta, invadunt Herluinum comitem, cl perimunt impertcrriti (a), Francigen» 

For. — (1 ) Baiocacifcenis. C. — (2) De Heriuino iotercmpto qui WUlelmum ducem Normanni« inte* 
remit. Glot, margin, eontemp, CL. 

(a) Guillaume de Jumiéges raconte un peu diOTéremment la mort de Hélouin, qu*un Normand aurait 
TecoQOU et tué pour venger rasaa»inai de Guillaume-Longue-É)»ée, dont le comte de Ifontreuil n*a«ait 
été que la cause indirecte. Il est plus prt^bable que le guu\eriiemeiil de Rouen, rt^niis par le roi aux maint 
deBéloain, Ait la vraie cause de rindignalion des Normands.— Constatons d*ailleiirs que ce bit, 
Men qu^il soit omis par Frodoard, ne peut être contesté. A partir de 9i&5, IT^louin ne paraît plus dana 
l*kittoire, et, en 9A7, on ?oit Ifontreuil entre \es maioa de son fib Boger. Frod.» Ckron,, ad aon* 9A7. 



tll2 BB M0RIBU9 ET ACT19 

aatem » cupientcs comitem HerluiDum ulcisci seque armis iueri , iMOUfvflt sgper e€s 
iotrepidL C»jas occasiODis doloi pralii certamine atrocUer inilo, Frattd^Mis tam- 
ceisque pugnando confraclis» obloctabantur fortiler mucronlbos extracfis. Tandén 
nultifluo pestiferoque Gonslantinensiom et BnJocaceDsiam neciion paganôrmn ccBHi 
bine iude vallati , jagulabantur dilacerali slcut bklentes a \up\9. Sic Bortifefi» p«r 
prsIiuiD iinpulsu congressi, bis novem comiles nobilissini pnsoccupaDtdr morte « 
ssviente Marte dilapsi » ex parte régis Lutbdovici ; nec erai alla spes fit^e rel fugfe 
residuis. Rex vero Lutiidovicus , prassidio Francorum cernens se desolatom, expef- 
tusque praelii periculam,fugœtardaDtisexpetebalauxillam. Rex quippe HaigroldiMy 
prospicieDs abesse regem Laihdovicum , volucrl sonipede agmen secaos mtiÊnm , 
citato cursu persequebatur eum (i). Rex autem Luthdovkus bac illacqae fiEigiUi>at, 
quia freni a capite equi deiapsi habenas manibus solimmodo teoebat BaigfoldiB 
autem rex Lutbdovicum taliter impeditum mox expeilit^et pcr capulam MgeUMû 
ensem teneos» vagioa cava a latere diripit, militibusqvè sais, ue elaberttor bere 
occideretur ^ eum commendavit (<»). f pse vero caplo rege congratolans, aâ pMMl 
campum concltus remeafit» et adhtic armis Francos se toentes ad lilCerÉecionett 
usque prostravit» atque Franciscae gentis laceroa plagis Orcodetmslt^ Noftlimattiif véfùf, 
Victoria armisque et spoliis potiti, prsliique campûm lostranteasecoli, adMmaiitfMi 
detulerunt exanimes suae geiHls. 

APosxaoMA (2). 

Digne pro meritis duois futori» 
Ricardi celebrts , bonique justi » 
Pulgentis pueri , iudolisque sacrsd , 
Vesfrà proque fldeli(a(e« qua nttnc 
5— Bellando patrram ternetid iftftfm , 

NdHhmftntii, o prœeres satrt p<y1^ilfês 
In cortMuine prelii «t irhimpbo i 
Canii et consilio probique cadcto , 
Servantes stabili tenore pacem , 
10 — Et sacre Hdei petitionem, 

Nunc salvete, valete, avete semper, 
Et vos , et soboles , sacri et nepotes , 
Omnis progenies sacratœ stirpis , 
Septante ]ue tocam quietis àpf om , 

Var, — (i) te Lodowyco, rege Francorum, ab Haigroido, rege Dacoruni, eaptow CL. — (S) M. MetruM 
rarUulium endecasillabum, eonslaus spondeo, dactilo et tribas trocbeia. C 

{il) Selon Bic'ier, le roi faillit seulement être (ris: « Cojus (régis) satellites alios sauciaas, atieé liiM^ 
rimens, regem in fugani coegît ( Haigroldus ) ; et forte cepisset, nbi ab ejus armigero resisMMe» M 
jooi interfrcto, aliqtiaDt'sper deteiAus esst t. • Ut« II , rb. iltii. 



PfimORUII ^ORMA^iNliB DUCtM* 3ftS 

l§-"Post artiM lttgobf»m •olationem , 

In sniniBoqae t>oso hotî refecti 

Sortis prospéra, bis dumlts. ac bis (1) . 

C<im ssoctis capistis aggregaii , 

Regnum qui patriœ tenetis hujus, 
80 — Vis virtute poteotis et tenacis, 

Ricardi pueri in fidelitate. 

87. Interea rex Lathdovicus custodum, spolionim cupidilate deceptonioi, manibuf 
e?a3ll, et hac illacqae fogilans, alipedis equl corsu errabat ioani (2). Quem quidam 
Rotomagensis miles ioermem hoc illucque fluctuantem conspiciens aggreditor , et 
eum proprio nomine compellans asperis verbis affatur: c Qoorsum , rex Luthdovicei 
tendis? quove tenes desolatos lier? Non nostris elabcris fioibas, quos injuste inva- 
deos te stulte frrepsisti. • His dictis , torquens cambitorem equum et Irruens super 
regem Luthdovicum, per habeoas freni cepit eum atque vl compellebat equitare 
secum. Rex anlem, omnibus armfs prfvalus, nec erul polens a teoentis manibus, dlxit 
ad illum mœstisslmos : t Quis es, vel quo me iturum esse contorques? • Respondil : 
f Rotomagensis et illuc te ducam , nec tus potestatis uilatenus deinceps eris. • Rex 
autem dlffidens sui , mœstusque neccssilate imminentis periculi , dixit ad vioientum 
captorem sui : • Miserere , precor , miserere mei , et erue me per luam pletatem de 
manibus quaerentium animam meam , et insidiatorum mihi. Restitue me Monti*Lau- 
duno , ut queam glorfari et gaudere Francisco imperio. Nulla gloria quaerelur sine 
te mihi ; omnisque facultas et honor^ qui meus fuerit, tibi eriL Regem te super me 
si volueris constituam ; si non , dlmidium regni concedam. Rerum verborumque flat 
maxima iides inter me et te » sacramento colligationis christians. • Haec repeteus 
rex crebrius , et exorans eum lacrymis, promit de equo ad pcdes se duceniis. Tune 
miles, percussus mente (3) lugubri gemitu régis, coactusque petilionibus muliimodis, 
lacrymis itafatur obortis : « Promissionum tuarum fac milii fidem; ego conducam te 
Lauduno salvum et incolumem. t Yoluntarie vero pacta factaque flde , cœpit miles 
regem conducere, relicto recti itineris calle. Interea Rotomagensis Bernardus» erep- 
tlone régis moestissimus, misit concite legatos, ne transiret rex Luthdovicus ad omnes 
Sequanae portus. Ipse vero citius quam poluil, tardum regem anlevolans prscessit» 
et Rotomagum praepetibus equis cura suis militibus acccleravit» et qui regem perqui- 
rerent fidissimos exploratores ad omnc's fines regionis iiiius {li) misit. Miles vero» 
qui regem liberare conabatur, domi ne forte inveniretur retinere illum noluil, sed 
nocto In Sequans Insula reposuit, cupicns conducere eum ad Laudunum, explora- 
torlbos fatigatis et reversis. Exploratores igilur, scientes quod ab illo milite habe- 
retur rex Luthdovicus , venerunt ad domum ejns ; et acciplentes uxorem, filiosque et 



Var. — («) Bisdualii» ac b», scilicel octave. N.-G.— (3) N.-CL.-C.-A. Iiiaiiis. M.-I). -..3; .\.-A.-IU 
PercuMus lugubrit. M.-D. —(6) R. Exploralorn misit. D. 



2/i/il: . DE MOBIBUS ET AQTIS 

filiaSy equos et eqiias, oves el boves» omnemqae supeliectilem ejus duxerant a<t 
Rolomag;ara Beroardo citius. Miles autein sciens Duilatenas posse abscondi amplim 
regem, venit quantocius ad Bernardum Rotomagensero » et provolutos ad pedes ejus, 
deprecabatur ut recipiens regem redderet suam sibi uxorem. Bernardus vero, solita 
tetior, recipiens moestum captumque regem^ reddidit ei suam uxorem (a). 

88. Misit igitur ad SilvaDeclensem Bernardum, et mandavit ei optatum régis 
eventum. Bernardus vero cornes, hilaris et laetus, consurgens illico noctu, ad Hugo* 
nem venit ducem magnum Parisius, qui dixitei: • Audisti, domine, ventilante fama 
alicujus rei novitatem ? • Respondit : • NulHus. * Et ille : c Pro certo comperlas^ 
Haigroldum, regem Dacorum, propter Ricardum nepotem meum, suumque propfu- 
quuin, bellasse contra regem Luthdovicum, et, in ipso certamine, quater quatenios 
comités peremptos (6) , et MonasterioU castri comitem Herluinuni et fratrem ejus 
Lambertum, quin etiam, potestatis caede asperrima Francigenis, regem ipsoram 
fugatum et captum , et adhuc Rotomagensi urbe sub custodia Dacigenae Bernard! 
mancipatum. > Hugo autem, dux magnus, super quod dicebatur stupens, dfxit: 
c Modo régi quod merelur accidit , atque comiti Herluino quod digne decuit , caete* 
risque consiliarîis quod oportebat pati. Willetmus namque dux Northmannorum pra 
régis fidelitate, et Francorum, proque quod Herluino pridem ablatum reddidit 
MonasterioU castrum, martyrizatus occubuit: et rex, quem decuisset exsecrabile 
scelus et inauditum ulcisci, consilio Herluini et Arnulfi perfidi, fllium ejus sub cus- 
todia tenuit 9 et terram haereditariam ilii sibi injuste vindicavit. Supemi régis arbitrlo 
condignam lalioncm patitur rcx Lutbdovicus pro Willelmi ducis filio , nepote tuo ^ 
quem captum tenuit , proque terra quam sibi usurpavit. Majoris namque consilli 
quam caelerae gentes sunt Northmanni, qui regem Luthdovicum subegerunt astu tam 
pervicaci. » Tune Bernardus : • Domine, mémento quae mibi meoque nepoti spopon- 
disti ; et, ut decet te, juva et succurre illi. » Dux vero respondet : « Antequam liber 

(a) Selon Btcber, le roi rerint à Rouen el y fut pris : « Rex, equi ?elodtate per devîa raptus, Rho-^ 
domum solus perveoit, urbemque ingressuf, a ci?ibuf, eoquod cum BajocensibuK conspirassent, captas ac 
tentus est. » Lib. II, cbap. xlvii. Froduard se r^ipproche un peu plus du récit de Dudon : « Rex solus ftiffam 
inciit, prosequente se quodam Nortmanno sibi fideli, cuin qoo, Rodomum reniens, comprehensus est abalib 
Nortmannis quos sibi Gdeles esse putabat et sub custodia detentus. > Chron,, ad ann. 9A5. On retroufe, 
dans celle version, le Normand fidèle ou à peu près dont parle notre auteur. Ajoutons que le récit de 
Dudon parait le plus conrorme à la vérité. Il n*est pas probable que le roi, trahi sur les bords de la Dife#. 
n*ait pas aperçu la complicité des Rouennais et se soit ainsi livré à eux. 

Nous pouvons indiquer d^une façon as^z précise la date de cet événement. Prodoard ( Hùu eecL Rem^. 
lib. IV, cap. XXXI ] nous dit que le roi fbt pris peu après la le\éc d*un siège de Reims, que nous saYont 
avoir eu lieu vers lu St-Jean de Tannée 965. V. Frod., Chron.t ad ann. 9à5. C*est donc vers le mois de 
juillet que Louis fut fait piisonnier par les Normands. 

(b) Quater quaternos , seize comtes. Plus haut et plus bas , Dudon nous donne un nombre différent , 
bit novem, dix-!iuit, Wuce a adopté ce dernier chiffre. Rom. de Rou , t. I, p. 188. La différence pro^ 
Ylent de ce qu^ici notre auteur compte à part Hélouin et Lambert* 



l^RIMORUII NORMANNLfi DUCUIf. 2&& 

a cuslodix impedimenlo reddalur, regnoqne Fraocisci impcrii sublimetur rex Luth* 
dovicus, terra Norlhmanuicae regionis quieta et solida, et ab cpiscopis comitibusque 
et abbatibus sacramento vcrae fidei Ricardo tuo nepoti sancita el inconvuise auclo- 
rizata, tenebitiir (a), t 

loleriin lucluosa fama ad aures Gerbergae i^egiuae perlabitur, et quod captus esset 
rex, bisque Dovem comités ioterempti, caeterique fugati, enucleatur. Regina veto, 
lugubres régis, sui conjugis, suorumque incessanter casus deflens, animumque suum 
taoti infortuDii anxietate atrociter conlorquens, uulluiuque salubre sibi coDsilium 
iode in tota Francia repericns, misit ad patrein suum Transriienanum regem Heln- 
ricum (1) et ad Othoncm (2) fralreni suum , flore pubertatis nitidum, maudans plo- 
rabile sui detrimenti negotium, ut adscito miliiaris manus exercitu obsideret Roto- 
magum, redempturus vi et potcstate suum seniorem regem Lulhdovicum. Heiuricus 
autem rex Gerbergae regin», filiae suae, non se venlurum remandat ob obsidionem ad 
Rotomagum, quia merito et digne alque uUione Dei rex Luthdovicus acquisilum 
praejudicio patiebatur hune casum ; quia filium Willclmi ducis, qui« pro fidelHate 
sua, Arnulfi perfidia occubuit, captum in custodia tenuit, totamque regionem Nortb- 
roannicam, quam suus avus prsiiis acquisivit, sibi injuste vindicavit {b). 

luterea rex Haigroldus Norihmannos Pagenscsque omnes ad fidelitatem RIcardi 
pueri vicisstm consolidabat ; jura, legesque et staiuta Rollonis ducis tenere per 
omnia cogebat« Urbes et castella munire firmiter satagebat, ne forte fortuna vices 
suas adversa (3) verteret 

APOSTROPHA (6). 

piut, prudens, Ix)dus, et modestuF, 
Fortis, et constans, sapiensque, justus, 
Dives, insignis, locuplesque, solers, 

Rex Haygrolde (ô) ; 
5 — Quaaivis haud (C) sis chrismate delibutus , 
Et sacro baptismale non renatus, 
En vale, salveque, et aveto sempcr 

lu Deitate ; 

Var. - (i) N.-CL,-M.-A.-D. Henricum. C. — (J) N.-CL.-M.-A..C. Olhonem. D. — (8) Advenare. 
n.-— (A) Metrum sapilicum endicasillabum , constans trocbco , spondeo et daclilo el duobus crocheis 
( trocbeis ). C. — (5) Harolde. C. — (6) N.-G. aut. M. baut D. 

(a) Ricber nous raconte que Hugues ?lnt à Rayeui remercier tes Normands : « Hugo dui , rq;eai 
lUiodomi rapinm comperiens, Rajocas devcnil, pro régis captlone gralias rcddilurus, uc ut tib\ 
conneclaotur , ratiocinalurus. » ,'Liv. II, ch. ilviii. Frodoard garde le silence sur ce fiiit, qui n*est ex* 
plicable que par la présence de Haratd à Rayeui. Hugues aura pu vouloir s^adresser à l*auteur principal 
des événements qui venaient d*être accomplis. 

(6) Les bihtoriens français ne rapportent pas ces événements de la môme manière que notre auteur ; 
mais ce qui est certain, c*est que le prince Olbon ne cbercba point à délivrer son beau-frère par la force. 

31 



^46 DE ttOftfBOS fcî ACTIft 

Qui, Ricard u m 'percelttbrem ttiendo. 
10*— Rege capto, FrancigeDÎsque strttis, 

Prœlio certaminis et peracto 
Vindice dextra, 

Regui habcoas nunc modéras (l) poteoter. 

Et ligas cunctos fîdei tenore , 
15 — Servientes ut famulentur omnes 
Ecce Ricardo , 

iDDoœnti , perpete (2) pusioni , 

Nobili de prosapiaque creto, 

Âique ûorenti meritis. et aevo, 
20 — Ubere et almo. 

89. Gerberga vero regina , paterno fraternoque patrocinio penilus desolaia , (an- 
tique anxielalis delrimentum perpessa, nulliusque solaniinis spe subnixa, quin etiam 
Umens perdere régna ^ aotistitum consilio, petiit Hugonis magni ducis suffragia. 
Qoam Hugo dux magous et episcopos cum illa comitalos revereuter suscepit, cl, 
quae oecessaria erant lionorifice distribucns, secuui diebus multis detinuit. Intérim 
auteni misit Silvanectensem comitcm Bernardum ad Rotomagensem militem Ber- 
nardum , ut convocatis optiinatibus Northinannici consilii , properaret contra se ad 
Sanctum Clerum. Qui jussa cilius dicto adimplentes, venerunt contra Hugonem ma- 
gnum ducem , praeeunle Bernardo , ad praedictum locum festlnanter. Tune dux ma- 
gnus et episcopi dixerunt Northmannis : • Reddile noslrum nobis seniorem Luthdo- 
vicum regem. » At illi : • Non reddetur, verum tenebitur. • Tune roagnus Hugo : 
f Vobis autem dabimus filium ejus et duos episcopos, tironesque domus sus quos 
quoique volueritis pro eo, ut Francigenae praesules comitesque, et principes aiquc 
abbates veniant contra vos ad praefiniti temporis placitum , ut sacramento integrae 
versque fidei terram Norlhmannicae regionis auctorizent et corroborent atqne san- 
clant omnes Ricardo et posleris suis in perpetunm. » Hoc namque consilium Nortli- 
mannorum principes collaudantes, et in Hugonis magni duels fide spem totius fiduci» 
babentes, reddidcrunl regem, filium ejus, duosque episcopos, Hildierum fieivacensem 
et Cuidoncm Suessionensom , et quamplurimos milites pro eo recipientes (a\ Hugo 
vero raagnus deduxit regem ad sua, ut congratularetur cum suis et uxore sua (b), 

Par.— (1) Moderans. N.-M.-C. —(2) N.-M.-C. Prope (e. D. 

(a) Les Normands demandèrent d'abord les deux fils du roi, et Hugues ne les leur aurait pas refusés 
si la reine Gerberge eût foulu consentir à les donner ; mais elle ne livra que son second fils, Charles, qui 
mourut à Rouen. Y. Witicbind, Ann,, ad ann. 9A5, ap. Dom Bouq. , VllI , SIS, E. — Frodoard et 
Riclier ne parlent que de Pévéque Gui, c iuter omnes potissimum; » il était fils de Foulques , comte 
d*Anjou. Mais cela ne doit pas , on le voit bien , faire rejeter la version de Dudon. 

{b) Dudon semble n*avoir pas osé parler de lu conduite de Hugues à ce moment. Richer ne Ta point 
disiimulée : « Rex itaqne dimissus, quum a duce in sua deduci pularetur, ab eodem detentus est, ac 
Teutboido Turonico cuslodiendns deputatur. » Liv. Il , ch. xlviii. 



90. Slalulo vero defioili (crroini tompore , ascila iniiUari manu cum praesullbus 
Francis, venil rex super fluvium Epis cootra Northniannos , cum magno duce Hu- 
gone, licelque filius suus , quem pro se dederai » essel Rotomagensi urbe mortuns , 
mauibus supra pbylacteria reliquiaroin posills, pr opriis verbis fecil securitatem regni 
Ricardo puero (1), quod suus avus Rollo vl ac potestale, amiis et prxliis sibi acqui- 
sivit (a). Ipse etomnes episcopi, comités et abbates reverendi, principesque Francien 
regni Ricardo puero innoccnli , ut teneat et possideal , et nullis nisi Dco servitium 
ipse cl successio ejus reddat (2); et si qui, perversae invasionis rixatione, contra eum 
congrediy vel alicujus rixationis congressione invadere regnum maluerit, fidissimus 
adjutor in omni advcrsae inopporlunilatis necessitate per omnfei exstiteriL His laliter 
legitimae defmltionis facundia determinatis, rege Luthdovico astanle, Hugoneque 
magno duce et suis., proceses Britonom et optimales Northmanni Ricardo , poero 
inelbJUlis probitalis y. vice cordîs maoibus itbeutissime dalis, sacramento fidissinue 
cliristlan» securitatis» fecerunt iterum fidem oiilitalionis, auxiliique et serviiii. Tune 
Nortbioannici et Britones Ricardum , lanli honoris » lanteque digBitatis lantœqM 
speciei pueruiiè. adduxerunt nimium gaudentes Rotoinaguoi. Quum aulem utriusque 
scxusr seoes juvenesque, pueri et infantes, urièe territorioque ipslus pagi comme- 
raotes, comperissent q^uod Ricardus desideratas visionis puer acceleraret, frendcute 
vulgQ passion prae gaudi^, irruenteque profusius super plebem piebe» pro récupérât» 
saluiis soialio , complimente feriter turbis innumerabilibus exaggeralis populum 
populo , festinabant currere ; licet non valerent » muliue coacervataeque oppressioois 
praepedili obstaculo^ obviam ire almifluafr melii/luaeq^ue ionocenti» puero. Cierus 
toiitts regioniSji rébus monasticis praeparatis • vix propter impetum tumultuoss mul* 
titudifiis extra suburbaia Rolomagensis urbis exsiliit, collaudansque Deum pro red*» 
dlvaB tripudio proiis» ferensque corpora Sanctorum in feretris, deduxit eum ad altace 
usquc sanglai Dei Genitricis. 

APOSTROPHA (3). 

Urba luculeota, roicaus milite sacro, 
Cunctorumque honorum ubere plena, 
Traiiquillo resideiis effera porta , 
Rotoinage (4) , cape perpete lœta 

Knr.— (i) R. Rcgiii quoi. D*-*(S) Nota fjfl* marg, N. De Normamiia Ricardo paer» a Lodovioa 
coooeata, uLcaot de aolo Deo Itiieat. CL.-» (S^ Bltttram dadilicum letranelruin, kabens in niedi# cBt»> 
IccUNi. G.-*- (A) N.-M.-C. Rolomage. M. 

(a) On était allé cherclier Ridiard à Senlis, où il était rei4é jusque-là. V. Guillaume de Jumiéges» 
liv. IV, cil. u. — Wace fait aaii^ter le roi Ilarald à celte entrevue, qu*il place, on ne sait pourq.uoi, à 
(ierberoi. Roman de liou^ t. I , p. 193. — Cette nouvelle reconnaissance de la souveraineté des ducs nor- 
mands dut avoir lieu pendant que Louis était encore au pouvoir de Hugues, c'est-à-dire vers la lin de 
raniiéc H5 ou au conimencement de 9i0. 



^kS DE MORIBIS ET AGTIS 

5 — Divino reducem nectare plénum , 

Patriciumque ducem jure potentem ; 

Mirificus quoniarn hic almtfîcusque , 

Melltfluus pariter dux, cornes, atque 

Patricius tibi erit, marchio coDstans , 
10 — Et cujus famam olim redoleatem 

Aggere propenso sat probitatum 

Quatuor agnoscent climata cosmi, 

Sanctior exstiterit nemo quod ipso, 

In facto, dicto, quin meditatn, 
I5~Exstat nam in tribus bis suroraa negoti. 

91. Iliico satellitibas constipatus prudentissiinis et praeclaris, cœpit prsdignis booa 
operatlonis coruscare divinitus faclis. JLmula virtutum proponebat larglflue praemia 
CQDclis, monachosque et clericos, atque laicos cogebat Incombere famolatibus dfvinis. 
Moribus aotem et meritis splendide fulgebat opimis Justisque cleruin ac popalum stre- 
nue moderabat habenis. Viodex autem erat severos scelerum» largifluusque dispen- 
sator bonorum. Sylvestres namque dapes ingens diversarum ferarum copia minfstrabat 
iill, quia, post legltimam judicii justitiaeque discusslonem, tradebat se venatui. Me- 
ritis mactus successibus crescebat adolescens , pullulantium virtutam exaggeratione 
vitia abolens. Tendebat solers sequaxque perfectionis ad summum bonitatiSi ut quiret 
gratulari futurae requiei tempore cum sanctis. 

92. Eo namque tempore erat quidam Rodulfus (1), cuJus agnomen (2) Torta 
vocabatur, qui totius Northmanniae honorem , post moriem Willelmi, altius csteris 
comparibus sibi vindicabat, et res dominici juris indecenter sibi usurpabat« Distribuebat 
nnoquoque die Ricardo decenti puero cum suis tironibus diaria propensa denariis 
bis ter tribus (a}. Affligebanturque ejus domigenae penuria constricti nequiter et 
famé. Quapropter Ricardus, industris scienliae ephebus, ascitis regionis Northmanniae 
principibus^ quid de inopia modicae distributionis ageret, ab eis sciscitatur. Principes 
veroy quia llli sacramento verae lidei colligati, et aliquantuli beneficiis ejus munifi- 
cati, nuhtiaverunt Rodulfo agnomine Tortae anlipositatem irascentis senioris. Ille 
autem commilitones suos remisit ad Ricardum, sagacissimae probitatis puerum, de- 
prccans ut liceret venire se ante illum, et expiare se bis quibus oflTenderat eum. 
Tune memorialis puer, expensis illorum petitionibus, respondisse fertur : c Scitis 
meum avum hanc urbem praelils vindicasse sibi. • Responderunt: • Scimus. • Et ille: 
« Meusne pater sorte haereditaria hanc urbem tenuit? Nonne post avi patrisquenecem 
possidere jure haereditario debeo ? Videte si pater ejus^ aut avus, aut proavus, hanc 

Var, — (1) N.-CL.-M.-C.-A. Radulpbus Torta. Glot, margin, N. — (3) Agnomento Torta. M.^A. 

(a) Guillaume de Jumiéges réduit le nombre des deniers à douxe ; mais cette différence pourrait bien 
ne provenir que d*uue faute de copiste. V. Hv. III, cb. n. Wacc a adopté la leçon de Dudon. (V. Roman 
de Rout t. I, p. 195.) 



PRIMORUM KORMANNIiB DDCUM. 2&9 

urbem ut tenel teouit ; et riniaminl cujas est praBjudiciom, meum an suum. • Illis 
aatem super talibus dictis slupentibus, subiniulisse caute dicitur: • Si oostram gra- 
tiam vult promereri ullatenus, exeat a civitale quantocius ipse et ouinis familia ejus ; 
et moretur in villa uno mllliaiio ab urbe segregalus, dooec legatos soos mihi lufttat, 
et quid illi remaudavero audiat. Quod si floccipenderit nostrae praeceplionis codsI* 
Uum, nos abdicabimus omnimodis eum , et mittemus ad Francigenas , ut super hoc 
Degotio dent nobis salubre consilium. • Illi vero quae audierant Rodulfo Torts re- 
nuntiaveruDt. Ille vero, egressione sua suorumque putans placari senlorem suum, 
quin etiam formidans superventurum Francises gentis exercitum , digrediens cum 
omni familia a civilate , moratus est in pratis rusticorum. Intérim Ricardus, tanls 
fndustris puer, conflrmat sibi sacramento vers /idei devios milites , sanciens vinculo 
fideiitatis etiam totius urbis concives. Insecuta namque die, Kodulfus Torta plures 
commilitonum ad tants misit modestis puerum, ut permitteret se ad judicandum et 
ad Justificandum venire ante illum, recipiendo pignus ofTensionis debitum. Tune 
puerprscautusarguts mentis animositaiecommolus: « Scilis, inquit, quia inauditum 
prsjudicium mihi olim fecil ? • Responderunt : u Scimus. i — • Nonne temeritate 
sus audacis adliuc facit ? Prata rusticorum meorum fatcibus tondit, equis depascit, 
calcibus conterit, vaccas et arietcs , tauros et porcos occidit et comedit. Si non dis* 
cesserit a nostris finibus exterminatus, incurrct debitum periculum velocius. Quod 
suasistis usque rnodo^ illi et adhuc suadetis : scd nequaquam illi proderit. t Illi autem^ 
super talibus dictis admirantes , ceciderunl in faciem suam, dicentes : c Domine , 
precamur ne irascatur neve dessviat in nos furor tuus ; quia tui per omnia fidèles 
sumus, nec illi unquam adhsrebimus. • Illi autem discedentes, qus audierunt Rodulfo 
Torts renuntiaverunL Ille vero , diffidens sui, prata celeriter deseruit» et cum omni 
familia concite Parisius venlt Videns autem filius ejus , qui erat Parisiacs urbis epls- 
copus , repentinum advcnturo ejus» diriguit; imoque trabens a pectore susplria^ 
dixit: < Cur, pater, cum omni ulriusque sexus familia hue accelerasii? t Ille vero 
detrimenti sui episcopo casum, atque calamilosum infortunii sui retuiit periculum. 
Episcopus et pater ejus misit et remisit legatos ad tants fortitudinis puerum, sed 
non profuit illis in prosperum. Videntes autem seniores Norlhmannis quod tam pru- 
dentcr exterminasset principem militis, timuerunt illum valde (a). 

93. Quum autem insignibus tantisqne refnigcret indiciis prssentis fuiursque bons 
operalionis, Galliaqne commoraniium mentes tanti tnmque sagacis percelleret fama 

(a) Dudon a ôlé eiLtréroemenl discret en ce qui concerne Raoul Torta. Guillaume de Jumléges nous 
donne heureusement quelques détails, conservés tans doute è Jumiéges, dont Raoul Torta avait ach'eté 
de détruire les bûtimenls ruinés. Arpès sYtre soumis au roi en 9^3 , ce Normand parait avoir reçu en 
retour l^administration du pays de Rouen. Il eiierçait à peu pK-s les Tonctions du baillistre féodal. 
V. Gain, de Jum., liv. IV, cli. ix. Son expulsion était la suite obligée du triomphe des Normands restés 
fidèles. — M. Le Prévost suppose que Péfèqae de Paris, fils de Raoul Torta , s'appelait Gamier et fut 
chancelier de Hugues-ie-Grand. (V. Notée $ur le Roman de Rou, t. I, p. 197.; 



S5l> WL M0R1BI]8 ST AGTiiS 

adoiesceoUs» atque riUilaDS copiosts qualeruarum virtutum profusius încreinenlis • 
regQum NorlhmanQîae nulli subacLus nisi Deo dîspoiieiis ut rex , inoderarei judicio 
îusli regiminis» Hugo dux maguus, ceriiens eum vigoralum et praecellcnlein in ouh 
iiibus faclis, laandavlt ad se ?enire comiiem Bernardum, coinmoraniem urbe SUva^ 
neclensi, ascUo pariter Bernardo RolomageosL Quibus ait: • Plurimoruni insidiato* 
ruin Ricardi adolescenlis comitis iegatos habai» qui relractaot et conantur terram 
Nortbmannic» regionis invadere coiigressioiie hoslili. Ricardus nec regl oec dtici 
militai, nec ulli nisi Deo ol>sequi prsslat. Tenel siculi rex luonarcbiaui NocUinaa-' 
nicae regionis, et non habet aniicos sibi connexos inextricabili foMlere adjutorit el 
aocletalis. Aruulfi comitis pcrfidia paier iitius occubuit; videte ne perûdo c;|u$deni 
calUdilalis iivore decipiatur. Rex autem, non iiumemor anle makuruoi , aDimoutatem 
sui detrimenli et caplionis adiiuc ruminât, et quaerens interftnin vestras perditioniB , 
ilUus rei dolo plurimos sibi associât Quaerite ergo salQl>re vobb consiliom* uC, securi 
tasidiarum et deceptionum, non (1) (imealis fatalem mundan» ?arietatis eventunu » 
Hoc autem dux Hugo Magnus propinabat proposilo cauts iotenlionis cupiens et de« 
siderans fiiiam suam conjungere Ricardo duci copula fœderis connubialis» Tmc 
uterque Bernardos : f Nescimus , Domine , super hoc rimari consiliun ; sed Uia 
pietate da prosperum hujus invecQonis solatium. Hucosque , tuo consilio prospéra , 
recti itinerls callem tenentcs gradimur, abbinc obliqoi itiserh ambages penitus 
abdicantes ; te duce et (2) advocato , qnin etiam consiliario» salfa fide quam Ricardo 
comiti fecinius {a), gradiemur. t Hugo vero secreii sui bencvoluoi cœpit paulatbn 
pandere propositum : • Requiststis adbuc Ricardo duci Northmannorum uxorem vo- 
luptuoss humanilati el dignitati ejus congrnam et habileoi ? > Responderunt : § Ne-* 
quaquam. • El ille: • Quorsum intenlionem vestri consilil verlitis, ?el ci^uslibet 
ftliam illi Yindicando subjugabitis? • Bernardus vero Sllvanectensis» affectuosa taliura 
propositionum inductione animadvertcns inlentionem sui senloris , respondit prolo<^ 
quio argumentos» mentis: • Domine, ignoramus cujus, nisi tuam. > Hugo vero 
Magoos , inteliigens animadvertisse ulrumquc afTectum voluntatis suse , aperta cordis 
soi inientione dicitur respondisse : • Non est quippe mos Francis ut quislibet pria- 
ceps duxve, constipatus abundaniius ianto niiiite, perseveret cuactis diebus taiiter io 
dominio dilionis suae , ut non, aut famulatu voluntatis suas aut coactus vi et potestate, 
iiicuml>at acclivius imperatori, vel régi ducive : et si forte perseveraverit ia temeri- 
tate audaciœ suae , ut non famularetur alicui volenter praecopiosa ubertate sufficien- 
liae suae ; soient ei rixae dissensionesque aique casus innumeral)ilis détriment! saepis- 
sime accidere. Quapropter si piacuisset Ricardo duci , tuo nepoti, seipsum flectere ut 
uiilitaret mlhi, vestro salubcrrimo consilio, sponte ûliam meam counubio illi jungerem 

Var. — (1) N. Ne. B.-D. — (2) N. Te duce advocato. D. 

(a) iialva fide. Sauve la foi au duc. C*cst la réserve que la Coulume apporta à tout hommage de 
\assnl à suzerain. 



PRIMORLM \ORIfANM.E DCCIM. 251 

et terrae, quam bsreditario Jure possidet, continuas defensor et adjutor contra omnes 
adessem. t Tuùc cornes Silvanectensis Bernardus dhisse fertur : • Quoniam quidem 
Ricardum adolescenteui ducem, meum nepotem , caplum pridcra lenuit, omuesque 
I^orthmannos perfidus (1) rex Lulhdovicus perdere voiuit, uieliusopto, si filiam luaui 
dederis uxorem iili, ut miiitel tibi quam doloso régi. » Dedil ilaque Hugo dux oia- 
gnus Ricardo nobiiissiroo adoiescenti filiam suam firroamenlo sacramenli; non lamen 
statuta lege fescenninaB coemptionis» verum denominato juraloque lermino conneiio- 
Dis coDDUbialis (a). 

96. Quum autem bujus veridic» relationis fama régis Lutlidovici aures cordis per- 
cellerety comitemque Arnulfum futur» uitionis interitum peuilus formidanlem per- 
turbaret , quod Ricardus, Norlhmauuorum dux, fiiiae Hugonis magni ducis maritall 
connubio, gralia poslerilatis et successionis se copularel, servitioque ejus pro ea, 
proque univers! solalii adjulorio incumbens • mililansque conjuncls amicilis compe- 
tentia, fœderisque insolubiiis nexu se illi colligaret : nimli Ireinoris timoré perterriti, 
ne tantorum duorum ducum roilitum frequentia contererentur (2) subacli, Virman- 
densi pago, decursa renuntialaque utrorumque legalione, occurreutes invicem sibi» 
quid agerent super peslifero conjurai» conspirationis duorum ducum consorlio , 
cœperunt rlmari. Dixit autem Lutbdovico régi cornes Ârnulfus, desiderans annihilare 
ac perdere primaevae floris adolescentem Ricardum ducem totls viribus : • Hugonis 
magni duels pater, Rotbbertus, super patrem tuum Karolum, favente Rollone, avo 
Ricardi ducis , sceptra hujus regiminis injuste suscepit , et pêne totam Franciam sibi 
prave subjugavit. Quum autem laie severs altercalionis divortium in immensum (3) 
succresceret Franciaque, pestifero duorum rcgum conflictudesolala, exsecrabile ca- 
snaUs detrimenti jurgium flebilis perpessa esset, Karolus, pater tuus, Francise! 
solatii spe omnino privalus» opisque auxilialricis sui per omnia indiguus^ Heinricum 
Transrhenanum regem (6) expeliit veiocius, et ut contra Rothbertum regem , super 
se exsecrabiii Francorum temeritate constiluluro , ferilaret exercituque congiobato , 
secum in Franciam veniens, contra eum audacicrdebellarel,Lolharienseregnumseilli 
daturum spopondil ullroneus. Ut autem illius temporis cursu se habuil rcs illius 
certaminis, non inexpertum est nostrorum uIlL Rolbbertus digne praelio interilt, 
Karolusque rcx pater tuus liabenas regni juste obtinuit. Hugo autem (ilius ejus, 
ejusdem praBsumplivx temeritalis veneno infcctus, sceptra istius regni conatur super 
te invadere , teque atque me tuum fidclem utrumque penitus perdere , conciiiato 

F«r. — (1) N. Pcrfideni. M. Per ûdem. CL.-C.-D. —(2, Conlrivereulur. CL.-D. — (S) N. Immemum. 
CL.-a-D. 

(a) Ce mariage Tut alors projeté ; mai<i il est certain qu*il ne fut ci^lébré que Ijiig-temps après en 960. 
Hugues était mort en 956. V. Frod., Chrou, . ud aun. 956-960. Dudon nous Tira bavoir plus bas que le 
nom de Ij jeune princesse était Emma. 

{b) Ici Dudon est etacl. C'est bien Henri qui régnait alors en Germanie ; mai« on ne trouTe aucune 
mention, ni dans Frodoard ni dans Richer, de celle promesse de cession de la Lorraine au roi allemand» 



252 PB MORTBDS ET ACTIS 

sibi Ricardo (1) Norihmannorum duce. Rimari igitur condecet, rex praepoteDtisslroe, 
qualiter possis regnuni Francis lueri et regere. Principes naoïque bujus terrae adhè- 
rent obedienter Hugoni, et famulantur libcnter ei. § Adversus hujusmodi verba res- 
pondit rcx Arnuiro comiti talia : • Da niihi consilinm , quo Hugonis contumacis 
arrogantiae queam resistere, me nieumqae regnum tueri et protegere. § Arnulfus vero 
comcs dolosus, cupiens Ricardum ducem perdere et annihilare cum suis omnibus, 
ne quiret immeritatam necem palris sni ulcisci venturis diebus, cœpit regem confor* 
tare verbis frauduientibus : ^ Gonsilium dabo tibi salubre et prosperuro» qoo quibis 
conterere et prosternere Hugouem et Ricardum. Da Oihoni , uxoris tu» fratri , quod 
pater tuus patri suo spopondit rcgi Transrhenano, Lotliariense regnum» ut devastans 
terram Hugonis tibi resisteutis Parisiiis usque, et obsideat et capiat tibi Rotomagum. 
Sufficientia igitur iliius terrae profusius locupletatus, frequentiaque optimalnm pro- 
pensius constipalus^ atque praesidiis tantarum urbium mirabiliter adultus, quiveris 
contra ducem Hugonem praeliari securus. Est (2) namque tellus Northmannica om- 
nium rerum sufficicnlia prae caeteris abundantius plena, aprorum cervorumque, 
ursorum atque capreolorum venatu afiluenter replela , omniumque volucrum slives- 
trium et altilium muKimodis pullis incrementata , pisciumque diversarum spe- 
cierum génère fecunda , quin eiiam omnium bonorum largilrix quibus (3) indiget 
iliius incola. Talium ubertatum tellurem oportet te possidere , quia avi et proavi , 
casterique antecessores eam propter ea tenuere. Memor sis malorum et injuriae quae 
tibi Northmanni fraudulenter intulere : facile poteris eorum multiludinem ab illa 
terra delere, quia sont formidolosi et advenae, solentque lalrocinia in mari exercere. 
Majoris pretii valentiaeque et affluentiae exstat tellus Northmannica quam Lotbariensis 
terra. » Rex igitur Luihdovicus, his et hujuscemodi persuasus, respondisse comiti 
Amulfo fertur : « Tanlae nobilitatis comes tantaeque astutiae et prudentias princeps> 
oportet ut expleat fideliter quod suo seniori suggerit consilians sagaciter. Igitur quo- 
niam omnibus meis notior et credibilior valentiorque es, precor ut quod disposuisti 
relatu honesli consilii , gratia expeditionis Olhoni {U) régi subministres ; ut strenuo 
interventu tuo, ascita universa bellicosa manu suae ditionis, veniat, depopulans 
quae sunt Hugonis ad mœnia Parisiacae urbis, resipiscere eum pestiferas subversionis 
interitu cogat , mullisque depraedalionibus et incendiis eum dilanians penitus conte- 
rat, pro regno Lothariensi Northmannicum nobis acquirat , incolasque iliius nobis 
rebelles forinsecus detrudat; Saxonicum robur experiatur Northmannica telius, etsi 
forte quiverit contra colluclari probe t suis viribus; Rotomagum nobis obsideat et 
capiat^ Ricardumque^ tant» superbiae adolescentem, capiens floccipendat (a). • 



Var. — (1) N.-CL. — (2) Laus lerrae. GL marg. C. — fS) N.-CL.-A-D. Quibuscumque iodigeot 
Ulius incole. B. — {à) OllLoni. D. 

(a) Dadon, suivant son iiabitudc de tout rapporter aux ducs normands, transforme en sujet principal 
ce qui ne fut sans doute que l'accessoire. II est probable que le comte de Flandre ue perdit pas celle 



PRlMOaUM NORMA!S'KI£ DUCUM. 



25â 



95. Aronlfus vero oome$, pneoptans penlius perdere divx memorlx Ricardam, ne 
rfndfcet patris ni sanguinem inoocuuin, feslioat clUus ad Olhonein, regem Transrhe- 
nanum , feniensqoe aole iUius coospectum, verbis humillimis dixit al eum : • Bex 
Francoram LuCbdovicus cbane ioextricabilisque amiciliae tibi munus. Pestifcram iu- 
solentlae cl temerilatis Bugonis ducis et Ricardi, Northmannorum couiitis, nou valeus 
ferre conlenlionefu, mittit me tibi ut aliquod illi gralia tuae pietatis praestes solaoïen. 
Hugo filiam suam Ricardo adolescenti maritali fcedere coonubioque jungit. Ille 
?ero, suus miies eflectus, gralia illius amoris ut domiDO per omnia obedlt. Illius ani- 
niatas militari exercitu» ambit Fraociae regnum invadere, ejusque habenas et sceptra, 
ut ejus pater pridem, accélérai possidere. Retunde illorum, precamur, praesumptivx 
voluntatis arrogauliam in virtute tua , et deslrue illorum pervers» elatloois jac- 
tanliam potentia tua. Si oostrs deprecationis expleveris votum , sique obsidens 
Rotomagum Northmannicum acquisiveris oobis reguum, dabiiuus tibi lu pcrpeluum 
Lotharieuse regnum, quod palri tuo fuit repromissum propler prxlium Suessonico 
campo mirabiliter peracturo. » Otho vero praeoptatae legationis sermone gavisus, 
ascitaque et coaduuata Orienlalium profusius manu , convenlioue de regno facla , 
Tcnit velociter, devastans omnia, Parisius, occurreule illi Lulhdovico rege cum magno 
exercilu (1). Omnibus quae erant Clugonis consumptis et devastatis, dixit cornes Arnulfus 
Othoni régi : « H«c urbs, perconi Sequanae limbo undique secus praeciucta, viget 
inexpugnabilis ab omni génie superveotura. Precamur itaque, verte tantarum legio- 
Dum exercitum ad Rolomagensis urbis pagum, quia , antequam Northmannici ruris 
Ënes attiogesy deportabuntur tibi illius dvitatis claves. i 

APOSTROPBA AD ARNL'LFUM (2). 



Fosse si stère cur Dèi , 
Omnium quoque pnescii, 
Velle cujus opus manet, 
Et calor petit omnia, 

5 — Regibus cupis asperis , 
Contumacibus, improbis, 
Arrogantibus et malis? 
QuamFis emeritum ducem 
Heu ! patrem teligit tu us , 

10 — Istius pueri sacri, 

Mucro, sanctior ut foret 



Testis almifluus Dei, 
Vota non tua frivola 
Velle prospicieut tuum ; 

15 — Ëcce sed cornes almior, 
Marchio locupletior, 
Duxquo sanctior omnibus, 
Nobilis, celebris, pius, 
Justus, almificuri, probuK, 

20 — Sanctus, ionocuus, bonus, 
Omne jam statuet bonum , 
Omne conteret et malum. 



Yar, — (1) Cum exercilu. D.— (3) Metrum gliconiam ; conslal (rocbeo, coriamboet pirrichio. C. 

occasion de nuire aux Normands; maison sait aussi queTennemi le plus important du roi était le duc 
de Franee. et que ce Tut li reine Gerberf^ qoi sollicita riuler^ention du tm Othoo : c Rpgina Gerberf a, 
• nuper ad Otbonem re^em, fratrem snum , legaiioncm direxerat , «uxiliam deposoens ab eo. » Frod., 
Chron^t ad aoo. 9A6. 

32 



!2Ô4 DK MORIBUS £T AGTIS 

96. Multimodarum namque petUioDum persuasiooibus rex Otho compulsas, movit 
tant» rooltitudinis exercitum, profectusque est cum rege Lathdovico super EpUe 
rivulum, qui termino diremptionis limitât Francis Nortbmanniaeque regnum. Tune 
vocat Otho Amulfum, incentorem totius mali , et requirit claves Rotomagensis urbis, 
ut sibi promiseraty deportari. Amulfus vero inlentione argutae mentis cœpit regem 
Otbonem affari : t Domine rex, nemo Rolomagensium audet te aggredi , quia abbioc 
Rotomagum usque exstat tellus silvestris (a), commoranturque latrocinia exercenles 
in ejus silvis et lucis. Est alius decursus aqnarum in proximo , quae vocatur Andelia, 
pratis omnibusque rerum affluentiis propensius referta. Ibi cras, petimus, figes ten- 
toria, venientque iliuc optimates Rotomagensium, ferentes tibi claves urbis et preliosi 
honoris munera. • Rex vero Otho, deprecativis coactus verbis , abbinc secedens in 
Andellae fluvioli resedit pratis. Diluculo vero subdolae caliiditatis cornes stelit ante 
Otbonem regem , episcoporum cœtu ducumque (1) et procerum frequentia consti- 
patum et refulgentem. Gupiens autem Ricard! prsfulgids adolescent!» multare 
pubem, regesque conducere ad Rotomagensem nrbem, dixit ad Otbonem : « Rubore 
fulurae snbsannationis Rotomagenses confus!, verecundanlur claves mittere tibi» 
nisi oppressi fuerint immanitate bostiii. Duorum igiiur regum tantorumque ducum et 
procerum exercilu vallati, non différent civitatem reddere tibi. Quapropler precatur 
te obnixe meus senior rex Lulbdovicus, ut proficiscaris ad urbem Rotomagensem 
matutinus. Mitte ante conspectum tuae majeslatis robustissimam legionem , qus in- 
vadens hostiliter praeoccupet civitatem; ut si quos forinsecus stantes certaminis 
gratia invenerit, ad civitatem ferociter retrudat, bincque tentoria tua illorum securus 
ad portam Belvacensem figat. Quum autem appropinquaveris'(2), tuusmeique senioris 
exercitus eos sollicitos reddat , sicque in primo certaminis apparatu eoque prslii 
conflictu conlemplari quiverimus cujus valentiae et forlitudinis baec urbs exstat. • 
Tum quidam nepos régis Olbonis dixit verbo elalionis : c Domine rex , si licet tibi, 
antecedens ibo castraque tua metabor. Si forte ingruerint contra me bella, ego 
conteram gladio eorum millia. Experiar cujus babitudinis cujusve valent!» vel forli- 
tudinis sunt in praeiio , cujusve cautel» provisionisque et prudent!» in belio. Contra 
Dacos et Alanos Golbosque et Hungros s»pe dimicavi ; verum contra Nortbmannos 
nunquam cerlamen inii. Aciebus prœparatis lacescens eos, expugnabo civitatem et 
dissipabo dispergens adven» gentis plebem. § Hoc autem referebat jactantia ju- 
venili, ignorans varium casualeœque eventum pr»li!. Extemplo rex 0(bo, bumiliimis 
regalium petilionum monilis coactus , citaio exercitu progreditur , mittens ante se 
pervers» elationis nepolem adornatis legiunibus. 



Var,-^ (i) Ductu. D. — (3) N.-CI^.-A. Adpropiaveris. C. Appropiaveris. D. 

(a) Les forêU de Bray et de Lions, qui se trouTent entre TEpte el TAndelle. Othon et le roi de France 
étaient sans doute venus pur le Beauvalsis. 



PRIMORt'M NORM\NM.« DUCUM. 255 

APOSTROPHA (t). 

Olbo, rex inagnus recolendus atque, 

Cur Ricardum , percelebrem sacrumque , 

Nobitem, justumque, proburo, roodestum, 

Marchionero . patriciumque sancturo 
5— Et ducem nunc magnanimumque fortcm, 

Ambis infesto laniare cœtu 

Et maligDO coDlaminare dîsu. 

Et hoDorem tollere pnncipatasî 

QuÎD potenti sistcre cogitatu 
10 — ^Nutui Régis superique summi î 

Posse Dullus Dam supero resistet, 

Velle DOC jam sidereum reflectt*t. 

Hic cornes, duz, patriciusque summus, 

Marchio saDCtus, celebris, roodestus, 
15— Legibus plebem moderabit al mis ; 

Torquet astutus laoeros reosque, 

Atque justis praemia digtia dedet. 

Moribus sanctis meritisq'ue fiilgens, 

Sic poli spleDdentia scandet astra. 
SO— Tu poteDS rex atque vigens Talensque , 

Contercris Dumine sempitenio, 

Incubabis ridiculœque sanDœ; 

Sicqne, Northmannis reprobatus, ibis 

Ad tuae sedis verecundus aulam. 

97. Quum autem nepos régis Olhonis appropinquaret portam civitatis , qax Dun- 
cupatur Belvacensls » corusco equitatu ferventis elaticois hostiUqae bellicosi certa- 
mlnis congressione feritaret in Noniimannos aciebus adornalis , ipsi vero North- 
manni talium colluctationum gnari , simulâmes fugam quasi liostibus convicti , 
repetebant celerius praesidium nrbis. Saxones vero ficlae fugs simultate bilares , 
taliumquc casuum eventu eos adamantes, persequebaotur eos hostiiiter. Tandem 
vero nepos régis, congressus super pontem ports Belvacensis , putabat expugnare 
mœnia urbis. Northroanni vero, hinc inde armati congredlenles, et super eos ut leones 
super pecudes exsilientes , cœperunt eos lacerare prosternentes , et occidere telis 
mucronibusque coruscis, atque discerpere securibus, ut bidentes lupi. Multisvero 
Saxonibus interfectis, pluribusque attritis et vulneratis, defungitur super pontem 
mucronibus et lanceis nepos régis. Tandem Nortlimanni, Victoria potiti, capiunt muitos 
principum in conflictu mortiferi certaminis. Reliqui vero Saxones, nepotem régis 

Vai\ ^ (1) Metnioi sapbicum contiiiualum. C. 



356 DE MORIDUS ET AGTIS 

mortuuiu super pontem jacere cémentes , eumque cum roagno impetu duroque con- 
flictu rapieoles, duccntibus NorlbtDannis plariinos illorum captosad mœnia urbis, 
deportabant ad esteras phalanges. Jurgio duri prolixique prslH taliter sejuncto, 
stabant hinc Saxones et Franci et altrinsecus Northmanni, nec ambiebat gens Trans- 
rhenana amplius se commiscere ipsis. 

98. Interea mortiferae relationis fama regem Otbonem, crudelem nepotis mortem 
denuntians, perculit; totumque exercilum ramortanti détriment! conturbavit Illico, 
communis ratione consilii, hostililer invaserunt civitatem, cupienles taotae reverentiae 
javenis vindicare sanguinem. Saxones vero et Franc! nihll circa urbem proficientes, 
sed pro pluriuiis suorum exercituuin occlsis nimium ejulantes , revertebantur ad 
castra, defunctoruin cadavera déportantes. Nepotis vero morte bisque inopporluni- 
tatibus rex Ottio mœstus, vidensque venire pagenses illius lerrae ad urbem altrin- 
secus, dixit suis principibus: « Potestue h«c urbs valiar! nostro exercitu, ut qui 
transvebuntur navigio, non transgrediautur? » Responderunt : « Nequaquam, quia 
Sequana simplex et singularis proceilis suis quatit muros civitatis, quin etiam incre- 
mentata et repugnata fluctibus maris, determinato cursu lunae crescentis et defi- 
cientis, incremento septenarii numeri, aestuante fluctu, préoccupât portas et mœnia 
urbis. • Tune rex Ottio misit ad Ricardum, ut liceret ei oratu petere sanctum Au- 
doenum (a). Data vero orandi licentia , rex cum episcopis et ducibus, deposltis 
armis, venit ad monasterium, quod est in suburbio civitati», in honore cultuque 
sanct! Pétri sanctique Audoen! dedicatum. Multa vero donaria ibi largitus est ipse 
et su! , residensque in eo , accersitls optimatibus dixit : c Quid nobis agendum sit 
animo decernite, et quid bujus negotii sib! videtnr rectum, intimet quisque. Precatu 
régis Luthdovici , comilisque Arnulfi subdolo sophismate decepti , hue venimus , quo 
non honorcm récupérantes, sed damnum verecundiamque atque confusionem nostri 
honoris turpiter patimur. Nihll adversus Northmannos ullo hostili conamlne praeva- 
1ère quiverimus, quia per Sequanx alveum cuncta prospéra illis sabministrantar. 
Inlolerabili itaque crucior tristitia atque animosilate pungor praenimia; fncertum 
namque est mihi praescire quid agendum sit in tam pestifera tristium eventunm ca« 
suumque coniritione. Vos, qui natu sensuque majores estis, quorumqne consilio qu» 
exsequenda sunt delibero, cuncti (i) sagaci Internae meditationis cogltatu rimamini 
quid oporteat laudabiliter exsequL Maleficùm, si vobls placet, sophistam eapinm 
Arnulfum, vinctumque calenis Ricardo comltl mltlam eum , ut vindicel de eo patrem 
suum, quia fraudulenler coegit nos hue properare et regero Luthdovicum , cupiens 
occidere ducem Ricardum , ut olim patrem suum. » Tune pra^ules et optimales 
responderunt regl Othoni, diccntes : « Exsecrabile cuncds atque vîtuperablTe omnl- 

Kan— (1) Cunclis. MS.-Db 

{a) L'église était alors située en dehors de renceinle de Rouen. Rolion y avait Tait rapporter les 
reliques de sa'nt Ouen dès Tannée 915. 



PRIMORUM I^OEMANISIiE DUGUM. 257 

bus erit si capietar , sique Ricardo ad puDiendum roittetur. Verecundia dedccusque 
obsceoae confasionis et damni , qu« condignc niercedis retribulione paleris, non de- 
lebitur;quia tuus exercitus Ricardum et saos indigna obsidione oppriineus, iiic 
injuste moratur. Sed de nostrs regressionis profectione salubrl consilio slude, et ne 
deterius turpiusque tibi contingat, cum omni intentione animadverte. Nepotem luos- 
que comités sateilitesque et quamplurimos milites bujus obsidionis jurgio juste (1) 
perdidisti , quia civitatem banc injuste invadens obsedisti. Inconsultus etenim sug- 
gestione vafri Arnuin bue accelerasti ; praecave ne inconsultus regrediaris. A mari ad 
Sequanam usque congiobantur omnes incolae, postque biennium gestiunt te aciebus 
prsparatis invadere. Non est nostrœ valitudinis nostrique consilii et opis diuturno 
temporis intervallo bic morarl. Regem Luthdovicam pcenitet nimium bue venisse , 
quia in bujus obsidionis dilatalione novit se nibii profîcere. Arnulfos vero plurimis 
sopbismatum ambagibos intiicatus, promulgato sui mcndacii ingenio, bic et hic lati- 
tandOy non ambit sermocinari tecum amplins; et idco, internae meditationis cogitatu 
retractansy perpende quid nobis Transrbenanis agendum sit in is(a obsidione. Urbs 
non capietur; obsides non dabnntur; verum ineiuctabile nobis damnum accrescet ve- 
iocius. Dtinam lus jussionis praecepto esset quisque nostrum quo terram petiit 
exordio nativitatis suae I Sed quia nobis adbuc minime sufficiunt vota , precamur , 
torque prospéras regressionis vestigia, terram nostrae nativitatis repelitura. • Ilnjus 
igitur sermonis colloculiouibus rex Otbo submonitus, formidansque pestiferos futuri 
periculi casns, quasi infra statum su» mentis receplus, diutius meditans, infit prin- 
cipibus: « Ne pejora prioribus infortunia fortuitu patiamur» neve nostri inimici 
nostri detrimenti successibus exsultent amplius , iter nostrae regressionis , si vobis 
libety cras repetamus. Hoc namque consilium Transrbenani collaudantes per 
omnia» oratione fusa in sancti Petrl sanctique Audoeni basilica, repetunt bilares 
tentoria. Arnulfus vero cornes , relatu quorumdam ut praBvideret ne caperetur 
edoctusy obscurae noctis conticinio expergefacto suo exercitu, castris tentoriisque (2) 
complicatis secretius atque ex omni supeliectiii oneratis equis et plaustris • noctu 
siienter cauteque atque clanculum profectus , repetebat rura Flandrensia velocis- 
simus (a). 

Var. — (1) N.-CL.-C. Injuste. D. — (1) Temploriis. D. 

{a) Cette îiivasioo doit être rapportée à la Bn deraiinée 9Â6.0thon et Loub avaient d'ai)ord échoué daoa 
leur tentative sur Seulis, que défendait Bernard, le fidèle allié des Normands. Après avoir traversé la Seine 
à grand*peiD^ >** envahirent la Normandie et la dévastèrent, k ce que noua disent Frodoard et Ricber. 
Toutefuis, on peut induire d*une expression du premier de ces auteurs que les envahisseurs ne réussirent 
à s*eroparer d*aucune place, et il ne parait pas que cette eipédition bit été, en définitive, piua 
heureuse que ne le prétend rht>lorien normand. 



258 DE MORIBDS ET ACTIS 



APOSTROPHA AD OTHONBII (1). 

Otho, surge velocius et fuge Dunc citus ; 

Natal em pete glebaro ! 
ViDdex nam superus tua territat agmina , 

Surgens du ne cito cède 1 
S^Ductor subdolus evauuit tuus en fuga : 

Te DU ne enie prœpesl 
Contra velle Dei quid adbuc recubas? Fuge ; 

Nunc i, nunc fuge, nunc, nunc. 
Quum Nortbmanoica prœpedient tibi et agmina, 
10 — Heu, heul turpius ibis. 

Gressum nunc pete, nunc fuge, nunc iter arripe ; 

Fidos cedere coge! 
Rex nunc, ne pereas, fuge, cède, liquesceque, 

Septus labere cœtu ! 
15 — Ricardus, juvenis, probus et pius et bonus, 

Âgmen jaro citât ingens , 
Summus marchio, dux quoque, patricius, cornes, 

Et te cedere gestit. 
Hujns rector humi, locuples, bonus et sagax, 
20 — Âut non, aut yelis , exstat. 

Legum et distribuet populo moderaminum 

Judex justus habenas. 
Damni postque lugubria débita flebilis 

Digne scandet Oljmpum. 

APOSTROPHA AD LUTHDOYIGUM UEGEM (2). 

Quem regale decus, sceptrum passimque coruscum 

Jactitat eximium, 
Stemmate regali quem exporgitsexu ab utroque 

Regia progenies , 
5 — Quem decet altolti summo conanime quœ sunt, 

Regia si peragis , 
Et cujus proavi bis ter tria régna feruntur 

Conciliare sibi, 
Cur vicibus tantis Ricardum sternere gestis , 
10 — Percelebrem juvenem ? 

Var, — (i) G. Apostropha. D. Meirum dicolodistropho pcractam , id est duplici génère a secundo 
fréta replicatione ; babet enim primum versum elolcum (berolcum), secuodum feretnitium. €• — 
(S) G. Apostropha ad Lodovicum. D. [Mjetrum dicolodistropho variatum ; prior enim versus erolcos est, 
sequeos constat ejus seplimemeri (sephthemimeri ?}. G. 



PRIMORUM NORMANNLE SUCUM. 



259 



Perfidiœ deditus, casso conabere cuncta 

Namque tupra satit hadc. 
NuDC fugias potius, roagis hec senteDtia prs&stai , 
Pnepete equo et volucri. 
15— Contra Northmannos olim feritare (1) cupisti, 
Quid memor attigit es. 
Nam captus belli certamine, succubuisti 

Casibus iDoumeris. 
Nunc fuge, cède, recède, itiner cape prœpete gressu , 
20— Vivere si cupias I 

Jurgia nec répétas contra quem deitera sanzit 

Judicis œtherei, 
Quem censura Dei preedestinat omnipotentis 
Moribus et meritis, 
25— Ecclesias altis eztollens culminibus, quo 
iEdificet, statuât, 
Protegat et populum , cœlestis Pneumatis auctus 

Nectare septiûdo , 
Muniat, exaltet, défendons adjuvet, atque 
30 — Hostibus eripiat, 

Ordinis atque gradusque monastica suppléât , omet , 

Stringat et amplificet, 
Legeque normali compellens vivere cogat 
Servitio Altitbroni , 
35— Sicque oorollarii superi commercia lucrans, 
Vivet in arce poli. 



APOSTROPHA AD RICARDUM (2). 



Ricarde, bonus, recolendus, 
Digne venerandus, amandus, 
Et marchio, dux, cornes almus , 
Jam prœtimidos faciendo 
5— Super bos tiinor irruit ecce 
Reges (3) Domini omnipotentis , 
Ne sollicitus timeas nunc ; 
Jaculoque Dei celeres jam 
Perculsi animo fugieudo, 
10 — Plures roanibus capientur ; 



Plures gladio (4) morientur. 
Sic viz patriam repedabunt. 
Tu legibus et populorum 
Judez animes redomabis* 

15— Ast ecclesias statuendo, 
Famulatu sollicitare 
Practico tbeoricoque, 
Triforme boc ordinis agmen , 
Deitate sacrse Trinitatit 

20 — Coges, urgebis et anges. 



Var. -* (1) N.-C Manque. D. — (2) C.-D. Metrum anapesUcum parleniacum {sic) , quod cootlat 
dimetro calalecto. G. — (8) C-N. Regfo. D. — {h) N.-C GUdio plures. D. 



260 



DE IIOBIBUS ET ACTIS 



APOSTROPHA AD ARNCJLFUIf (1). 



lusidiis rimisque hiantibiis 
Cunctis roalisque traditus, 
Exosus nimium, ut piitridiim pecus, 
Clades perosa, odibilis, 
5 — Pestifer et nocuus, quin perfidus, 
Injurius, cunctis lues, 
Et dicto et facto, roeditamiDe 
Obnoxius cunctis. reus» 
Arapliuh hand rénoves jam jurgia ; 
10 — Nullos citabis litibus. 



Desine Ricardum, juvenem. probum, 
PraBdestinatum jam Deol 
Marchio, patncius, dus et cornes , 
Electus, almus, pnepotens, 

lô— Egregius, justus, pius et probus, 
Sauctus modestusque, innocens, 
Religionis apexque sacrœ ciuens, 
Et forma norroœ preecluis, 
lAHA (^) summa boni hujus lucidi, 

20— Plebem fovet Northmannicam. 



99. Igilur plebelo bujas nocturnalfs murmuris (uinuUu sonipedumque strepitu reges 
exterrili, nimiaeque formidinis tremore perculsi, in caligine obscurs nocUs pulabant 
gratta cerlaminis Ricardum adesse cum suis. Repenle conclamata est omnium salus 
vilseque fiducia spesque vivcndi recessil ab omnibus. Ignorabaot enim quid agerenl , 
fluctuantes quo se fuga verterent Meus siquidem illorum trepidis rébus nulabat , 
corque praetrepidum indiguumque veritatis hue illucque vacillabat. Alius enses am- 
plexatus ut amens fugitabat; alius, scuta revellens, insano spiritu quasi per latebras 
errabat. Alii vero tenloria castraque terra tenus prostemebant ; alii autem equos 
phaleris exornabant. Hic bac iilacque quo nesciebat cursitabat ; hic stupefactus et 
tremulus unoque obtutu defixus haerebat. Hic inter fluctivagam tremulamque plebem 
quaeritabat suum seniorem ; hic, inter commislum gregem, inermis palpabat clami- 
tans suum militem. Hic pede céleri gressu fugam peiebat; hi equis calcaribus citatis 
inermes fugitabant. Hi trilices loricas galeasque auro comptas furtim abscondebant ; 
hi ornamenta regalia caeteraque sibi viudicabant. Pavidorum exercituum murmur (3) 
aite resonabat , vocisque inarticulatae tumultus clamorque ululantium (6) confuse 
tiunebat. Quapropter lumuUario plebeioque hujus confusae allivoisque vociferationis 
tinnilu Rolomagenses excilati, formidantes ne praeoccuparentur repente ftiturae cre- 
pusculo diei [5) , munierunt urbem custodibus armatis, ipsique pervigiles praestola- 
banlur tristeseventuspraBoptati praslii.Quum autem aufora tenebrosae noctiscaligtaern, 
puniceo amictu emicans, dessiccaret, rcbusque color notionisque imaginatlo rediret , 
cœperunt Transrbenani magalia succendere iterque desideratas regressîonis repetere, 
viarumque ignari bac iilacque pavidi fluctuare. Rlcardus vero dux magiianimus, 
florida congrus pubertatis lanugioe decorus , hujus rei éventa bilaris et lœtns voluit 



Var, — (1) C. [MJelrum dacUiicum , alcmanicum, conslans letramelro cataleclo, supposilumque sibi 
habet iambicum archiloîcum. C— (2) N.-C. Idea. C.-D.— (9) Murmur multis. N. Mullus D.— (6) N.-CL. 
Utulatuuiii. M.-C.-D. — (5) N.-CL. Die. D. 



PRIMORLM NORMAMSIJS DUGUM. 261 

lllos aggredi cudi suis onmibus praeparalis aciebus. Rotomagenscs vero, praecupid» 
coDgressioDis propositum a duce tanto amovere conaules, dixerunt blande unanimes: 
(( Domine dux praepoteutissime , tenera viges adbuc aetate , esque spes noslrae salutis 
et flduciae. Formidamus, si iveris, ne praeoccupcris morte. Ilac simultate dccipi, ut 
remur,nos autumant; nobisque sic urbc prosillentibus , capere eam praejudicanl. 
Non est noslri consilîi te nobiscum ad hujus cerlaminis praelium cougredi. Veriim 
qualicumquc modo hujus rei sors se liabeal, viriliter cum pluribus urbem custodi. 
Nos vero eos caute prosequcmur et armis eos lacesserc conabimur. • Hujus blaudilii 
syrmatc vix eviclus RIcardus,juvenls praecluis uobilitatis, urbecum pluribus rcmansil, 
caeterîque salellitum et tironum agmina regalia prosequenles, proslernebant plurimos 
occidenles. Tandem quaedam plialanx Rolomageusium commisit ad silvam, qus 
diciturMaiiroramlnis(l) (a), cum eispraelium, alque, opilulanleDeo,devictis hostibus 
obtînuil triumphum. Ailera vero concio simililer Rolomageusium, praestolans ad 
exitus sllvarum duorum regum exerci(um, prosternil et occidit plurimos hostium , 
fugatquc caeteros usque ad Ambianeusem pagum. Rotomngenses autem , potiti de 
iuimicis Victoria , urbis remeantes ad prssidia , qux acciderunt retuleruut Ricardo 
omnia. Tune Ricardus, recolendx memorias marcliio, duxque el patricius prxcellen- 
tissimus , grates praemaximas Régi sa?cii1orum cum dmni clero et populo reddidit 
mansuelissimuSy mullaque bénéficia et donaria sacrosanctae Ëcclesiae distribuit Istis- 
simus. Ilis ita divino nulu expletis, cœpit praecipuus in omni terra Norlhmannorum 
Brilonumque, Francorum et Burgundionum haberi. 

100. Nitebat (2) enim pro genenimuobilitate,florebat bonitatum agalmate. Moribus 
erat Iliustris, sublimiorque merito astris. Kffigie rutilabat, nullique pietate secundus 
erat. Slalum reipublicœ Archosmcllifluusadornabat,omnisque probitatis fama super 
aeihera notiis erat. Monslrabat solers jugibus factis, studiis, exemplis et documentis, 
omnia commoda Imitandae bonilalis. VuHu (3) clarus erat, omnique actu clarior 
cunctis exstiterat;dulciseroicabat eloqulo, habitu et incessu omnibus suavior. Nitidus 
ore mellifluo, serenus semper corde jucundissimo. Fervcbat namque fide, spe et 
charilate, duplicique Dei et proximi dllectionc. Prudenti simplicitate renitebat , sim- 
pticique prudentia coruscabat, jurgia litesque et rixas strenue sedabat, populumque, 
at pater fi lios, amicabiliter regebat. Exuberabat bonitatum commodis ; informabat 
plurimos probitatum exemplis. In domo quippe ejus veritas erat (h) et gloria; in 



Far. •— (1) N.«€L.-C.-M.-A.*D. Malipertusi. R. — (S) Eiagi^erata laus bonilalis ejus, rubric, C. — 
(8) Wltu. CL. — (à) N.-CL. Erat manq, D. 

(a) Nous avons pu reirourer la situation exacle de ce lieu, qui avait échap|)é aux recbprchcs de ^f. A, 
Le Prc\osl (V. Nuieaur te Homan de Rou, p. 217). C'est le hameau de Maupertuis, de la commune de 
Lilly, canton de Lyons-la -Forêt, arrondissement des Andelys, déparlemeul de PEure. Il est situé entre 
deux collines, au pied desquelles passait alors la route. Il semblerait par là que les deux rois marchaient 
vers Pontuise, et non sur Amiens, comrae on le dit plus bas. 

33 



262 Dl£ MORIBUS ET ACTIS 

• 

operibus illius œquilas splcndebat et juslitia. OpUinalum uamque Fraocorum et Bur- 
gundioDuni gesta dirigebantur cjus providcntia, rcique public» traclabantur ntilia^ 
Hlius prudentia. Ejus namquesanclitatis, digoitatis et afQuentiae longe lateqne dif- 
fuDdebatur experta opinio. Flandrenses et Orientales obtemperabant ejus imperio. 
Veruni, quonlam minime valet lucerna cœlitus caudelabro imposita latitare sub modii 
umbra, cœpit prsmaximus inter suos haberi, quem indiciis roirabllibus Cbristus 
Dominus disposuit mauifestari. Magnificabilis clerus et populus, qui tauti duels pare* 
bant jussionibus. Omnipotentis namque Dci auxiliante clementia« et sui duels Ricardi 
procurante solertla» lUis in diebus erat (1) pulchra Christl Ëcclesia, et nimlum dé- 
cora. Moribus quippe sacris ejus monitu componebatur , ac insignlbus virtulum 
illustrabatur, non habensper crimen maculam necper dupllcitatem rugam. Radiabat 
namque in sublimltate praelatorum solari venustate, atque in humilitate suli^eclorum 
lunari claritudine. Ipse vero vita; innocentis statum bcnignissi ma mente retinebat, 
gubernaculumque ecclesiaslicae dispensalionis, corde serenisslmo, licet laicall ordine 
adornabat: facto, dlcto et cogltatu prospero onmibus excellebal merltorum lumine» 
moribusque coruscabat. Enimvero Spirims sanctl gratla locupletius ditabator , septi* 
fidique cbarismatis sapientia propensius replebalur (2). Quotldle merltorum, om* 
niumque bonorum affluentia dignius augebatur , dillgenli subtilique iodagatione 
perscrulabatur omnia quaB laicall Inlellectu discere poteraL Erat namque ditatus 
honorlbus sanctimoniae , illustratus commerclis magnlficentlae, Spirltus saocti gratla 
praeeunte. Cœleslibus inhiabat, vilia parvipendebat, incolasque Northmannicae telluris 
lege augebat (3). £rat autem juvenls mansuetus, omni probitate repletus, moram 
bonitate grandaevus, et a Cliristo in humilitatis gradlbus fundatus. Monstrabat 
vçrbo et opère qua mentis inlentione introductus erat ad salutem reg Imtols totlus 
patrise. Erat {U) namque melliflua dulcedo fortium, fortitudo debillum, defensor or- 
phanorum, solator miserorum, baculus orborum» reparator ecclesiarum, lux siocera 
caecorum, apex clerlcorum, salus egentium, culmen generum, decus prassulum , salu^ 
viduarum, cacumen sacerdotum, amator fœderum, cultor vlrtutum, maxima spe^ 
omnium : pietas mceslorum, raemorabile pignus amlcltlarum. palma desperantium „ 
tutela presbyterorum, sedes legum, rector populorum, pastor pauperum, forma pro- 
borum, arma mililum, judicium accusanlium et accusatorum, libra quxstionum« 
mltlgator rlxarum, pater exsulum, receptor profugorum» disiributor bonorum, dukis 
amor vernularum, exemplum cunctonim , pœna furum, dctrlmenlum latronum, 
emendator confessorum, opus pietatum, niurus regionum, lumen cunctorum, spéci- 
men sanctitatum, dulce caput consulum, auxiliator regum, protector omnium po- 
pulorum. 

For. — (i; i\.-CL. Erul matiq, D. — iJ) RcpleUlur. N.-CL. -(S) N.-CU-A.-B. Augebal. D. — 
{h\ Luus nicardi dbcis. CL. 



PRIMORl'M NORMANNIiE DCCUM. 203 



APOSTROPHA AD RICARDIM (1). 

Censor, ab occasu quem laus ezporgit Eoo 
Fama receositœ laudis Septemque triooi, 
Patrici Ricanie, oomes, dux. roarchio. prioceps, 
Religione calens, probitatum agalmate florenF, 
5— Âlloquio mitis, bouitatum merce celebris. 
Callem judicii serrans moderamiue legis « 
Giandia causidicum superant tua facta pusillum, 
Compres8um nimium rerum aggere multimodariim; 
Nec valet exsequier quod gestit scribere semper, 
10 — Âctus impetus ezimii nam vicit inertem : 

Quamlibet iinmeritus, poterit quod scribere certet. 
Heu! athleta Dei vigeas in culmine divi. 
Oaudia cum Sanctis habeas per pascua pacis. 

iOt. Quum auteiu RIcardus marchio, celebris videlicet coluinba Chrisli , sine fellc 
amarlludinls^ enlteret omolum bonoruoi lilulis, quielumquc el solidum ab iniuiicis 
teneret regoam Norlhmaonicx Brilannicaeque regionis, nullaque gens auderet ferilare 
cum Ricardidis» Hugo, dux magnus et mirabilis , coactus imbecillilate sui corporis, 
coaduuatis pariter militibus suis , antequam defungeretur , in extremis positus, dixit: 
M Ricardo, Northmanaorum duci praspotenlissimo, filiam meam, licet tenerae aetatis 
sit, futuris ouptiis connubio , sacramento vestro consiiio tradidi ; quam quum con- 
grua habilisque viro fueril, largiri illi nullalenus diflcratis. Ipse vero uxoris mes 
filiique mei, dum in id aetatis eril, advocalus sit, vosque consiliis ejus saluberrimis et 
mandatis ultronei iolisreatis. t Derunclo vero Hugone (2) Francorum duce (a), 
omnes unanimes ad Ricarduin, tantae potestatis marchionem, convenere, sequecom- 
miserunt sub patrocinio consiiii ejus el lutclae. Incumbebant aulem omnes volunlarie 
ejus servitio, et Tamulabantur libenler ut Domino ipsi. Ipse autem muneribus prae- 
roaximis mirabilibusque donis eos ditabat, beneliciisque largissimis eos augmentabat. 
Ipsi autem loio mentis aiïeclu diiigebani eum , summoque revereniiae cuiiu recole- 
banteum. Parebant humiliter ejus jussioni bus et dictis, et obtemperabant obedientes 
ejus praeceptis. Ipse regebat eos blandc, ut paterfamiiias servos, et aiebat eos dui- 
citer fomile benignissimo « ul pater filios. Ejus consiiio tractabaniur commoda secre- 
lioris ordinis, sub palaesira tlicoricae vitae desudantis. ejusque cuitu adornabantur 
utilia ordiiiis ampliorem vitam dnceiitis, scilicet sub prncticae vitae ngone coiiucianlis; 

Var, — (1) M.-C.-D. — (2) Obiil Hugo cornes». Clos, margin, CL. 

(a) Ilugiievlc-Grand mourui vers le milieu de Tuoute 950. Krod., Cliron,, ad ami. ^56. 



2G4 



DE MORIBUS KT ACTIS 



rempublicam slrcnue , blan Jeque cl Icniler prsiatos regere cogebat, et ne alicui 
ullum prsjudicium facerent, ininabalur et obsecrabat (l). Ricardo vero ^2) duce 
sagaci Justoque legum moderamine terram pêne totius Galii» salubriter régente » 
exsultabant cœloruin cives, immensas praeconiorum laudes individus Trinitati refe- 
rentes. Gaudebai omnis terra, jubilans Domino in laetilia. Plaudebant omnes in 
excelsis et referebant gratcs Omnipotenti , qui illis patricium et ducem tantorum 
bonorum incremenlis largitus est cluenteiu. 

102. Norliimanni vero, tanto censore lantoque advocato gratautes, illoque pré- 
sente non tantum frui volentes, veruro eliam de posteritate cogilantes , ut gloria 
prolis viro non deesse( , utque viri germinc non deslituantur per progenierum suc- 
cessiones, veuerunt ad eura dicentes: « Res cujusque negotii, quae sacramento vers 
fidei determinanlur ab orthodoxis, operœ pretium est quo expleantur indeterooinato 
spatio prxnnili temporis. Quocirca filiam Hugonis^ magni Francorun) ducis, quam 
illo superstile sacramento connectendam libi connubio sanxisti, antequam praefiniatur 
terminus slaluli (emporis, si congrua habilisque et uubilis fuerit, lege maritali prx- 
dignùm est tibi copulari. liia vero, ut audivirous, virgo clegantissimae speciei et 
formas, apta genialis connubii commislioni, congruentique deleclabilis concubitus 
amplexioni, masculin! seniinis viribus minime differt succumbere. » Ricardus vero, 
virilis ubertatis pollens (3) potestate, dicitur suis respondisse : • Quod sancitum est fide 
peractum iri, consequens est exsecutum iri. Illico prsparantur nuplialis sumptos 
coromoda, adornanturque mirificae composilionis sponsalia. • Northmannis Igitur» 
Britonicaeque reglonis optimatum manu ascita, 'praeparalisque omnibus fescennino 
cultul quae erant necessaria, cum incomputabili principum congressione« eam de- 
center et honorifice deduxit ad Rotomagensis urbis palatia (a). 



APOSTROPHA (4). 



Prolis optatœ posteritatis (5) 
semper cupidi, indiguique (6), 
Northmauni proceres, belligerique, 
Vivacis mentis igné calentes, 
5 — Non hac, quee vehitur. virgine proies 



Verum, divino numine nutus, 
Cœlestis virgo proiet olim 
Slirpe Dacigena, nobilis, aima, 
10 — Pulchra, percelebris, et reverenda, 
Digna, prœelecta, et reoolenda, 



Nascetur populum quœ (7) regel hœres. Cauta consilio, provida, prudens. 



Vm\ — (4) R. Postulabal. D. — (9) Ipse rex scilicel sagaci justoque moderamine terram peoe totius Galli» 
regebal. Exsultabant enim universi iucol» et cives. R.— (S) R. Pollens manq, ^.— (àj Metrum liaclilicuin 
tetrametrum quod constat spondeo, dactilo, catalecto. C. — (5) N.-C.-M. Pro'iperitatis. D. — (6) N.-G.- 
M. Indigni. D. — (7) N.-C. Populumque. D. 



(«ï) V. Kiod., Chi'on.f ad aniu, 960. 



rRIUORUH NOnMANNIiB DUCUM. 



265 



Quam dux Ricardu«, marchio jusfus, 
Pluribus sibîmet eliget unam, 
15 — Jungeus connubio, fœdere, pacto, 



Quaque vergente tempore dignus 
Nascetur hœres germinis almi. 



103. Quum autem tant» nobilitalis conjogis dccenti gratularetur consortio, Brito- 
Dicsque alquc salulifero , atqiic per totani pêne Franciam Burgundiamque salubri 
consilio repenlinas insurgenlium malorum commotioncs compesceret dignae potes- 
talis dominio , quidam satrapa nomine Telboldus, dives opum, militumque sufficicn- 
tissimus, novercalibus furiis, zeloque et odio succcnsus (a) , cœpit insidiari ei muUls 
subsaunalionibus « rixarique conlra eum , et oppugnare incassum lerrnm ejus. De- 
cernens autem se nihll contra eum proficere, profectus est ad Gerbergnm reginam , 
niiumque ejus Francorum regem Lotharium commorantes Lnuduno monte. Qui multis 
prosecutionibus cœpit eos urgere, ut decipiendo deponerent eum tanto honore. 
Venenoque livoris inrectus , dicebat régi et matri ejus : • Mlrum mihi et omnibus cur 
tantae arrogantiae cornes Ricardus, Northmannicum Britonumque tenens regnum 
quietus, super Francos praesumptuosa temeritate elains, principatur contumax pr» 
omnibus. Nec Deo, nec uUi miiitat , famulatur et servit; verum in suae praesumptionis 
jaclantia , irreverentl animo cordeque infrunito confidit. Nostrorum quemque parvi- 
pendit, Francorumque ut rex ditione superba dominatur et régit. Hujus consilio 
tractantur cuncta quae Francigenis sunt incommoda. Non est tui nec nostri honoris 
ut talis cornes dominetur nostri. Dedecus quippe est tui imperil quia Burgundionibus 
imperatf Aquilanos arguit et increpat, Britones et Northmannos régit et gubernat, 
Flandrenses minatur et dévastât, Dacos et Lotharienses, quin etiam Saxones sibi con- 
nectit et conciliât. Angli quoque ei obedienter subduntur ; Scotl et Hibernes ejus 
patrocinlo reguntur. Omnium quippe regnorum omnes gentes ei famulantur et obe- 
diunt, nec est nisi tu qui queat resislere superbienti lemeritati ejus militumque 
suorum. Magis ac magis , supraque satis ingrueater confortatur et pr^valescit , nec 
multiflua militum congerie confldens resipiscit Vide ne regnum tibi haereditarium 
conetur super te invadere , teque ab lllo exterminare et extrudere. Si quod injuste 
tenet teueres, omnia régna tibI vindicarc quires. t Haruin quippe failacium ambagum 
alloquio audito, subiutulit Tetboldo regina tristis et commota : i Tu, nostri secret! 
conscius, secretiorisque consilii fidus secretarius et consiliarius , da nobis consiiium 
super his rébus. Nullius juvaminis virtute suiïulti, nisi Dei, precamur ut motus pietate 
in hoc negotio» clementer succurras nobis. Aversamur undique secus, et compri- 
mimur, et nusquam tuta fides reperitur. » Tetboldus vero comes cupiens perderc dolo 
penitus Ricardum, tanls probitatis patricium , subintulit reginae hoc consiiium. 



(a) Thibant, comte de Chartres et de Tours, Sfait épousé la duchesse Lcutgarde, belle-mère du duc 
Bichard, ou, tout au moins, sa tante. 



360 DB MORIBL'S ET ACTIS 



APOSTROPHA (1). 

c Heu, quid adhuc furis ardescens (2) odio perfidiaque (a). 
iDvidiœ nimium afflictus tœdis et laniatus? 
Desine moliri contra Supcrum velleque posse : 
Pervacuus DÎmium labor est, quem dudc corde retractas. 
5 — Non capitur quem dextra Dei sanxit, protegit atque. 
Nam justus, probus, innocuus, sanctus, percelebrisque 
Marchio. patriciusque, cornes, dux Ricard us et almus, 
Aggere quudrifidœ mactus virtutis rutilanti, 
Plebem commissam sibimet pater, ut corriget augens, 
10— Proteget, auxiliabitur, et salvabit, refoTebit. » 

104. « Si (3), univers» Franciae el Burguodias militari manu asdla, profectus fuerit 
rex Lotharius, taus filins, ad ejus urbes munltissimas, ille si maluerit resistere {li), 
dimicabit contra eum. SI non , componet se in firmisslmis muniUonibus tulissimarum 
civitatum ; denique, conglobato christicolarum paganorumque exercitu , depopulans 
cuncta, aggredielur urbes suas, et si forte ceperil eas» Francorom Burgundionuroque 
tenebit securus régna. Prudentius congruentiusque est cum dolo aliquatenus eum 
capere, quam monarchiam ejus devastare, urbesque obsidere , quia nihil proficiemus 
in hac expeditione. Animadvertel enim propositum volunlatis nostrs, sicque cautins 
tuebitur se. Veruui mitle legalum ad Brunonera Goloniensem arctiiepiscopum, fraCrem 
luum (6) , I^thariensem scilicet ducem praecipuum , ut venial ad te propter hujus 
erroris negotium, decipiatquc alicujus calliditatis sophlsroale Ricardom, tanlae ela- 
tionisvirum. • 

105. Illico regina (5) mlsit ad Brunonem et omnem hujus deceptionis mandavit 
sericm. Bruno vero petiit Franciam illico, veniensque Virmandensem pagum, misit 
quemdam episcopum qui dlceret Ricardo in dolo : « Bruno, Coloniensis archipraesul, 
licet indignus , tibi fidellum oralionuni munus. Quoniam quidem noster senior bene 

Var. — A) Mutrum dactilicum, alcmanicum, coiislans fipondeo trimetro : ypercatalectus rersus est cuî 
uua syllaba supcrest. Habet Vtbi nubjectum ferelrarium (sic) qood constat «pondeo, dartilo, item spondeo: 

sed in loco primo spondcus est, ubi anapestiis contra regulam, ni métro traditum inreuiamua. C. 

(S) Arnulfe Gio%, interU N.-O. Arnulphe. D. — (3) De consilio Tetboldl contra ducem Ricardum. Gio$. 
margin. CL. — (4) Resistens. D. — (5) N.-M.-A. MiUit. CL.-D. 

(a) Plusieurs manuscrits et le texte de Duchesne intercalent dans ce vers le nom d*Arnould : d Ar^ 
nulphe; mais la méprise est ôvidenle : sMI y avait lieu d*ajouter un nom, ce serait celui de Thibaut. 

{h) Brunon, arcbevèque de Cologne de 953 à 965, s'employa beaucoup en faveur de son nereu, le roi 
Lolbaire, quMI sVfforça de réconcilier avec les fils de Hugues-le- Grand, également ses neveui. V. Frod., 
Chrou,, ad ann. 960. 



PRIMORUM NORMANNIjB dlcum. 367 

Dorlt quod evangelicus sermo referendo dicil : Beati pacifia, quoniam filxi Dei voca- 
buntuTy idcirco obnixe precatur ul venias conlra eum Ambianensi pago velocius. 
AudivJt eoim rumores (1) insurgenlium in te rixarum, vullque ardenti animo ob 
amorem iuum sedare lumores earum. Te et regein nepotein suum inextricabili 
coDciliabit fœdere; te et Tetboldum c«terosque malivolos paciGcabit, dempta pestifera 
voluntate. Omnia régna nepotis dilionis rectae ambil lege coercere et screnare , om- 
ueque jurgium discerpere et conculcare. Desideral enim omnes conuectere fidclUati 
su! nepotis, sicque sedatis rixarum turbinibus, pactaquc ab omnibus pace, ad sua 
regredi. t Tune Ricardus, marchio benignissiinus, liis dolosis aiïatibus deceptus, cœpit 
ire conlra Brunonem cum suis fidelibus. Quumque adessel pago Belvacensi, Brunoque 
Ambianensi 9 die qua denorainalum erat eos simul colloqui, venerunt ad eum duo 
Tetboldidae dicentes , divino nutu inspirati : « Tibi , dux , secrelius fari volumus. > 
Uicardo secedenti, intulerunt illi : • Mavisne fore dux Nortiimannorum , quam extra 
regionem tuam pastor ovium et caprarum? • Ricardo vero comité in uno obtutu 
defîxo et mirabiliter haerente, nulliusque responsionis verbum iliis dante, illi ad- 
modum stupere. Illata veropropositio quid significaretscrutatus, inrraque semetipsam 
quasi receptus, dixit iliis duobus: • Unde, vel cujus fidèles estis? t Responderunt : 
• Quid tibI cujus ? Nonne tui? i Ricardus animadvertens eos suos fidèles esse» eosqoe 
propalari cujus essent nolle , grates agens et vale dicens , honoravit secrelius illos 
praecipue. Uni vero ensem ex auro quatuor librarum in capulo fulgidum» alteri vero 
dédit armillam totidero libris purissimi auri fabricatam. Iliis namque recedentibus « 
quae retuierunt intimavit suis optimatibus. Tune illi retractala et interpretala propos!» 
tione tantae Invectionis et comparatiouis, coegerunt illum redire mœnia Rotomagensis 
urbis legatumque mittere ad Brunonem « qui se non venturum ad placiium nun- 
tiaret illL Legalo vero Brunoni archiepiscopo nuntiante Ricardum ad placitum non 
venturum esse, stupuit, autumaïque tanUe deceptionis consilium illum animadverlisse; 
dixilque legato: « Vade citius, dicque Ricardo, magno duci, ut saltim venlat super 
£pt£ fluviolum, si requiem pacisque incrementum cupit habere suorum inimicorum, 
et ego pro ejus amore proflciscar illuc soiaturus eum. ■ Tune Icgalus : • Non propter 
le (2) , nec propler quemquam tuorum ad praesens venerit contra te ad placiium. » 
Hujus igitur responsionis obslaculo, tantaeque traditionis dolo penilus delecto, rêver- 
titur ad sua verecundus Bruno (a). 

Var. — (1) R. Errores. D. — '2) Me. MS.-D. 

(n) Un passage de la Chronique de Frodoard , à Pannée 961 , confirme pleinement te récit de Dudon. 
Si M. A. Le Prerosl ( Notes sur le Roman de Rou, t. 1, p. 221-S27 ) regarde comme apocryphe le fbit 
aranoé par noire autettr, c*est qa*one défiance excessite ne lui a pas laissé reconnaître toute la valeur 
des preutea quM tenait dans tes maint. Frodoard dit expressément que Brunon, qui s*occupait alors rort 
actif ement des affaires de Lotbaire. Tint en France en 958 et en 959. Celte dernière année, notamment, 
il se rendit à Coropit'^ne : « Bruno iterum in Franciam Tenlt et apori Compendiom cum regina sorore et 
nepotibua sui«.. . colloqoium babuit » Ces! bien là le ptigim VermanâemU dont parle Dudon. Enfin, en 



2G8 



DK MORIRUS ET ACTIS 



APOSTKOPHA (i). 



MoliuDtur ecce plures 
O Ricarde bénigne, 
Duxque patriciusque magnus, 
Cunctis et cornes almus. 
5 — Subjugare te potenter 
Vafra calliditate , 
Et rétractât quisque dolo, 
Quo te perdat inique. 
Propter hoc stude valenter. 
10 — Certa, speque, fideque, 



Enitere vi micaute, 
Meritis merceque justa, 
Quo queas vigere semper 
Solerti probitate, 

15 — Callis et justi tenere 

Libram, rectum itinerque. 
Frueris (2) sorte tali, 
Quo nunquam capieris : 
Sed vigebis sœculorum 

20 — Jam per sœcuia cuucta. 



106. Tune per tolam quippe Franciam, fiurguDdiamque et caetera regiia, rumor 
taotx traditionis, tautiqiie doli propalalur et ab universis firuuo et Telboldus, caete- 
rique faulores talis coosilii et calliditatis viluperantur. Ricardus vero, dux sanctissi- 
musy tant» deceplionis et calliditatis iosidiis erulus, referebat quotidie grates Régi 
regum devotius, qui eruit eum de periculo roortiset captivitatis propitius. Eratitaque 
Ghrislo Domino semper in omnibus operibus subjectus, devotione et mansuetudine 
omnibus viribus armatus ; moribus et merilis praecipuus, sacrosanctae Ecciesix Nortb- 
mannicae advocatione diguus, fide plenissimus, spe robustissimus, cbaritate largissi* 
mus; obcdiens Dei prœceptis, credulus in divinis promissis; afiluentia rerum boni- 
tatumque locuples, divino cultu mundialique solers ; docilis in opère, longanimis in 
spe; sapiens in coiioquio, prudens in consilio. In corrigendo constans et vehemens, 
in dilectione Dei et proximi ardens ; patiens in adversis, fortis in periculis ; in divinis 
saecularibusque disciplinis mansuelus, in eieemosynis largissimus ; assiduus in studiis 
bonae operalionis, soliicitus metu morlis ; eximius in timoré Dei, magnificus ordine 
habiluque laicali; in exsequiis cunctorum devotissimus, in misericordia et pietate 
gloriosus ; praecellenli ingenio praeditus, in omni opère strenuus ; judicio Justiliaque 
insigniSy in reos severitatc terribiiis, in probos lenitate mitis; adgratiam meritorum 



Var, — (1) Metrum irocaîcum, alcmanicum, constans a cataleclo cui subjecturo est feretraciuiu quod 
pro spoudeo inlerdum recppil ana|)esturo. C — (3) C.-D. Eraeris. N. 

960, « Otto et Hugo, filii Hugonis, niedianle arunculo ipsoruio Brunone, ad regero venianl et sut eflB- 
ciunlur. • Frodoard , Chron., ad ano. 960. Or, nous savons par Richer, liv. III, eh. m, qae le roi était 
alors à Laon, \illc peu éloignée d^Âmiens et de Beaurais. L*aUiance que venait de contracter Richard avec 
la sœur d'Otbon et de Hugues, rend très-vraisemblable son appel à une réunion de famille par Bninon , 
l'oucle de sa Teuime. Ajoutons que le Doyen était du pays et quMl put contrôler les renseignements qu'on 
lui donnait en Normandie. Le silence qu'il garde sur le nom de Pévéque envoyé vers le duc normand par 
rarchc\êquc de Cologne nous parait être tout de discrétion. La suite du récit est dVdleurs en parfaite 
concordance avec la Chronique de Frodoard. 



PRIMORUM NORMÂNNIiE DDCUM. 269 

promptuSy ad ignoscenda offensa (1) paratus; humilitatis gradibas sammus, in omni 
hospUalitatis famulatu prxcipaus; altor monachorum » canonicoruroque atque gre- 
gam pfissimus ; advocatus suorum providus ; dispensaior commissi ialenli fidolis , 
moderator rixarum insignis ; delictum proprium cavens, alterius severiter puniens; 
plebem ut pater filios fovens» Christi prscepta fideliter adimplens; protervos (2) 
interdum armis , Interdum palientia vincens ; paganos jugo Christi levi et suavissimo 
subdens; defensor patriae robustissimus, solalorque viduarum sanctissimus ; prudens, 
magnanimus » bonas et modestus. angebat populos statutis legibus. Praecellens pater 
exsulis et egentis (3), incomparabilisque solator orphani et pupilli (/i), largum pau- 
peribus clbum minisirabat , ecclesiarumque assiduus reparator renitebaL Sacros 
ordines graduuoi Ecclesiarum mirifice prae omnibus honorabat » atque roonastica 
qnasque adornabat. Atlenlus, benevolus et docilis in omni opère existebat, accusan- 
tiumque et accusatorum aequali lance querelas discutiens trutinabat. Non personas 
pauperum vel potentium in Judicio ullo cultu reverentiae respiciebat ; verum expu- 
gnantium (5) querimonias , dempta scrupulosœ rei arobiguitate, recensens, dijudi* 
cabat« Meritis et factls prxcellebat in omni negolio cunctis, eratque omnibus mirabilis 
respectu bonitaiis et honoris. Floccipendebat arrogantes et improbos; puniebat 
contumaces et reos ; exaltabat humiles et benevolos ; concuicabat raptores et injustos. 
Tirones sus domus praemiis et muneribus ad serviendum incitabat; majores natu 
beneficiis aiDuenterdltabat Vix nemo audebat in regno suo praejudicium facere, nul- 
lusque cuique quicquam subripere. Degebant omnes in ejus ditione securi malorum 
et laborabant festinanter accelerata exhibitione omnium operum. 



APOSTROPHA AD LECTORElf (6). 



Profusis precibus, lector, supplex tibi dico, 

Artis septifluœ gnare, capaxque bene : 
Déficit eloquium : doo hune sustollcre possum 

Quantum opporteret laudibus inuumeris. 
5 — Xec slringi numcris, nec possum cedere verbis 

Quœ mala sedavit, quœ bona distribuit. 
Cnstos defensorque suœ patriae luculenlus, 

Dux, cornes isle bonus, marchio, patricius, 
Archidicus (7) rethor (8) verus (9] si quislibet essct , 
jO-. Posset veridica scribere quœ cuperet ; 

Var. — (I) R. Ad igiMMceodam oirensonim. D. — (!) N.-CL.-C-R. Propler voc D. — (8) Ena- 
laUs et e^ntibus. R.— (A) Orphanornm et papillorum. R.— (5; Imptignjntiumque. N.-CL.— (9) N.-C 
Apostropha. D. Heroieum cam eleiaco. C— (7) Archidiclui. M.-D.— -8, N.-C. Rector. M.-D.— (9) N.-C. 
Verom. M.-D. 

3& 



270 DE MORIBUS ET ACTIS 

Astego stultus, hebes, cunctœ ratioois et expers. 

Scribere non valeo dicere quœ cupio» 
Istius notœ scriptaeque libro bonitates 

Ejus stellifero qui sedet in solio. 

107. His et aliis quaropluribus probitatfbos hue illucgae sparalm diffiitis, copioels- 
que diversarum rerum affluenliis propensias diffamatis, Telboldtis cornes (i) fnceo* 
debatur; excruciatus iovidfa et fuiiis, livoris et perfidiae sufibsus Feoeno, soggerelmt 
quotidie régi Lothario nt dedperet Ricardum, tanta? digoitatis viram, dolo, teneret- 
que NorthmaiiDiam sub saae dilioiiis Jugo. Tandem vero rex I/)tharfas, Ipsfas conids 
fiophisticis suggestionibtis excaecalas, misit ad Rlcardom qui diceret ei dolosis 
aflaUbus: c Usquequo prsstolabor pœnUeDtls recordatiODisqoe tuœ respedum, at 
firivolum cujusque gentls me toiles parvipendis? Nodbo suboixas tooram adminievlo 
inimicorum, possum obsidere et capere, exceptis amîcis tuls, orbes manHkmam 
inarum ? Non unqaam cuiquam te subjugabfs ? Norisne me esse regem Francorura ? 
Nonne tfbf injurfus esse potero si , qu» met Juils est, ascita mana , ad te obooxlos 
{>roperavero ? Si tuis invidis credidero , tnqae vero meis perjarfs et infidelibus fa- 
veris mente et corde tao , Dunquam pacificabimur foedere complacito. Desioe talia 
rimari, et Hbeat tibi mecum gaudere et congratniari. €onnectamur igltmr ad Invieem 
taliter competeotlis matu« voluntatis, at nemo nostrorum suapte quidquan posaUdeat 
facultatis. Si quispiam in te Yel In me rixatns exercuerit jarglam, ego fmim» tu Tero 
meum contere et dissipa adversarhim. Simus unius cordls» uniusque mentb et nriun- 
tatlSy et conteramus et dispergamus atque subjlciamus Tetboldum (2) eum sois. 
Flandrenses vero caeterasque gentes io nos rebelles , diras legls Jugo afiUgamos, 
easqoe nobis servire vi (3) et potestate urgeamus. Quapropter accéléra ventre 
contra me velocius ad placitum , vXy cotligati Indissolublli competentia amicitiarum, 
gaudeamus unanimes , securi hostium et adversariorum. » 

APOSTROPHA AD REGEM LOTBARILM (A). 

liOtbari, rex clemens, plus, justus, sanctus, 
Probus, modestus, nobilis, lux aima orbis , 
Cur decipi moliris, infectus spurco livore (ô), 
Ricardum ducem sancium, justum ? 
5 — Jamjam pudebit cogitasse hoc penrersum 
Ingloriusque babeberis (6J : hoc, heu ! velle 
Pravum tu uni ; sed vélle posse baud continuel. 

Par.— (i) De consilio Telcbotdi comitis régi Lotiiario dato, ut proderet ducem Ricardum. Gloi. marg. 
CL.«-(S) Telboldi». M* — (8; R. ^ (A; N.-C 0oc genut lambkum est yponatium [tie) ODnatans Irioetro 
aeataleoto. Ijimbura ver^ melra in yaribus quidem locls poasoot iccipere iambuv , Iribracuin» iflpoodMMii^ 
llaçtilum* anapesluni, lanium iai]il>um tel tribracum el saeiie apad comleoa aoafesuiflh |un ut «ulUrwn 
bicvium juDClura ^iietur. C. — (5) Lhore Ricardum. N.-M.-C. — (0) Habeterb iiiaii^. D. 



PRIHOBDM NORHAIiliLB DI3CUM. 27f 

I08r Igttor Wcardos 9 dox cottesqoe praeceHcDtlttiaimi iialskUcto banim blandt-- 
tkiMiB miiianimque legattoolbus decepios ^ porofecCi» est comra LotbariaiD regem 
ad pladiQQ] » asdla milUari mana. Hex vefo» coadanatis ejus iolMicis io dalo» Car- 
BOleasi aclliœt Tdbolte (1)» Attdegavaisi Goixfrido (2) (a), aique Flandrenal comité 
BildKiDO (b) qul^ etiam exercitu plttrimorum ejus iDiniicoruin elaiii coaglobaio, mo- 
rabatur s«^r nebue (c) fluviolum fraudulenti animo {d). Die vero indicU placilU 
qua doloae fliatotUBi erat eoa federari , misit dux magous Ricardu» explaratorea» 
ut fse gerebantar apod regeni renonliareDt sibi , ioqoirereDtqiie qui esseot cooi 
rege» et ai quld deceptiouis lalitaret in exsequeiKU negotlls placiti. llii autem iUac 
profecti, Telboldum caelerosquc inimicos ducis Ricardi ante regem repererunt. Hinc 
qooque super maudatia régis baere&tes» Dlmium stupuerant. lUis aotem aute regem 
moraotilMis paululum» ecce veoerunt Tetboldl, Goizfridi atque Balduiul comltuni 
loricaii et galeali exerdlus, insurgeâtes bine inde céleri equilatu, cupieiHes ut 
Jussuni erat aggredi Ricarduro etsuos bostiii congressu. Videntes autem boc iUi^ 
iDouebat quisque sibi» ut renuntiareot celerius quae viderant Ricardo comiU. Tobc 
uous Uloffum praepetis equi dorso residens, veloci cursu repetUt Rlcardum^ praedl- 
guiioà comltem, omnia agmina transillens, vociferansque cum oimia gemilu, et diceos : 
t DoBiioe y domine dux praepotefltlssime , erue te, ne iotereas bostlIi immauitate; 
quia omues biimlci lui» coogressi cum rege, gestlunt te tuosque aut capere» aut io- 
lerlmere. • Hls audilis, Rlcardus, dux imperterrilus , surrexit suisque fidelibus 
ascitis dixii : i Prandiuift ecce paralum uobis , autequam divertarous ; praelibemus 
ttbid in Bomiae DomiuL Sicque sacrosanctae crucks vexillo prasmuniti , praestolemur 
bosttum cuneos inlrepidi. Nequitia etenim illorum et perfidia atteret digue iUo»; 
probitas vero pur» fidei et spei eruet dos. Impetus perverse muUkudiuis illorum 
non vos exierreat; veron prsdeceasorum veslrorum in onni adversilate robustorum 
mooimentum fartes faclat i^ Quum autem, ad prandium residens, haec et alla qnam- 
plurima soadendo proferret^suique quam plurimi abessent fidèles, venit alins niintlM 
réfèrent adesse bostium acies. Ricardo vero sanctisslmo duel percunctanli quoi 
rolllia bomlnuio essent régis , slque ipse esset rex In coogressiooe iiostili , tertius 
aflult, citatls calcartbus equls. Qui dixlt ei : • Domine dux, ecce rex et ejus exerckns 

Var. — (I) Telbaldo. N. — (S) A.-M.-D. Gaufrido. N. Goiffrido. CL.-C. 

(cf) Gaoflh>i Griflegonoelle» oomle d*Anjoo, de 858 à 987» 

(6) Beaudouin, fils d*Arnould« oomle de Flandrev de 958 à 961. V. Frod., C/iroit., ad ann. 960. 

(c) L^Eauloe, rivière qui se jette dans la Béthune, appeiée alors la Dieppe, Deppa (V. pag:e S7S). 

(<0 !1 faut rapprocher du texte de Dodon un passage de la Chronique de Frodoard à i*aniiée 961 : 
• Placitum regale diversorumque oonventus principum successionis habelur; ad quod impediendum, si 
fieri posset, Richardus, filius Willelmi NortbmanDl» accedens, a fidelibus rrgis quibusdam penrasus, et 
interemplb suorum iionnullis, iii fugain oonversua esL • Il e»! évidiHit qu^it s*agil bien dans les deui 
auteurs d*un même fait; seulement ils le racontent à leur point de vue (larti'rulier. — Il ne faut pas perdre 
de vue que la Chromiquê de FrodoMrd est fSnrt incomplète pour Tépoque qui nous occuper L*aii{iur, 
oonuBe U le dit tai-méme^ était t ftvetut ctaie et attritos iiiAmiitate. » V. Ckrcm,, ad ann. 963* 



272 DE MORIBUS ET ACTIS 

fcSUnat ferro indalus congredi tibi pneparatis aciebus. • Hsc eo tremula ?oce nar-- 
rante, apparuerunt acie bine iade armati exsilientes. Tune ineffabilis dui comesqae 
RfcarduSy iDtaeos proplas immineDS pericaium, sorrexit oclus deserens prandium, 
diverlitque ab eisetsecessit trans Depps (1) alveum^ suiqae adjulorii illuc prass- 
lolabatur exercUum. Sed régis exercitus vada Deppae prsoccopavit» neveniretad 
eum. Quidam aulem iDimicorum, persequentes ducem Ricardum » in medio vadi 
Deppae armis invaseruoL Illis vero simul praeliando illic colluctantibus, recognoscens 
quemdam veuatorem suum, nomine Waiterum (2), dux Ricardus cucurrit euro domi- 
genis illuc intrepidus, et eripuit illum , cœteris fugatis e( occisis hostibus, restiUtque 
omui exercitui régis ad fluvioli Deppae exitus. 

109. Confluente vero uodique secus régis et iDimicorum exercitu, dixerunt ducem 
ad Ricardum (3) majores natu, derendentem severiter vadi aditus: « Domine dux 
magnanime, fraus hujus perfidiae, dolusque deceptionis nefandae detectus est Deo 
aonuente. Ne igitur praeoccuperis morte, aut capiaris, precamur, diverte, urbemque 
Rotomagensem céleri equitatu pete , ne forte inimici tui praeoccupent nos velociori 
cursu , eamque vindicent sibi , reperientes vacuam militibus. • Dux autem Ricardus, 
lllorum respuens consilia , cupiebat cum tirooibus suis venientium invadere agmina. 
Tune majores natu , videntes eum in su» mentis proposito perseverare salubrisque 
consilii verbis non acquiescere , aggrediuntur eum et per freni liabenas arripientes , 
precabanlur eum secedere. Tandem vero, majoris aetatis militum precatibus vix 
coactus , secessit et petiit Rotomum festinanter ne caperetur. Illico propalante fama 
exsecrabile conjuratae deceptionis placitum , omnis populus regionis iliius confluit 
celeriter ad ducem magnum Ricardum , crebris multimodisque monitis incessanter 
urgens eum , ut régi et Tetboldo comiti redderet retractatae deceptionis talionem , 
invadens eorum regnum. Ipse vero grates referebat quotidie dévote Régi regum , 
qui de interitu mortis aut captionis eripuit eum. Ecclesias palliis monasticisque rébus 
ideo plenius honorabat , pauperibusque cibum et potum largiflua manu abundantius 
ministrabat, divinaeque servitutis ofBcio incumbens operam dabat. Judicia jnsti 
examiois libramine rcctius trutlnabat ; rixas lltesque atque discordias compescens , 
plebem moderatius regebat. Guncta bona opéra sagaclus perficiebat ; in omnibus 
operibus Deo subditus perfectior erat. Orphanos pupillosque et exsuies , ut pater 
ûlios 5 lenius sustentabat vlduasque et profugos suavius refovebat. Monaclios canoni- 
cosque atque iaicos famulari Deo strictius urgebat ; paganos sceleratosque refntans , 
populum suae advocationis fomento securitatis prudentius nutriebat 

APOSTROPHA AD URBEM (6). 

O civitas fecundior quampluribus 
Fertilitate boni , militibusque sacris 1 

Par.— (1)N. Depc. CL.-A.-D.— (2) M.-G.-N.-D.Gualteruiii.CL.-G.— (3)Duci Ricbardo... defendeoU. R. 
—(6) N.-C.-D. Melrum iarobicum archilc^cum, constans trimetro acataleclo, cui subjccliiin est eleiacum. G. 



PamOaUM NORMANNIiE DDCCM. 273 

Tuus ecce dux prudens, pius , saDCtus , bonus , 
Taatorum proccrum erulus iosidiis, 
5— Peragit Dei quœ sunt, tibique congrua, 
Recti per cuDcta tramite judicii, 
Sed, quod coIodus non fui quondam tuus, 
Nescio digerere quae studuit facere. 
Utinam poetas possideres garrulos, 
10— Quis bona quœ studuit elucubrata forent ! 
Quod vatibus culpa est , cares rhetoribus (1). 
Instrue nunc pueros artibus innumoros , 
Successio quidquid peraget magni pafris, 
Carminé multicano elucubrare ut (2) sciant. 

110. Interea longe laleque per lotam Europam profusius promulgaia ianii palroni 
tantique docis bonltate, Telboldus, veoenifico perfidiae infectus livore , ilerum petit 
regem Lothariuro , dixftque illi doloso corde : • Paterisne convictus contumacis 
RIcardi jurgio prsjudicium suae arrogantiae in luo regno persistere 7 Tenebitque 
regnum Northinannicuni sine tuae volunlatis largitione ? Quomodo jure rex nuncu- 
paberiSy si regere regnum Francorum non quiveris? Gaeterum fortassis ascfta Dacigena 
gentilitate , ut avus suus liollo olim super avum tuum Karolum , regnum dillonis lus 
supercilio jactantiae suae délibérai invadere. Contra istius praesumptivas calliditatls 
molimina , dabo Ubi prosperl saluberrimique adjutorii consi1ia« Invade et obside , 
alque cape mihi Ebroicam civitatem ; ego vindicabo tibi totam Northmannicaro re- 
gionem. » Rex vero , his promissis hilaris et laetus , mislt ad omnes suos fidèles , 
qualenus ?enirent ad se hostili congressu. Conglobalis igitur loUus Franciae el Bar- 
gondiae repente principibus, occurrit, et obsedit alque cepit Ebroicas (3) repentino 
conflictu , dedilque eam Tetboldo gratia conventionis ultroneus (a). 

Var, — (i) Recloribus. Ms. D. — (2) N.-C Klugubrare sciant. D. — (9) Ebroycas. N. 

(a) Cet érénement et les suivants doivent avoir eu lieu vers 962. Frodoard en parle, mais d^une façon 
très-sommaire: «Telboldusquidam, cum Northmannis confligens, victusest abeis et fugadilapsusevasit.* 
Chron, , ad ann. 992. Il s^agit sans doute, dans ce passage du chroniqueur français, d*un coup de main 
lente par Thibaut sur St-Sever, coup de main raconté par Dudon dans le paragraphe qui suiu Le chro* 
niqueur français ne parle pas de la prise d'Êvreux ni de la part qu'y aurait eue h roi. On voit cependant 
bien que Thibaut agissait selon le gré de Lotbaire et deGerbergc ; car ce fut près d'eux que, se voyant baUu 
par les Normands et menacé par Hugues, il chercha aide et protection: «Qui Telboldus, teniorem 
suum proinde oiïensum habens, ad regem venit ; a quo sed et a ri*gina Gerberga, bénigne sosccptos, et 
mili consolatione refocilatus, absccssit. • Frod., Chron,^ ad ann. 962. — D'aiileuri, cette prise d*Évrcui 
était un ftit bien connu en Normandie. Guillaume de Jumiéges ajoute aurédlde Dudon un détail 
curieux. Il nous apprend que le roi • dvitatem Ebroicam aggressus , civibus incautis, eam obiidtooe 
ciogitt dolisque Gisleberti, cognomenio Mainel* capit ». Lib. IV, cap. xv. — Disons, en terminant, qne 
c*est prêter on sens trop préds aux mots employés par Dudon, • cepit EbroUaê repentino confùiu^ t que 
de les traduire par U prit tf assaut, V. A. Le Prévost et sa critique contre noire auteur : Notes sur U 
Roman de Rou, L I, p. 2&S. Dudon veut dire que la Tille fut prise sans peine, ce qui s^acoorde fort bien 
aTec ce que rapportent Guillaume de Jumiéges et Waoe. 



27 & DR MORICUS BT àCtlS 

APOSTROPHA (1). 

Celebris, digue nobilis, atque 10 — Tibimet dum infortunia crescunl. 

Marchio summus, duxque verendus, Nam (4), quom colit, Lune lacerai acre 

Tutor cleri, plebis et aUor (2), Eyrrius (5), œlemus , refovendo, 

Rector popuH , justus et almus, Pater ut sobolem recreaos dulce. 

ô— Orphani et eiulis irrevocaDdus Quœ peragis dudc perage semper; 

Viduœ solatorque benignus , 15 — Quœ operaris modo hœc operare. 

Fortuitis iiunc casibus istis Urbs ablata tibi quoque furtim , 

Velle modestum dod miDuetur. Tibi reddetur, judice summo. 
Neve fatigeris (3) dubitaudo , 

111. Ricardus (6) igitar, dux praepoienUssimus» subiianeo borom eventoum casn 
tiistis et mcestus » convocavit robuslisslmas legiones NortbmaDttici exercUiis, ivihpie 
super Tetboldum , fretus innamerabili militari manu ; depopulans et incendens Car- 
nûteosem Diinensemque regionem, remeavlt ioiperterritus. Dispersis reversisque ad 
sua Ricardi , magni duels , exercitibus , Tetboldus conies conglobalo suo clam exer*^ 
dtn, inrepsit NorthmauDicis flnibus. Quum autem relata quorumdam HIcardus , dux 
magnus , didicisset quod Tetboldus Northmannicos fines aggrediens adreniiet , misit 
quemdam Ricardulum (7) » qui cujus multitadiais exercitus esset felocller rcwiDH 
tIareL Ule vero céleri equltalu » quo Tetboldus morabatur , aggressos , qnosdam 
iHorum ab exerdtu sequestralos reperlens, luterimit , Tetboldumqve coraltem adesse 
Rkardo duel » occisorum Infectus cmore, reountiavlU Yldens autem oud sangoiio^ 
lentum, ejusque arma cruore perfusa» dux magnus Ricardus dixlt adstastibus: • bue 
namque cum suis luterfuit certamiui ^ « dixitque iUi: « Quot ejos exercitium milUa? 
quave parte Sequans aggreditur nostra ceofinia ? » Respondlt : • Tria » lae?aque 
parle Sequans , quae est £broicacensls, occurrit hostillter nobis. » Gui dux magnus : 
• Si prxlium contra nos , aut obsidionem urbis Rotomi agere ambiret , altrlnsecus > 
qua eminet urbs, ferilare contra nos acceleraret. Verum» quia altum Sequans pelagos 
nobis et illls obstaculum exstat, navesque absunt illl quibus transeat» nQllateDii& 
nos bello lacessere tentât ; sed patriam nostrae ditlonis depopulare atque crenrare 
nostri ruboris confuslone atrociter délibérât. Nos vero , quibus adsunt naves , ascftls 
prlnciplbus nostris ad illos transeamus , quodque Deo placuerit inter nos expe- 
riamur. • His dictis « sacrosancts Genitricis Dei petens aulam , superque altare ^u& 

Var» — (4) C-D. Metrum mixlam variis pedibos quod ineertom est quo polisskDuiD Tocabtilo dcbttl 
oemerif aat daclilicum adonium erit, quod pro dacUlo teu spondeo anapestum rrdpial, a«l dadiiiOMiiy 
aieliik>IcttiD tetrametrum, quod pro dactilu seu spondco indifferenter anapestum admiUal. Nam an ap i 
licun seirtire ra(k> dissuadet. C. — (3) N.-C. Auclor. D. — (S) N.-M.-a rastigeria. N.-C. lUmeL Ml 
SUbimet D. — (à) N.-C. Jamque. D. — (5) N.-C Pyrrim. a -- (e) De bello Ricanll comiOi 
Tetboldum et regem Fraocie. Gtos. margin. CL. ~ (7) N.«GL.-M»*G.-IW RidHuxium. D. 



PRIMORUM ^ORMANMiC DUGUBf. 275 

pretiofii nuneris pooens palUam, ad pjofalurum efficacis orationis confugU aoKiliom. 
8ed Deas » qui soperbis resistit , bumiiesqae sublimât et erigit » humillimum derols 
«tjns précis votom exaudivit. 

il 2. Tetboldos vero cornes maiivoiae intentlonis proposiio maligoabator feriter ta 
leUore NorlbaïaDoica , profectusque est conslipatus ferrata acie iisqae ad casas 
Bermeolradis villae» in porta fluminis Sequanœ , altrinsecus contra Rotomam po- 
sile (a), fiicardas vero, marchlo robustissimus, alterius portas navigium expelHt, 
ioiaque oocte Sequanae transmeans alveam , super Tetboldum diluculo irruens , 
beilum contra eum cum paucis iniiL In primo quidem congressu certaminis , pnelia- 
bantur decurtatls telis et lanceis ; secundo vero roucronibus coruscis. Tune robosia 
œaBiis Nortbmannorum » conjunctis complicatisque ad invicem clypeis» ade corosca 
mucronum aggrediens , invadit armatos obstantesque Francos (1), et ante deitra et 
Isva lacerans , prosternensque atque dismoipens cuneos hostium secure (2) , equi- 
tans super cadavera occisorum , condensum agmen obstantium , reflectique praelium 
In cuneos bine inde remanentium. Hinc bine Francigenarum strages efficitur • multi- 
genaque manns multatur et interimilur. Nortbmannornm namque gens belligera et 
eflèrra discurrens permeat praelii discrimina velut lupi per bidentium oviiia, occidens 
et prostemens hostium severiter agmina. Ricardidis siquidem unanimiter vocife- 
rantibusy quod Ricardi, magni ducis, erat praelii campus , fiducia praeliandi recessit 
a Tetboldidis omnibus , vitxque conclamata est salus. Quisque se liberando quo 
divertat ignorât , quoque se iatitans abscondat. Alii lucis concretione fruticum 
condensiSy alii paludibus ainis populisque densius conradicatis reponunt se, ne 
occiderentur a Northmannis. 

APOSTROPHA (3). 

Fervere casde nova siWas campcsque patentes , 
Corpora functorum pariter lacerosque jacere, 
Rustica gens quos induviis fera dispoliabat . 
Atque rubei^ sacro spuinantes sangnine rivos ; 
ô— Cingere (4) quemque sibi varii discrimioa lethi , 
Atque super grameo tepidum fumare cruorem , 
Ricardaroque ducem gratari , strage peracta, 
Militibus loetis , esses (5) si forte , videres. 

113. Tandem vero cornes Tetboldus» fogatls prostratisqœ aicpie oecisis fideiibus 

Var. — (1) R. Franconim. Ms. D. — (2; R. SecuiL D. — (3) Eloicuro (herokuro). C — (A) N.-CL. 
Ingère* M» Fiogere. D« — (5) Eases pro adesses. C. 

Xa) Hermentrudii villa (Ementruiille) estrancten nom de St-SeTer.Il subsistait encore m 1277. V. L. 
Delisle, Cariulaire norwand de Philippe- Au ffuste, Umii VIÎI, gaitit Louis et Philippe-le-Hardi ^ dans 
les Mémoires de la Société des Àntiquaira de Normandie, I. XVI, 2* parUia P* ^22. 



276 DE MORTELS ET ACTIS 

suis privatus» fagae expeliit auxilium cum paucis velocius, nec divertit ad Ebrolcam, 
qoam sai lenebant, urbem, citatis equis calcaribus. Merito Damqae beati marchionis 
Ricardi quadripartiti detrimenli (1) illo die infortunium persensit: videlicet fidèles 
suos praslio proslratos conspexit ; ipse fagalus et laceralus exstitlt ; quidam filius 
ejus morte praeoccupatus occubult ; urbs Garnolensis et praesidium ejus igné concre- 
mata fuoditus ruit (a). Ricardus vero , marctiio bonitate famosissimus , certamine 
prolixaque prosecutione tiostiuni fatigatus Rotomum repetiit vespertinus. Diluculo 
autem cousurgeus , campum praelii aggrediens , sexcenlos quadragiota morluos re- 
periens^ funere lantorum pietate condoluit ; sepeliri eos jussit ;^vivos adbuc feretro 
leuiter ad Rotomum deportari et sanari fecit. Praeterea lucos paludesque exquirere 
fecit, multosque mortuos et plagatos reperit^ quibus eadem pietate obsequlum 
praestitif. 

APOSTROPHA (2). 

Gurgite cœruleo Sequauœ méat œstuantis amnis. 

Et movet ingentes pelagos vaga cursitantis œstus, 

Lambit odoriferas et graniine Ûoridante ripas, 

MoUiter herbarumque comas lavât unda prœpes ample, 
5^— Ipsam quum refluum torquent mare detrimenta lunœ (3), 

Detrusam retrorsum fluctibus a'quoris minautis, 

Eptadis (4) officio mutautia vel crementa passum ; 

Umbroso et vestiti palmîte prœnitente colles, 

Deliciosus ager vinetaque continens honesta ; 
10-~Cursibus undarum irriguis satis emicantque prata : 

Urbs qua percelebris nunc, Rotome, praenites décora, 

Labentis jocundis usibus afflueiiter amuis , 

Merce quibus varii compoiiere fœnoris queat se. 

Sed muDita nimis rutilas magis inclyti palricii 
15 — Ricardi meritis et moribus uDdecuoque justis, 

Qui virtutis inexpugnabilis almitate plenus, 

Protegit, exaltât, temet régit, et fovens tuetur. 

Auro plus coDStans, hostes fugat, obstat arguitque, 

Marchio duxque, comes mirabilis et stupendus actis, 
20 — Prœdignusqupy probus, sanctus, pius et bonus, modestus. 

114. His et bujusmodi triumphaliter peractis,dux magnus Ricardus praecipuos 
suae domus legatos ad Daciam celeriier misit , ut gens robustissima Dacorum acce- 

Var, — (1) N.-R. Delrlmento. D. — (2) Metrum archilolcum constans tetrametruni («te) bucolioo et 
tribus trocbeis. Telrametrum autem bucolicum est cum quarius pes dactilus est qui partem fioiat 
oratiouis. C. — (S) Cetiimeoti a luno. D. — (4) £ptadu5. D. 

(a) Cet incendie fut idideolel , el les Normands n*y eurent aucune^part. 



PRIMORLM NORMAISNIiC DUCUM. 277 

lerato JavamiDe succarreret illi (a). Daci vero bis legationibus hilares , aplatis 
oneratisqae navibus celeriter, aggrediuntur Rotomum (1) festinanter. Dux vero 
€ODStaDtissimus, tantae multitudlDis principes conspiciens, suaeque indignalionis aoi- 
mositatisque malivoientiain vindicare ambiens , petere Givoldi fossam {b) jussit, et 
devastare qus erant Tetboldi et régis. Daci vero bine abeuntes , superque regcm et 
Tetboldum congredientes , depopulabantur quae reperiebant indifferenter. Viilis rus- 
Ucoram omnibus devastatis, saburbana incendebant, atque castella piurima et 
bumo tenus prosternebant. Obstantes slbi crudeliter occidebant , caeterainque manum 
flebiliter ad naves vexabant. Desolatur régis et Tetboidi comitis omnis terra talibus 
hosUbos nequiter afflicta. Famés oboritur, quia terra aratro nusquam scinditan 
Pervia, viaeque et semitae ignorantur, quia a nemine caicibus atteruutur. Saius 
spesque et ûducia a residuis conciamatur , quia universae pestilentiœ ignominia affll- 
guntar. Ricardl vero^ magni ducis, terra solida erat et quiela , nec ullius calamitatis 
peste afilicta, sed liber! arbitrii labore ab omnibus exercitata. Quisque colonus quod 
ambiebat libère agebat , possibilitate suae voluntatis percepta. Tantae altercationis 
tantaeque cladls Northmannicae et rapinae nocte dieque innumeris casibus uno lustro 
pêne afflicta [Francia], nequibat amplius tant! Infortunii ferre discrimina. Tota igitur 
fere Francia , Tetboldi regimini snbjecta , ab incolis derelinquitur : ecclesiae , his 
casibus destitutae^ a nullo christicola frequentantur. 

115. Praesules igitur totius Francis, Northmannorum paganornm saevitiam per- 
pessi , convocaverunt sanctum synodum (c) , quid agerent scrutaturl , quia casibus 
innumeris quampluribusque incendiis, rapinisque et depraedationibus permaximis 
vexati , agitabantur christicolae subjecti periculis. Tetboldus vero dolo fraudulentae 
intentionis, suggerebat falso pontiûcibus et palatinis quod , pro statu reipubllcae et 
(Idelitate régis agitans jurgia, rixabatur cum Ricardo et paganis. Episcopi autem, 
cognita et audita bonitate sanctlssimi duels Ricardl, mirabantur super dictis Tetboldi 
comitis. Hujus igitur rei gratla consulti deprecantur Garnotensem (2) praesulem , 
cujus voluntatis esset dux magnus Ricardus sciscitari super pestiferae penuria; igno- 
minia et calamitatis. Goactus autem monitis coepiscoporum,misitquemdam monachum 
ad ducem Rlcardum , qui dixit ei hujus legatiouis mandatum : • Garnotensis 
eplscopus {d) tibi fldele orationum munus. Ambit namque te aggredi , mutuisque 
affatibus tlbi sermocinarl : ideo postulat ducem et advocatum itinerls sui^ viatoremque 

Far. — (1) Rolhoroum. N. De nunciis ad Daciam per Bicarduni missis. Glos, margin, CL, — (2) CL.* 
C.-A* Cbarooleiisem. If.-N. De oumero episcoporum Ricardo duci directe. Gloi, margin, CL* 

{a) c Heraldo, Danorum régi, iegatos dirigit •, nous dit Guillaume de Jumiégcs, iir. IV, cb. zti. 

(6) GéroMe ou JeuTosse, commune du déparUment de Seine-et-Oi>e, arroodifsement de Mantes. Ce 
lieu aTait été une des slations favoiiies t*es Normands à Tépique t'es inTasions. 

{c) C*es( à Laon que ce synode fut convoqué. V. Guillaume de Ji miéKes, liv. IV, cb. itii. 

{d) Cet éTéque de Chartres deTaitître Vulfaldus, qui cccupa le sié»^e épiscopal de 962 à 967. V. Frod., 
Chron,t adaim. 962. 

35 



278 DE MORIBLS ET ACTIS 

$1bf dari , ue forle dévorent manducentque se tui diaboli et lapf. t Biis audrtis » 
t{icardus, dux serenissimus , subridens , misit qui conduceret ad se episcopom sàl- 
vum et incolomem. Adveniens naoïque ille infit duel magno Ricardo : « Metropolftatii 
cuDi coepiscopis Franciscae gentis tibi indeitcientis monera orationfs. Mit* amtlî natntpie 
stupidi , qiium cultor Del christicolaque praecipuus Id toto orbe ttomiDeits , ctlt t>a* 
gaiios insanire io christianos severitcr permittis ? Transeuûte me tutela tu» advOca- 
tlonis formidolosam tyranoidem hostilitalis , colonos bujas tellufis secofos bosthim 
reperi ; nec formidabant repentinum casum ullius adversltatls: deltibra eccleslasqtie 
ab incolis vencranter perlustrarl (i) , mysteriumque dlvini offlcii solemnlter conspetl 
cclebrari ; quidquid vero ad cultum vera; fldci attinet Incessanter exsequ! , chrlstfàùl 
Dominis fidcm augmentari. Nos atterimur rapinis et incendiis , quin etlanii repentlûis 
nocturnalibusque casibus mortis ; et ignoramus cujus Intention!^ proposito hoc 
scelus delcstabilc peragitur nobis. Quocirca precamur obnixé , flexis corpotls atil- 
roique poplltibus , ut cujus rei causa hoc exsecrabile detrimentum Franciscâe gentis 
peragitur 9 nobis te ob hoc aggressis sermone verltatis enucleètur. > TuDc dtrx 
Ricardus , verax et Justus : c Memoresne remlnisciminl ante roalorum tneofun) pé- 
ractoruni et relractatorum ? Nonne , fraudulenta Tetboldl comitis suggestione , 
conatus est Bruno, dux Lothariensis, me decipere ? Numquid non, dolosis falsi- 
dicisque ejusdom comitis ambagibus, rex Lotharius deceptus molltus est me conàpre- 
hendere aut occidere , quem Deus eruit sua larga miseratione ? Nonne idem comes 
Lothario régi spopondit Norlhmannicam regionem , si illi daret Ebroicam , quam 
modo tenct , civitatem ? Cœterum , nonne devastans et incendens lacessivit me ad 
portum Rolonii , conglobata immani hoslllitate ? • Tune prœsul : t Non ei talionem 
debetis de blasphematione illius provocationis. Sed iiie comes jactat se repugnare 
et reluclari contra te ob statum sacrosanctae Ecclesiae reique publics. Qualicumque 
modo rcs (2) scelesti negotii se habeat y precamur impetrare pacis Incrementa , ut 
gloriari valcas cum episcopis et rege Lothario , ipsique et ipse de te tali duce et 
patrono christianissimo. • Ricardus autem praepotentissimus, recognoscens nultum 
tam Deo acceptabile holocaustum et sacrificium quam pacIs Incrementum^ dJOTi- 
gensque , ut vivere y pacificari Franciscum et Northmannicum regnum, verum nolens 
demonstrare , propter Tetboldum, mentis affectum, dlxit praesuli tnterndntio coepts- 
coporum : c Si a (3) paganis . hue propter me aggressis, pacis felicitatem impetrare 
quivero ignoro y hujusque rei causa nutans titubo. Quapropter , assumptis tecum 
aliquibus coepiscoporum et palatinorum, aggredere me quum sol mediaverit lâensem 
Maium y interimque conabor compescere blandiens contumaciam y ferocem arro- 
gantiam paganorum. • 

116. £o autem quid audivit a Ricardo magno duce » î^i et coepiscopis renun- 



Var. — (1) Perluslralus. t). — (i) S. -M. Rcs celesll. CL. Rex sceteAi. t). — (3) N.-CL. Si paganis. 
M.-D. 



PRIliOaUM NORMANNI^ DUCUM. 279 

Uaate « stallm axUmadvertU comperitque sine sno consilio Telboldus cornes pacem 
reiiuteUain e^se. Kiiteisplo misil (i) quemdain monachuni ad ducem magnum Ri- 
cardum % subsequenlia verba diclurum : • Cornes Tctboklus libi fidèles famulatus. 
QuoruiQdaLio elanliQ Fraocorum pravo consilio deceplum, jurgatum esse contra te 
sioe re et rixatum pœoitet se et fecisse quod fecit malum, et profitétur se qoid((uaai 
milU ampUus uod facturum ; ambit, si libet , tibi secretius ut servus Domino fari , 
ceddetque tibi Ebroicas » quani rex tibi abstulit , ob gratiam amoris tui. Terra suaç 
dltionis M 3ubjecta tyrannies hoslilitati , depopulatur rapinis et incendils , nec valet 
resistere saevillae tantae multiludinis, neque placare eam congesto pretio totius regni, 
nisi per te qui imperalor es hujus rei. Precalur« flexis genibus corporis et animi , ut 
indulgeas sacrosanctae Ecclesiae et désolât» plebi , et habeas se fidelem famulum 
tibi , compescens pesiiferos incurstis Dacigenae ferocitatls. • Ricardus vero du\, bis 
auditis, tacito afieclu mentis Deo grates egit; monacho quoque subintulit : « Qnae 
loqueris verane esse possont? t Respondit : « Vera , et non gestit aliud .beneficlum 
promererit reddens Ebroicacensem urbem tibi, nisi perseverans propositum tuas 
internas dilectionis ; ut pax et concordia indlssolubitis foederis maneat vobiscum 
cunctis diebus quibus vixeritis. Venietque noctu cum secretariis suis « quando tibi 
placuerit , causa bujus negotii , ad mœnia Rotomagensis urbis , firmaturus sacra- 
mento verae iidei quae tibi suggessi. • Tune Ricardus : c Del fide, qua vivimus et 
vegetamur, tenacique nostri tenoris firmamento collaudamus ut veniat ad nos , si 
libitum fuerit , bis tribus transactis diebus , et connectamus foedera nullo casu solu- 
billa , sed perpetuis et inextricabilibus legibus conservanda. > 

117. Monachus namque quae audivit Tetboldo comiti renuntiavit. Ipse autem, laetus 
et hilaris super hujuscemodi renuntiatis, diebus ter duobus transactis, venit Rotomum 
noctu cum suis secretariis. Uterque horum , ut alterum conspexit , obvius quisque 
cucurrit , amplexantesque se invicem oscula libarunt sessumque petiverunt. Tune 
prior Tetboidus : < Ad tuam ineffabilem pietatem supplex venio, quia tua miseratione 
et Dei propitiatione omnium indigeo. Ustulata sunt ubicumque terrarum quae 
possideo, habeturque tellus mei Juris veiuti quaedam soiiludo. Idcirco quae tibi 
suggessit monachus exsequi libenter sum paratus. Praejudicium omne mei consilii et 
facti tibi emendabo ; bujusque rei gratia quasi pro beneficio tibi serviens militabo ; 
Ebroicacense castrum tibi voluntarie reddo , veniamque et indulgentiam tuae mise- 
rationls promereri supplex postule » quod contra te illud tenui. • Hujus humilitatis 
devotione Ricardus dux magnus misericorditer mente subactus^ respondit Tetboldo 
comiti bumillimus : < Sine obside et sacramento fldei meae hue nihii titubans acces- 
sisti; quaecumque requiris impetrabis. Continuas pacis feilcitatem habebis; nemo 
meorum tibi et tuis ultra injqrius et nocuus erit. Ego vero abhinc tuus , sicut tu 
meus, mutuoque communis auxilii interventu, fiducialiter vicissim solemur. Fiat 

Vttr, — (1) De ounlio TeU)oldi Ricardo daci directo pro pace babenda. Gto$, marg'm, CL. 



280 DE MORIBUS ET AGTIS 

pax opaleDta, reqaies jucunda , serenhas tranqailla, concordla iDter nos stabills et 
perfecta , per décréta inexlricabilia. • Allatis igilur Sanctornm pignoribus, foederati 
suDt Simililer utriusquc comitis consiliarii baec eadem verae fidei sacramento aocto- 
rizarunt. Tune lUcardus, roarchio largissimus , muneribus et donis praeinaiimis eum 
aflluenter bonoravit. Ipse autem optalo oscuio et amplexu desiderato fraens discessit, 
eademqae nocte secretius Carnotum repetiit. Ipso namque die Tetboldldae ab àrbe 
Ebroicacensi eum omni supellectili, ut jussum erat, egredientes, miserunt ad ducem 
RIcardum ut eam reciperet. Ipse autem eam recipiens abundantius militibus pra- 
nounivity omniumque bonorum allluentia honestans fecundavit. 

APOSTaOPflA (1). 

Rusticus inscitias (2) quamquam nostrœ stjlus omet 

Diversi variis generis metris opus istud , 

Prœvacuum nirnis, indiguumque opis , artis inopsque, 

Rhetoricique favi redoleotis nectaris exsors , 
5 — Heroico potius métro poUere deceret ; 

Hoc lucubrala (3) vigent quia fortia facta virorum (a). 

Hic nam vir fortis, constans , robustus in armis , 

Pacificus, bonus, atque probus, plus, ipse roodestus, 

Magnificus, meritus, prœcelsus, nobilis, almus, 
20 — Incljtus, egregius, mirabilis, atque deconis, 

Maximus, ezimius, prœcelsus, magnanimusque, 

Prœcipuus, justus, sauctus, humilisque, venustuSi 

Propitius, leois, mansuetus, mitis, acerbus, 

Louganimis, celebris, solemnis, amabilis, atque 
15^Clemens, indulgens, miserens, scelerum puniensquc, 

Proteclor, ceusor, lutor, largilor bonorum, 

Prudens et sapiens, industris» gnarus, enormis, 

Linguarum, diversarumque sciens regionum, 

Attentus, docilis, cupidus, sitiensque bonorum, 
20 — MiriBcus, stabilis, suavis, fidusque, fidelis, 

Tranquillus, placidus, lœtus, sine nube, serenus, 

Jocundus, dulcis, blandusque, affabiiis omni, 

Facetus, feliz, frugalis, juridicusque. 

Formosus, divcs, locuples, et munificator, 
25 — Dulce caput populi, spes et fiducia plebi, 

Procerus, pulcherque, elegans, forma speciosus, 

Var, — (1) Herolcum. N. Erolcum. G. — (2) N.-C. Inscie. M.-D. — (3) G. Lugubrata. D. 

(a) Souvenir de VArt poétique d*Horace ; Dudon , comme il nous en fall Paveu , a dû avoir plus 
d*uDe fois le désir de substituer à sa prose les vers bexamHres, vers héroïques par excclleooe. 



PRTMORUM KORIlANNIiE DUCUM. 281 

Pes claudo, ast oculus cœco, baculusque labanti , 
Omni suffîciens potus large sitienti, 
Escœ praelargœ et variée cibus esurieuti, 
30 — Pauperis, exsulis, at ioopis susœptor eDormis, 
Protector viduœ, conjux velut atque maritus, 
Solator regumque, ducum, procerum, comitumque, 
Dum mundo viguit; sic omnibus omnia factus, 
Offecil nullis , certavil profore cunclis. 

118. His ila secrète cauteque expletis, marchio duxque celebris Ricardus sccnam (1) 
iDirae amplitudinis atque longitudinis super ripam Givoidi-Fossae (2) jussit fieri » Id 
adventu palatinorum pontiGcumque Franciscae gcntls. Determinato igltur tempore 
iduat! maii, inflammatis scilicet ab aestuante sole Gemiois, venerunt gratta impe- 
trandœ pacis ad Ricardum , ducem magnum » illuc palatin! cum episcopis » eosque 
decenter et veneranter recipi, scenisque juxta mirabilem scenam factis, Jussit 
hospitari (3). Crastina namque die venientes ante ducem Ricardum , intulerunt et ex 
parte Francorum munla fidellum famulatuum et orationum y et dixerunt : c Dux 
inauditae potestatis, sufficientiaeque et virtutis, optimates totius Franciae regnl pre- 
cantur unanimiter, flexis humo tenus genibus cordis , ut indulgeatis sacrosanctœ 
£cclesiae et annulât» genti. Rex autem , nosque, caeterique Francorum residui , 
omnisque clerus totius regni , omne bonum praesens et futurum optant tibi , si saevi- 
tiam paganorum compescueris , eonimque pestifera incursione Franciam erueris. 
Fraudulentae suggestionis Tetboldi comitis hortamine, quaecumque rex contra te 
operatus est fecit ; bonorumque quae pater tuus patri suo intuUt reminiscens taedet 
sefactL Quemadmodum igitur rex Luttidovicus, pater suus, opituiante pâtre tuo, 
in regno subrogatus viguit , ita régna tenere superborumque dominari y magno tuae 
potestatis juvamine concupisciL Sitis communibus mutuae competentiae precatibus 
concordes , alterque vestrum alterius juvamine confidentes perseveretis unanimes. 
Ipse autem rex , optimatesque totius Franciae rcgnum Northmannicum tibi tuisque 
baeredibus Jurando propriis manibus sancient in perpetuum ; postea nemo illorum 
uliatenus tractabit tibi alicujus adversitatis damnum. > Hujus legationis praecepta 
persolventibus respondit marciiio duxque praecellcntissimus: c O praesuies reverendi, 
omnium virtutum allluenlia profusius opimi , necnon proceres cunctorum bouorum 
forensiumque rerum ubertate propensius fecundati , propositum meae continuas in- 
tentionis et voluntatis non differam fiducialiter confiteri vobis. Quapropter, confidenter 
experiaminl , velle me (6) summopere melius felicitate pacis stabilire et exsequi , 
quam ullius prosperitatis et iionoris opus aggredi. Hoc roilii summum et peculiarius (5) 
semper exstitit. Verum , pro vestrorum importunitatibus et rixis tenere iliud , n& 

Var. — (1) Scenam Ricbardus. D. — (2) C. GuToldi. N.-M. — (S) De nunciis Francorum Ricardo 
directis pro pace oblinenda. Cloê. margin, CL, — {à) MS.-D. — (5) MS. Peculiare. D. 



282 DE liORIBUS ET ACTIS 

confunderer, ncquivi. Quia nihil est in aliquo suspecto aliquid gravias quod cruciet, 
quain quemque aul non videre quod cnpiat, aut viderequod perdat: quuin in utroque 
animus pondère solliciludinisprxmaximo pressus lilubat, ut et quod diuturnesollicitus 
spectathabeat, el ul [quod] habere cœperil ueamillat. Recogitateigiluret reroiniscimîni 
iDsidlaruui et malorum quae ab eo passus sum, et animadvertite et intuemini,cui nos- 
trorum vestrorumque exstiterit prxjudicium. Vos non ignoratis, suggestione Tetboldi 
comitis« Brunonem archiprxsuleoi Colonensem (l),etducempariter Lothariensem uie 
voluisse decipere. Vos nonignoratis^cjusdem falsidica provocatum versutiayLotharium 
regem, vestrum seniorem, voluisse me capere aut occidere. Quid refertisde Ebroica- 
censiquam reddidit niihi urbe Deus? His et talibushujuscemodi pluribusque importa- 
nitatibus, quas taedet recenseri, motus, misi ad Dacos,quatenusmihisuccurrerent velo- 
cius. Quibus me festinanter aggredientibus, imperavi in vosexercere tyrannidem cladis 
hiuus ; quia , nisi res ponderaretur , minime resipisceret stultus. Si quod igitur re- 
tulistis mibi exstat verum ^ stabilité necessariae pacis opportnnitatem mecum. • 

119. Tune Ricardus, marcbio famosissimus , ascilis communiter Northmannis om- 
nibus , cœpit blandiri et serenare eos mansuetissimis allocutionibus : c summae 
reverentiae patres, grandaevo mediocrique atque juvenili situ mirifice redo- 
ientes, gratias debeo referre vobis incessanter, quln etiam munera largirt vobis 
sufficienter, quia« tellurem vestrae nativitatis, pro praejudicio mihi sine re illato« 
deserentes , jurgati rixatique estis ob amorem meum usque modo contra exteras 
gentes. Ipsarum autem gentium rex, duces et comités^ afflicti vestris depopulalionibus 
incessanter et hostiliter , requirunt séquestre pacis spatium dari sibi suppliciter. Si 
libet vobis» consequens est dari ; si non^ oportet abdicari. Decernite requisitae rei 
negotium communi consiiio » el super boc respondere rimaminor. » Tune Nortb- 
manni » qui et Daci , unanimes intulerunt Ricardo duci , dicentes : c Nequaquam 
pax continua , neque intercapedine temporum discreta concedetur ; verum omnis 
Francia, exterminatis aut occisis principibus, vi et potestate tibi aequiretur. Heu! 
heu ! quid facient , vel quid dicent caeteri Dacigenae et Northguegigenae (2) , qui , 
praeparatis et oneratis navibus hujus rei juvamine, aggredientur nobiscum immani 
hostilitate? Quid de Hirensibus^ quid de Alanis, quid de casteris quamplurimis 
gentibus? Proposilum veslrae voluntatis^ quam nobis aperuistis, non adimplebitur 
viventibus nobis. Gaeterum, si libitum est^ quam invasimus Franciam, vindicabimus 
tibi. Sin vero displicet , sortietur ea nobis. Quocirca elige e duobus quod mavis , 
aut tibi , aut nobis. » 

120. His auditiSy dux praepotens Ricardus urgebat eos multarum prosecutionum 
imerpellationibus, et bis duobus bis diebus octo, obnixe eos deprecabatur ut, 
pacta pace, cum Francigenis fœderarentur. Praesules igitur et optimales Francises 
gentis stabant quotidie illi stupcfacti , et intuebantur conflictum hujus pacificationis. 

Var. - (1) N.-CL.-C.-D. Coloronensem. M. — (2J N.-M.-C-D. Norguegigene. CL. 



PRIIIORCJII NORMANNLB DUCUM. 383 

Tandem vero dai magnos Ricardus, non valens serenare tanlorum sœvitiam uilorum 
pracataum conaminibus, dixit seorsum suis fidis principibas: • Haec gens aspera et 
fortis» dom simul interpeHata faerity non acquiescet precibus nostris. Convoceniur 
majores natu et polentiores secretias, futurae noctis conlicinio, et excaecemus eos 
muneribos pr«maYimfs , et copioso beneficio, si forte faverint precibus nostris et 
Toto. B Hoc namque consilium principes Francigenarum refercbant salubre et pros- 
perum » et antâmabaDt sibimetipsis profuturum. Inseculœ Igitur noctis çrepusculo , 
eonvoeatls clam majorls potenti» senibus ex génère Northmannico , pandit corde 
quod FOlvebator ore mellifluo, et dixit : « (1) reverendi merito patres, pro tem- 
poralibus nimium beneficiis agonizantes, pro quibus carebitis vita aeterna, Flege- 
lone digne perfruentes, animadvertite mei sermonis proloquium obedienter. Quam- 
quam genus hominum omnium a Domino, exordio fineque carente, sit procrealum , 
quod resarciretur ruina angelorum , vario et diverso ilineris calle devins error iliud 
aMucit, ne revertatur ad Creatorem suum. Vos animas vestras putatis cum corpo- 
ribus interire ; ideo non abhorretis omne malum facere. Est quippe praeter islam 
altéra vita quam Ignoratis, et quidquid in hac feceritis, in ilia pro cerlo repraesen- 
letur vobis. t Tune iili : t Refer, precamur, nobis hujus propositionis arcanum, et 
enuclea quantocius nobis nostrae conditionis (igmentum. • 

421. Tune comes prudentissimus , demulcens eos blandis affatibus : • Ratiocinatio 
Bostras conditionis haec vera dignoscilur esse ab ortbodoxis. Bis quino namque 
cœlicolarum ordlne creato, decimoque lapso> contumaci arrogantiae jactantiaeque 
suae Jurgio cursuque totius mundanae molis, ejusdemque miriflco omatu perfecto, 
duo connectens elementa , vivum acilicet et nioribundum , in unum effiigiavit Deus 
bominem ita immortalem exllmo, ut gloria et honore eum corQMrety superque 
opéra manuum suarum conslitueret^ et ad cœlestem angelorum glorlam, quam 
arrogans perdiderat, quandoque sine camis morte transiret; sic vero immortalem, 
ut y si se ad Condiloris sui obedientiam vinculis charitatis coarctaret, legibus mortis 
non Incubuisset. Verum, heu dolori perûdo hostis antiqui astu fraudulenter Intri- 
catus y cupiditatumque illecebris lllectus , pracceptaque Plasmatoris negligenter 
spemens indeque neci obnixus, atque ab amœnitatibus Paradisi puisus, roundialibus 
aerumnis est deputatus. Nec tamen senlentiam damnationis ipse solus excepit; sed 
totam secum humani generis propagioem io facinus exsecrabile et mortis acer- 
bitatem invexit Hinc hostis antiquus super omnes homines principatum fraudulenter 
tenuit, eosque sibi nèquiter SHbdidiL Verum , quia plasmationis et casus protho- 
plasti exsecutus sum breviter seriem, oui corde et mente adhaeremus, evangelizare 
vobis nostrae credulitatis gestio fidem. Deum namque unum In substantia colimus (2), 
Trinitatem in personis veneiramur : et, licet sit Pater Deus, FiiiusDeus, Spiritos 
sanctus Deus« unus tamen solummodo creditur Deus. Patrem genitorem vo- 

yar. — (1) Pnedicalio Ricardi ducis Dac» facta. Glos. margin. CL. -- (2) De fide Trioitaliv 
G lot, margin, CL. 



28& DE liORlBCS ET ACTIS 

camus; Filium genilaiu confilcmur; Spiriluin sanctum ex utroque manere cre- 
dimus, et in tribus his personis, scilicet Genitoris, et Unigenili, atque ex utroque 
Procedeutis* Divinitatem unam , squaleoique gloriam et Dhijestatem profilemur. 
Hic namque Deus cœlum sublilitate suspendit , terram mole fundavit, maria calculis 
aliigavit, et in tiis omnia quaecumque voluit, verbo fecit, et spiritu suo ea fir- 
maviL Hic namque solus babet immortalitatem , et iucem iiabitat inaccessibilem ; 
apud quem non est transmutatio y nec vicissitudinis obumbratio ; cujus semper est 
esse sternum et incommutabilem (i) ; qui, sine mutatione sui, babet mulabilia dis- 
ponere , sine diversitate sui diversa agere , sine cogitationum vicissitudine dissimilia 
formare;qui et ubique est, et absque loco totus, quia et omnium creaturarum [ipse 
superior,] ipse inferior, ipse interior, ipse exterior Deus : superior est regendo, io- 
ferior portando , interior replendo, exterior circumdaudo; intra cujus judicii omni- 
potentiam cuncta coarctantur^ ejusque poteutia ab uiia creaturae natura non trans- 
cenditur; quia celsitudo ejus divinitatis nec cœpit esse nec desinit, et nec per 
initium nascitur nec termine coauguslatur. Hic namque Deus Verbum, quod erat In 
principio apud Deum (2) , et quod sine tempore genuit , ob nostram redemptionem 
incarnari disposuit Ex sacrosanclae Virginis carne, angelo nuntiante, processit in 
carnem (3) , humiliatus usque ad humani exordii pudorem , et pannorum iiiuviem et 
praesepii vilitalem : qnam quidem nativitatem possumus mirari;sed eam minime valemus 
intueri. Quis etenim digne ioqui potcst quomodo de aeterno natus est coaeternus? et 
quomodo anle saecula existens squalem sibi genuit? et quomodo natus gignente pos- 
terior non est? quod est: pater hoc genuit : Deus Deum, lux Iucem, immensus im- 
mensum, incomprehensibilis incompreliensibiiem, omnipotens omnipotentem , unum 
secum^ et costernum, sibi coxqualem. Qui natus ex Pâtre sine tempore, ex matre nasci 
dignatus est in tempore , et ad electri simiiitudinem , unus in utraque et ex utraque 
natura ; et Deus permansit cum Pâtre, et ad redemptionem nostram factus est homo 
mortalis de matre, ut erueret humanum genus suae similitudinis et imaginis flgmen- 
tum sua larga miseratione ab hostili iapsorum angelorum immanitate. Temporumque 
labentium cursus humaniter exsequens, diversaque miracula mirabiiiter peragens, 
scilicet gressum claudis, auditum surdis, visum caecis, pristinam sanitatem para* 
iyticis , mundam gratamque et deliciosam cutem et carnem leprosis iargicns , ma- 
risque tumores sibi et Petro calcabiles praebens^ ipsique mari et venlis praecipiens; 
mortuos, quin etiam Lazarum in monumento quatriduanum , suscitavit, et omnia 
quaecumque voluit in cœlo, et in terra , et in mari^ et in omnibus abyssis fecit. 
Denique ad spontanés morlis spectaculum pervenit , quam et cruel affixus sustinens, 
dum suo de latere aquam cruoremque produxit , virginem immaculatamque eccle- 
slam sibi exhibuil, sanguine redemptam, latice emundatam; ne aut macuiam ba- 



Var. — (1) N.-C.-L, Incommulabîliler. M.-D. — (2) N.-W.-C.-A. Eiim. CL.-D. — (3) De NaUvitate 
Christi. Glos. mar.jin, CL. 



PRIMORUM NORMANNIiE DUCl'H. 285 

béret per crimen , aul rugam per duplicitatem. Mortis namque celebrato 
mysterio infcrnoque exspoliato , die surrexit tertio , suisque fidelibus se mani- 
feslum exhibens, cum eis conversando^ quadragesimo suas resurrectionis die carnem, 
quam de Virgine sumpsit, aposlolis videntibus sustulit cœlo. HaDc namque mortem, 
quam hoslis antiquus prothoplasto générique ejusintulit> abolere famulis suis para vit, 
ilerque inviolabile, quo ascenderent uude lapsi sunt , demonslravit , dum cnrnem 
nostram secum ad astra vexit. Quocirca copula duorum elementorum, scilicct homo, 
si dum vixerit Deo famulatus fuerit ejusque prxccptis tolis virîum conaniinibus obe- 
diverit , pars viva et potenlior , qus gcrmen ab anthère traxit, hospita viscera sut 
corporis, recusatis contagiis hostis« ad aethera secum reportabit. Si forte terrestris 
\oluntas luteum sapuerit et grave et ncfarium captavcril , animœque virtutes , coa- 
cervatis nimium vitiis, abdicatisque promissionibus quas in baptismo spoponderit, 
pondère peccatorum oppressent, animam secum traliens ad inforna torquebit. Prop- 
terea sepulcris impenditur a christicolis maxima cura « illisquc creduntur corpora 
non penitus mortua> sed summo [lege somno] data: quia veulent olim sxcula in 
quibus socius animae calor visitabit ossa, vivoque sanguine animata gestabit pristina 
habitacula, videlicet cadavera tumulis putrefacta, volucresque rapienturin auras^ 
priores quas babuerunt animas comitata , quia interitus hujus mortis reparatio est 
vits melioris. Nam si cariosa vetustas totum corpus dissolverit, ut in mensura minimi 
pugilli ejus civisculus sit, illumque cinerem vaga flamina et aurae per vacuum inane 
tulerint, hominem periisse non licebit; verum aut cum quo virtutes anima exercuerit, 
corn ipso remunerabitur ; aut cum quo peccaverit, cum ipso punietur: et ita, Jndice 
Christo Dei fllio, ibunt impii lu ignem aeternum, Justi autem in vitam aeternam. Bsc 
est fides catholica« quam nisi quisque fideliter firmitcrque crediderit, salvus esse 
non poterit. Hoc (irmamentum salutiferas nostrae credulitatis, boc symbolum profu- 
turae fidei et salutis. t 

122. Qus audientes Daci obstupuerunt, Imoque trabentes vocem ex pectore dixe- 
rant: • Heu nobis omnium bonorum ignaris scripturasque nescientibus , neque 
virtutem Dei, qnianibil differimus beiluis, neque avibus cœli ! Illae quo ad praesens 
vivant quaeritant , nibilque adquisitionis sibi conservant. Nos vero quo simiiiter viva- 
oiusy rapinando incessanter quaerimus, sed in eo ab illis distamns, quia quod cibo 
potnique exuberat. In posterum thesaurizando reservamus. Da nobis salubre consl- 
lium : petimus quatenus ad praesens et in aeternum vivere valeamus. » Tune dux : 
c Si velle est vobis inbaerere nostris consiliis, ego faciam vos primitus baptizari in 
Domine Patris et Filii et Spiritus sancti ; ampliorique deinde integerrimae fidei prae- 
dicatione ab episcopis profusius erudiri, postea muneribus largissimis , beneficiisque 
amplissimis ditari , quibus vivere quiveritis , et in aeternnm non peribitis ; sed vitae 
praesentis solatio, futurae remunerationis bravlo sine fine fruemini , si integerrimae 
pacis, quam requiro, feiicitatem non abnueritis. • At iiU : c Et securitatem pacis, et 
ienorem sacrosanctae fidei spondemus libi, et nunquam devius error tuo consiiio de» 

36 



286 DE B!Oï\IBlS LT ACTIS 

viare nos perurgebil. » Pacla quippe noclu fide, el jurafa pacis quîele, dlxit Ricar- 
dus, demulcens eos melliflua allocuiioue : « Rcverliiuini, niearum virium animaeque 
mes parles, furlivo gressu ad vcslras naves, ne videamini; neque sciât quisque hue 
vos venisse praecavenles. Diluculo vero revocabo vos, pariterque lumultuantem dirip 
cervîcis plebem, cl deposiulabo muUimodis prccatibus veslram e( illorum pietalem, 
pacis dari incrcnienta et quiclis afiinitaleœ. Abdlcate et resistile objurgando cura 
illis vcrbis meis tandenique, prolixa simullate vix (inila, votis adquiescite mets. » His 
i(a clanculum pcroralis, ad sua quisque vcsllgia lorsit. 

123. Primo itaque mane diix niagnus feslinanter consurgil, innumerabilibusque 
Dacorum legionibus ascilis liducialiter dixil : « Malivolas pravae intenlionis ambages 
usque modo prxslolatus, iterum ilerunique repelam veslri obstiuali cordis excessum. 
Abnegalam roullolies opporluuilatem pacis dale, precamur , uobis. § Tune Norih- 
manni, voluntate dispares, intulerunl Ricardo una dicentes : « Frustra laborat, qui 
supra petram semina jactat. Yerboruni luorum laborem inaniler fundis, otiosa dum 
supervacue loqueris. Fax et concordia, cui nos acquiescere superflue satagis, inter 
nos et Francos nusquam el nunquam erit. Exterminabunlur autem , perimenlnr, et 
omnis natio illorum penitus delebilur. Si quis indignus fucrit invenlus, nostrae ditioni 
subjacebis. Nonne avus tuus lerram cui prxes, depopulato Francise regno, vindlcavii 
sibi armis? t Tune a minimo usque ad maximum reciproca voce cuncli dixernnt: 
• Âut moriemur, aut vindicabilur. § Ilicardus vero, dux magnus, preces precilms 
jungebal, eosque dare'paccm obnixe postulabat. Sed mens illorum precibns ejas 
minime acquiescebat Tune illi, qui noclu pacem spoponderant , cxteris intuleruDi : 
« Pro cujus adjutorio et defensione hue accessimus, consequens est utprecibus ejas 
pareamus. Opporlunum est fieri quod ambiens concupiscil, satisfactionemque conce* 
dere libenter ejus votis: cujus consilio adhœrebimus, nisi istlus? et cujus preca4i1)iis 
acquiescemus, nisi cujus beneficio quoiidie fruimur [haud] parcius ? > Bisaudilis, 
qui nocturnum ignorabant consilium , vehemenler lurbati, cœperunl vehementius 
oboriis conlradiclionum vociferalionibus rixari, el dixerunt: « Ut remur, faulores, 
quin adulatores hujus consilii estis, ideo lalia nefaria nobis impendltis. Non erit se- 
cundum veslri proposili libitum , nec pax quae requirilur dabitur ab ullo nostrum. 
Consenlaneam veslrae volunlati iuienlionem Idùlce nobis aperuislis, quae refragabttur 
audacler superslilibus nobis. Quod mandai precaturque dux, minime intercessoribDS 
vobis parebimus; verum Francia usque ad internecionem armis ferocius depopuln* 
bilur. i Tune nocturnalis consilii convenlione jam lucrali, dixerunt acerrimis bac- 
chalifuriis: c Non inlercessoribus nobis pax dabilur, sed eam volentibus nolentl- 
busve vobis duci magno largiemur. Quid nobis vobisque? Nonne vobis nalu majores,, 
prosapia nobiliores , armis robusliores? Non Inlercessores, sed largitores pacl* 
nominari debuissemus. • Quo audito, dux Ricardus, hinc secedens ait ascilis sais 
principibus: « Sinileillosad invicem feriter rixari, et videamus qui illorum potenliores 
el forliores exstilerinl. » Ter tribus igilur diebus hujus conflicti litigatione duclfs^ 



PRIMORUM NOnMANXI.E DLCUM. 287 

ddmiranlibusque Francigenis cum Ricardidis, dixerurt refutatores pacis satrapis, 
prudenli consilio noclu acquisitis: • Natu, prosapiaque atque armis potenliores 
estis, ideoque volenter nolenterque asscnliemur vobis. Si Ricardus, dux magnœ po- 
iestalis, largissimos nostri itincris snmplus nobis concesserit^ nosque conducerc quo 
vlvere regnumque expuguare valeamus feccril, Francis regnum parccmus ul pclitis. 
Âlioquinsc agente, Franciam, quam invasimiis, contritam bellis incendioque et ra- 
pinis applicabimus severius nobis. • Tune optimales paganorum hls responsis laeti , 
quas audicrunl retulcrunl Ricardo duci. Explela namqiic ncgalionc, infil dux pra^po- 
Ccns laetus Tutura pace : « El viclus amplissinios, et vialorcs quamplurimos et prx- 
cauios, insuper cl honores conferam largissimos, alque conducere ad lellurem 
opimam Taciam illos. § Renunlialo largissimae promissionis negotio, sedcnteqnc cum 
suis, Francigenis adslanlibus, duce Ricardo, venerunl unanimitcr pepigeruntque 
pacis (idem iiti vultu submisso. Ricardus vero legalos régis dilalos mnneribus prae- 
maximis, ad regcm Lolharium remisil. Denominalo ilaquc die et loco paclfici 
piacili, dalisque optai» pacis induciis, paganos ne Franci contra se recalcitrarent 
secum delinnit. 

126. Decurso igilur lerapore desiderati piacifi (1), venit rex Lotharius super Eptœ 
flaviolum cum Francigenis, pepigitque duci Ricardo fidem inextricabilis pacis; Jura- 
vitque ipse et optimates regni Northmannicum regnum ipsi ejusque postcris, quatinus 
ipse et ncmo, se hortante, damnum iliius regiminis minime faceret illi. Finito namque 
impetratae pacis placito, fœderatisque rege et duce Ricardo, muneribusque aiternis 
ulroque largiflue ditato, regreditur ad sua quisque equitatu prospero. Revcrsus dux 
roagniflcae pietatis ad urbem largifluae ubertatis , Northmannos immanissimx fero- 
citalis sibi adesse coegit. Quibus ait : « Ne poliicitationis meae de confidenlia titu- 
betis: quod ollm vobis spopondi, ecce paratus sum exsequi. Vos, bénéficia largiens, 
rçgenerari sacro fonte faciam ; hos (2) oneratis farre tergisque suum navibus, viatica 
oavigationis concedam. t Ex prsparato igitur sacrosanctae regenerationis fonte hos 
suscepit (3) marchlo magnus, delibulos oleo et chrismate, tribuens bénéficia am< 
pUssima, quibus morarentur in pace. fllos vero qui oberrare cupiebanl paganis 
ritibus, condnci fecit ad llispaniam (6), Constantinensibusviatoribu>. In progressione 
namque iliius profectionis bis novem civitales devicerunt, et quae in eis repererunt 
stbi vindicarunt. Hac iiiacque rapinantes, Flispaniam hostililer adgredientes, cœpe- 
ront fncendio et rapinis affligere eam severiter. Tandem vero Hîspani, rusticanis (5) 
gentlbus digladiatis (6) , conglobalo exercitu, rongrediuntur Northmannis. Saeviente 
namque Marte, Hispani exteris terga vertere , facta prasmagna internecione. Tertio 
nmnqoe die campam prxiii NorthmannI repctentes, mortuosque , ui fnduviis eos 
pri?arent« vertentes, repercroui partes corpornm oigellorum ^Elhiopumque terrse 

Kir. — (i) Ubi jnratnr terra Ricardo et successoribus ejas. Gfo$, margiti, N. — (2/ MS. V(m. D. — 
{QXKHMBodo Rkardus dm qocMdam Dacorum (bap)lizari fecit, et qui converti noiueruiit ad Daciam re- 
GL.— (A) BjflpBoiam. CL. — (5> Ru»ticanl. IV. ^ (6) Digladiati. CL.-C Digladitis. N. 






288 DE MORIBUS £T AGTIS 

f)DUiinas alque incumbenlcs nive candidiores ; reliquum vero corpus prlstiDum co- 
lorem servans intuili sunt. Sed mirum mihi quid super hoc cbaracterizabunt dialec- 
ticiy qui quum accidens corvo (1) yËihiopique calegorizant inseparabile esse, hic 
mutalum vident. Quod ampHus propalarc non curamus ; scd ad noslrae intentionfs 
proposilum noslras prœsumplionis sllluni vertamus. Elucidabit enim libenter qu» 
quiveril; sed quœ relalui necessaria sunt, digerere non valeblL Ilii namque sunt 
istius bonorum opéra cognita, qui quae pcraguntur novit universa. 

APOSTROPHA (2). 

Hactenus œquorei per magiia Degotia fali, 
Dispositum varioque vicissim turbine faclum, 
Fortunœque vices bi6das felicis et acris, 
Undisoua , veclus fluctu, surgente procella, 
5 — Slulliciœ(3) cecininostrœ stridente cicuta. 
Profectus portum stabilem, venlisque quietum, 
Sulcavi profunda nimis parvo œquora remo. 
Sunt octona sacrœ passim felicia vitœ , 
^Summum corde booum sincero emitur quibus iD quo. 
10 — Sed mea meus tenui meditans conatur avena (a) , 
Si poterit m un us quoddum captare bonorum, 
Exiguse modico mercis de fenore sumptura. 

125. A pestiferae nan^que hoslililatis vencno Francia, ul recensitum est, defaecata, 
abdicatisque ingruenlium maloruiu querimoniis et detrimentis, atque adornato et 
statuto reipublicae ubicumque Francise commodo, praeeunte triumpho desideratas 
pacis, fama bcatissimi ducis Ricardi propalatis illustrata meritis, io immensom rati- 
lans crescebat, divulgabaturque per caetera régna roeritum profusius bealitadinis 
ejus. Illius vero lemporis cursu, Emma [là), uxor ejus, fiiia scilicet Hugonis magni 
ducis, defungilur absque liberis (5), et hujus desolationis naœslus detriinento« nuisit 
ad Hugonem, fralrem defunctaî uxoris suae, ut quosdam vernulas domus suae mitteret 
sibij qui, quae posséderai soror sua jure femineo (6), erogarent sacrosanclae Ecclesias 

Far.— (1) M.-N.-CL. Corro. R. Manque D.— (2) Herolcum. N.-C — (3) N.-C. Sub tuae. D.*(&) R. De 
uxore Ricardi ducis mortua. Gloi, margin, CL. — (5] R. Manque D. 

(a) Virg., Egl, I, y. 2. Dans les deux \ers suÎTauls, Dudon déclare franchement, à la foçon de» 
trouvères, quMl désire une récompense. V. Wace, Roman de Rou, v. 2105. 

Mult m*e«t doux li traTail quand je kuid cunquester. 

(6) Ce détail indique un mariage contracté sous le régime doial. On sait que ce régime, qui était 
en Normandie une suite de Paulorité continue du Droit romain et non une importation scandioaTe». 
fut adopté par la Coutume. 



PRIMORUM NORMANNIiE DUCUM. 289 

et pauperibus. Hugo vero dux remisit ad Ricardum ducem el patricinm, ut quidquid 
sappeditaret sibi voluntas faceret libère ex omnibus. Tune Ricardus, afflucnlis largl- 
tatis dux prxpolentissiDius, (anti thesauri munera per universas lotius Franciae et 
Northmanniae ecclesias disperlivii: quin eliam plurima , quœ sui juris eranl, pro ejus 
anima erogavil affluentcr pauperibus. Denique, subscalpenli volupluosae bumanilatis 
fragllitaii subactus, genuit duos filios, (otidem et filias, ex concubinis: quorum unus 
Godefridus {a) (1), aller vero nuncupalur Willelmus (/>). Denique luculenl» ma- 
jeslatis virginl ex famosissima nobilium Dacorum prosapia exortae, Gonnor vocatae (2) 
omniumque speciosissimae Norlhmannicarum virglnum, permutantibusquc civilium 
forensinmque rerum eventibus cautissim», femineique artificii edoclas ingenio« fa* 
cundxque ubertalis eloquio modeste pollenti, capacisque memorias el recordationis 
Ihesauro profusius locupIelalaB , atque omnium bonorum praemunilae aflduenlia se 
connexuil; eamque proliibils (3) copulationîs fœdere sorti lus est amicabiliter (c). 
Norlhmannorum vero optimales, nobilissimo difTamatae slirpis eam noscentes exor- 
tam semine^et de successore deque haerede atque de posteritate salutifera plebi 
nimium cogitantes, submissa voce vultuque proclivi, Ricardo duci praepoteulissitno 
subinlulerunl : « Quum sis, domine dux prœpotentissimc , omnium Francigenarum , 
Norliimannorumque^ el Burgundionum , omniumque regnorum sagacis medilalionis 
scrulinio prudentissimus , miramur admodum quin comminisceris quis post flebilem 
debilumque excessum lux praesenliae regel populum, luae ditioni potentissimae modo 
subjectum. Forluitam namque fuluri detrimenli ruinam pcrlimescenles, formidamus 
ne posl lugubre depositionis tus damnum exlerae génies nos advocalo el haerede 
carenles concuicenl. t Tune Ricardus : t Reipublicae veslro saluberrimo consliio 
usquemodo praefui, el ul quivl profui. Nunc quid rei gralia corde staluistis mibi 
enucleale. i Al illi : < Providentia summs Divinitalis, ul remur, hanclibi Dacigenam^ 
quam modo refoves, connexuil, ul paire malreque Dacigena haeres hujus terrai 
nascalur« qui defensor el advocatus robuslissimus exslet hujus (6). Est namque sa- 
perba sUrpe progenila, specie décora, el formosa, consilio caula et provida, mente 
devola, corde subacla, alloquio modesta , conversatione mansueta , in omni re io» 
duslria el sagax {d), Hanc libi inextricabiii marilalis fœderis privilegio protinus 



Far. — (1) N.-CL. Goicfrcdus. M.-D.— (2) N.-R. Manque D, — (3) MS.-D. Probats. N. Coodigaa 
laus comilissa Gonnor. Glos, margin, N. — {h, De secunda Ricardi ducis uxore. Gtot, margin, CL. 

(a) Geoffroy, comte d*Eu. 

(b) Guillaume succéda à son ucveu Gillicrt, fds de Geoffroy, premier comte d*Eu. V. Guill. de 
Jumiéges, liv. IV, cb. xviii. 

(c) Amicabititer. Il faut savoir gré à Dudon , de ce qu*il D*a pas déguisé le caractère d*abord illégi* 
lime de Punion de Richard et de Gonnor. Ni Guillaume de Jumiéges, ni Wace n*oot osé reproduire ce 
passage, et sans le continuateur de Guillaume, nous n*aurions jamais connu les curieuses circonstanéea 
dans lesquelles eut lieu cette union. V. Ut. Vllf, cb. ixivi. 

(d) Guillaume de Jumiéges a reproché à son devancier d^avoir flatté la comteifC Gonnor. Saut vouloir 



290 DE MORIBUS ET ACTIS 

connecte, ul saluUfera sobole ejus tellus (ai ducaïuinis^ imminente exlremse sortis 
tuae obitu , salubriter et constanter regatur. • Huic igitur consilio libenter tlox 
sanclissimus l\icarctus favens, ascitis episcopis cum clero satrapisque cum populo , 
eam lege maritali desponsavil (1), et ex ea processu leiuporis quinque masculinaB 
prolis pjgnora, feinineaeque genuit tria (à). 

126. Fer vias igiiur operum rectas gradiebatur, justisque legum babenis plebem 
strenue regebat. Northmannicœ regionis ecclcsias sumptu reaedificans proprio ^ mo- 
nasticis rébus adornavit , plurimaque Franciscae tellurls lenipia mirilice construxit 
proprii umneris ihesauro. Rolomagensi namque in urbe, honore Genitricis Dei am- 
pliavit mirabile monaslerium, longiludinis, lalitudinisque , atque alliludiuis honori- 
lice (6) exspaliatum incremenlo. In suburbio Rolomagensi, ecclesiam sancti Pétri 
sanclique Audoeni Instauravit (2). In Monte namque maritimo, relluae lunari disposi- 
tione inundatioiiis gurgite undique secus circumdato, delubrum mirae amplitudinis , 
spaiiosaque monachilis habitalionis mœnia construxit : ibique monachos, sub aerum- 
nosa iheorica; vils palsstra, normalibus celebris itineris decretis aslrictos, Ghristo 
coegit famulari. Quum autem innumerabilibus exuberantium bonitatum polleret in- 
cremenlis, quadam die Fiscanninae sedis aggressus mœnia, stansque in introitus 
domus suae suggestu, atque ipsam domum altiorem capacioremque (3) basilica in 
honore deificae Trinitatis dedicata conspiciens; ascito pelrarum fabro, architectoria 
arte perito, inquit : « Domum Dei et orationis superlativo specialis pulcbritudinis 
decoraeque altitudinis culmine, supereminentiorem universis mœnibus cifitalis decet 
et oportet esse , quia Plasmator Redemptorque generis humani gratuita tianc sibi 
delegit clementia , miraeque regeneralionis mater typicae ablutionis lavacro exstat , 
atque in bac divins erudilionis audire verba, nostraque deflere debemos peccata. 
H«c namque aula porta cœli nuncupatur et est, quam incolunt, cuique prœsunt 
cœlicolae. Hœc domus namque, Psalmographus ait, mons Dei, mons pinguis, mons 
in quo beneplacltum est Deo habitare; in eo etenim Dominus habitabit in Onein. 
Hic namque mons est in quo meus avus se stantem, seque ablui fonte (4) salutifero 
divins visionis oraculo conspexit , et a lepra vitiorum qua infectum se sommo 

Var. — (i) Es qua grriuit Ricardum, Robertum, Enimam, reginam Aiiglorum, matrem et Etwardi, 
Badiaro, Malildem. M.-R. — (2) R. ManqueH, — (3) Cnmpliort'mque. N.-R. — (4) R. Monte. D. — 
(5) N.-CL. 

aflîrmer qu*el1e ait possédé toutes les vertus dont le Doyen l*a parée, il Hiul reconnaître qu'elte a taissé 
la réputation d*une princesse amie des lettres, sage et éclairée. Le potte Garnier l^appelle domina eximiay 
domina sapiens^ caput reynu 

[a) La leçon des mss. M. et R. est-elle de Pauteur ou d*un copiste? Il est diflidle de ae prononcer 
sur cette question. Le texte diffère de la rariante, m ce quMI dit que Ricbard fut père de cinq garçons 
tandis que la rariante n'en Nomme que deux. Guillaume de Jumiéges et Wace nomment le troisiène, 
■ais les noms des deut autres sont restés inoounos. 

(6) Le Mont-Sl-\1icliel< La date de cette restauration parait être M6. V. A. Le Prerost, Smrie 
Êommn de /lou, I, p. 297. 



PAIMORUM NORMANNI^ DtXt'M. 291 

ceniebat expiari. Quapropter, quia alliore amplioris culminis schcmale, donium Dei 
domui noslrae habitalionisprxccllere condecel, cxperiresifortcimminentiummoulium 
proclivis et coilibus alicujus pelrœ inalerlem reperire quîveris, qua leniplum Dei 
noslrae conversatioois donio allius fabricare valeas. » At illc> acceplo illico ligoiie , 
niODlium prius procliva adtil, corumque crepidinem divellil sarculis, alque nuilani 
pelrae materiem vî suae maceriae (1) leperiens congruani , peliil devexa monlium 
iulcr duos (luviolos prope Fiscanuni jacenlia, Ibique massam gypsi invcnit, cl w.a\m 
lapidem gypsicum iu moduin cubis (2) oxcidil et anlc Rlcardum ducein delulii. Tune 
dux magnus Rjcardus : « Salisue de talibus reperire poleris ? ■ Hespondil: « Salis, 
Domine. • Al ille: • Tulo hauc peiram rcpoue loco, el mille quamplurimos opcra- 
rios ad cxcidendos lapides, muilasque calcis vivs Tornaces compone : quia, onanibus 
qu« necessaria sunt pra?para(is, istain in inilio fundamenti in .tilulo erectionis 
domus Dei primam locabo. » Denique marchlo famosissimus, prœparata calce ^ 
pclrisque excisis el coacervalis, alque ialeribus arlincialiter composills, dictu visuque 
inirabile, luiri scbeniaiis forma conslruxit in honore sancis Trinilatis delubrum, 
turribus bine inde el allrinsecus prxbaltealuro, dupliciterque arcualum mirabiliter^ 
el de concalenatis arlificiose Ialeribus coopertum. Ilinc forinsecus dealbavil illud ; 
iulrinsecus aulem depinxit hislorialiler, auroque etgemmis magno munere acquisitis 
altaria decoravil, crucesque luirae magniludinis ex auro mundissimo fabricavil, cali- 
cesque magni pouderis auri el prelii anncxuit , aureaque candelabra humanaro na- 
turam superexcellenlia anle sanctuariuui slaluil, Ihuribulaque inaudilae ampliludinis 
et prelii auro confecla delegavil, alque indumenla phrygio pectine polila, necsemel 
in Tyrios rubores decocta ; quin etiam crassiore auro smaragdiuisque superinsutas 
apposuit, byssosque niveas purpureasque auro intextas, plumeoque mirabilis arti- 
ficii holoserica commisil , alque clerum numerosae mulliludinis, propensa diaria quo- 
lidie recipientem , subque practicae vit» palasstra desudantem , Christo dcservlre 
coegil. Illo namque templo monaslicarum facultaium ubertalis aflluenlia replelo, 
coque benediclione episcopali officiosissiroe dedicato , Northmannica Franciscaque 
tellure silas proprio sumptu reliciebal omnes disruptas ccclesias (c). 

Mirabilibus coruscabat factis, juslis el bonis ; famaque probitatls cjns longlnquis 
regiouibus profusius diiïundebalur. Species ejus, rediiuila décore adiiiirandx pul- 
chritudinis, fundebal jubar ab ore, quasi solaris clariludinis. Ëral ci summus honor, 
quo nomon ejus audicbalur , tolaque Gallia admirabalur super largiflua bonilate 
ejus. Amore pieiaiis cullor juslitiae slrenuus renilebal, cunctorumque causas intra 
sua pcclora sollicitus recondebat, alque pro populi requie pia jura lenebat. Specie 

l'.ir.— (1) N;-CL..C. Utui macerie. M.-I). — (2) C. Cuhi. N.-CL.-I). Ciibili. M. 

(rt) La ftédicjce de ré,;riNe de Fécamp eut lieu en 990. Riciiard , dont un ne peut inécoiinaitre la 
piélé ft'nuère el l'claiiée, voulut auirer le bieiiheureui Guilliuiue de Dijon en Numundie pour qu*ll y 
rérurniâl le» maÎMins moi.asliques ; mais celui-ci ne consentit à y venir que dans les prenièret années 
du siècle !»ui\anL 



292 DE MORIBUS ET ACTIS 

polcherrimus, canis praecandidis replelus, supcrciliis acieque oculorum corascas^ 
Daribus malisque splendidus, barba canifera et prolixa hoDoralus^ stalura proceros, 
lingua eruditus, virtute animi et corporis plenus, bonilate diffusus, mente sagacissi- 
fDus, gralia Dei munitus, omDibusque erat una salus. Amicos namqae erigens, tumi- 
dos calcabat hosles, subjeclosque fovens, conterebat feros et rebelles ; tenipeslas 
irae vel discordiae nullo dissensionis tumultu penetrabat corda ejus, quia îq 
salutifera stabilitate juslitiae et judicii charitatisque, spei et (idei anchora sagacis- 
simas mentis fixa aderat illi. Conslantem ejus animum aura illius adversitatis tumultu 
non ventilabat, nec de multifluœ copiosaeque prosperitatis ubertate animum subtol- 
lebat. Quum autem in regno suo variato murmure pullulabantaliquae seditionis causae, 
sedabat eas decretis legum et salutifera polestate. Illius namque Odes tam valida veri- 
tatis radice tenebatur ut anlea mons deficeret aut mlgraret quam sua verba cade- 
rent. Res ab eo promisse, nullo mulctand» actu, ver» perscverabant, atque pollici- 
iataesemel, perpétuât» manebant. 

APOSTROPHA AD ROBERTUM (1) ARGHIËPISGOPUM (2). 

Hujus patricii cumulum bonitatis enormen , 

Prœsul amande, vides; 
Sjmbola qui ruerito crescit bonitatis in octo (a), 

Prœsul amande, vides; 
5 — Bis (3) duo bis scribit quœ Evangelista beatîs, 

Prœsul amande, vides ; 
Quœque tuus geuitor factis implevit opimis, 

Prœsul amaude, vides ; 
In dicto melior quoniam nemoexstitit ipso, 
lO—» Prœsul amande , vides ; 

la facto certe nullusque potentior ipso, 

Prœsul amande, vides ; 
Ullus nechominum exstat sanctior in meditatu, 

Prœsul amande, vides ; 
15 — Hue hebetiel vili scripto devenimus usque, 

Prœsul amande, vides ; 
Pulchra nimis ratio verborum materiesque, 

Prœsul amande, vides ; 
Tbematis editio exstat frivola, rustica, vilis, 
SO^- Prœsul amande, vides ; 

Dictatu (4) vili nunc nuuc cape dulcia facta ; 

Prœsul amande, vale. 

Var. -(«) C-N.-M. — (2) C.-N. Melrum heroîcum cuni epliineri ejus {êic). C. Metrum heroicuni 
«pliner... ejus. Glo$. margin. N. — (8) N. C.-M. — (A) C. Dilatu. D. 

{a) Dudon va expliquer, dans les pages qui tuivenl, comment le duc Richard t'était approprié les huit 
fcrtus et a^ait possédé les huit béatitudes. 



PRIMORUM NORIIANNI^ DUCUM. 298 

127. Merllo igilur. jusleque atque probabililer Ricardum Northmannicae reglonis 
duceinbealumsanctumque, recensais breviteroperibusejus, dicimus; calomnia evan- 
gelicarumbeatitudinumdona reperiuDlurpropensiosaltribula. Quarum prima : «Beat! 
pauperes splritu, quoniam ipsorum est regnum cœlorum. • Quae in hoc confessore 
clarius luce apparet fuisse^ qui Nortlimannicae regionis monarchiam, non causa hujus 
praelabentis honoris, sed ne sacrosancl» Kcclesis status paganis irruentibus pericli- 
taretur, rctinens, se ad imitabilem Cliristi paupertalem totis cordis nisibus totoque 
mentis affecta conferebat : Quae mundialis liominum conditio continet pretiosa, hic 
mente periculosa : Qux magna, hic corde fugitiva: Quae delectabilia, hic non perpé- 
tua. Haec veraciter mente deserens, et integriter corde spernens, cœlorum regnum, 
quod diu concupivit, largiente Christo adeptus est. Quoniam ex pauperibus spiritu 
dciegit esse regnum cœlorum, credimus ei attributum. 

Sequentia Evangelii depromit quod sequitur: « Beati mites, quoniam ipsi posside- 
bunt terram. • Quam suavis, quam mitis, quam benevolus, quamque benignissimus 
fuerit, qui compendiosam vils ejus seriem legerit, aliquid suavitatis ejus pernoscere 
qulverit I Hic Tetboldum comitem aliquando devotione, aliquaudo armis compescuit. 
Hic Lotharium regem humililale deviciL Hic Dacos suavitate verborum et donis coer- 
cuiL Hic Francos caeterasque gentes humillimis verbis et manibus sibi provocans 
asciviL Hic incolas Northmannicae regionis summa devotione protexit. Hic domigenas, 
ut paterfamilias devotus, fovit. Benevolus in omni negotio exstitit; suavia in omni re 
yerba et opère sonuit. Terram namque viventium possidere meruit, qui corporis sut 
terram mansueta benignitate custodivit. 

Sequitur tertia beatitudo» qua dicitur : c Beati qui lugent^ quoniam ipsi consola- 
buntur. • Quoniam quldem dives opum munerumque et militum atque familiarium 
exstiterat 9 ideo se implicatum etirretilum saecularibus negoliis lugebat. Lugebat 
namque pravitates monachorum, quos devins error, relicto stricto calle, abducebat 
deceptricibus fallentls mundl rébus in exsecrabile praecipitium (a). Lugebat errores 
canonicorum a monasticis praeceptionibus decidentium. Lugebat ignorantiam juven- 
tutissuae et delicta , atque fletu oculorum nimio terram prostratus humectabat. 
Sequitur : c Beati qui esuriunt et sitiunt justJtiam, quoniam ipsi salurabuntur. » Haoc 
vero esuriem etsitim nemohabuisse Ricardum ducemdubitat,qul paclficos actus ejus 
sabtiliter pensât. Quia instantia justitiae renitebat, callem judicii incessanler petebaL 
Opprimebat diro legis jugo négligentes justitiam ; corrigebat verbo scveritatis abdi- 
cantes eam. £o namque superstite , misericordia et veritas in regno ejus, ut Psalmlsta 
refert, sibi obviaverunt; justitia et pax osculatae sunt. Esuriebat, siliens sesuosque 
lucrarl Christo, ut posset participari in die judicii perenniter Deo. Hoc instantissimam 



(a) On a f u que le duc Richard s^appliquait à rérormer les désordres qui s^étaient inlroduils dans les 
monastères de sa proTince, notamment à Fécamp et au jMoot-St-Micbel. Au milieu de ses amplifications, 
Je Doyen a parfob des mots très-sincères et sait dire énergiquement la vérité. 

37 



S9& BE MORIBUS £T AGTIS 

jugeque desiderium ejus, hœc esuries perseveranda ejus, alque sitis indeûciens ejus 
eral ut omnes lucri facereL 

Sequilur: c Beat! niundo corde, quoniam ipsi Deuin videbunt. » Cor tanli duels 
patriciique et coDfessoris, quis fuisse sanctuariuoi Domini, et aulam Régis aeterni dubi- 
tal? Munditia cordisillius longe iateque emicabat, puritalemque mentis serenissimtts 
vuUus ejus clarius indicabat. Prœcepta divins legis corde inundo, ut laicus, gerebal; 
divites, niediocresque,el pauperes benevola mente aiebat. Cujuscordis mentisque et 
voluntatis fuit , apparet in ecclesiis Norliiuiannicae regionis , rébus mouastJcis miri- 
lice adornatis. 

Sequitur: « Beati pacifici, quoniam filii Dei vocabuntur. » Pacificorum autem mer- 
ces est ut filii Dei vocentur, et sint. Sint quidem perfecta charitale , vocentur di- 
gnitate. Hujus beneficii munere iste dux viguit, quia omoes ut potuit pacificavit. 
Diebusnamque Dominicis, Sanciorumque festivilalibus boc plenius exercebat; re- 
belles vero et discordes blande lenilerque conciliabat. 

Flandrensis cornes , Arnulfus nomine , sprevit Lotbario régi eo tempore militare 
et servire. Lotharius igitur rex» bujus rei animosiiale, ascita hostili Francigenarum 
Burgundionumque manu, Âtrabatum (1) obsedit et cœpit, caBterasque munitiones 
ad Leisc usque fluvium sibi subjugaviL Hujus infortunii dolore mœstus^ comes 
arnulfus petiit Ricardum ducem supplex et devotus , ut paciûcaret se cum rege et 
Fraucigenis principibus. Ricardus vero benivolo consuelae pacificatiouis babitu pol- 
lens, bujusque damni negotio contra Regem ad placUum pergens, pacificavit cum 
rege comitem Arnulfum,coegilque reddi illi nimiae precationis affcctu Atrabatum (a). 

Nec illud praetereundum quod , Lotbario rege defuncto, Hugo dux filius magni 

Vat\ — (i) AtU^balum. CL. 

(a) On a long-temps révoqué en doute i*autlientictië des faits que rapporte ici oolre auteur (V. A. Le 
Prévost, Nutes sur letioman de Rou^ I, p. 396). On doutait non-seulcmenl de l^intervention de Richard m 
faveur d'Amould II, mais encore du-siége m6uie d^Arras. Jl est cependant mentionné dans les Gesta epis^ 
corum Cumeracensium, lib. I, cap. c-ci. Ap. Periz, Afurium.Gei*fn. hist, script,, \\L ajam veroLotbarium 
regcm res Ailrebalcnsis episcopii occupasse audierant (principes). » La suite du récif, où il est parlé de 
Charles, duc de Lorraine, prouve qne cette invasion de TArtois n*eut pos heu avant 976; et cottine nous 
savonsqu'eii 978 Lolhaii« envahit la^lgique (V. Richer« ffist,, Uv. lil, ch. liviu), c^est à oeile date quM 
fout Traisembloblement rapporter la prise d^Arras. — Ce premier point uue fois démontré, Richer nous aidera 
à comprendre ce qui peut sembler un peu extraordinaire dans Tintervention de Richard en Tavenr 
d'Aroould II auprès du roi Lolbaire, si grand ennemi des Normands. Hugues était alors Pallié du roi 
(V. Ricber, liv. ill, ch. lxix }. Richard, beau-frère de Hugues, entra sans doute dans ta coatitton 
et pou\ait dès lors jouir de quelque Inflaence auprès du roi. — Disons, en termlnmit, qu^il nelkut 
pas argumenter contre le texte de Dudon de Terreur commise, en le copiant, par Guillmiiie de 
Jumiéges ( liv. IV, cap. xix) et par Wace ( Ihman de Hou, I, p. 295). (.es deux auteurs attribuent à 
Hugucs-Capel ce que notre auteur dit de Lothaire. Ils ont évidemment conrondu le récit de ce fait avec 
un autre qui le suit immédiatement. Il faut ou admettre la version donnée fwr Dudon, ou rejeter absolu- 
ment le Tait. ArnouM II mourut en 989, et Ton sait que Hugoes^Capel, Bivèlé devant Laon par Cinrtn 
de Lorraine, ne put à cette époque s'emparer d'Arras. 



PRIMORUM ISORMAISNîiE DOCUM. 295 

ducis (1) inironizalus in regno voluil super Albcrium coraitem cquitare, hoslill cxer- 
citu conglobato. Alberlus igllur , meluens venlurnm furibundi rogis advcnlum , misit 
quemdani clericum preliosi niarlyrls Chrisli 0">"l»nî canonicuai, nomine Dudoncm, 
dictum ad Ricardum, summae palientiae patricium , ut ne hosUH immanitate dcvasta- 
relur pagus Viromandensium, iniervenlu suo slrenuo inlerccdcret pro se apud n»gein 
pestlfera anlmosllate plénum. Dux vcro Ricardus cum summo revercntia; cultu sus- 
cepil clericum, et profcctus esl conlra regem volenlcra equilare ascito hostill cxer- 
ci(u super Albertum , et , multimodarum proscculionibus petillonum compescens 
regem (a) animosum, datis obsidibus pacificavit cum rege Albertum (i). 

Hujus igitur bealiludinis praerogalîva iste dux profuslus floruit, quia quosaudiebat 
discordes, aut per se aut per legatos pacificabat. Pacifîcabat enim Francigenas et 
Lotharienses , Burgundiones et Flandrenses, Anglos et Hibernonses, Nordimannos 
et Brilones. Sciebat enim nullum sacrificium et holocaustum tara acceplabile Deo , 
quam pacis incrementum. Venerabiliter ergo iste dux inler eos numeraïur qui fide 
et imitatione filii Dei vocantur, quia totis ftdei nisibus implcvit quod (anlae dignitati 
congruere prssensit, sciens non prohibere Deum quamplurimos fiori deos participa - 
tione Deitatis. 

Videamus igitur Evangelii sequentiam, qua dicitur: « Beali qui persecutionem 
patiuntur propter justitiam , quoniam ipsoruro est regnum cœlorum. » Si quaeritur 
causa persecutionis hujus ducis, non alla procul dubio reperitur quam justiliae, Christi 
videlicet , quem toto corde , toia anima , totis viribus amabat ; quem Integra fide , 
summa devotione colebat et adorabat ; pro quo monachis et canonicis ecclesias con- 
struebat, et quae necessaria erant distribucbat. Cultum religionis tenere cogebat ; pa- 
ganos in Christum credere urgebat , et illorum impetum ne Franciam devastarent 
tolerabat. More malefactorum persecutus a Lothario rege, a Tetboldo comité, monas- 
ticis rébus inhians, non cessavit a Cliristi laude. Multipliciter enim persecutus, cœlo- 
rum regnum, quod quaesivit, ut credimus intravit. Confortatus Saivatoris nostriscn- 
tentla qua dicitur : • Beati estis quum maledixerint vobis et persecuti vos fuerint, et 
dixerint omne malum adversum vos, mentientes propter me. Gaudete et exsultate , 
quoniam merces vestra copiosa est in cœlis. • Quas et quantas iste dux pnssus est 
naleUictlones et blasphemias pro regni cœlestis adeptione, nullus nostrorum valet 
enumerare. Sustinult naroque maledictiones pro fide catholica , pro regni tutela, pro 
paganorum attritione severissima, pro monachorum negligentium regulam contri- 
tione sanctlssima , pro canonicorum inter se dissidentium concordia, pro laicorum 
pace intermissa. Erat enim istius ducis Cbristus in causa ; ideo malefactorum ad- 
versus eum non praevaluit mina. Gaudebat namque cœlesti mercede promissa ^ et 
exsultabat ioiroiconim invidorumque omnium prostrata nequitia. 

Var, — (t) R«~ (3) Et muUis precalibus demulcens régit animam, pociflcafit cum eo Albertum (Note 
de D» Besain sur un eiemplaire de Dudon ( Bibl. de Rouen ) . 

(a) V. Uém,^ p. 18, 19. 



296 DE MORIBUS ET ACTIS 



APOSTROPHA (1). 

Quum per mirificos magnificosque , 
CuDctis Christicolis percelebresque, 
Ricardi comilis patriciique 
InsigDÎsque ducis et recolendi 
6— Volvor (2) Ihematibus vilibus aclus : 
Pars rerum melior tecla videtur , 
Et torpet séries dudc luculenta , 
Quee jam perniciera conferel acrem , 
Stulto , ha I niibimet Don reserata ; 

10 — Permagni DÎmium munere fructus 
Tu fraudatus eris , optime lector , 
Quod summum baud tetigit Musa laborem (a) 
Heu 1 heu I funereos perlugubresque 
Mens prœsaga necis atque doloris 

15— Diffinire raodos expavet horrens. 
(3) res mœstifera, digna taceril 
res mœstifera , pieu a doloris I 
Quanquam dicere sit triste minaxque 
Cunctis et querulum et prodigiosum , 

20 — Quauquam flebile sit scribere , scribam. 
Scribam quod doleo, quod fleo mœrens , 
Ad vitam subiit qualiter iste 
Dux et patricius et marchio summus , 
Mortis (4) limina per débita carni , 

25 — Conjunctus Domino perpete Christo , 
Et plus ut stupeas munificatus 
Ausus (5) inque Deum estque &E0.111 (6). 



128. Quum autem lantarum beatitudinum, ut compendiose hebete stylo elucubratam 
est, redolens flagraret lampade, jussll sibi excldi(7) sarcopbagum (8) silice, et Infra 

Far.— (IJ Metrum daclilicum letrametrum, quod constat spondeo, dactilo, cataleclo. N.-C — (3) N.-C. 
Solvor. M.-D.— (3) N.-C. Res. M.-D.— (A) N.-C. Morli. D. — (5) MS. Usus. D. ...usus. M.— (6) 0HaCYC. 
N. Theosis. C. — (7) Exscidil. N.-M. — (8) Sarcofagum. N. Sacrofagum. CL.-C. 

{a) L'auteur avait bien la conscience des défauts de son œuvre ; il les avoue. Pourquoi faut-il qo*il 
ait prodigué tant de paroles inutiles quand il avait des faits si intéressants à nous raconter? C*e8t ainsi, 
par exemple, qu*il ne nous dit rien de ces guerres qui eurent lieu en 991 et en 99A au sujet de la 
Bretagne, et auxquelles les Normands prirent part en faveur du prince breton Conan et d'Eudes, conte 
de Chartres. V. Richer, Hist., liv. IV, ch. lxxxii et xc. 



PRIMORUM NORMANNIiE DUCUM. 297 

ecclesiam Fiscanno nomine deificae Trinitati consecratam ante locum stationis su» 
locare» et, uno quoque die sexts feriae^ quantum frumcnti capax crat et quinque 
solidos pauperibus erogare. Denique muUiroodis inuumcrabilium casuum adversita- 
tibus, muUiplicibusque aequaniiuiier laboribus pro Dei amore toleratis , admiuistra- 
tionibus temporalis vilae benc iransactis , largifluo.' niultiplicisque miscricordiae 
operibus datis , ducibus ioiilabilibusque vitœ exemplis concessis , innumerabilium 
captivorum agminibus redcmplis, monachorum cauonicorumque cœnobiis refeclis, 
imiuensa varlœ supeUcclilis mole distributa profusc cgciiis, cœpit anxiari et aegrotare 
viribusque deficere, et a Bajocacensi pago ad aulam Fiscauuinœ sedis secedere, 
ne, eo defuncto, fastidiuiu translationis esset in plèbe. Quum auleni Flscanni palatio 
adessct, dicit cornes Rodulfus, scilicel fratcr ejus, ad eum coram csteris fidelibus 
bumiiiter (1) : «Domine, dux piissime, mœrcmus dolenter te aggravari infirmitate: 
sed die, precamur, nobis, quis ûliorum tuorum liaeres eril in regno ditionis tuae ? » 
Tune ille : « Qui fungilur meo nomine, vestri consilii auctorilale, dux et cornes , 
haeresque erit haereditalis meae. • Tune cornes Uodulfus: « Quid de caeleris, do- 
mine ? » Respondit : « 1111s mei filli Ricardi sacramento verae fidei fidelibus eflectis, 
manibus illorum ejus manibus vice cordis dalis^ largietur terram quam demonstra- 
vero libi, qua vivere bonoriOce posslnt. » Uinc namque, morbo crudescente, cœpe- 
runt Nortbmanuicae urbes metu trepidare, incompescibilique luctu cœlum pulsare , 
diraque trepidatio per ancipites Northmannorum, si forte occumberet, mentes cur- 
rere : petebantque nimio ululatu et ejulatu flentes aulam sedis Fiscanninœ. Dux vero 
magnus Ricardus, infirmilatis aggravatus importunitate, cilicio indutus, nudo pede , 
petiil delubrum Trlnitatis deificae^ dlversaque dona, variaque munera et pretiosa 
mittens super altare, perfusus faciem lacrymarum imbre, supplex et devotus flebi- 
lisque, excepit typicam salutiferi vialici stipem, adjumenta scilicet vis. Tune comes 
Rodulfus dixit ad eum secretius : < Domine , quo loco templi praeparabitur sepul- 
crum tux requiei ? » Respondit : « Cadaver tanti sceleris non requiescet iufra aditum 
bujus templi, sed ad istud ostium in stillicidio Monasterii. y Sequente namque nocte 
carpuntur sanctisslma ejus membra facili dolore, invaditque acrius tenues medullas 
penetrabilis mortiferaque flamma. Jamque pedes, jamque mollia crura torpent, et 
oculi moribundo corpore languent; labant cuncta membra ; sed mens Deum cernit» 
cupilque sxcula aeterna. Genœ cunctorum et faciès complebantur lacrymis, vocem- 
que omuium occupabat slngullus intolerabilis : hsrentes lingu» quatiebantur visce- 
ribus commolis, vixque sermo interrumpebatur quaticntibus gemitibus immensis. 
Ille vero (2), supplicibus oculis ad cœlum cum manibus elevatis, tacitusque votis 
et precibus suppliciter fusis, vix in vocem prorumpens ait : « In manus tuas, Christe» 
commendo spiritum meum. « Illico inter hujuscemodi votum cflllavit saoctissimum 



Var, — (1) Ricardus dux quoinodo prxdUit heredem suum. Glos, margin, CL. — (2; De obilu Ricardi 
ducis. Glot, margin, CL. 



298 DE MORIBDS ET AGTIS 

spiritum (a), Sancta Damque ejus anima erepla carnis sarcina terrenisque pressuris 
liberata laelaque adsuum Auctorem inîgrata^ luctus famulorum in cœlo resonabat. 

129. Illico tandis liujus lugubris damni rumor per urbes Nortiimannicae regionis 
excrevit, omnisquc aetas utriusque sexus ad hujusfunerisobsequium ululans et defîcns 
cucurrit. Ex more namque corpore composito et ad ecclesiam quam fundaveratdeiato, 
omnis vulgus vicissim excubias peragit,clerus in psalmodiis, populus in lamentis noc- 
tem pervigilem deducit. Oquam immensus flelus quantusquc luctus Norlhmannorum» 
quanta lamenta perstrepebanl per plateas omnium ! Cliorus namque singultibus lacry- 
niisque concussus psnlmos decantabat, agmenqne plebeium lugubres in aère voces 
resonabat, Fiscanninae sedis oppidum immensus populorum gemilus qualiebat, plan- 
gorque ululatuum culmen Olympi tangcbal. Anliphonarum namque concentus commis- 
tus luctibus concrepabal in clioro, planctusque Norllimannorum resonabat in cœlo. 
Funereos canlus clcrusfundcbat per tramites, ululalusque inlolerabilis erat per cunc- 
tas £des. Nortiimannicœ regionis slabal in bivlis cjulaus populositas, vagasque flebi- 
libus vocibus impiebat auras. Tali namque consiipalus caterva, talique vallatus pompa 
corpus ferebatur ad sepulcrum, cliorique prxcedebant psallenlium. Ejulalum conti- 
nuabat agmen plebium, confusae alquc inarliculatx resonabant voces populorum. 
Nemoque poterat discernere quid clerus , quidve vulgus concrepabat pro vocibus 
ululatuum (1). Tenebalur namque a populo forelrum et relrahebalur retrorsum, ne 
clauderelur sepulchrum, ut vel uno arliculo superesset corpus in propalulo, quo sa- 
lisfacerent suo desidcrio (2). 

Quis vero tam ferreum slolidumque velsaxeum pectus haberct« qi^ non In fletu 
prorumperet, quum feretrum a populo lenebatur impulsu doloris, arcebatur desiderlo 
ardoris, retrahebatur retrorsum affectu amoris (3)? Comités flendo manibus plaude- 
bant, prssides mœstiferos ejulando psalmos concinabant. Virgines viduœque et 
uxores plorando crines disrumpebanl. Domigenae utriusque sexus mœrendo pectus 
pugnis tundebant. Milites multum plangeudo seipsos diianiabant. Clerus lamenta 
nimii fletus cum psalmis fundebat (6). Turba pagensium et rusticorum dentibus terram 
mordebat. Concio pauperum tant! solatii adjutorio viduata xgre ululabat (5) , popu- 
lusque populum dire opprimens diversos doloris modos emittebat. Diversus et varias 
tantorum vociferalus cœlum urebat (6). Vix tandem populo ab episcopis disrupto» 
scisso et prxrepto, feretroque super sepulchrum cum corpore posito, odore incensi 
cum aqua benedicta supcrfuso, nimiis gemitibus fusis manciparunt illud sarcophago» 
feslinanterque operuerunt saxo, servantes illud honore sub magno. Insecuta die» 



Var, — (1) UiulanUum. R. — (2) N.-A.-CL.-R. Toute celte phrase manque dans les mss. CL.-M.-C. 
D. — (3) Celte phrase manque dans le ms N. — (à) Fundebanl. D. — (5) R. ^gro ululabanU D. — 
(6) Qualiebat. R. 

(a) Richard avait alors environ soixanle-quatre ans. Selon Riclier (liv. IV, m /iite), il mourut d^apo- 
pleiie: « Ricardus, pyratarum dui, apoplexia minore periiu • 



PRIHORUM NORMA^Mi£ DUCtJM. 299 

venienscomes Rodulfus'cum episcopis ad tumulum, rcvcllenssarcofagi coopcriorium, 
iDvenit omnia ejus mcmbra quasi vivi homlois (1); cxindc manavit odor suavior fra- 
grantia terebcnthinx el balsami, afilans illorum olfnclum (2). Denique super Uimbam 
construxerunt mvx pulchritudinis capellam, basilico; prolcnsae amplitudinis mirabi- 
liter inncxam. Illicquc colitur, vallatus columnis mirificc cl Uiinba, cuin Christo 
resurrecturus] iu gloria. Complens nainquc cursum hnjus fragilis vitae, dux magnus 
Ricardus obiit anno ab Incamalionc Domini nostri .IcsuChristi nongonlesimo nona- 
gesimo sexto (3). 

Fiscuue, sacris semper fecunde favillis, 
Sanctorum cineres meritorum flore niicantes 

In grcmio terrœ cooservaDS jamque sacratse, 
Trina resplendes profusc (4) dote salutis. 
5 — Oiim virginco micuisti stemmatc sacro, 

Quum Leodcgarium servasti luce privatum, 

Elingucmque sacrum, multoque et verberc capsum. 

A duce Ebroino (5), sceleruni livore repleto. 

Hinc niactum Christo ubertate favenle loquelae. 
10— Sacratœ plebi jugiter Christo famuianti, 

Gust (6) Gildoberta sacras cedente rubricae, 

Stemmate virgineo vario discrimine dempfo, 

In te succrevit virilis practicus ordo 

Desudans Jesu longinquo tempore Christo, 
15 — NuDC rutilas meriio praecelsa et nomine vita, 

Strictîs limitibus, quae arcla est hinc inde coactis, 

Nec per plana vehit, molitur ad ardua semper. 

Hœcet Apostolicaest eademque. OEaPIRA (7)tantum, 

Secessu gaudens secreto lœta perenni : 
20 — His tribus ordinibus digne sufTuIta beatis, 

ItoiioL (8) sacrosanctum Ricardi, praeducis almi, 

Cujus tu precibus lue purificaberis omni, 

Et cujus meritis migrabis (9) ad œthera diguis, 

Ecce decussa tenes; cujus nulu viguisli, 
i25— Et cujus palrooinio suffulta fuisti, 

Munere largifluo et (:uju8 praecelsa (10) vigebi«. 

Vai\ — (1) R.-N.-A. — (2) Tandem prarumpilur higens populus corpusquc ab episcopis cl a forlio- 
ribus juxla rapilur sepulcroque cum magno cjulatu maiicipatur eitemploquc sato cooperitiir. Sequc-nli 
iianique die, sepulcrum Roduifo comité aperieiile, ingens ex ro manavit Tragrantia vimeris odorc opo- 
balsama; invenil omnia ejus membra quasi vivi hominis el inde manavit odor suavior Tragranlia lere- 
bcnthinx el balsami, afflans illorum uiraclum. N. Die fragantiaque de corpore Ricardi posl moilem ejus 
cmanaviU Gtoi, margin, CL. — (1 N.-CL.-A. Millesimo secundo. M.-R.-D. — (4) N. Trino profu^o. D. 
(5) Kbruiiio, N. — (6) N.-M. Lust. D. — (7) eHUPYKA. N. — '8) Soma. N. — (9) Migr»l)rri5. N. — 

(10) Suffulla. D. 



âOO DE MORIBUS £T ACTIS 



APOSTROPHA CLALSULA HCJUS OPKRIS (1). 

qui finitimo disponis regmine cuncta, 

Jure elementa ligans fœdere complacito, 
Quatinus algori crepitans calor associatus 

Legc sub alterna cedit aquis et aer, 
5— Grates et merilos tibi nunc sacramus honores, 

Patri, cum Genilo, Spiritui pariter; 
Qui propriis cedis polyformia munera servis, 

Fenore sub mercis quisquc talenta ferat. 
Iste lalentorum retinens commercia quinque, 
10— Graviter exercet quœ data sunt sibimet. 
Hic duo lucratus activis fenora causis 

Se geminum gaudet jam retulisse quidem. 
Debitor uuius censebitur ille talenti, 

Illud qui condit in luteis specubus. 
15 — Te quoque cunctorum discrimina discutiente, 

Hic referet macti praemia jam pretii, 
Quem furti et fraudis defossa pecunia damnât. 

Hic luet, heu I Stygios trusus in ima rogos. 
Deplorans meritis neglecta porisraata pœnis, 
20 — Âulœ detrusus a mœuibus placidœ. 

Hoc metuens ne me condemnet pœna gehennee» 

Anxius hœrebam quid facerem titubans. 
Urget consubito mœnia Northmannica tellus 

Scribere, Christe, tui militis agouiam. 
25— Talibus hsereutem terrebant pluriiua contra, 

Materiae gravitas, et species operis. 
Cor stolidum. siccœ nimium jejunia linguœ, 

Vilis persona artis et opis iners. 
Quodque Dei laus est labiis incompta scelestis. 
30 — Et quod non possem edere quœ cuperem. 
Et quod carminibus hic inlaudatus abiret, 

Qui mihimet stolido contulit omne bonum. 
Sed tua, Christe, mihi venit fiducia prœsens, 

Quod (2) posses facile os vegetare meum : 
35 — Inque opus hoc stolidum memet connixus adegi, 

Te collatore, te duce, te artifice. 
Corde, voce igitur te, Rex, nunc supplico supplex, 

Viribus annexis, supplice mente simul. 
Ut dare quod placuit placeat captaie libeuter, 

Kflr. — (1)N. — t2)N.Quo. D. 



PRIMORUU NORMANNIiE DUCUM. 301 

40 — lUabeDS votis criminibus refluis. 

Multimoda scelerum variorum mole repressum , 

Affectum Dœvi sordtbus ast stolidi f 1), 
In vitam xniserHm me quina decennia versant, 
Et formido premit supplicii Stygii. 
45^Me quoniam memini gessisse haud quid bonitatis. 
Et tanti spatio temporis utile nil, 
Haec me non stimulant, et mentis ad ima remordenf, 

AfÛigunt, cruciant, diianiant, lacérant. 
Sed tu, Cunctipotens, nostrflB spes verasalutis, 
50 — Ordo cluens rerum quseque vigentque latent, 
Me lapsum relevn, vitii me sordeque purga, 

Prœsenti macula et exue prœterita. 
Immunem culpœ, regum Uex, redde futurse, 
Ut mundus valeam te resonare Deum, 
55 — Quem tua connezis jubilât plasmatio bunbis (2), 
Quœque vehit tell us, quae polus atque tulit, 
Quœ fovet œquoreus diverses gurges in usus, 

Ast aer volitans** [alite?] plumigera. 
Quumque tui fueris judez iu nomine Patris, 
60 — Supplicium reprobis, prœmia dansquc probis , 
Et me olidis viuctum quum spexeris eminus hœdis, 

Hic mihi nam spondent heu monimenta mei, 
Candidulos memet quam primum transfer in agnos ; 
Coagnus,' dezter eam vcllcris Âlmiflui, 
65— Quinlini mentis merito super œthcra noti, 

Cujus inutilis sum servulus et famulus (a). 

Var. — (1) AstolklU MS.-D. — (S) N.-M. Lumbis. D. 

(a) A la suite de cette pièce, qui termine dans le m». M Pouvrage de Diidon, Ducbetne a imprimé 
quelques vers renfermant l*éloge de Tabbaye de Fécamp. Il les avait trouvés dans lems. M, à la dernière 
page et après la relation du (k)ncile de Lillebonne. Rien ne prouve, rien n'indique même qu'ils soient de 
la main de Dudon. Nous avons cru cepeiidaut devoir les reproduire, en décrivant le ms. M. 



FINIS. 



38 



TABLE COMPARATIVE 



DE 



LA PAGINATION DE L'ÉDITION 




AVEC L'ÉDITION DONNÉE PAR DOGISNE. 



H nous a paru ulile de publier la Table suivante, qui permettra de retrouver, dans l'édition 
actuelle , les passages cités diaprés la pagination de l'édition de Duchesne. 



■a-*0-î&*3-îs->- 



PAGES DE L'ÉDITION DE DUCHESNE, 



ÉDITION PRÉSENTE. 



51. 
5S. 
53. 
5À. 
55. 
56. 
57. 
58. 
59. 
60. 
61. 
63. 
63. 
6Â. 
65. 
66. 
67. 
68. 
69. 
70, 
71. 
73, 
73. 
74. 
75. 
76. 
77. 
78. 
79. 
80. 
81. 
81, 
83. 
83. 
86. 
85. 
86. 
87. 
88. 
89. 
90. 
91. 
93. 
93. 
94. 
95. 
96. 



Page». 
115 
116 
117 
419 
130 
133 
133 
134 
135 
136 
137 
138 
130 
133 
134 
135 
137 
139 
140 
141 
143 
145 
147 
148 
150 
153 
155 
158 
159 
161 
164 
164 
166 
167 
169 
170 
173 
175 
177 
178 
179 
«81 
188 
184 
186 
«88 
189 



Ligues. 
. 1 < 





. . 11 . . , 


. . Pneuinali. 




. . . 31 . . . 


. . quid vero. 




. . 11 . . . 


. . gaudioruni. 




. . . 14 . . . 


. . egre TerL 




. . 1 . . 


, . versus. 




. . 33 . . . 


, . usus Batavi. 




. . 14 . . , 


, . orphaous. 




. . 18 . . , 


, . versus. 




derniore ligne 


. ta m jusio. 




. . 31 . . < 


, . pontilicatus. 




. . 1 . . . 


• liber primus. 




. . . 5 . . , 


. . cujus exhauslo. 




. . . 8 . . . 


. . recessil ab. 




. . . 13 . . . 


, . cungregatis. 




. . . 31 . . 


. . legeque. 




. . . 18 . . 


. . epilogus. 




. . . 3 . . . 


. . Dedalea soboles. 




. . . 18 . . 


. . aequifita alb. 




. . . 34 . . . 


. . S 3. 




. . . 16 . . 


. . fŒdcrali sunt. 




. . . 17 . . . 


. proslravit. 




. . . 7 . . 


. . sacrosancUe. 




. . . 34 . . 


. . super PacieiD maris» 




. . . 35 . . 


. . devastabatur. 




. . . 3 . . , 


, . uisi inerme. 




. . . 8 . . 


. . ad Astignam. 




. . . 3 . . 


. . Angli vero. 




, . . 38 . . . 


, . si consulis. 




. . 15 . . . 


. rustid vero. 




. . 6 . . . 


. quaedam actes. 




. . 5 . . . 


. quBdani. 




. . 33 . . . 


cur noo. 




. . 16 . . . 


. poteris. 




. . 9 . . . 


. osculari. 


avanl- dernière lif; 


ne securibui. 


. dernière ligne 


. quievil. 


. ...Z/..t 


. jamque. 




. . 8 . . , 


. . et dai. 




. . . 11 . . 


. . oratio. 




. . . 17 . . . 


. . Francigena. 




. . . 11 . . . 


. filiusque. 




. . . 3 . . . 


. . adeptuf. 




. . . 34 . . 


. . non tabidum. 




, . . 9 . . , 


, . diffusas. 




. . . 1 . . . 


legato. 




. . . 31 . . , 


, . revocabo. 



30& 



TABLE COHPAB&TIVB, 



ÉDITION M PtCHBSNE, 



iRITinN PBisEKTB. 



quum ei. (doplinioi* 
el cammcndtbU. 
ducb suffriglum. 
juclinio prompt Ok 
et hilirii. 
ducem tibi. 
DBD) decrcU. 
prcfalio. 
cnusarum seriek 
liigraHuiD. 



mclius quam. 
Hugo dui regredien*. 
telôcinii 
Dovpm coaiho. 
DuzsiiHioiat. 
quBQiTit baud.' 
tnrbft. 

nicardui . taaUe, 
! drtrlmentL 
rormidalo*), 
refEiU. 
dmollale. 
mendacii itigcnia. 
conira Piorilunannos. 
wam »niaretii. 
railiabiil. 
bland« el Icntter. 
irlruin mlbl. 
riiarum. 
proprium cafenfc 

Bg^diuntur. 
libimeL 
aique luper. 



\e quldquuni 



dedmoqub 
iiirernoqua. 
cuneil dlieroiri. 



ei pBUpcribui, 

FraMigMMi. 

quioque Mlido». 

ncndo. 

hic duD lucTBln*. 



TABLE ANALYTIQUE. 



ABNOBA, TAbnow, moDlagDe de Souabe, 12. 

V. ATHNQE. 
ADALBÊRON , évéque de Laoïi ; — Dudon lai 

dédie son ouvrage , 2S , 115. 
ADÈLE, nile de RoIIod. V. GERLOC. 
ADELELME, évoque de Séfi, sa Vie de sainte 
Opportune, 11; — BinédUtionnaire composé 
par lui , 4 S. 
iERA, période chrono!o((ique , un an (?), S20. 
iCTHIOPII, Sarrasins ?), 287. 
ALAIN et BÉRENGER , comtes des Bretons , 
rendent hommage à Rollon, 67, 68, 182; — 
à Guillaume-Longue-Épée, 70 ; — se révoltent 
contre ce dernier , 68 , i 83 ; -> Alain se réfugie 
en Angleterre, 70, 71, 183. 
ALANI, 282. 
ALANIA, 129, ihU 

ALBERT, comte de Vermandois, envoie Dudon 
en mission près de Richard 1*', 18, 19, 
295. 
ALFRED, roi d* Angleterre , ses luttes avec Has- 

ting, A6. 
ALIX, fille de Herbert de Vermandois, mariée à 

Amoold, comte de Flandres, 199. 
ALMERA, la ri\i^re de Harlem, 55, 150. 
ALODUM, ALODiUM, la Normandie cédée à 

litre d*alieu, 168. 
ALSTELMUS, rex Angtorum^ reçoit Rollon dans 
sa proviuce, ihl , iàS; — lui envoie des pro- 
visions et des renforts à Walrheren, 1&9; — 
l'appelle à son secours, 158. V. GUTURUN. 
ALTOR, peri^onnage chargé de Téducation des 

jeunes duc», 22â, 280. V. NUTRITOR. 
AMACSOBll, 429. 

AMALADIS, nom pris par Hastlng? 182. 
AMBOISE, surprise de celte ville par les Nor- 
mands, AS. 
AMBIANENSISPAGUS, 206, 2t)l , 266. 
AMIENS, ville occupée par Hasting, â5; — 
attaquée par Rollon, 169; — donnée à llélouin, 
comte de Moutreuil, 229. 
ANGLETERRE, HasUng ^ descend vers 899. 
ANtiLl , Rollon se rend eu Augleterre , ad 

Anglo$, U5, 492, 265. 
ANGLICA TERRA, 165. 
ANSKETILL, fils de Rioulf, tradition sur ce 
personnage, 84* 



ANSLECH , normand, secretarius Huci» , 220. 

ANTENOR, héros trojen; tradition sur son 
histoire, 92, 93,86, 130. 

ARCiE, Pont-de-rAit:he (Seine-Inférieure), les 
Normands s*y arrêtent, 15d. 

ARGOVA, station normande sur la Somme, 65* 

ARM^E, princep» AorfAmanniVi erereitui, 225. 

ARNOULD, comte de Flandres, chasse de Mou- 
treuil le comte Ilélouin, 83, 203; — est en 
guerre avec le duc de Normandie, 83, 206; — * 
sa haine pour Guillaume-Longue-Épée, 83, 206; 
— il tue ce duc par trahison, 207; — eieite 
le roi de France à sVmparer de la Normandie, 
229; attaque le château d'Arqués, 23t; «- 
continue ses complots contre Richard, 251. 

ARNOULD il, comte de Flandre; démêlés entre 
lui et le roi Lolhaire; intervention de Richard 
I" . 296. 

ARQUES, chMeau d'Arqués, attaqué par Ar- 
nou!d, comte de Flandre, 236. 

ARVE, ARVA, rivière qui sert de limite aoi 
possessions des Normands, 65, 66. 

AS DANS. V. ARCiE et PONT-DE-L'ARCHB. 

ATHELSTAN , chef danois établi en Angleterre. 
V. GUTHRUN. 

ATHELSTAN, roi d'Angleterre, reçoit Alain, 
comte des Bretons, 70, 185; — intercède pour 
lui auprès du duc Guillaume, 193. 

ATHNOEN, ATHNQE, ADNQE, 32, 429. V. 
ABNOBA. 

A'rriGNI, lieu d'une conférence de princes à la- 
quelle assiste Guillaume-Longtie-Ép^, 82. 

AURE, AURA, rivii^re du Bessin, ne doit pM 
être confondue avec TArve, Arva, 66. 

AVRANCHES (dioa'se d') , devait être compris 
dans la cession faite à Rollon, 66; — avait été 
cédé, en 867, aux Bi-etons par Cbarks-le- 
Ch.uve, 68, 71. 



BADIA, Baude, fille du duc Richard I" et de 

Gornor , 290. 
BAIL FÉODAL , le roi de France , baillistr« du 

duc de Normandie Richard 1*% mineur, 87, 229. 
BA JOCENSIS PAGUS , 297. 
BALDUINUS CURTLS,208. V. BALZO. 
BALTFROID, évêque de Dajeui , tué par les 

Noimands, 59, 131. 



300 



TABLE ANALYTIQUF. 



À'* 



•_î> 



BALZO, BAZO, BALDUINUS, Tud des assas- 
sins de Guilluume-Loiigue-Épée, Sa, 207, 208. 

BAPTÊME DE HASTING , 4;Jâ , 135 ; — de 
Bollon, 470 ; — de Richard 1", 219. 

BAVENT, village du département du Calvados, 
bataille entre les Français et les Nurmands dans 
le voisinage de ce lieu, 239. 

BAYEUX, assiégé par Bolhon, 157; — pris par 
Rollon, 59, 157; — coi.scrve In langue nor- 
Diande, 221 ; — assiégé par Hiigues-le-Grand , 
90 , 2'ÔQ ; — visité par Louis d'Outremer , 91 ; 
— occupé par Haigrold, 91, 239. 

BAYEUX , l'église de Bayeux une des principales 
de Normandie, reçoit une donation de Rollon, 
66, 170, 171. 

BEAUDOUIN, comte de Flandre, fait une ei- 
pédilion contre Richard, 271. 

BEAUVAiS, attaqué el pillé par Rollon en 926, 69; 
— ^^évèque de Beauvais, donné en otage aux 
INormands, 92, 266. 

BBLESME, seigneurie de Belesme , donnée à Ives 
de Creil, 231. 

BELGICA , BELGICA FRANCIA, 218. 

BELGICUS, 226. 

BELVACENSIS PAGUS , 267. 

BENOIT DE SAINT-MORE, trouv^re ; citation ou 
discussion de passagers de ses ouvrages 152. 

BBRENGER, comte de Bayrux, 59, 157. 

BERENGER et ALAIN, comtes des Bretons, 
rendent hommage à Rollon , 67 , 68 , 182 ; ~ 
à Guillaume- Longue-Épée, 182; — se révoltent 
contre ce dernier, 68, 183; — Berenger se 
soumet au duc normand , 185 ; — Pun et 
Tautre reconnaissent comme duc Richard I*', 

208. 

BERNARD LE DANOIS, 89; — conseiller de 
Guillaume-Longiie-fpée, 183, 189,190;-- 
Seeretariui ducis, 220 ; — sa conduite pendant 
la minorité de Ridiard I<% 227 et suiv. 

BERNARD, comte de Senlis, oncle de Guillaume- 
Longue-Êpée, 90, 189 ; — reçoit son petit neveu 
Richard dans son cbftteau de Couci, 233; — 
s'efforce de lui gagner Tappui de Hugues, 238 
et SUIT. 

BERNARD, nom du scribe, auteur d*un des mss. 
de Dudon, 108, 109. 

BERSEKERS , Scandinaves , 190. 

BESSJN, cédé aux Normands, 66; — envahi par 
les Bretons, 71 ; — occupé par les Normands 
restés païens, 86; — sa possession confirmée aux 
Normands par le roi de France, 86 ; — envahi 
par les Bretons, 185; — occupé par les Nor- 
mands soumit, 196; — promis à Hugues-le- 
Grand , 236 ;— renommée militaire de ses ha- 
bitants, 237 ;— ces derniers se joignent au roi 

r Harold pf)ur combattre les Français, 260. 

BËSSIN (Dom\ prépare une édition de Dudon, 106. 

BETHUNE , rivière du département du Pas-de- 
Calais , autrerois nommée Dieppe, 272 , 273. 

BIBRAX, Laon,199. 

BIGOTH , BIGOTHI , surnom donné aux Nor- 
mands, 169. 

BIQERN , chef danois , C9. 

BLOIS , cession (?) de cette \ille au normand 
GerloD, 7A. 



BOISEMONT, village de la Seine-Inférieure. 196. 

BOTHON , chef normand , assiège Bajeux , est 
pris et rendu, 167 ; — chargé de Téducalion de 
Guillaume-Longue-Épée , son filleul, 179, 181, 
182 ; — était comte du Bessin , 182 ; — con- 
seiller du duc Guillaume, 189 et suiv.;— chargé 
de Téducation do jeune duc Richard, 191, 
219 , 221 i^ êeeretarius duch , 220. 

BOURGOGNE , celte province est envahie par le 
normand Ragnold, 69 ; — avait été abandonnée 
au pillage des Normands, 70. 

BRENNEVAL, BRITNEVALLIS , BERNEVAL , 
171; — bien donné par Rollon à Tabbaye deSt- 
Denis, lbi(L 

BRESLE (la), Corbeia, rivière, 207. 

BRETAGNE, inféodalion de cette province à la 
Normandie, 67, 168 ; ~ occupée en partie par les 
Normands de la Loire, 69; — résistance opposée 
par celle province à Rollon et à ses successeurs, 
70, 171; — envahie par GuilJaume-LoDgue- 
É))ée, 185. 

BRETONS , se révoltent contre les Normands et 
massacrent leur chiT Pélécan , 71 ; — sont à 
loiir tour exterminés parle normaud Encon , 
71 ; — leur lutte contre Rollon et Guillauroe- 
Longue-Épée, 171, 186, 193 ;—- font partie de 
son armée, 207, 208. 

BRITANNIA, la Bretagne, province du royaume 
de France, 168. 

BRUNON, duc de Lorraine, archevêque de Co- 
logne ; projet de trahison qui lui est attribué, 
266, 278, 282. 

BURGUNDIA, 215, 273. 

C. 

CALCENSIS PAGUS , CALCIS , 218 , 236. 
V. CAUX. 

CALCIDICif: ARCRS, Cumes, ville d*Italle, 138. 

CAMERARIUS, Secrctorum ducis conscius, 208. 

CANZA, CARIZA. V. SCANZA. 

CAPITULAIRES, mesures quMls ordonnent de 
prendre contre les invasions des Normands, 
95, 96, 97, 99. 

CAUX (pays de Caux), CatccnsU pagus, 218. 

CELTICUS, 226. 

CERCUEIL DE PIERRE, fait pour le duc Richard, 
297. 

CHANOINES, leur réforme entreprise par Ri- 
chard I", 293, 295. 

CHARLBS-LE-CHAUVE, abandonné par les siens, 
à Oscel , 96. 

CHARLES-LE-SIMPLE, 61 , 66 ; — Robert se 
révolte contre lui, 77, 251; — demande une 
trêve aux Normands, 160 , 161 ; — traite avec 
Rollon, 166; — renversé par un capitaine 
normand, 169. 

CHARTRES, ville cédée à Hasting (?), 67; — 
vendue ù Thibaut. ?), !bid. ;— siège de cette ville 
par Rollon, 62, 162; — les environs de cette 
ville ravagés par Richard I*', 276; — Incendie 
accidentel de celle ville et de son chfttean, 276. 

CHASSES dans la forêt ducale, 101;— chasse 
au faucon , 230, 268. 

CHERBOURG, 91. 



TABLE ANALYTIQUE. 



307 



CHEVILLEI, V. OUEVILLY. 

CHRÉTIENS enrôlés dans les bandes normandes, 
09 ; — un chrétien ciplique un songe de 
Ro Ion , 1 Â5. 

CLARUIVI-MONTEM , Glermont (Auvergne), I6i. 

CLERGÉ, son étal moral au IX* siècle, 97. 

CLERMONT (Puy-de-Dôme), les Normands 
s*avanceul jusqu'à celte ville, 160. 

CLIMATA COSMI QUATUOR, 248. 

CLIONEUS, 186. 

(X)LOR INDICATIVUS, 115. 

COMPKNDIUM, Compièguc, ville de France 
(Oise), 234. 

CONDÊ, Tille sur TEscaut, occupée par les Nor- 
mands et par Rollon , 55, 150. 

CONCUBINAT LÉGAL , mariage more danieo , 
59, 157, 185. 

CONON, duc des Saions, envojé en mission 
près de Guillauroe-Longue-Épée , 195. 

CONSTANTINENSES, les ColenUDais, 204 , 287, 
240. 

CONVERSION DES NORMANDS, 60, 101, 102. 

CORBEIA, la Bresie, rivière, 207. 

CORB.EIL (comtes de), Iraditiou sur leur ori- 
gine, 281. 

CORBON (saline de), lieu situé à Tembouchure 
de la Dive, 239. 

COTENTIN, envahi par les Normands, 59, 157: 

— devait être compris dans la cession Aiile à 
Rollon en 911, 67 : — avait été cédé, en 867, 
aux Bretons par Charles-le-Chauve , 68; — 
occupé par les Normands païens, 78, 80; — 
confirmation de sa cession aux Normands, 84* 

COTENTINAIS, leur bravoure au siège de filon- 
treuil, 204; — constituaient en grande partie la 
force de Tarmée normande, 237; — se joi- 
gnirent au roi Uaigrold pour combattre les 
Français , 240. 

COUCI, chftteau fortifié par Bernard de Senlis; 
90; —sert de refuge au jeune Richard 1*', 
231. 

COUESNON, COYSNON, rivière de Normandie, 
185. 

COUR DE FRANCE, aula Franeisca, 145. 

COUTUME DE NORMANDIE, origine du droit 
accordé aux maris de chAlier leurs femmes, 75 ; 

— origine des lois normandes, 76, 171. 
CREIL. ville du département defOise. V. CRE- 

THELTENSE CASTRUM. 

CRETA, nie de Crète, 138. 

CRETHELTENSE, CRETELTENSE, CRATEL- 
TENSE CASTRUM, Creil, viUe du départe- 
tement de l'Oise, 233. 

CROIX St-OUEN, abbaye; son territoire est par- 
tagé en deux .par la cession de la Neustrie à 
Rollon , 64, 65. 

CRUX,|La Croix (?}, lieu situé |irè8 de Compiègoe; 
Louis d'Outremer et Hugues de France s*y 
rencontrent , 234. 

CRUX. V. Hùt, trûtuL cotfh s. Cometii papa^ 
ap.D.Bouq., VU, 875 c. Bouquet suppose que ce 
peut être la Croix-Sl-Ouen ; mais le texte parle 
seulement d*un miracle arrivé en un endroit 
où on éleva une croix. 



DACI, les Danois, 130. 

DACI , les Normand» de Normandie, 215. 

DACIA, DACIE, DANNEMARCK , 50, 129, 
141, 143. 

DACISCA LINGUA, 197, 198. 

DAMASE, légat du pape envoyé en France, 194* 

DAN AI, 130. 

DANOIS (Dani\ 31; ^de^cendent d*Anténor, 32. 

DAPIFER , le comte Hélouin sert le duc de Nor^ 
mandie, 204. 

DÉCRET. Décréta, 178, 196, 205. 

DEDALUS, Dédale, 138. 

DE LA RUE (Tabbé), note de sa main sur un 
nxK de Dudon de St-Queniin , 108 , 119. 

DELISLB ( idenlificatiun de noms de lieu établie 
par M. Léopold ), 12, 29, 275. 

DEPPA, V. BETUUNE. 

DKUX-JUMEAUX (abbaye des), 10. 

DIALECTICl, 288. 

DIAPASON , théorie du diapason musical, 117. 

DIVE, rivière du Calvados, 47, 84, 91. 

DOMAINE DUCAL, 248. 

DOT, eiemple du régime dotal en Normandie, 288» 

DRAPEAUX DES SCANDINAVES, vexiUa, 180. 

DUCHESNE ( André ) , son édition de Dudon , 
105 et siiiv. 

DUCS DE NORMANDIE. Office pour leur Éta- 
blissement, 13; — organisation de leur cour, 100« 

DUDON DE StQUENTIN ; date de sa naissance , 
18 ; — envoyé en mission en Normandie, 18 1 
19 , 295 ; — prié par Richard I*' d^^riic une 
histoire , 119 ; — reçoit deux bénéfices dans le 
pays de Caux ;— revient en Normaudieen 1015 ; 
— publie une histoire des Normands ; — date 
de sa mort, 19 ; — son ouvrage , 20 ; — daie 
de la publication ,22; — qualités littéraires de 
Pauteur, Ibid, ; — poésies, 23 ;— sources de soo 
histoire, 26 ; — matériaux amassés par le comte 
d'Ivri, 27 ; — erreur de Tabbé des Thuillories, 
28; ~ erreur de r//ûroir« tittéraire, 28, 29;— 
auteurs suivis par Dudon , 32. 

DUNENSIS COMITATUS, comté de Danois « 
162 , 274. 

DUNOIS, comté de Dunois ( Burent-Loir), en- 
vahi par Rollon, 162 ; — envahi par Ridiard l*% 
274. 

DUODENARIUSNUMERUS, 117. 



EAULNB, rivière du département du Pas-ile- 
Calais , 271. 

EBLES, Monter, comte de Poitiers, rient au 
secours de Chartres , 162 ; ~ combat les Nor- 
mands à la colline de Lèves , 164. 

ECATOPOLIS, nie de Crète, 138. 

ÉCOLES NORMANDES, 13, 120. 

ÉDUCATION des princes et des jeunes geos 
nobles , 228 , 230. 

EIRICUS , HENRICUS , l'un des assatsios de 
Guillaume-Lougue-Épée , 207 , 208, 

EL .MENTS, les sept élémenu, 178. 

EMMA, fille de Uugues-le-UraDd, donnée co 



308 



TABLE ANALYTIQDE, 



mariage à Richard l*' , 250; — meurt sans 

enfants, 28S. 
EMMA , reine d'Angleterre, fille du duc Richard 

!•' et de Gonnor , 290. 
EMMOi évoque deNoyon, mis à mort par les 

Normands, 131- 
ÊPÊE du duc Guillaume, sa description, 197; 

— épée donnée par Richard I*', 267. 
ÉPREUVE DU FEU, 172. 

Ëin^A, l'Eplc, rivière du département de la Seine- 

luréiieure, 468, 189. 
ERIMBERT , évêque de Bayeux ,11. 
ERMENFRID , évéque de Beauvais , mis à mort 

pur les Normands , 131. 
ESCAUT, ri\ière, les Normands y pénètrent, 55, 

150. 
ESPAGNE , incursion des Normands sur les côtes 

d'Espagne, 287. 
ÉTAMPES, cette ville et sou voisinage ravagés 

par Rolion, J60. 
EU , défense de cette ville par Rollon, 77, 17A. 
EUDES, roi de France, repoussé par Hasting, àà» 
EURE , ri\ièredu département de TEnrc, 156. 
EUROPE, sa description géographique, 429. 
ÉVREUX, prise de cette ville par les Normands, 

60, 61, 1>')7 ; — comté d'Évreux promis par 

le roi de France à Hugues-le-Grand , 236 ; — 

prise de cette ville par le roi Lothaire ; elle est 

livrée à Thibaut de Chartres , 273. 
ÉVREUX, Péglisc cathédrale de cette ville reçoit 

une donation de Rollon , 66 , 170. 

F. 

FASGE, nom de la ville que possédait Rollon en 
Dacie(?), 163. 

FÉCAMP, vers sur Pabbaye de Féoamp, 109 ; — 
lieu de naissance de Richard I*', 191, 218, 
219; — château de Fécamp, 219, 220, 

— fondation, construction, ornementation de 
Tégllse de Pabbaye de Fécamp , 291. 

FÉLÉCAN, chef normand massacré par les Bre- 
tons, 71. 

FÉODALITÉ, 101;— nécessité des liens féodaux, 
exposée par Hugues, 250. 

FLANDRE, proposée à Rollon par Charles-le- 
Simple, 168. 

FLANDRENSES, 192, 262, 270. 

FLANDRENSIS TERRA, la Flandre, 468. 

FLEURY, monastère épargné par Rollon, 161. 

FONTANET, conséquences de la bataille de 
Fontanet, 96. 

FRANCIA, 190, 166, 165; - apostrophe à la 
France, 135, 215; — Betçica Francia, 218; 

— Francia f 277. 

FRANCON, archevêque de Rouen, 57, 62, 75; 

— vient au-devant des Normands, 152 ; — con- 
sulté par le roi de France , ibid. ; — obtient de 
Rollon une trêve de trois mois, 160; — pro- 
pose au chef normand un accord définitif, 
166. 

FRISE, FRISIA, envahie par Rotloo , 55, 150. 
FRISON, enrôlé parmi les soldats de Rollon; 

stratagème qu*il invente, 99. 
FULCARDUS, messager du duc Guillaume !•% 218. 



G ALLIA , dans le sens de Francia, V. entre 

autres exemples, 266. 
GARNIER, auteur normand do X« siècle, 15. 
GAUTIER , évéque de Paris , père de Raoul 

Torta, 92. 

GÊFOSSES, village et station normande, 161. V. 

JEU FOSSE. 
GEOFFROl GRISEGONELLE , comte d'Anjou, 

fait une expédition contre le duc Richard, 271. 
GEOFFROY, comte d*Eu , fils naturel de Ri- 
chard I<', 289. 
GÉOGRAPHIE, coimaissances géographiques au 

X« siècle, 31. 
GERBERGE , GERBERGA , femme de Louis 

d'Outremer , mère de Lothaire, 198 ;— menace 

le jeune Richard I«% 280; — appelle en vain 

son frère Oihon au secours de son mari , pris 

par les Normands , 265 ; — s'adresse à Hugues, 

266 ; — conspire contre Richard avec Thibaut 

de Chartres, 265. 
GERLOC, fille de Rollon, mariée au duc de 

Poitou , 192 ; — envoie des moines poitevins en 

Normandie, 201. 
GERLON, chef normand , aurait reçu Blois en 

bénéfice , 76 ; — son origine prétendue, lUd, 
GERMANIA, 129. 
GERUNDA, la Gironde, fleuve, 160. 
GETiE, 129. 
GETIA , 129. 
GIMEGIÂ, V. JUMIÈGE. 
GISÈLE , fille de Charles-!e-Chauve , donnée en 

mariage au normand Godefrold , 73. 
GISÈLE , princesse donnée en mariage à Rollon , 

72 , 165, 169 ; — son origine, 73; — reçoit des 

espions envoyés à Rouen par son père, 173, 
GIVALDl-FOSSA , GIVOLDI-FOSSA , Jeufosse* 

sur-Seine, Seine-et-Oise, 162. 
GODEFROID , chef normand , reçoit la Frise en 

bénéfice , 63 ; — épouse une fille de Charles- 

le-Chauve , Gisèle , 73. 
GONNOR , femme de Richard 1*% protège les 

savants , 15. 
GOTHl, 129. 
GREC, mots grecs employés par Dudon , 215, 

216, 247. 
GUALLO , moine de Sl-FIorenl-sur-Loire , aurait 

vu Hasting, 66. 
GUALTELMUS, évéque de Chartres, défend cette 

ville assiégée par Rollon, 162, 463. 
GUÉ HÉLOUIN , lieu situé sur la Dive , selon 

Guillaume de Jumiéges. Nous ne connaissons 

pas, sur cette rivière, de gué portant ce nom. 

C'est par une erreur évidente que VArt de vé" 

ri fier les data Pidenlifie avec le Bec^HeUouin , 

localité du département de PEurc. 
GUI, évéque de Soissons livré en otage aux 

Normands, 266. 
GUILLÂUMELONGUBÊPÉE, second duc de 
Normandie, fils de Poppa , 60, 157 ; — ?eut se 
foire moine à Jumiéges , 180 ; — associé au 
pouvoir ducal par son père, 77, 179; — 
combat une révolte de Bretons, 68, 188 ; — 
épouse Spota, 186; ^ rend hommage au roi 



TABLR ANALYTIQUK. 



ao». 



de Kr^nœ, 77 ; -^ révolte de RUmirconlre lai , 
È^t 187, fis t — Ta à Bayeni, SSS : —prend 
part à la restauration de Loui!»-d*Outreaier 
8A , 193 ; — set entrcriies atec oe prince , 81 » 
-- époase une fille de Herliert de Vermandois, 
198 ; — i*lnterpoae entre Othon et Louis d*Ou- 
tremer, 196 et suiv. ; — est parrain du jeune 
Lothaire, 198 1 — reconstruit Tabbaye de Jn- 
miéges , SOO ; -- veut s*jr faire moine , 204 ; — 
reprend pour Hélouln le château de llontreuil , 
iùh , ftS ; — est assassiné, S07, S08 ; — inhumé 
à Notre-Dame de Rouen , 108. 

GUILLAUME , archeréque, en? oyé en mission en 
Angleterre pour rap|)eler le roi LouifHl*Ou- 
tremer, 84* 

GUILLAUME, duc de Poitou, demande en ma- 
riage la smur de Gnillaume-Longne-Épée, i9S. 

GUILLAUME, fils naturel de Richard I" et troi- 
sième comte d*Eu , 289. 

GUILLAUME DE JUMIÉGES, reproduit la tra- 
dition d*Anténor , S& ; — donne des détails 
sur les émigrations normandes , et sur la tIc 
de Bixm, chef Scandinave, 89; — critique 
Touvrage de Dudon, I4&;— donne des ren- 
seignements particuliers &ur le siège de Bayeux 
par Rollon, 157 ; — induit en erreur, 191 ; — 
cité, 192; — complète le récit de Dudon, 201. 

GURM, nom donné II Hasting, &4.- V.VURMON, 
GURMON. 

GURMON, surnom donné à Hasting, Â5. 

GURIM, frère de Rollon, 50, lÂl, 1Â2, iàZ; 
— sa mort, 1^3. 

GUTHRUN, chef danois établi en Angleterre, 
52; «- vaincu et fait chrétien par Alfred, 53; 
reçoit Rollon, date de sa mort, 5A. — V. en- 
core 63, 75. 



HAGUE-DICK, élevé par les Normands (?}, 66. 

HAIGROLD, roi Scandinave, vient au secours 
des Normands de France , 91 , 239 ; — com- 
mande les troupes levées dans le Cotenlin et 
dans le Bessin, 91 , 2&0; — combat, défilt et 
prend le roi Louis, 2&1 ; — administre la Nor- 
mandie, 2&5;— serait revenu plus tard encore, 
selon Guillaume de Juroiéges, 277. 

UAINAUT, envahi par Rollon, 55. 

HALDANS.-V. AS DANS, 154. 

HALF, chef normand , àh, 

HARALD, roi de Norw^, eiile Rollon, 50, 51. 

HARALD, roi de Daiiemarck, 91. 

HARLEM.— V. ALMËRA. 

HASLOV, station des Normands sur la Meuse, 

A4. 
HASTING , chef normand , incertitudes sur son 
histoire, 30; — opinion de Raoul Glaber, 87; 
et des historiens danois, 58; — date de ses 
premières cipédilions, 38, 39; —bits à lui 
attribués par I>udon, 40, 130, 131, 166; — 
prise de Luna, 41, 132, 138; — Hasting 
occupe lès bords de la Loire , A3 ; — il traite 
avec le roi , 44« 137 ; — se rend dans le nord de 
la France, 44, 45; — passe en Angleterre, 
45;— Y a-t-il eu deui Hastlngs? 45; — | 



Hasting aH-il été comte de Chartres, 46; — 
son entrevue avec Rollon sur la Seine, 40, 57, 
15A, 155; — il assiège Chartres, il est rqeté 
sur la Dive, — sa mort, A7. 

HASTING, titre du livre !•' du He moribus, 30. 

HELNA.— V. EAULNE. 

HÊLOUIN, HERLUIN, fdhdatetir de Tabbaye du 
Bec, 14. 

HELOUIN , comte de Montreull , cliassé de son 
domaine par Amould, secouru par Guillaume- 
Longue-Épée, 83, 203; — reçoit du roi le 
gouvernement de Rouen, 89; — se rend à 
Bayeui avec le roi Louis, 91 , 240; — est tué 
sur les (Mrdsdela Dive, 91 , 241. 

HENRI , évéque de Bayeux , baptise le jeune dnc 
Ricliard, 191, 219. 

HENRI-LX>ISBLEUR , a-t-il assisté à une cèofé- 
rence entre Guiliaume-Longue-Épée et Louis- 
dX)utremer ? 82. 

HENRI . empereur d*Altemagne. V. OTHON. 

HERBERT, comte de Vermandois; son entrevue 
avec Guniaume-Longuc-fii)ée , 82; — vient 
chasser dans la forêt de Lions, 192; — marie 
une de ses filles au duc de Normandie, 193 ; — 
ses luttes avec Hélouin, comte deMontreuîl, 204. 

HERMAN , duc de Saxe . assiste à une entrevue 
de Gliillaume-Longue-Épée avec Othon, 198. 

HERMENTRUDIS VILLA. V. St-SEVER. 

HIBERNENSES, 192, 265. 

HIERARCHIE DES DIGNITÉS, 101. 

UILDIERUS , évéque de Beau?ais, livré en otage 
aux Normands , 92, 246. 

HILLEMUNDUS EPISCOPUS, 171. 

HISPANIA.- V. ESPAGNE. 

HISTOIRE LITIÉRAIRE DE LA FRANCE, 28. 

HIRENSES, peuple cité par Dudon, 282. 

HOMMAGE, rendu à Charies-le-Simple par Rolioo, 
170 ; — > à Guillaume-Longoe-Épée par les Nor- 
mands, 182 ; — par Hélouin , comte de Mooa 
treuil, 204 ; —à Richard !«' par les Normandit 
221. 

HORACE , vers de ce poète imités par Dudon , 
120. 

HUGUES DE FRANCE vient chasser à Lions, 
192 ; — son entrevue avec Guillaume-Longue- 
Épée, 82; — Normands qui se soumettent à 
lui , -87 ; — il réconcilie Louis-d'Outrener et 
Arnould,89; — assiège Bayeux , 90, 236; — 
se retire sur Tordre du roi, 237; -^ intervient 
pour délivrer ce dernier, tombé an pouvoir des 
Normands, 246; — promet sa fille Emma en 
mariage à Richard 1*', 250 ; — meurt, 263. 

HUGUES-CAPET, roi de France, 126, 288; — 
diflkuités entre lui et Albert de Vermandoii^ 
295. 



ICARUS, ICARE, fils de Dédale, 138. 

INCON , chef normand , extermine les Bretons de 
Comouailles, 71. 

INNORHARE, INNORMAT, 180. 

INVASIONS DES NORMANDS, leurs causes, 34, 
94 , 130 ; — leur caractère, 132 , 141 ; — sont 
la punition des fautes des chrétiens, 137. 



39 



TABLE ANALYTIQUE. 



KtNA, l'Yonne, 181. 

ISIDORE DB SSVILLB, Miri pir Dudoii, 81, BJ. 
IVES DE CRE1L cm DE BELE8UE, htoriw 
rttidon du doc RkbiTd I». 181. 



JARDIN' (du , prieur de St-Étroull, teiooUiiur 
DQ miDtiKrii de Dudon, 107. 

IEA>, abbt de Fècamp , 109. 

iEUrOSSB, ou GEFOSSB, commuM do dépu^ 
lement de Srine-«l-Oise , Krt de sibUod aui 
Nonniodi , 177 ; — Bit donnée en ce tien par 
ntehardl", ISt. 

JORNANOËS, copié par Dodoo, ». 
JUUIÉGES, Bbltaje, 161;— l'«|tliM Sl-Piemde 

' Jamtégei re^t une donttion de RdIIdd, 170 i 
— l'abbofc f>l rrcouitrulte par GniUsume- 
Longue-Épée, 100 ; " de* btllmenls d^ft ruinéi 
•ont iDlalemenl détraUa par Rtoal Torta (ce 
qui porle t croire que la rcconilroclion com- 
mencée MUS Guillaume De fol pu considé- 



KfiTILL, cher Domand , pËre dt RoIIod(?} , lue 
parGerion. 7i. 



LAMBERT, frère de Bélouln , comte de Hon> 
treuil, tué avec ton frire, IJl, lit. 

LANGUE NORMANDE, Dadiea tingua, 1B7, 
19B. 

LANGUE ROMANE, parlée ARooeu, 111. 

LADDUHENSIS PAGUS, leLaoDDiri*, 195. 

LENOIR (Dom), 105. 

LEOHS.— V. LIONS. 

LEUGA, Lèves (Eure-et-Loir). 

LBUTGARDE, fille de Herbert de Vemnndolt, 
femme (?) de Gulllaume-Longue-Épée, IBS, las. 
Voir, touleroii. In obierTaliont de M. d'Arbois 
de Jnbainville dans ton Hitioirt du comia de 
CMompagut, tome II. 

LEVES, près Ctiartrn (Eurent-Loir), lieu où k 
retirent In NormiDdi , ISi. 

LEX BOMANA WISIGOTUORUH, m*, de l'ab- 
baye des Deni-JuiDeaui , 10. 

LIGER, Loire, feuTe, IflO. 

UONS (la forél de] , diaaseï dans cette forél, 
191. 

LISTA, ér^qne de CouEaucra, tué par le* Nor- 
mands, 1S7. 

LITTSdATURE en Normandie an X* aiëde, g. 

LOIS NORMANDES, 75, 70;— lois pronui- 
(oéespar RolloD, IIS. 

LOIS établies par Rollon, 171;— sont pratiquées 
soaa le rèRue de son fils.lltS, 100, 101, 105. 

LONGE-PATENTIS VILLA , rarisnte du telle de 
Dodon , donnée par Denlau ( Relia Briio- 
Nortkmattnietu) , LongucTille, 17]. 



LONGUEVILLE, labooicnr de ce <illar> *">* 

Wsce, pouipar RollM, 7B. 
LORRAINE, cnlrenie du duc de Lamine avec 

Gnillanme-Loi«ue-Êpée, 81. 
LORRAINE, promise t Benri, roi de Geimuiie, 

parCbarfes-le-Simple, >5I. 
LOTHAIRE, appelle les Numandt A mm aide, H| 
roi de France) sa naissance ; il a GoilUnmc- 
Lonttue-Épëeponr pamin, IBS. 
LOTUARIENSB REGNDM, 151, ISS; — d«* 

LolharieniU , 166. 
LOTHARIENSES, les Lorrain*, 197. 
LOUIS-D'OUTREHER, rdde France, part que 
prit Goillaume-Longue-Epée A ta reilauralka, 
81, 193; — BCaentreruct avec ce prince. 8>i 
190; — rient A Rouen, 81, 189; — •eiesidll 
Vtuuguà, 81, 197; —le saisit de la Nor> 
mandie. 87, 109;— tïlt prêter hommage 5 
Richard, SX; —s'empare de la penonne dn 
jeanedoc, 88; —te rend A Bajeux, 91, lAlt 
ett battu et pris par le* Normand*, lU; — dè- 
lliré par rioterteotion de Bugnct, >AS; — 
canDrme & Richard I* posseision de la Mor- 
mandie, li9 ; — oiédlle de nouTean avec A^ 
noDid la perte de Richard, ISO. 
LUNA, LDNX. LUX, tIIIc d'Italie, aiuqoée et 
priie par Hasting , Al , 181. 



HAGOG, ta légende. Si. 
HAINE, cédé aui Normand* en 91i, 66. 
MAINE, duché mérorii^tien et earloTinglen, 158. 
MAJOR D0MU3 HILITIJi, 119. 
MANUSCRITS DE DUDON, 105, 111. 
MARTIN, abbé de Jumiégea, 100, 101. 
MATHILDE, fille de Richard 1" et de Goooor. 

leo. 

HEDITERRANEUH HARE, Incursion* de* Nor- 
mands dans la Méditerranée, 131, 115. 
MELLENDIS. V. MEULAN. 
UKTLENDI8, lUitlendii, Ueulan-sur-S^ne, ISS. 



. 187. 

HILiTliE DOUUS MAJOR, 119. 
HINOJAMtENIA, 488. 
MONASTERES, leur réfocme, 15. 
HONS LAUDUNI, Laon, »8. 
MONTREUIL, prise de celle tille par Arnould, 

comte de Flandre, BS, 103; — elle eitrepri«e 

par Guillaume'Longue^pée et rendue 5 Bé- 

louin, 83, SOh. 
MONT-SAINT-MICHEL , l'église St-Mkhel nçtAt 

une donalion de Rollon, Si, 170, 
MONT-AUX-UALADES (le), hauteur tituée prêt 

de Rouen, 189. 



TABLB ANALYTIQUE. 



Sit 



MORIUTH, safant tenu co Normandie aa X« 

iiède,i«. 
MORULANS, id ttt , parvai moraê fadens, 

DnclMsiie, iA9, Sfl8. 
MUSA, la Meuse, rifière de Fraoee, 196. 
MUSES (Éoaméralion des), SiO; — étymotogie 

de leàra Doms, IbitL 
MUSIQUE, théorie sur la musique, il7 ; -~ vers 

sur let SpecUs tnrmonieatei , 139. 



NÈGRES, tués dans un combat contre les 

Normands, S87. 
NORMANDS, causes de leurs émigrations, 5h ; — 

leurs mœurs dans le Nord , 35 ; — causes de 

leurs invasions, 9â ; — appelés par les princes 

carlovingiens, 98; — eniîftiaient des chrétiens 

dans leurs bandes, 99; —leur lactique, 100; 

— leurs usages militaires, 190 ; —caractère rusé 

des Normands, }A1, 14 A. 
NORMANDS DE. LA LOIRE, étendue de leurs 

possessions, 69 ; — leurs relations avec les 

Normands de la Seine, 69. 
NORMANDIE , considérée comme frontière de la 

Flandre (sans doute parce que le comte de 

Montreuil était vassal du duc de Normandie), 206. 
NORTHGUEGIGENiE, NORGUEGIGENES, Nor- 

wégiens, 283. 
NORTHMANNIA, la Normandie, 215. 
NOYON , ville attaquée par Rollon , 69 ; — Em- 

mon, éféque de cette ville, mis à mort par 

les Normands, 181. 
NUTRITOR, précepteur, 22A. -V. ALTOR. 

O. 

OCTAVA SORS, 209. 

OFFICE, pour l'établissement des ducs, 13. 

ORBISDESCRIPTIO, 129. 

ORDERIC VITAL, donne à la mort de Rollon une 
date erronée, 76. 

ORIENTALF^S, i&l, 363. 

OROSE (P.) , copié par Dudon, 32. 

OSCEL , lie de la Seine , station normande ; le 
roi Charlcs-le-€hauve y est abandonné par ses 
troupes, 96. 

06M0ND (faroilie d*), prétention généalogique 
de celte famille, 231. 

OSMOND, gardien du jeune Richard , 89, 229 et 
suiv.; — prépare et accomplit Tévasion du 
prince, 231. 

OTHON, empereur d'Allemagne, confondu par 
Dudon avec Henri-POiselcur, 82; —reçoit un 
ambassadeur du duc Guillaume; — lui en 
renvoie un à son tour, 195; — se rencontre 
avec le duc, 196, et avec le roi de France, 
82 , 85 ; — est appelé au secours de Louis- 
d'Oulrtmer, 245. 

OTHURA, la rivière d'Eure, 154, 165. 



PAGENSBS, anciens habiUnts du pays, par op- 
position aux Normands , 245. 



PAGI, PaffMê CateenêU, 218 s — 4fli4taiiensw , 

206, 261 ; — V§rmanâmmuiê, 233; — Aa/va- 

etntiê, 267. 
PAÏENS, Normands restés païens, 77, 78; — 

se révoltent contre Guillaunie-Loogue-Épée , 

80, 81 , 87 , et contre Louis-d'Ontremer, 88. 
PALUS-MÊOTIDES, peuples qui les habitent, 129. 
PARILITAS TIRONUM , 203. 
PARIS , éféque de Paris , père du oonnand 

Raoul Torta , 92. 
PARIS, siège de cette lille par les Normands, 

157, 158, 160, 161. 
PARTAGE, des terres au cordeau entre les com- 
pagnons de Rollon, 171, 182. 
PAUL DIACRE, parle des émigrations des peuples 

du Nord , 35. 
PAYSANS, leurs tentatives pour combattre les 

Normands, 95, 99. 
PÉPIN, Gis de Charles-le-Chauve , s'associe aux 

Normands, 98. 
PERSE, vers de ce poète imités par Dudon, 120. 
PETE DORMITUM, 241. 
PICQUIGNI , lie de la Somme où fui tué Guil- 

lauoie-Longue-Épée , 85, 207. 
PICTAVENSES, les Poitevins, dicton à leur sujet, 

192. 
PIERRE, pose de la première pierre de l'église 

de Fécamp, 291. 
PINCHINIACUM, Pecquigny, 207. 
PISTES, domaine royal, 61; —fortifications, 

154. 
POITEVINS, payaient un tribut aux Normands 

jusqu'en 926 , 70. 
POLYGAMIE, chez les Scandinaves, 35. 
PONT-DEL'ARCHE (Seine-Inférieure), RoUon 

et les Normands y stationnent, 154. 
PONTOISE, prise de cette ville par les Normands, 

58. 
POPA, fille du comte Bérenger, 59; — est prise 

comme femme par Rollon , 60 , 157 ; — mère 

de Guillaume I" et de Gerloc, Ibid. 
PORTUS-VENERIS , PortthVenere, ville d'Italie, 

132. 
PRiEPOSITUS, sa fonction, 172. 
PRINCEPSMILITIiE, 249. 



QUEVILLY , village situé pràs de Rouen, 220. 



RADBOD, comte de Frise, combat avec Rollon, 

55, 150. 
RAGNAR LODBROG, roi Scandinave, 39. 
RAGNOLD, chef des Normands de la Loire, 69; 

— ses relations avec Rollon et les Normands 

de la Seine ; — envahit les pays au-delà de 

l'Oise , la Bourgogne , etc. , 69. 
RAGNOLD, duc français, combat Rollon , 57, 

154; — tué par un pécheur, 156; —son titre 

de duc du Maine , Ibid, 
RAOUL, roi de France, confirme Guillaume- 

Longue-Épée dans la possession du Bessin et da 

Cotentin, 84. 



M3 



TABLE ANALYTIQUB. 



RAOUL TORTA, normand, sert Louis-d*Oatre- 
mer, 92 , Sd9 ; ^ est chassé par Richard I«' et 
se retire à Paris, 93, 3&8, près de son père, 
éfèque de celte cité, SA 9. 

RAOUL D^IVRl , il conserre les sourenirs his- 
toriques des Normands, 15, S7; — prie Uudon 
d*écrire une Histoire des Normands, 119 ; — 
vers à lui adressa, 125. 

RAOUL GLABRR , sa version sur Torigine fran- 
çaise de Hasting , 37. 

RÉFORME ECCLÉSIASTIQUE des chanoines et 
des moines entreprise par Richard 1*', 298, 295. 

REGNIER-AU-LONG-COL , comte de Hainaut, 
combat avec Rollon, 55, 150; — est fait pri- 
sonnier par les Normands, 150; — et remis en 
liberté par Rollon, 160. 

REIMS (Église de), possédait le château de Coaci, 
90. 

RETRANCHEMENTS formés avec des cadavres 
d*animaux, 165. 

RHÉTORIQUE, ratio relhorieabitit, 178. 

RICHARD !•', duc de Normandie, doit-on le 
compter parmi les trouvères, lA; — attire les 
savanU à sa cour, 15 ; — est fait prisonnier par 
Louis-d*Outremer, 88, 309 et suit. ; — est dé- 
livré, 291 ;— est reconnu duc de Normandie par 
le roi de France, 2A0 ; — ses démêlés avec Louis- 
d*Outremer et Arnould, 250 ;— avec Thibaut de 
Chartres, 975, 277;— reçoit Dudon à sa cour, 295. 

RICHARD II , attire les savants à sa cour , 15 ; — 
invite Dudon à écrire une Histoire des Nor- 
mands, 119; — vers adressés ù Richard II, 
122; — 125, vers 10. 

RICHARD-LE-JUSTICIER , duc de* Bourgogne, 
vient au secours de Chartres, 160; — bat les 
Normands àArgenteuil, 161. 

RICHER, erreur de cet historien sur la mort de 
Rollon , 77. 

RIOULF, cher des Normands révoltés contre 
Guillaume-Longue-Épée , 80 , 187 ; — pays 
quMI occupait, 80, 81; — s^avanoe jusque sur 
la RisIe, 81, 188 ; — date de son expédition, 81 ; 
— sa mort, 8â, 191. 

RIOULF, Ridulfut, Tun des assassins deGuil- 
laume-Longue-Épée, 207, 208. 

RISLE, rivière du département de TEure, 84, 
188. 

ROBERT, duc de France, propose à Rollon de 
renverser Charles-le-Simple , 75 ; — sa révolte 
contre le roi, 77. 

ROBERT, fils de Richard l", archevêque de 
Rouen, 128, 126. 

ROBERT, roi de France, parrain de Rollon, 167, 
168. 

ROBERT, Hotbertut, Pun des assassins deGuil- 
lauroe-Longue-Épée, 207, 208. 

ROGNWALD, prince de Mare, père (?) de Rollon, 
51. 

ROLLAND , porle^nselgne des Français , tué en 
combattant contre Rollon, 58, 155. 

ROLLO , titre du livre U au De moribus, 188. 

ROLLON , premier duc de Normandie , son ori- 
gine, A9; — tradition normande, iài; — tra- 
dition Scandinave, A9; — combat le roi de 
Dacie, lÂl , ,1A3; — se retire à Scânia, 1A3; 



— date de sa première eipéditiop» 51; — 
descend en Angleterre, 52, 58 , iA&; — set 
songes, 5A, iÂ&, 1A6;— Il serend à W«|cherai «t 
en Frise, y combat Rcgnier-au-LoQg-Cpl et 
Radbod, 1A9 ; — campe à Condé» 55 ; — ilMe 
de ces événements, 56; — Rolloo entre en 
France, 56 , 57 , 151 ; — oomM les Français 
sur les bords de TEure, 57; — prend Meulâo, 
assiège Paris, 58; — apporte les reliques de 
sainte Hameltrude , 58 . 156 ; — retourne en 
Angleterre, 59, 158; — assiège et prend 
Ba>eux , Évreux, 59, 157; — retourne en An- 
gleterre, 158; — expédition, 160, 161; -r- 
siége de Chartres, 61, 62 ; — concession à loi 
faite par Charles-le-Simple, 62 et sniv« , 166 tt 
suiv. ;— sa conversion, 170; — il épouse Gisèle, 
72, 169; — partage des terres au cordeau, 
171 ; — ses relations avec les Normands de It 
Loire et leur chef Ragnold, 69 ; — messager 
du roi mis à mort, 178 ; — Robert lui propose 
de détrôner Charles-le-$imple , 75, 179 ; — *<>» 
gouvernement , 75 , 76 ; — lois qu*U établit , 
171 ; — assiège la ville d*Bu , 77 ; — associe 
son lils au pouvoir, 179 : — sa mort, 76, 77, 
17Â. 

ROM AN A ELOQUENTIA, la langue romane. — 
V.ce mot, 221. 

ROME , Uasting forme le projet de %*y readio, 
131; —son erreur, 185. 

ROUEN, éloge de cette ville, de son port, 224. 

ROUEN, sou église cathédrale reçoit une donation 
de Rollon ,170. 

RUBRICA , règle , 180. 

RUSTICI, tenutive des paysans contre les Nor- 
mands, 162. 



S. 



SACRIFICES HUMAINS, ches les Scandinaves , 
180. 

SAGAS, 17; — relatifs à Rollon, .^.0, iàà. 

SAINT AICADRE, archevêque de Rouen, sa Ftf, 
12; — patron de Tabbaye de Jumiéges, 171. 

SAINT ARNOULD, reliques d'un saint Arnould 
apportées par les Normands , 152. 

SAINT DENIS, abbaye incendiée par Hasting, 
181 ;— Péglise abbatiale de St-Denis, en Franpe^ 
reçoit une donation de Rollon , 170; — charte 
de Richard II relative à cette donation, 171. 

SAINT DENYS-L*ARÉ0PAG1T£, tradition rela- 
tive à ce saint, 170. 

SAINTE AMGERTRUOE. V. SAINTE HAMEL- 
TRUDE. 

SAINTE-GENEVIÈVE, église incendiée par Uas- 
ting, 18i. 

SAINTE GERTRUDE. — V. SAINTE HAMEL- 
TRUDE. 

SAINTE HAMELTRUDE , ses reliques apportées 
en France par Rollon , 58 , 152. 

SAINT ÉLOI DE PARIS, église incendiée par 
Hasting, 131. 

SAINT ERNOLF. — V. SAINT ARNOULD. 

SAINT-FLORENT-SUR-LOI RE, monastère, A4. 

SAINT-GERMAIN-DES-PRÉS , abbaye . 65. 



TABLB ANALYTIQUE. 



513 



SAINT-GERMAIN , égUae du diocèse de Rouen , 
155. 

8AINT-L0, prise de celle tille par les Nomands, 
59, 157;-** était la limite de la ooooeMion 
feite aoi Bretons par Cbarle»-le-CbaaTe , 68. 

SAINT MARCOUF, ses reliques transférées à 
Corbéni, 69. 

SAINT-MARTIN-OU-PONT, église de Rouen, 153. 

SAINT-MÉDARD DE PARIS, église incendiée par 
Hasting, 4SI. 

SAINT-OUEN , Téglise Sl-Ouen reçoit une dona- 
tion de Rollon, 170. 

SAINT-QUENTIN, Téglise de cette Tille incendiée 
par Hasting, 131. 

SAINT-SEVER , faubourg de Rouen , attaqué par 
Tbibaut, de Chartres, S75. 

SAINT-WAAST, cba|)elle située dans le diocèse 
de Rouen, 152. 

SAINT-WAAST, monastère, attaqué par Has- 
ting, A5. 

SALINES, $alina Corftonis, 339. 

SALOMON , roi des Bretons, traite avec Hasting, 

SANCTUM BBNEDICTUM , St-Benoitou Fteury- 
sur-Loire, 161, — V. Fleurjr. 

SANCTUS ADDOENUS , saint Ouen , arche- 
vêque de Rouen, 170. 

SANCTUS CLERUS, SANCTUS GLARUS, St- 
C!aîr-sur-Epte , 168, 2â6. 

SARMATiE, 129. 

SCALDES, en est-il venu en Normandie, 47 ? — 
influence de leurs œuvres sur Tbistoire de Nor- 
mandie, 50. 

SCANZA, Scanic, 129;^ Rollon se réfugie dans 
cette contrée, 1^3. 

SCAUZE, leçon fautive, 114. — V. SCANZA. 

SCITHIA, i29. 

SCRIBE , noms de scribes fournis par les mss. de 
Dudon, 108, 109. 

SCYTHICUS PONTUS, 129. 

SEBAR , évéque d*Évreux , échappe aux Nor- 
mands, 157. 

SECRETARII DUCIS , 220. 

SECRETORUMDUCJS CONSCIUS, 183, 208, 220. 

SÉEZ, son évéque Addelme pris par les Nor- 
mands, 12; — dut nuire partie du territoire 
cédé à Rollon, 65, 66, 72. 

SENARIUS NUMERUS, H7. 

SENLIS, ville de France, département de TOise, 
appartient au comte Bernard , oncle de Guil- 
laume I*' et de Richard I*' , 231. 

SEPTENA QUIES, 2&2. 

SIGEFRID, Normand envoyé par les Français 
pour traiter avec ses compatriotes, 46. 

SIGONA, la Saône, 161. 

SILVANECTiE, Sentis, 231. 

SOISSONS, Tévéque de Soissons donné en otage 
aux Normands, 92, 246. 

SOMFJVA , SOMONA , SUMMA , la Somme , riv., 
207. 

SORS OCTAVA , 209. 

SPROTE, femme de Guillaumc-Longue-Épée , 
épousée more danico , 185. 

STAMPiE, Êtampes, Seine-et-Marne, 161. 

SUCCESSION FÉODALE, 87, 229. 



SUECI, 31. 
SUEVI , 51. 

SYNODE DEL AON, convoqué pour traiter de 
la paix avec le duc Richard, 277. 



TERRA BRITONUiM , pays désigné par ce nom , 

68, 71. 
TERRITOIRE , concédé à Rollon, 63. 
TETRACHORDE, nom de chacune des cordes, 

216. 
TETGER, oflicier de la cour de Guillaume- 

Longue-Épée, 195; — envoyé en mission en 

Allemagne, Ibid. 
THIBAUT, comte de Chartres ;— ses démêlés avec 

Richard !•', 270 et suiv.; — reçoit du roi 

Loihaire la ville d*Évreux, 273; — est battu 

par Richard devant StSever , piès Rouen , 

275; — |>erd un fils, 276. 
THOURY-SOUSCLERMONT (Oise). V. TORO- 

TENSE, 233. 
THUILLERIES (abbé des), 28. 
THUR, divinité Scandinave, 129; — sacrifices 

en son honneur, 130. 
TONNERRE, nom d*un cor appartenant à Has- 

tin^ç, 44. 
TOROTENSE, TORONTENSE CASTRUM, Thou- 

ry-sous-Clermont (OIm*), 233. 
TOUQUES, rivière du Calvados, 84. 
TRAGODITiE,129. 
TRAITÉ DE Sr-CLAIR-SUR-EPTE, 62. 
TRIBUT payé aux Normands, 137. 
TURKOT, la légende relative à ce personnage se 

confond avec celle d^Anténor, 33. 
TURMOD, chef des Normands païens révoltés 

contre Louis-d'Outremer, 88. 

V. 

VADUM HBLUINI , lieu situé sur la Dive, 240. 
VARAVILLB , bataille entre les Normands et les 

Français dans le voisinage de ce lieu , 239. 
VERMANDOIS, ravages commis dans cette con- 
trée par Hasting, 131. 
VETERiE DOMUS, palais carlovingieo, 156. 
VEUSEGUS, opinion qui place ce lieu à Vouxiers, 

82. 
VIE RELIGIEUSE, théorique , pratique , 201. 
VIERGE, tunique de la Sainte-Vierge, 162. 
VILEMETZ (Eure-et-Loir), 161.— V.VILLEMEUX. 
VILLEVIEUX (Eure-et-Loir), localité ravagée 

par les Normands de Rollon, 160. 
VILLICUS. — V. PRiEPOSITUS, 172. 
VIRGILE , vers de ce poi'ie imités par Dudon , 

130, 131, 133, 136, 137, 142, 147, 149, 151. 

153. 
VIRMANDENSIS PAGUS, Vermaudois, 233, 251, 

295. 
VIRTUTES QU ATERNiE, 250. 
VOSAGUS.— V. VOYSE. 
VOYSE, monastère situé sur la iVIeuse, 196. 
VULFALDUS, é\éque de Chartres, 277. 
VURMON, surnom donné à Hasting, 45. 
VURFRAND, Breton qui défie les Normands 43. 



81 & 



TABLE ANALYTIQUE. 



W. 



WACB , dlalions ou discussions de passages de 
sesŒUfres, 1&9, 152. 



WALGHEREN , WALGRl , — RotloD y detccDd. 

55, i&9. 
WALGRl, WALGRENSR8, 55, 149. 
WITTON, arcbeféque de Rouen, 61. 



Caeii, t}^). F. Le Rlauc-Hakobc.. 



APPENDICE. 



Dès soD apparition , l'ouvrage de Dudon de Saiol-Qiientin prit rang 

I comDie tiiie autorité. Tous les auteurs des siècles suivants ne parleot 

I guère de uos premiers ducs que d'après lui ou d'après son abréviateur, 

Guillaume de Jumiéges (1) : lisez, par exemple, les trouvères Wace et 

Benoît. Bientôt l'œuvre de Dudon traversa les mers. En Angleterre, son 

livre parait avoir étc très-rt'pandn {9}. Les Danois et les Norwégiens lui 

I demandèrent l'histoire de leurs compalrioles émigrés, et c'est ainsi qu'on 

I Toit son livre entre tes mains de Saxon le Grammairien [^). 1! avait cod- 

1 serve, pendant tout le moyen âge, une autorité discutée seulement sur 

r des points de détail , quand , au commencement du XVII' siècle , il tomba 

I tout d'un coup dans un discrédit si complet, que les Bénédictins le 

regardèrent comme indigne d'entrer dans leur collection des Historiens de 



L) A GiiillauniF de JamiégM, joignez too iiilerpolaieur. Le cbapiire ii Ju livre I" du lU GatU 

1 ■'est qu'une copie du paragraphe premier du premier litre de Diidon, d^puii Toiiui nnmqi» jusqu'à 

oltndo tommormia. Du Cbtfme. Bin. Nerm. S. S., 117, A. B. C. Voir JVoriVc lur Ord. Viiti. 

r pir noire miUre, M. L. Dclisle, qui j prCaoïtc sur Itisloirr des ditersn Ëdiiioua uiBnutcrtM de Guil* 

ne de Jumiéges les délai!) tri plu« prédk L'bubile el laborieux énidil ■ condensé daiu quelque» 

I Bgnes le précicui tésullat d'un lantt IniTail. C'est ud cadre délinitir, que le Tultir éditeur de l'ouvriite 

du moine de lumi^cs n'aura qu'i remplir. 

(1) V. le uonibre de manuKrils conseriés eu Angleterre. 

(S) Hisioria Dania, édit. iOit, p. S. Saion copie le* idén el le itjle de Undoo. Son annolalenr, 
r Steidiinius, a nletè plusieurs ite ea cmpiiinU : p. 31, A ; SB, C j S9, A ; li, E; 99, B; 93, A, de 



316 APPENDICE. 

France , où ils le remplacèrent par des extraits de Guillaume de Ju- 
miéges. A quelle cause attribuer ce brusque revirement? Un savant 
allemand , qui travaille avec M. Pertz à la belle collection des 3Ionumenta 
Germaniœ , traite cette façon d'agir cl' « erreur singulière » (1). L'erreur 
s'explique, sans se justiGer, par la connaissance d'un point particulier de 
l'histoire de la Congrégation de St-Maur. 

Chacun sait que la Normandie prétendait jadis posséder un droit de 
suzeraineté sur la Bretagne, prétention qui Tut, durant quatre siècles, 
la cause ou le prétexte de guerres fréquentes entre les deux provinces. 
Le champ de bataille à peine abandonné par les armées, les savants y 
entrèrent et reprirent avec acharnement cette vieille querelle. De la 
part dos Bretons, on l'éleva à ta hauteur d'une thèse politique et d'une 
manifestation anti-française. Dudon, étant le premier auteur qui eût parlé 
de cette inféodation de la Bretagne à la Normandie, se trouva placé entre 
les combattants comme une de ces positions capitales qu'il faut enlever 
pour demeurer maître du terrain. Au XVI' siècle, le breton d'Argentré 
commença les hostilités. L'un, Yiguier, se chargea de soutenir les droits du 
roi de France, l'autre, le normand Deniau, l'honneur delà Normandie, qui 
lui parut compromis (2). Dans cette première escarmouche, Dudon 
n'avait été attaqué que sur un point ; il le fut bientôt sur toute la 
ligne , et c'est là qu'apparaft la cause de son discrédit auprès des 
Bénédictins. 

Dans un moment où la Bretagne était travaillée par des velléités 
d'indépendance, un religieux de l'ordre de St-Benoît, breton de nais- 
sance, très-patriote et très-entôté, D. Lobineau, publia une Histoire 
de Bretagne dédiée aux États de la province. 11 ne manqua pas de nier la 
concession faite à Bollon par Charles le Simple, et, pour assurer son 
argumentation sur un fait c de si grande conséquence > , il chercha à 
ruiner toute la conflance qu'inspirait l'œuvre de Dudon. Pour lui, le 
doyen « ne mérite aucune créance, et il n'y a pas plus de fonds à 
faire sur son ouvrage que sur la Théogonie d'Hésiode ou Vl/iade 



(i) Cf. Bouquet, VIII, p. xiiv : « Qui singulari errore epitcmem quam fecit GuitUlmus Gemme-' 
ticensis auctori prœferendam esse judicavit, > Afontim., IV, 93, notit, 

(2) Viguier^ Traité de l'ancien état de la petite Bretagne et du droit de la couronne de France iur 
icelle contre les faussetés et calomnies, etc, Denyaldus, Rollo Northmmnno Britannicus, ch. vet fi. 



APPENDICE. 317 

d'Homère » (1). Tout ce qu'on a depuis lors relevé contre Dndon, on 
le trouve, au moins en germe, dans la dissertation de D. Lobineau. 

Les réponses ne manquèrent pas et vinrent de deux côtés à la fois. 
L'abbé de Vertot publia un Traité historique sur fa mouvance de Bretagne 
(1710), où il défendait surtout Taulorilé royale et, par aventure, Dudon ; 
mais les Normands ne restèrent pas muets. « Il seroit honteux à notre 
nation si , dans la réputation où ses envieux Tout mise de sçavoir de 
tous temps si bien soutenir ses moindres droits, elle abandonuoit sans 
des titres incontestables un avantage tel que celui-là, dont elle jouit 
depuis près de huit cents ans > (2). Des deux côtés, la question histo- 
rique se compliquait d'une question d'amour-propre national ; aussi 
vit-on surgir, comme dans les grands procès, répliques, dupliques et 
tripliques. 

Vivement poussé, D. Lobineau déploya plus d'esprit que de bonne 
Toi (â). L'abbé Des Thuilleries le battit à armes courtoises sur le terrain 
historique (&); mais, dans l'autre champ, celui de la politique, Tabbé 
de Vertot poussa les choses à l'extrême. 

Dans son Histoire de rétablissement des Bretons dans les Gaides, ou- 
vrage d'une polémique ardente, il affirma que de récentes révoltes des 
Bretons n'avaient d'autres causes que les. en*eurs de leurs historiens (5), 
• Il ne s'arrêta pas là , raconte D. Morice ; il dénonça D. Lobineau au 
premier magistrat du royaume. Si ce religieux ne fut pas renfermé 
dans une étroite prison, il ne dut sa liberté qu'à la sagesse et à la 
modération du magistrat. Cependant il fut si intimidé des démarches 
de ses adversaires, qu'il prit le parti de garder le silence et d'attendre 
un temps plus opportun pour répondre > (6). 

Aujourd'hui, la dernière étincelle de ce foyer de divisions enflammées 
est éteinte, et nous pouvons dire sans passion cpie l'avantage resta 
aux Normands. Savant et modéré, l'abbé Des Thuilleries se contenta 

(!) Histoire de Bretagne, II, 76, 78, éd. 1707. 

(3) Dissertation sur ta mouvance de ta Bretagne , 1711. Un autre normand, M. Péan, avait d^ 
rédigé une réponse restée manuscrite. 

(3) Réponse au traité de la mouvance , 1712. 

(4) Lettre à r abbé de Vertot, 1713. 

(5) T. I, Discours préliminaire, 

(0) D. Morice, Hist. de Bret.^ I, Préface, p. xi. 



3i8 APPENDICE. 

de défendre Dudon, et, en cela même, il sut faire un choix , avouer les 
erreurs, pour maintenir plus fermes les vérités. L*abbé de Vertot fit 
plus de bruit , Tabbé Des Thuilleries porta les meilleurs coups au juge- 
ment des contemporains , qui suivaient attentivement toutes ces dis- 
cussions (1). 

Le succès fut assez prononcé pour décider les nouveaux historiens de 
la Bretagne, D. Morice et D. Taillandier, à délaisser presque toutes les 
idées de leur confrère D. Lobineau (2) ; mais ils ne pardonnèrent pas 
au doyen de St-Queutin l'échec dont il venait d'être pour eux la cause 
innocente. Dans une note insérée parmi les preuves, ils relevèrent les 
erreurs qu'avouait l'abbé Des Thuilleries (3). Une sorte de mot d'ordre 
était donné. Dans le Gallia Christiana, à la notice sur Dudon, qu'on 
empruntait au bienveillant Iléméré, on ajouta quelques épithëtes peu 
flatteuses. D. Rivet est encore plus sévère pour ce t pauvre auteur » , 
qui se mêla d'écrire l'histoire des Normands, mais qui c l'exécuta 
beaucoup moins en historien qu'en romancier > [Ix). D. Bouquet refusa 
au chroniqueur discrédité les honneurs de sa collection, où il le remplaça, 
nous l'avons dit, par l'abréviateur Guillaume de Jumiéges (5). Le pré- 
jugé était si fort, qu'un continuateur de D. Bouquet, citant un passage de 
Dudon , s'excusa sur ce qu'il avait voulu seulement • donner un échan- 
tillon tel quel d'un auteur contemporain et dont d'autres ont tiré plusieurs 
choses t ; et au même endroit se trahit l'origine de la mauvaise humeur 
des Bénédictins, c Dudon, ajoutent-ils, représente à chaque pas les 
Bretons comme sujets de Richard , duc de Normandie ; c'est aux inté- 
ressés à examiner à quel titre i (6). 

Nous avons relevé le fait incontestable de cette rancune littéraire; 
c'est aussi un devoir de reconuaftre qu'elle ne fut point partagée par 
toute la savante Congrégation. D. Morice avait cédé sur plusieurs points. 



(1) V. Journal des Savants ^ juillet 1710, janvier 1712, février 1714. Mém, <le Trévoux , janner 
1711 , avril 1712, novembre 1713. 

(2) Hist, de Bretagne, I, 58. 

(3) Hist, de Bretagne ^ Pbbuves, I, 970, note 62. 

(4) Hist. littéraire, VI , 63. 

(5) Bouquet, VllI, Préface, p. xxiv et suiv. 

(6) Bouquet, X, Préface, p. xxif. 



APPENDICE. 319 

Les éditeurs du Gallia Christiana en usèrent aussi avec plus d* équité (!)• 
Bien plus, Thistorien de la Congrégation reconnut loyalement les torts 
de D. Lobineau et apprécia avec justice notre vieux chroniqueur (2). 
EnGn, D. Bessin, il est bon de dire qu'il était normand, avait déjà pris la dé- 
fense de Dudon, qu'il voulait éditer à nouveau (3). Il ne tint pas à lui qu'on 
n'accordât cette réparation, la meilleure de toutes, au doyen de St-Quentin. 

Malheureusement un si grand crédit s'attachait aux jugements des 
Bénédictins , que , malgré ce retour , Dudon ne se releva pas de leurs 
premières attaques. Les savants modernes ont ou reproduit ou aggravé 
toutes ces critiques, et, par un singulier revirement , les historiens nor- 
mands ont été fort durs pour leur premier prédécesseur, Depping n'ose se 
soustraire aux opinions de D. Lobineau (ft). Licquet professa le plus 
profond dédain pour Dudon. M. Deville déclare encore que ce sont 
ses erreurs, involontaires ou non, qui ont épaissi le nuage qui couvre 
l'époque des premiers ducs (5). Enfin, nous avons le regret de compter 
parmi les adversaires déclarés du doyen le savant et regrettable M. Le 
Prévost , que nous eussions été heureux de ramener à une appréciation 
moins sévère (6), et M. de Caumont, ami trop sincère de notre histoire 
pour ne pas revenir à l'indulgence envers notre premier historien (7). 

La prudente Allemagne ne s'était point laissé er.trafner par nos sé- 
vères Bénédictins. Dès 1813 , M. Frédéric von Raumer déclarait que l'ou- 
vrage de Dudon était la meilleure source de l'histoire des Normands (8). 
M. Lappenberg l'a justifié de beaucoup d'iiccusations (9) , et M. Waitz 
qualifie de peu approfondi le jugement qui condamnait Dudon (10). 



(i) Gallia Christiana , XI , instrum. 

(2) Histoire littéraire de la Congrégation de St'Maur, ?• D. Lobineau, p. 488. 

(3) Coneil, Rothomag,, p. â7. //i(. litt, de la Congrég,^ p. A87. 
(A) Uitt, de Normandie f I, passim, 

(5) Dissertation sur retendue du territoire concédé à Rollon, Mcm, des Antiq, de Korm., années 
4851-52 , p. 47. 

(6) V. édit. d'Ordcric Vital, II, p. S, note, cl surtout les notes sur le texte du Roman de Rou , édiU 
PluqucL 

(7) Mém, des Ântiq,, ann. 1826, p. lxixii. 

{Sy Uandbuch merkvDurdiger ttellen aus den latenisehen Gcschichliclii schr^iO.n des Mittelallers» 
Breslau, 1813, p. 85. 

(9) Lappenberg, Hitt» tC Angleterre, Hambourg, 1834, II, 34, 375. 

(10) Quod levisêimum fuit Judieium. Monum, Germ, hist,, IV, 93. 



320 APPENDICE. 

Ed France, M. Guizot a fait justice de ces critiques excessives, qui 
demandeut aux chroniqueurs du moyen-âge une précision dont manque 
plus d'une histoire des temps modernes (1). M. Ampère a saisi et mis 
en lumière le talent descriptif de Dudon (2). Enfin , dans les Mémoires 
de la Société des Antiquaires, on peut constater plus d*un jugement 
favorable à notre auteur (3). 

La publication par la Société de cette édition nouvelle a donné la 
vraie mesure de ce favorable retour des esprits, que nous signalons» 
A cette réhabilitation , une seule chose a pu manquer, le savoir de 
réditeur. Ce dernier n*a pas attendu qu'on lui signalât ses défauts pour 
en convenir ; il donnera la preuve de la sincérité de son aveu , d'abord 
dans les notes et corrections qui suivent, et surtout par la reconnaissance 
avec laquelle il accueillera toutes les observations dictées par un savoir 
véritable et Tamour éclairé de notre histoire. 



(i) Collection de documents sur l'histoire de France, Guillaume de Jumiéges. Préface. 

(3) Histoire littéraire de la France avant le XIII* iièele^ UI, hi9, Cest par erreur que M. Ampère 
appelle notre auteur Odon. 

(8) Normanniœ nova chronica^ Proœmium, édit. dans les Mém, des Antiq,, par MM. Chéruel et 
L. Deliile. 

Caen, 1872. 



ERRATUM ET NOTES DIVERSES. 



Page IS, ligne S, construit, liseï: reconstruit. 
Id., note S. — Nous laissons à qui de droit Pcntière responsabilité de cette note , ajoutée à notre 
travail , dans une intention louable , mais qu'on aurait pu nous communiquer. 

Page iht ligne 1, Herluin, tisei : Héluin. 

Page 93, note 3. — Ajoutons qu*il est encore très-possible que RoUon ait eu d*abord affaire à de Trais 
Anglais, sujets de Guthrum, et n*en aimant pas plus les Normands. 

Page 58 , ligne 3 , supprimez mais. 

Page 65, dernière ligne, lisez: TAure. 

Page 68, ligne 17, lisez : 867. 

Page 75, avant-dernière ligne, lisez : Deniau. 

Page 77, ligne 21 , lisez : envoyé. 

Page 131. — Mabillon a prouvé ( Annal. Bened.^ lib. XXXV, n* 50 ) que, dans le récit des Annales 
Berlin, relatif à la mort des évèques Immo et Ermenfrid, la date au moins était inciacte, puisque ces 
deux prélats assistèrent au synode de Savonières (859) et à celui de Tousi en octobre 860. Le Prévost 
(Notes, p. 28) a dépassé la mesure en niant le fait d'une manière absolue. Le témoignage de Dudon 
confirme trop bien celui des Annales pour qu*on puisse leur refuser créance à tous deux. — Cette erreur 
chronologique des Annales est d'ailleurs des plus curieuses. Leur auteur, l'évèque Prudence, mort en 
801 , n'a pas poussé son travail au-delà de l'année 860 , et n'a pu parler de la mort d'évêques existant 
encore au commencement de l'année 861. Évidemment nous sommes en présence d'une interpolation» 
qui aura placé sous la date de 859 ce qui devait être attribué à l'année 862. 

La bizarrerie de cette erreur s'augmente encore, si l'on considère que le dernier des faits rapportés par 
l'interpola teur , à savoir la mort de Févôque de Bayeux Rallfrid , mort qu'il dit avoir précédé d'une 
année celle des deux évéques de Noyon et de Beauvais, est effectivement arrivée en 858 ; si bien que la 
première partie de Finterpolation est inexacte comme date, et la seconde très-exacte. 

Page 135, ligne 6. — Gens quœ prœerat navibus adest , partis bipatentibus f etc. 

Évidemment Dudon se souvenait des vers de Virgile : 

Cœdundur vigiles , porlisque patcntibus omnes 
Aecipiunt socios , atque agmina conscia jungunU 



Partis alii bipatentibus adsunt. 

Stat ferri acte» mucrone corusco 

Strict a , parafa neci, /Eneid,, lib. II. 

Page 136, ligne ih : Itnjteriumque tuum nomenquc œquabit Ohjmpo. Virgile, /Eneid, ^ liv. VI 

Imperium terris , animas trquabit Olympe, 

Et, en général, tout le discours d'Anchisc à Énée. 
Page îhh , ligne 6 , lisez : hxc. 

— ligne 17, lisez : fœlu. 

— ligne 19. — Le manuscrit de Cambridge porte : adauctœ scilicet erunt. 

Page 1Â5, ligne 26 : Animum m^ditaïus pcsie répit tum, 

Inachia Jun'^ pestcm meditaia juvencœ. 

Virgile, /Eneid, 



322 ERRATUM ET NOTES DIVERSES. 

Page 1Â5, ligne 27: defixus in uno. 

Rapprochez de ce vers celui de Viigile : 

Dum stupet obtvtuque haret defixus in uno, MneidU^ lib. I. 

Page iÂ6. — Comparez le récit du songe de Rollon avec une pièce de vers de Prudence, I*' livre» 
contre Symmaque {Romam ûUoquUur)^ ▼. &90 du livre. Dudon 8*est beaucoup inspiré de cet auteur, 
qu'il a souvent copié et défiguré. 

Page 17S, ligne H. — Vade nune ad Robertum, Puisque nous avons adopté la forme Rotbertus, c*tsl 
par erreur que le teite de Ducbesne n*a pas été corrigé en cet endroit et en plusieurs autres. D^aiUeurs , 
nous saisissons cette occasion de déclarer que les manuscrits n^ont pour ce nom ni pour aucun autre 
d^orthograpbe fixe. On trouve , à deux lignes de distance, Robertus et Rotbertus, Ricardus et Riehardus, 
Northmanus et Normanus , WiUelmus et GuiUelmus, 

Page 176 : Olim diseiputos omnipotens Deus. 

Tout ce passage est inspiré pur la préface du dernier livre de Prudence contre Symmaque : 

Simon quem voeitanl Petrum, 

Page 180, ligne 19 : Àrctus en rosfi comités 

Après nouvel examen, et malgré la prosodie, nous pensons quMl faut remplacer comités par fomites , 
mot incorrect , mais qui a un sens. 

Page i 90 , ligne 29 , au lieu de : tranquilbb paucis ; lisez : tranquille pacis. 

Page 206, ligne 29 : Auxilii indignus nuUius , 
lisez: Auxilii indiguus nullius ; 

ou même , en corrigeant le texte , Auxilio indiguus nullo. 

Page 209, ligne 18 : Octavœ sortis natalia quoque novantur. 

Cet octava sors correspond au huitième âge, décrit par Bède dans son livre De sex mundi œtatibus. 

Page 28 A, ligne 16 : ast indignis opis, 

lisez : ast indiguis opis» 

Page 800, vers 10 , M. A. Charma propose gnavitcr au lieu de graviter. 

Iste talentorum retincns commerda quinque 
Graviter exercet quœ data sunt sibimcL 

On verra, en se reportant au passage , qu*ll n*y a pas lieu de modifier le texte de Dudon. Notre dojen 
fait allusion à la parabole de TÉvangile ( Math., xxv, ih) où un roi confie cinq talents , deux mines, une 
mine k ses seniteurs. Est tria summa Deus , trinum spécimen vigor unus. 

Sans un mot de cliangé, ce vers de Prudence f De Diviniiatc ) a passé dans Touvrage de Dudon de 
Saint-Quentin. 

Il n'est pas jusqu'à ce passage si personnel , où Dudon nous parle de son âge , qui ne soit emprunté 
de Prudence : In vitam miseram me quina dccennia versant , 

dit notre auteur. Per quinqucnnia jam decem 

Ni fallor fuimus , sqnimus insuper 

Annum cardo rotat ; 

avait dit Prudence. Quid n, s utile tanii spatio temporis cgimusf ajoutait Ta uteur latin. 

Me quonîam memini gessisse haud quid bonitatis 
Et tanti spatio tempo ris utile nit : 
répétait l'amplificateur Dudon. 



Caen. — Typ. F. Le Bl«nc-Hardel.